Maintenant bien réveillée, Giulia se redressa prestement, échappant un hoquet de surprise au moment où son regard s'était posé contre l'écharpe pourfendue de gris anthracite de Livaï.
— Elsa, fais pas la gamine rend moi ça !, clama-t-elle la voix encore cassée à cause de la fatigue.
— C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour te réveiller, lui annonça-t-elle en lui rendant son écharpe et en marquant un arrêt, les bataillons sont en train de s'en aller, si tu veux aller dire au revoir à Edge ou à ton précieux il te reste dix minutes, on les reverra pas avant un bout de temps sinon, souffla-t-elle avant d'elle-même aller s'habiller.
La panique se lisait désormais sur le visage de la belle brune, elle le savait, elle n'aurait pas le temps de se préparer, mais du moins elle devrait au moins faire semblant pour ne pas éveiller les soupçons.
Un long soupire s'évada alors d'entre ses lèvres, et se levant pour se vêtir assez simplement d'une jupe plissée arrivant au dessus des genoux et d'une camisole, elle détachait ses cheveux avant de se maquiller rapidement de noir aux yeux et d'un léger orangé aux lèvres.
Mais le temps d'enfiler ses chaussures il était déjà trop tard et accourant jusqu'aux grandes portes elle ne pût voir qu'au loin la silhouette de la diligence qui fuyait au loin, les chevaux courant autour.
La jeune femme baissa délicatement sa tête vers le bas puis repartit, laissant ses talons claquer contre l'immensité du couloir. Au fond, elle avait espéré arriver à temps et quelques minutes auraient suffit à cela, mais lui, cloitré à son siège entre une folle un peu trop excentrique et un homme qui ne pensait qu'à lui parler de ce que pourrait être l'avancée de leur prochaine expédition, il avait espéré encore plus, la voir une dernière fois lui adresser un sourire pour survivre à ce périple de longue tirade interminable.
Une semaine avait filé au bas mot, et déjà cette journée du seize octobre s'annonçait être des plus ennuyeuse tant bien pour les brigades spéciales que pour les bataillons. Chlorose, elle avait saisi du bout des doigts les habits qu'elle allait enfiler avant de se rendre vêtue d'un rien dans la salle de bain vide. Elle laissa alors ses mains glisser le long de ses jambes pour que d'une caresse ses collants opaques soit bloqués à sa peau, puis remontant sur ses côtes fit longer une robe à l'allure fluide jusqu'au dessus de ses genoux. Tout de noir vêtue elle mit sur ses épaules une simple laine accablée blanche crème puis termina par de petits mocassins à la semelle presque lisse et marron.
Le teint de porcelaine, elle n'avait ressenti le besoin que de se maquiller à peine, relevant alors ses yeux d'un noir agressif et ses lèvres d'un transparent marronné.
Elle devait partir sans faire le moindre bruit, étouffant alors ses pas elle en profita pour passer sa cape noire contre elle et rabattre son capuchon pour ne pas que l'on puisse l'identifier.
Insomniaque et lunatique, paranoïaque ou bien ivre longeaient parfois les couloirs et impossible alors de leur échapper sans raison valable, elle le savait, le major lui avait trouvé un alibi mais que faire si elle même ne le connaissait pas.
Accourant alors, elle parvint à sortir et à rejoindre, un sac discret caché sous sa cape et dissimulant une lettre, la diligence qui l'attendait au sud de la ville. Lui gelant les os, l'humidité s'infiltra sous sa robe, et d'une main elle tenta à retenir sa capuche qui ne cessait de s'envoler à cause du vent glacial.
Elle pût dès lors apercevoir au loin, la tête d'un cheval, sûrement celui qui devait tirer la calèche, la méfiance ce fit alors accrue, serrant plus fort contre elle ses affaires, ses documents et pressant le pas pour se rassurer.
Devant le cocher elle dévoila la lettre, puis assez rapidement tout s'enchaina dans un rouage parfait, la petite porte s'ouvrit et on la jeta presque à l'intérieur, la laissant s'heurter contre le bas d'un siège usé, sa tête tapante et claquait tandis que ses papiers étaient tombés.
