Disclaimer: Le monde d'Harry Potter ainsi que ses personnages appartiennent à J.K. Rowling, aux divers éditeurs et à Warner Bros Inc. Cette fiction est écrite à but purement non lucratif, et en aucun cas avec une intention de violation de copyright.
Note de l'Auteur: Dans une review d'ArtemisSnape, j'ai lu qu'il y avait des similitudes entre certains personnages de ma fiction et des personnages du livre La Mécanique du Coeur de Mathias Malzieu. N'ayant pas lu le livre, je peux vous affirmer avec certitude que ce n'est pas volontaire. En revanche, les albums de Dionysos sont sans conteste une de mes sources d'inspirations pour écrire cette fiction. J'ai beaucoup trop d'inspirations pour toutes les lister, mais citons notamment Paperman, le nouveau court-métrage des studios Disney (dispo sur YouTube, et littéralement MAGNIFIQUE), les albums Haiku et La Mécanique du Coeur de Dionysos, Fuori Dal Mondo de Ludovico Einaudi, My Head is an Animal de Of Monsters & Men et Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll.
Merci à tous ceux qui prennent le temps de laisser des reviews, elles me font toutes énormément plaisir et me donnent du courage :)
Passons au chapitre 4, avec en bonus une citation :) Bonne lecture!
J'ai collé ta gueule contre mon cœur, et ton œil droit s'est crevé contre l'aiguille des heures.
Dionysos, L'école de Joe
Chapitre 4
OoOoOoOoO
Lorsque Draco retourna au café le lendemain après-midi, il n'y trouva pas Potter. Sans sourciller, il s'assit à sa place habituelle, près de la fenêtre du fond.
Il tenta sans grand enthousiasme de reporter son attention sur le livre qu'il avait apporté avec lui. Ce fut en se rendant compte qu'il venait de lire la même ligne pour la troisième fois sans en retenir le moindre mot qu'il abandonna et sauta sur ses pieds.
« Maria ?, » appela-t-il en se dirigeant vers l'arrière-boutique.
« Ici ! » répondit la voix de Maria, depuis l'atelier.
Draco la trouva derrière un chaudron de fonte. Elle agitait avec énergie une potion aux reflets mordorés qui bouillonnait allégrement. Draco inspira profondément les effluves doux-amers du liquide, aux arômes latents d'amande.
« Potion de Force ?, » demanda Draco en fronçant les sourcils, « Pourquoi faire ? »
Maria gloussa.
« Ma nièce m'en a demandé pour son déménagement. Elle emménage avec une colocataire moldue, donc la lévitation est hors de question. Cela fait trois jours que la potion mijote, elle est bientôt prête. »
Elle leva les yeux vers Draco et essuya la sueur qui coulait sur son front.
« Je me demande si je ne vais pas m'en garder un flacon de côté. Je me sens fatiguée, ces derniers temps, » ajouta-t-elle avec un sourire.
Inquiet, Draco l'observa plus attentivement. Elle était un peu plus pâle qu'à son habitude, et de légers cernes soulignaient ses yeux, lui donnant l'air plus âgé. Son observation fut distraite par l'odeur aigre qui flotta jusqu'à ses narines. Il releva la tête pour observer avec attention les fioles alignées sur la table. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il aperçut la petite flasque à moitié vide d'où provenait l'odeur.
« Du venin d'Acromentule ?, » s'exclama-t-il, ébahi. « Où en avez-vous trouvé ? »
Maria éclata de rire.
« Un vieil ami me devait un service. Il m'en a trouvé un flacon. Une potion de Force est bien plus efficace si le sang de Salamandre est remplacé de moitié par du Venin d'Acromentule, » dit-elle. « Mais tu savais ça, pas vrai, bonhomme ? »
Draco acquiesça. Depuis les nouvelles lois de protection des Créatures Magiques, il était de plus en plus difficile de se procurer du venin d'Acromentule. Lui-même avait dû lui trouver des alternatives, avec plus ou moins de succès.
Impressionné par la trouvaille de Maria, il observa quelques instants la potion liquoreuse qui frissonnait dans l'étau du chaudron.
