Depuis l'étage du chalet, Albator se tenait auprès de la rambarde de l'escalier qui faisait tout le tour de la pièce centrale.
- Oui, je t'écoute toujours, Warius. Et, non, les enfants ne peuvent pas t'entendre, parle librement.
- C'est plutôt de toi dont j'attends des infos, remarqua l'amiral de la Flotte de la République Indépendante. Alors, où en est Alérian ?
- Mal, gronda le grand brun balafré, un souci infini dans sa prunelle marron. Il fait bonne figure, il pourrait presque donner le change. Mais un rien le déstabilise et il s'effondre alors complètement. Il n'est pas prêt, quels que soient tes projets le concernant. Et sincèrement j'ignore s'il reprendra un jour vraiment le dessus…
- Le portrait que tu me dresses rencontre mes pressentiments les plus noirs, avoua alors Warius. Je n'ose rien prévoir pour le futur d'Alie. Sa thérapie prend fin dans six semaines, mais cela ne suffira pas, et son arrêt maladie sera prolongé à durée indéfinie.
- Et je ne pourrai plus te servir d'espion bien longtemps encore, reprit Albator après un moment de silence. Je repars dans la mer d'étoiles tandis que Chalandra rentre sur Terre avec notre fils, auprès d'Enysse.
- Merci de ton aide, Albator, bien que je sais pertinemment que tu n'as accepté que pour t'interposer entre Alie et moi ! Pars sans crainte, je ne l'importunerai pas !
- Là c'est moi qui te sais gré, conclut Albator en mettant fin à la communication.
Il reporta alors son attention sur Alérian et Danéïre installés en contrebas, dans le canapé, à se câliner.
« Courage, les enfants. Je n'ai pas de doute, Alie : tu finiras par reprendre du poil de la bête ! ».
Kaelle et Raelle roucoulèrent dans les bras de leur père, tâchant de le séduire de leurs œillades.
- Ne te laisse pas avoir, mon grand amour, gloussa Danéïre. Elles voudraient du rab de dessert du dîner !
- Mais, j'avais parfaitement compris, se défendit le jeune homme. J'ai les nerfs en pelote, les sentiments déchirés, mais mon esprit fonctionne plutôt bien le reste du temps ! A défaut de crème vanille, je vais aller les coucher !
- Je vais nous préparer du thé. Ensuite j'appellerai nos fils pour leur dire que nous rentrons bien comme prévu. Nous serons au penthouse pour leur week-end de sortie.
- Ma petite générale, c'est toi qui devrais diriger la Flotte !
- Sans façons, je laisse toutes ces emmerdes à Warius Zero !
- Et comme tu as raison. Il faut vraiment être un vieux fou suicidaire que pour vouloir de ces responsabilités !
- Hum, pour ce qui est du côté kamikaze de la personnalité, tu parles en connaissance de cause ! rit la jeune femme qui se pencha sur les jumelles. Dormez bien, mes anges. Votre papa veille sur vous !
Dans leurs petits lits, les jumelles jetèrent un dernier regard à leur père avant de fermer les yeux.
- Ce que vous êtes sages, mes terreurs, s'amusa ce dernier. Tâchez de le rester, le bout du tunnel est encore loin me concernant, et je n'ai pas la force de vous canaliser… Faites de beaux rêves, je ne vous abandonnerai jamais !
Zunia s'agita avant de se redresser de toute sa taille, narines frémissantes.
- Oui ? interrogea Wakrist qui s'était réveillé à son tour.
- C'est Denver ! glapit la Grande Dragonne noire.
- Quoi ? insista Wakrist tandis que leurs cinq rejetons se démenaient à leur tour.
- C'est Denver : il a été enlevé ! Il a juste eu le temps de me transmettre un message télépathique.
- A toi et non à un des centaines de Dragons présents ? s'étonna Wakrist.
- A cause d'Alérian, forcément ! rugit Zunia qui faisait les cent pas avec une impuissance qui faisait mal aux cœurs. Mais notre ami n'est même pas en état de s'occuper de lui. Denver, et nous par la même occasion, n'avons pas à nous tourner vers lui, cette fois !
- Notre Roi, qui… ?
- Aucune idée. Et nous ne pouvons rien faire pour lui. Il va falloir continuer à nous armer de patience ! Et prier pour espérer une issue heureuse.
- Kidnappeurs naturels ou non ? fit une dernière fois Wakrist.
- Sûrement surnaturels. Leurs pensées, autant que celles de Denver, me sont bloquées. Qui que ce soit, il s'agit d'un être d'une puissance incommensurable !
Et les sept Dragons gémirent à l'unisson.