Ses paupières encore closent vinrent se rouvrir au contact d'une main chaude qui était passée sous sa cape et se déposer contre sa taille pour un instant l'accoutumer contre un torse l'accueillant et des cuisses la soutenant. Effectivement, la belle brune s'était sans vraiment comprendre ce qu'il se passait, retrouvée assise sur les jambes d'un Livaï plus qu'agacé, apercevant ses biens à terre, et elle la tête dans son cou.
— Ce connard de merde..., laissa-t-il échapper entre ses dents.
Les yeux grands ouverts et le cœur battant à cause de l'affolement qu'elle venait de subir, un homme la jetant vulgairement tel un vieux sac de marchandise contre le planché froid et un autre la recueillant sans qu'elle n'ait pu distinguer autre chose que sa voix. Soulagée, elle soupira légèrement contre sa peau bouillante et l'entente de sa voix rauque ne fit que la conforter.
Ses mains relâchèrent doucement ses courbes avant de ne les abandonner complètement. La belle brune ne releva son visage qu'à ce moment, une question lui brûlant les lèvres.
— Qu- Qu'est-ce que tu fais ici... ?
— Erwin faisait pas confiance à la petite merde qui était censé te conduire jusqu'à notre qg alors il m'a aimablement demandé de venir t'escorter, rétorqua-t-il sèchement.
Livaï, penché au dessus de toutes ses babioles, parcouru du regard les innombrables papiers de comptes rendus que Giulia avait rédigé un peu plus tôt, l'encre encore mouillée ratant de lui tacher les doigts. Il ramassa alors même les affaires qui à ses yeux n'avaient pas lieux d'être là et remit tout dans le sac jusqu'à la petite culotte de dentelle que celle-ci avait emmené pour se changer une fois sur place.
Surprise, Giulia laissa le noiraud faire, déposant juste son regard contre lui, ainsi, il remit contre ses cuisses le sac à peine plein qu'elle réceptionna sans problème. Les papiers entre les mains, les feuilletant sans trop lui porter d'attention il faisait l'analyse de chaque mot, détaillant certainement par la même occasion les moindres détails de son écriture raffinée.
Elle ne lui avait rien répondu, pas un mot, pas une parole rapportée ni un ragot à lui conter, il n'y avait que le bruit des pages se tournant et c'était mieux ainsi car le silence perdure toujours quand on n'a pas besoin de mot pour se comprendre.
Le regard perdu au loin, elle regardait les maisons dont elle avait été proche ces seize derniers mois s'éloigner et se faire de plus en plus petite. Rejoindre le district d'Utopia à cette vitesse allait prendre moins d'une demi-journée mais devoir passer par les rues peu côtoyées, passer le mur sans priorité et rejoindre le quartier général qui se trouvait au-delà de la forêt Est risquait d'être bien plus long.
Livaï avait de quoi lire avec cette masse de document, et déjà bien adossé et accoudé à ses propres genoux ne faisait plus attention au croassement des corbeaux comme aux hurlements des chiens. Les prunelles de Giulia filèrent contre la silhouette courbée du brun, elle détestait le voir ainsi, replié et glacial, les muscles tendus et les pensées obstruées à un seul endroit, refusant de se dévoiler, presque rigide.
Cinq heures et demi étaient passées, depuis plus d'une demi heure le noiraud avait fini de lire et depuis plus d'une heure la belle brune était tombée dans le sommeil le plus profond, le dos fait d'une courbature douloureuse et les jambes repliées sur le côté elle demeurait endormie depuis que le cocher avait reprit la route une fois les chevaux nourris.
N'ayant rien à faire d'autre que de la regarder, la vision de son visage se fracassant contre la vitre à chaque imperfection que comptait la route devenait lourde à supporter. Voir sa chevelure gelée virevolter par la même occasion dans un fracas assourdissant qu'était celui de la traversé de cette petite forêt devenait désagréable.
La simple initiative de la prendre contre lui lui parcourut l'esprit, dès lors assise contre ses cuisses perpendiculairement à lui, la tête nichée dans son cou, il plaça ses mains contre elle pour ne pas la voir tomber face contre planché. Le reste de ce court périple s'acheva ainsi, à une heure de l'après midi et sans n'avoir rien avalé d'autre que leur salive.