Machinalement, il baissa le feu. Maria l'observa un instant, puis lui adressa un sourire approbateur et lui tendit un bouquet d'euphorbe et un couteau d'argent. Il s'en saisit sans un mot et se laissa absorber par la tâche. Appliquer le plat du couteau sur la plante. En récolter le lait. Recommencer.
Bien vite, leurs gestes se synchronisèrent, rapides et experts. Dans le silence à peine perturbé par les bouillonnements de la potion et les ronronnements satisfaits d'Opale qui paressait non loin sur une chaise, ils travaillèrent côte à côte.
Ce fut avec une pointe de regret que Draco posa ses ustensiles lorsque le moment de laisser reposer la potion arriva. Maria s'essuya les mains sur son tablier et jaugea la potion d'un œil critique.
« Alfonso a raison, » lui dit-elle avec un sourire, « tu es doué dans ce que tu fais, bonhomme. »
Draco se sentit devenir écarlate sous l'effet du compliment inattendu. Il poussa un grognement évasif et feignit de se concentrer sur l'alignement des ingrédients sur la table. Le petit rire de Maria lui indiqua qu'elle n'était pas dupe.
Il retint un sourire amusé.
« Café, bonhomme ? »
Draco acquiesça et se dirigea vers la salle principale. Quelques minutes plus tard, Maria le rejoignit avec un plateau. En la voyant prendre une tasse de café, Draco sentit revenir l'inquiétude qui l'avait quitté avec la préparation rassurante de la potion. D'ordinaire, Maria boudait le café, lui préférant ses tisanes obscures aux odeurs fleuries.
« Maria, êtes-vous sûre que tout va bien ? »
La femme leva la tête et sourit. Le sourire était faible, nota Draco, comme si le simple acte d'étirer ses lèvres était trop épuisant.
« Bien sûr, bonhomme, ne t'en fais pas. J'ai dû attraper froid. Il n'est pas encore né, le rhume qui m'empêchera de me lever le matin. »
« Faites tout de même attention, » marmonna Draco. Maria gloussa.
« Si je ne te connaissais pas mieux, je dirais que tu t'inquiètes pour moi, bonhomme. »
« Oh, vraiment ?, » répondit Draco d'un ton faussement indigné, « il est heureux que vous me connaissiez si bien, dans ce cas. Vous savez que je ne suis pas quelqu'un qui s'inquiète facilement. »
« C'est toi qui le dis, bonhomme, » rit Maria.
Draco finit rapidement sa tasse.
Comme à son habitude, il sortit sa bourse.
Comme à son habitude il fit la sourde oreille aux protestations de Maria et lui fourra un Gallion dans la main.
Comme à son habitude, il secoua la tête et marmonna « c'est à se demander comment vous survivez, Maria ». Éclata de rire à sa réponse indignée avant de pousser la porte et de transplaner dans la ruelle sombre.
OoOoOoO
Le silence était étouffant.
Draco était rentré pour trouver sa mère enfermée dans sa serre.
Il avait haussé les épaules, heureux de constater que l'aide d'Alfonso avait porté ses fruits.
Cependant, à présent, le ronronnement de la cheminée était le seul bruit qui se faisait entendre dans le séjour, et Draco se sentait soudain oppressé de solitude.
Même son hibou Zeus avait décidé d'aller apaiser son courroux sur quelque pauvre souris innocente. S'il en était venu à rechercher la compagnie de ce vieux poulet bougon, Draco était tombé bien bas.
Il soupira et tenta de reporter son attention sur son livre, mais bientôt, les pensées revinrent tourbillonner dans son crâne.
Insectes agaçants que Draco ne parvenait pas à chasser.
La solitude ne lui avait jamais pesé auparavant. Au contraire, il l'avait chérie, entretenue. Avait évité à tout prix les contacts extérieurs.
Draco se frotta les yeux d'un geste fatigué. Il était conscient de l'inutilité de ruminer ses idées noires, encore et encore, mais certains soirs, cela lui semblait inévitable. En désespoir de cause, il posa soigneusement son livre sur la table basse de bois grossier et se leva.
Grimaça au tintement clair des verres de cristal, pitoyables vestiges de l'ancienne richesse de la famille Malfoy.
Draco se servit généreusement en hydromel. Fit tournoyer le liquide au fond de son verre, savourant par avance le liquide ambré que lui avait offert Maria.
