Harry marchait d'un pas nerveux vers la Grande Salle, essayant de calmer les battements de son cœur mais sans y parvenir vraiment. Il avait affronté la mort en face, l'avait acceptée, mais l'idée de voir ses parents, Sirius et Remus, tous en vie et si jeunes, le remplissait de joie et de frayeur. Il allait enfin pouvoir les rencontrer, les connaitre, d'égal à égal et pas seulement comme leur fils ou leur filleul, mais ce plaisir était entaché de craintes, craintes de ne pas leur plaire, craintes de ne pas les apprécier avec leurs défauts d'adolescents, craintes de ne pas pouvoir se taire quand à leurs futurs. . . Avec Severus (il se forçait de ne pas penser à lui comme le Professeur Snape, il n'était pas sûr de pouvoir vaincre son inimitié en se rappelant sans cesse l'attitude de l'homme pendant sa scolarité. . . ) les choses étaient différentes: il ne connaissait pas son histoire, n'avait pas vraiment de passé commun avec lui, et ne s'attendait donc à rien de sa part.
Il s'arrêta devant les grandes portes de la salle, pour reprendre ses esprits mais aussi parce que le Directeur lui avait demandé d'attendre son appel. Dumbledore avait toujours eu un faible pour les entrées fracassantes. . . Il entendait le brouhaha des discussions des élèves, le bruit sourd de la vaisselle du petit déjeuner, et son estomac se serra. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas entendu cela, qu'il n'en avait plus fait parti. . . Cela, plus que le froid, la peur ou la douleur qu'il avait ressenti pendant la recherche des Horcruxes, avait été sa plus grande souffrance. Devoir renoncer à Poudlard, sa maison, l'unique qu'il ait eu depuis son entrée dans le monde magique et même d'aussi loin que remontassent ses souvenirs. . . Il avait toujours senti une relation particulière avec le vieux château, comme une communion, et être si prêt d'en faire à nouveau partie l'emplissait d'impatience. Aussi fut-il soulagé quand il entendit soudain le Directeur demander le silence.
« Votre attention s'il vous plait! Je dois vous annoncer que nous allons accueillir un nouvel élève dans nos rangs, un jeune homme qui entrera directement en septième année. Voici Henricus Bayliss! »
En entendant son 'nom', Harry sut que c'était à son tour de jouer et il poussa les portes pour entrer dans la Grande Salle. Et marqua un temps d'arrêt, choqué par la foule des élèves qui le regardait. Il avait été tellement seul pendant la traque des Horcruxes, et même après, qu'il avait perdu l'habitude d'être en présence d'autant de personnes! Mais continuer à avancer même quand tout le monde avait les yeux fixés sur lui, il avait du s'y faire dès son premier jour à Poudlard. Il masqua sa gêne du mieux qu'il put, tentant de marcher d'un pas calme et régulier, et alla rejoindre Dumbledore qui l'attendait, le Choixpeau à la main, en bas de l'estrade professorale.
Derrière le Directeur, Harry vit le professeur McGonagall froncer les sourcils. Elle savait qu'il n'était arrivé que la veille au soir, sans avoir été annoncé, et devait trouver son attitude un peu cavalière pour un nouvel élève. D'autant plus que la rentrée scolaire avait eu lieu depuis un bon mois déjà. . . Mais Harry la perdit de vue quand le Choixpeau lui tomba sur les yeux, le plongeant dans un univers sombre où la seule réalité était son propre esprit, et une petite voix amusée.
'Un nouvel élève! J'aime cela, vraiment, un peu de distraction avant l'année prochaine! Et une distraction de choix qui plus est! Qu'allons-nous faire de vous Mr Bayliss, ou devrais-je dire Mr Harry Potter? Vous venez de loin, je le vois, et vous avez vu beaucoup, trop peut être. . . Vous voulez aller à Serpentard? Etrange, pour un Gryffondor. . . Mais comme je vous l'ai apparemment déjà dit, vous feriez de grandes choses dans la maison de Salazard! Vous avez un projet. . . Oui, je vois, vous voulez sauver quelqu'un, Godric serait fier. Mais les moyens employés sont plutôt digne d'un représentant de SERPENTARD!'
Il avait crié ce dernier mot, au grand soulagement de Harry qui hotta le Choixpeau pour rejoindre la table de sa nouvelle Maison. Il n'avait pas pu en placer une, il avait du avoir beaucoup de chance la dernière fois, sans doute le Choixpeau avait-il été fatigué en arrivant enfin à son nom! Mais quoi qu'il en soit il était à présent un Serpentard et la suite ne dépendrait plus que de lui, de sa capacité ou non à s'intégrer et à gagner la confiance de Severus. Ce qui ne serait pas une mince affaire. . .