Alourdi par le corps qui reposait contre lui, Livaï dû malgré tout puiser la force de se relever, il mit en premier lieu le sac de la jeune femme au creux de son ventre, rabattit sa cape contre elle, puis, passant une main dans son dos et l'autre sous ses genoux la porta pour sortir et descendre les quelques marches de la diligence.
Le pas aracé, il marcha assez irrité de devoir s'occuper d'elle, lui qui d'habitude très peu courtois aurait préféré faire attendre une gente dame à même la calèche. Mais il fallait bien le dire, il lui arrivait de faire quelques exceptions avec elle, et dès lors, il se devait de trouver une excuse pour agir de la sorte.
Un coup de pied plus tard assené à la porte de sa chambre, il entra sans un mot et déposa Giulia sur un petit fauteuil solitaire resté devant la cheminée éteinte. Son sac désormais à ses pieds, il partit s'affaler à sa chaise de bureau avant de ne voir à la fenêtre les quelques gouttes de pluie qui commençaient à tomber au milieu des feuillages épais de la forêt. Livaï passa alors grossièrement sa main dans sa chevelure noire jais pour ramener quelques mèches vers l'arrière et soupira.
Les papiers froissés relatant la soit disant corruption reposaient sur son bureau, et la réunion n'ayant lieux qu'à quatorze heure, le temps ne lui manquait pas, et il avait décemment le droit de s'accorder un moment pour se préparer un thé.
Dans la cuisine grouillait toutes sortes de personnes, des plus étranges et extravertis jusqu'à celle dont le comportement ne procurait qu'un sentiment de méfiance. Se faufilant alors au milieu de cette masse, une tasse à la main et un sachet de thé noir reposant à l'intérieur, une grande perche à lunette vint, un sourire malicieux collé au visage s'approcher de lui.
L'eau chaude coulait dans le petit écrin de porcelaine, goute par goute. Penchée au dessus de lui, juste au dessus de son épaule, il y avait de quoi avoir des sueurs froides à la vues de cette folle des titans, Hanji Zoe, qui prête à tuer du regard pouvait aussi poser mille et une questions indiscrètes.
—Qu'est-ce que tu me veux, lunettes de merdes ?
— Notre cargaison est-elle bien arrivée à destination ?, demanda-t-elle assez bas.
— Elle dort dans ma chambre, elle s'est assoupie pendant le trajet, continua-t-il sans hausser le ton.
— La réunion est dans une heure, donne lui une veste ou une cape du bataillon sinon elle va se faire repérer, rétorqua-t-elle.
— Pas besoin elle est habillée en civile.
— D'accord, prononça-t-elle pour conclure.
Une tape amicale dans le dos résonnante se fit entendre avant qu'elle ne parte comme si la discussion avait été sur un sujet à l'apparence normal. S'en allant à son tour dans sa chambre, sa tasse à la main, il regarda tout autour de lui, d'autant plus glacial que les autres fois.
Un horrible tic tac définissait alors sa chambre, aucun autre bruit, pas une parole. Il déposa sa tasse sur le milieu de son bureau et partit s'accroupir devant la brune, attrapant brutalement sa main dans la sienne pour la secouer et remarquant que rien n'avait changé il déplaça sa main jusque son épaule et recommença jusque voir ses paupières s'ouvrirent.
— Réunion dans trois quarts d'heure, prononça-t-il d'une voix rauque.
— Qu'est-ce que... Quoi... Mais on est...
—On est dans ma chambre tu t'es endormie en route.
Giulia se redressa et regarda un peu partout autour d'elle, affolée jusqu'à attendre ses mot.
— J-Je, tu aurais pu me réveiller... mais merci, lui avait-elle dit avec un sourire chaleureux.
Le noiraud vit le regard verrons de la jeune femme paniquer et chercher quelque chose dans son sac, il la toisa, dévisagea son visage dans les moindres coutures puis laissa un soupire s'échapper avant de mettre feu au bois présent dans la cheminée.
— Tes papiers sont sur mon bureau, affirma-t-il avant de se redresser face à elle.
Livaï, ne pût décrocher son regard de la jeune femme, il remit au même instant une mèche de cheveux derrière son oreille, son regard verron se relevant vers le sien, un petit sourire aux lèvres.