Se figea. Fronça les sourcils et approcha sa main libre de son visage. Sur ses ongles pâles, des cercles dorés s'étaient dessinés.
Réguliers et nets.
Mortels.
Le verre de cristal s'écrasa au sol avec un bruit brisé. Durant une fraction de seconde, Draco contempla le liquide se répandre lentement et inexorablement sur le sol.
Avant de sauter sur ses pieds et de se mettre à courir.
Il ne prit pas le temps d'attraper sa cape. La pluie battante dégoulina sur son visage.
Draco transplana.
OoOoOoO
La porte du Café Bienvenue était fermée à clé. L'esprit embrumé par la panique, Draco la secoua infructueusement durant une bonne minute avant de se souvenir qu'il était un sorcier, bon sang.
Il tira sa baguette de sa poche.
« Alohomora, » murmura-t-il désespérément. Ses mains tremblaient tant que le sort n'eût aucun effet. Au bout de la troisième tentative, cependant, il entendit le déclic familier d'une serrure qui s'ouvrait. Il poussa précipitamment la porte et entra.
Plongé dans le noir, le café semblait beaucoup moins familier qu'à son habitude, presque inquiétant.
« Lumos. »
Le rai de lumière passa lentement sur les murs. La pièce était vide, comme il s'y était attendu. Il poussa un gémissement pitoyable. Il n'avait aucune idée de l'endroit où pouvait vivre Maria.
Soudain, un bruit attira son attention.
Un miaulement plaintif provenant de l'autre côté de la porte de l'arrière-boutique.
Maudissant son cerveau ralenti par l'affolement, il s'élança en direction de la porte et l'ouvrit d'un coup de pied. La pièce était sombre, et le faisceau lumineux du Lumos balaya un bougeoir renversé et des gouttelettes de cire séchée sur le sol.
Le chaudron, renversé, lui aussi, la potion étalée sur le sol.
Un chat aux poils hérissés par la terreur.
Un corps étendu sur le parquet.
« Maria !,» cria Draco en se précipitant vers son amie. Il s'agenouilla sans se soucier de la potion qui pénétra le tissu fin de son pantalon. Tenant toujours sa baguette d'une main, il se saisit du poignet de la femme. Il ne put retenir un gémissement lorsque ses doigts touchèrent la peau froide comme la mort. Il posa son doigt sur le poignet. Attendit.
Le silence était si lourd que Draco eût l'impression d'entendre les battements effrénés de son propre cœur résonner dans la pièce comme une condamnation.
Une pulsation. Faible, irrégulière, mais réelle, qui battait sous ses doigts tremblants.
Un rire, ou peut-être un sanglot, retentit dans la pièce, et Draco se rendit compte qu'il venait de lui. Il noua ses bras autour de la taille de Maria et la souleva sans effort. L'adrénaline pulsait dans ses veines comme un liquide ardent, et il tituba à peine sous le poids en se précipitant vers l'extérieur.
OoOoOoO
La pluie battante et l'heure tardive avaient forcés les Moldus à se réfugier dans les pubs, et lorsque Draco apparut dans la rue, il la trouva déserte. Les réverbères éclairaient d'une lueur glauque les lettres délavées qui signalaient l'entrée de l'hôpital Sainte-Mangouste aux yeux alertes des sorciers.
Purge & Pionce Ltd était aussi délabré que dans ses souvenirs. Il se précipita devant la vitrine et chercha des yeux le mannequin pathétique.
« J-Je viens pour un empoisonnement, » bégaya-t-il lorsqu'il l'eût trouvée. Il ne put s'empêcher d'ajouter, « Vite, je vous en prie. »
Durant une fraction de seconde, rien ne se passa, puis la tête en plastique fit un petit soubresaut que Draco prit pour ce qu'il était : une approbation. Serrant plus fermement le corps sans vie de Maria contre lui, il avança dans la vitrine et la traversa.
Il trébucha un peu en déboulant dans le hall, mais ne perdit pas un instant avant de se précipiter vers l'accueil. Il doubla sans hésiter les cinq personnes qui patientaient devant le bureau de la sorcière de l'accueil.
« Potter. Je veux voir Harry Potter. »
La sorcière brune lui lança un regard courroucé avant de pointer du doigt la file derrière lui.
« Faites la queue, monsieur. Comme tout le monde, » répondit-elle d'une voix traînante.
A la panique de Draco s'ajouta la rage.
« Elle est en train de mourir, » cracha-t-il entre ses dents, « je veux voir Potter. »
La femme haussa les épaules d'un air ennuyé.
« Tout le monde est malade, ici, monsieur. Vous ne pouvez pas choisir votre Guérisseur, » récita-t-elle, « le Guérisseur Potter n'est pas le seul de cet hôpital. Veuillez prendre la file, s'il vous plaît, où je me verrai dans l'obligation d'appeler la Sécurité. »
« Bon sang, espèce de vache stupide, j'ai une femme empoisonnée dans les bras et vous me demandez de faire la queue ?, » sa voix se brisa à la fin de sa phrase et il ravala sa honte.
« Malfoy ? »
L'exclamation fit sursauter Draco. Il se tourna lentement et ouvrit des yeux horrifiés devant la tignasse rousse et le visage parsemé de tâche de rousseur qu'arborait celui qui venait de l'interpeller.
« Weasley, » répondit Draco par réflexe.
Les yeux de Weasley étaient ronds comme des soucoupes, et il passa du visage de Draco au corps de Maria. Il poussa un cri de stupeur et se tourna vers la secrétaire.
« Gwenaëlle, c'est du sérieux. Il faut qu'elle voie Harry. »
Devant le regard incrédule de la jeune femme, il cracha un « Maintenant ! » si autoritaire que Draco dût se retenir de faire un pas en arrière.
« T-troisième étage, s-s-salle 202 a-avec Monsieur Roberts, » balbutia la brune, les joues cramoisies. Au regard outré que lui lança Weasley, Draco se prit à croire que la carrière de la sorcière venait de toucher à sa fin. Celui-ci jeta un regard à Draco et lui fit un signe de tête.
« Suis-moi, Malfoy, »
Sans se poser la moindre question, Draco lui emboîta précipitamment le pas jusqu'à l'ascenseur.
Le voyage fût bref, et ils se retrouvèrent vite à l'étage. Le couloir était agité malgré l'heure tardive, mais Draco ne voyait que la porte portant le panneau 202. Weasley entra dans la pièce sans frapper, et Draco entendit une brève conversation à voix basse avant que Potter ne déboule dans le couloir, yeux ronds comme des soucoupes.
« Infirmière Stark, Infirmière Patil, j'ai besoin de vous immédiatement, ainsi que de la Guérisseuse Hopkins.» aboya Potter dans un réceptacle sur le mur. Il se tourna vers Draco, agita sa baguette et le poids de Maria fût retiré de ses bras, tandis qu'elle lévitait jusqu'à l'intérieur de la pièce.
La panique de Draco, qui n'avait fait qu'augmenter dans le cours du dernier quart d'heure, finit par atteindre son pic lorsqu'il fut libéré du poids de Maria. Il sentit ses jambes se dérober et manqua de s'effondrer, mais un bras solide le retint.
« Calme, Malfoy. On respire. »
La voix de Weasley traversa le brouillard de son esprit et il se concentra de toutes ses forces pour ne pas succomber à la crise imminente. Ce n'était pas le moment. Il cligna des yeux, et le flou disparut, laissant place aux yeux inquiets de Weasley. Draco tenta de se dégager, mais la poigne le maintenait en place.
Il abandonna et ferma un instant les yeux.
« Malfoy. Que s'est-il passé ?, » lui demanda la voix de Potter. Draco rouvrit hâtivement les yeux.
« J-je – La potion de Force – Venin, » balbutia-t-il.
Potter fronça les sourcils et Draco se força à prendre une profonde inspiration.
« Elle a préparé une potion de force avec du Venin d'Acromentule s-souillé. Elle a été exposée trois jours, sinon plus.»
Potter poussa un juron et retourna dans la pièce, suivi par deux infirmières et une autre femme.
« J'aurais besoin de son nom. Est-ce qu'elle a de la famille ? »
Draco cligna des yeux en direction de Weasley, un nœud se formant dans la gorge au fur et à mesure qu'il analysait les questions. Au fur et à mesure qu'il se rendait compte qu'après des mois et des mois à venir visiter Maria pour lui déballer sa vie, jamais il n'avait songé à l'interroger sur sa vie à elle. Comme le crétin arrogant qu'il était.
« J-je ne sais pas, » répondit-il en secouant la tête, « Elle s'appelle Ohlsson et elle a une nièce à Londres, mais je ne sais rien de plus. »
Le bras de Weasley, qui le tenait toujours fermement, le mena jusqu'à une chaise. Il s'affaissa dedans, et ne prêta pas attention aux mots marmonnés par Weasley, plongeant sa tête dans ses mains. Ses vêtements trempés lui collaient à la peau, et il tremblait comme une feuille. Il laissa les émotions se brouiller dans sa tête, fatigue, peur, culpabilité.
Une main lui tapa brusquement sur l'épaule et il releva la tête pour se retrouver face à une tasse fumante. Avec un Weasley à l'autre bout. Draco s'en saisit avec avidité et en prit une gorgée sans prendre la peine de remercier. Ses dents claquaient trop fort pour qu'il tente de parler. Le café brûlant lui remit les idées suffisamment les idées en place pour qu'il ait la présence d'esprit de sécher ses vêtements à l'aide d'un Charme.
Weasley s'assit à côté de lui.
« Harry est bon, Malfoy. Ça va aller, » lâcha Weasley d'un ton brusque.
Draco déglutit sa gorgée de café et cligna des yeux en direction de Weasley. Il ignorait ce qui poussait l'homme à l'aider, tout comme il ignorait la raison de sa présence ici, mais il ressentit pour lui une vague de reconnaissance aussi nouvelle que surprenante. Celui-ci était visiblement gêné, et se tortillait sur sa chaise, tournait son regard un peu partout, sauf en direction de Draco.
« Merci, Weasley.»
Weasley tourna la tête et le regarda avec des yeux ronds. Il finit par hocher lentement la tête, et croisa nerveusement les bras.
« De rien, » grommela-t-il..
Draco finit sa tasse et la posa sur le sol. Il replongea sa tête entre ses mains.
Le sommeil le surprit dans cette position, et il se laissa glisser dans l'inconscience avec reconnaissance.
OoOoOoO
« Malfoy. »
Draco releva brusquement la tête pour se trouver à quelques centimètres des yeux de Potter. Inquiétude.
« Maria –» fut tout ce qu'il parvint à articuler avant que sa voix lourde de sommeil ne se brise.
« Maria est stable, Malfoy. »
Le soulagement submergea Draco. Il ouvrit la bouche pour parler, mais l'expression de Potter le fit changer d'avis.
« Tu as été exposé ? »
« O-oui. Cet après-midi. Pas assez longtemps pour me retrouver dans le même état que Maria, mais suffisamment pour que mes ongles se décolorent. »
Potter lui tendit une flasque de potion.
« Bois-en la moitié maintenant et le reste dans trois heures. Cela devrait suffire à nettoyer ton système sanguin des traces de Venin, » dit-il d'une voix étrangement douce.
Draco obéit, puis jeta un coup d'œil à la pendule. Il hoqueta lorsqu'il vit que les aiguilles indiquaient plus de deux heures du matin.
« I-il faut que je parte, ma mère – »
« –a été prévenue par mes soins, Malfoy. Détends-toi. »
« Prévenue ? Mais comment as-tu… »
« Ron est Auror, » le coupa Potter, « il ne lui a pas été difficile de trouver l'endroit où tu vis. »
Il fronça les sourcils et sembla étudier Draco plus attentivement.
« Bon sang, Malfoy, c'était quand la dernière fois que tu as mangé ?, » demanda-t-il d'une voix inquiète.
« Euh…ce mat –hier matin. Je crois. »
« Tu es blanc comme un linge. Je te proposerais bien de venir à la cantine de l'hôpital, mais j'ai une meilleure idée. Un peu d'air frais te fera du bien. »
Draco le suivit sans un mot, et fut un peu étonné lorsqu'il se rendit compte que Potter sortait de l'hôpital.
Potter lui tendit le bras, et Draco le saisit sans se poser de questions.
OoOoOoO
Ils apparurent dans une rue curieusement animée malgré l'heure tardive. Draco suivit Potter à travers les petits groupes de jeunes moldus bruyants, jusqu'à un restaurant dont l'enseigne lumineuse clamait « Eat Pizza 24/7 ». Ils s'installèrent en silence à une table de formica recouverte d'une nappe plastifiée, sous la lumière pâle des néons.
« Ça ne paie pas de mine, » dit Potter d'un air penaud, « mais c'est le seul restaurant moldu ouvert toute la nuit dans Londres, et la nourriture y est bonne. »
Draco haussa les épaules. Il parcourut le menu du regard et ne put s'empêcher de froncer les sourcils.
« Un problème ? »
Draco se mordilla la lèvre, embarrassé.
« Je n'ai jamais mangé de pizza. Je ne sais pas quoi prendre. »
Un battement de cœur, deux battements, puis, « Quoi ? ». Il leva la tête pour rencontrer le regard incrédule de Potter, qui le regardait comme si une deuxième tête venait de lui pousser.
« Ce n'est pas exactement le genre de plats que l'on me servait au manoir, » marmonna Draco en tentant de ne pas rougir d'embarras, « et à présent –»
Il se tut brusquement.
À présent.
Le présent, il n'y avait pas grand-chose à en dire, vraiment.
Un raclement de gorge sonore se fit entendre à sa droite et il tourna les yeux vers un jeune serveur à l'air épuisé, un carnet tâché entre les mains.
Potter commanda pour deux, et Draco tenta de réfréner la vague de lassitude qui menaçait de déferler sur lui. Les mots se précipitèrent hors de sa bouche sans qu'il ne puisse les retenir.
« C'est ma faute. »
Potter leva sur lui ses yeux verts qui reflétaient l'épuisement de Draco, ainsi qu'autre chose. Une petite flamme sombre qui dansait. De la surprise, peut-être.
« Comment ça ? »
Draco fixa le verre grossier du gobelet.
« Je l'ai aidé à préparer sa potion. J'ai vu le venin d'Acromentule. Je suis Maître des Potions, bon sang ! Et tout ce que j'ai trouvé à faire, c'est lui demander où elle l'avait trouvé ! Et je ne sais rien d'elle, parce que j'ai été un putain d'égoïste incapable de m'intéresser à la personne qui m'a sorti de la merde !»
Draco avait haussé la voix au fur et à mesure de sa tirade, et il remarqua vaguement que les visages des rares autres clients s'étaient tournés vers lui. Il leur lança un regard furieux et tous se retournèrent précipitamment.
« Malfoy, ce n'est pas ta faute…,» la voix de Potter était apaisante, et elle acheva de faire sortir Draco de ses gonds.
« Et toi, Potter, quel Guérisseur es-tu pour ne pas avoir vu qu'elle allait mal ? Le genre de Guérisseur qui sait soigner les courbatures et les écorchures ?, » cracha-t-il, surpris lui-même par l'acidité de ses mots.
Il vit au visage de Potter que son accusation avait eu de l'impact. L'expression blessée de Potter, loin de l'emplir de satisfaction, ne fit que rajouter à sa culpabilité. Il aurait voulu que Potter hausse la voix à son tour, qu'il crache des mots acerbes, mais lorsque Potter ouvrit la bouche, sa voix était tremblante.
« Le genre de Guérisseur qui fait ce qu'il peut, Malfoy. »
Et ce fut tout. La rage de Draco s'éteignit. L'incendie fut mouché par un souffle.
« Potter, je…,» il s'arrêta. Il ne savait pas quoi dire. Je suis désolé ? Je ne le pensais pas ?
Potter fit un geste de la main.
« C'est bon. Tu as raison. J'aurais dû m'en rendre compte.»
Draco voulut le contredire, dire quelque-chose qui chasserait l'expression hantée du visage de Potter, mais avant qu'il ne trouve les mots, le serveur revint et posa leurs plats sur la table.
Ils mangèrent en silence. Dans la bouche de Draco, la nourriture avait le goût de cendre.
Le goût de regret.
Lorsqu'ils eurent finis, Potter tira quelques billets froissés de sa poche et les posa sur la table sans un mot. Il se leva et sortit. Sans un regard pour Draco.
Draco se leva précipitamment, le suivit. Tira la porte et se glissa à l'extérieur. La pluie avait cessé, et à plus de trois heures du matin, les jeunes fêtards avaient presque tous migrés vers d'autres, laissant la rue presque déserte.
La pluie avait fait briller l'asphalte sous la lumière jaunâtre des réverbères. L'air était frais. Potter était immobile, fixait quelque-chose au loin, un point invisible derrière les immeubles gris de pollution. Les épaules tendues, le visage fermé, la mâchoire serrée.
« Potter. »
Il sursauta à peine, ne tourna pas la tête vers Draco. L'espace d'un instant, Draco pensa qu'il allait transplaner et le laisser seul. Mais les secondes passèrent, et Potter semblait attendre que Draco finisse sa phrase.
« Je suis désolé, » lâcha Draco, goûtant l'étrangeté de ces mots dans sa bouche, « Je n'aurais pas dû dire ces choses-là. Je n'ai aucun droit de t'en vouloir. » Tu sembles te débrouiller tout seul pour ça, finit-il silencieusement.
Potter émit un bruit de gorge étranglé et, l'espace d'un instant, Draco crut qu'il pleurait, avant de se rendre compte que le bruit était un rire. Abasourdi, il regarda le visage de Potter en se demandant si l'homme avait fini par craquer. Par devenir fou.
« Draco Malfoy s'excuse, » finit par glapir Potter, l'air positivement dérangé, « Draco Malfoy est désolé. Merlin, qu'est-ce que le monde a fait de toi? »
Le rire cessa abruptement, et il se tourna lentement vers Draco, une expression perdue sur le visage.
« Qu'est-ce que le monde a fait de toi, Malfoy ?, » répéta-t-il d'une voix lasse.
Draco ouvrit la bouche, prêt à lancer une remarque sarcastique sur le babillage insensé de Potter.
La referma, sans un mot. Les épaules de Potter s'étaient affaissées et la fatigue sur son visage était celle d'un homme que le sommeil fuyait incessamment.
Et toi, Potter, voulut-il demander. Qu'est-ce que le monde a fait de toi ?
Il se contenta de hocher la tête.
« Rentre dormir, Potter. Je passerai à l'hôpital demain. »
Potter se tourna vers lui. Hocha brièvement la tête.
Transplana sans un mot de plus.
OoOoOoO
Draco entra dans le Café Bienvenue et poussa la porte de l'arrière-boutique.
Un miaulement pitoyable l'accueillit. Il s'accroupit face à Opale, qui s'était terré dans un coin de la pièce.
« Ne t'inquiètes pas, » lui dit Draco d'un ton rassurant. Il était bien trop fatigué pour se sentir stupide. « ta maîtresse va bien. Elle va être absente quelques jours. Tu vas venir vivre chez moi. Cela ne te dérange pas ? »
Le chat ne répondit pas.
« Qui ne dit mot consent, » marmonna Draco en prenant l'animal terrifié dans ses bras.
OoOoOoO
Draco ouvrit la porte de la maison en grimaçant. Il lâcha Opale qui se débattait comme un beau diable contre sa prise ferme. Le chat détala dans le salon.
« Ingrat !, » lui lança Draco en frottant ses bras couverts de griffures. Visiblement, les chats n'étaient pas des adeptes du transplanage.
« Draco ? »
Narcissa était apparue dans le couloir, pâle et échevelée.
« Mère. »
Narcissa le saisit par le bras et le traîna en direction du séjour avec une force étonnante pour une personne aussi frêle.
« Mère, je suis désolé, je n'avais pas le choix, je – »
« Je sais, » l'interrompit Narcissa d'une voix tranchante. « J'ai reçu un Patronus de Monsieur Potter qui m'a expliqué la situation. »
Draco ouvrit la bouche pour se justifier, mais il ne put articuler qu'un « Mpff » surpris. Sa mère l'avait pris dans ses bras, assez fort pour qu'il en ait le souffle coupé. Il resta un instant figé sur place, avant de reprendre ses esprits et de lui rendre son étreinte.
« Je suis fière de toi, mon fils, » lui dit sa mère d'une voix étouffée.
Draco sentit sa gorge se nouer. Il tapota maladroitement l'épaule de Narcissa.
« Tout va s'arranger, Mère, » murmura-t-il.
Et, malgré toutes les preuves du contraire, Draco se rendit compte qu'il n'avait jamais été plus certain de quelque-chose.
Tout allait s'arranger.
à suivre...