Pour le moment l'intéressé lui tournait carrément le dos, parlant avec un jeune homme petit et blond, sans doute un de ses camarades de classe. Avant d'entreprendre son projet Harry avait hésité à se renseigner sur les Serpentards de cette époque, mais il avait fini par y renoncer: il valait mieux improviser, partir sans apriori qui risquerait de le compromettre. Il allait avoir suffisamment de mal avec ceux qu'il ne pourrait pas s'empêcher de reconnaitre, comme par exemple le Préfet en Chef qui lui faisait signe d'approcher. . .
« Voila ton emploi du temps Bayliss. Les septièmes années s'assoient toujours ici, en bout de table, le plus loin possible de la Table des Professeurs. Il y a une place libre à côté d'Aisling O'Brien, elle te guidera aujourd'hui. Si tu as des questions, débrouille toi, je ne suis pas ton elfe de maison. »
Lucius Malefoy. . . Evidement, il jugeait que ce Henricus n'avait rien à lui apporter, il ne connaissait pas de Bayliss parmi les hautes lignées de sang-purs, alors pourquoi faire des efforts! Et cela convenait très bien à Harry, qui n'avait pas particulièrement envie de fréquenter le père de son meilleur ennemi. Il prit place après avoir remercié le Préfet, se concentrant sur son emploi du temps pour donner le change mais en vérité préoccupé par ce qui allait suivre.
Harry avait délibérément tenté de se rendre en 1975 plutôt que deux ans plus tard, et il était soulagé que cela ait réussi. Il n'aurait tout simplement pas supporté de suivre les même cours que ses parents, les croiser au sein de l'école lui serait déjà assez difficile. . . Et avoir une position supérieure à celle de Severus l'aiderait également, du moins l'espérait-il. Il espérait pouvoir apporter au futur Maitre de Potions quelques connaissances, il savait que l'homme était très attaché au savoir. Mais comment se présenter sans que l'autre ne suspecte quoi que ce soit? Et quels genres d'informations feraient pencher la balance, sachant que Harry n'avait jamais vraiment acquis le moindre savoir en potions si ce n'était les bases? Il commençait à regretter de ne pas avoir plus réfléchi à tout ces détails avant son départ, mais il avait été si pressé de mettre son plan en œuvre, et si inquiet que Dumbledore n'accepte pas un nouvel élève une fois la rentrée scolaire passée. . .
Mais il ne servait à rien de se lamenter à présent, et Harry se rendit d'un bon pas à son cours de Sortilèges en faisant semblant de suivre Aisling O'Brien. C'était une jeune fille au lourd accent irlandais, assez petite et aux traits délicats, dont la chevelure semblait prendre feu dès que le soleil s'y reflétait. Harry avait compris que Malefoy ne devait pas la tenir en haute estime, ou il ne l'aurait pas chargée de le guider, mais il en était content: il aurait été bien plus gêné si le futur Mangemort s'était intéressé à lui et avait tenté de mieux le connaitre. Il remarqua que la Serpentard le regardait discrètement, sans doute attentive à ses réactions, et il se concentra sur le moment présent. Il ne fallait surtout pas qu'elle pense qu'il était déjà venu à Poudlard, ou qu'il avait déjà un lien avec le château et ses habitants!
« A Poudlard chaque Maison a un Directeur, un membre du corps enseignant chargé de s'assurer du bien être des élèves et de voir avec eux leurs faiblesses ou leurs points forts. Notre Directrice est le Professeur Galatea Têtenjoy, c'est elle que tu devras aller voir si tu as le moindre problème en rapport avec ta scolarité. Tu vas bientôt la rencontrer, c'est notre Professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Mais je dois te prévenir, elle est assez âgée et ses conseils sont parfois assez dépassés. . . Elle a dit la semaine dernière à Narcissa Black, une élève de sixième année, que ce n'était pas grave si elle ne maitrisait pas le Sortilège du Bouclier parce qu'elle n'en aurait plus besoin une fois mariée! »
Harry sourit au ton outré de la jeune fille, cela lui rappelait les discussions enflammées qu'Hermione pouvait avoir lorsqu'elle était confrontée à une injustice.
« A qui est-elle fiancée? »
Il posait la question en sachant la réponse, mais il appréciait Aisling et pensait que ce serait agréable de se faire quelques amis pendant son séjour dans le passé. Peut-être ne les verrait-il plus jamais par la suite mais il ne savait pas combien de temps il passerait à cette époque, et il ressentait un étrange besoin d'être entouré, une envie qu'il n'avait pas ressenti depuis bien longtemps, depuis la mort de son parrain sans doute. Harry ne connaissait la jeune fille que depuis peu de temps, à peine deux heures en vérité, mais il sentait qu'en faisant l'effort de la connaitre elle était le genre de personne qu'il était susceptible d'apprécier. Depuis Ron, elle était la première personne à susciter en lui cette impression.
« A Heathcliff Somerset, un autre sixième année, mais Lucius Malefoy a des vues sur elle et fait tout pour annuler les fiançailles. Les Somerset sont furieux, ils ont du promettre beaucoup pour obtenir ce mariage bien au dessus de leurs conditions mais comme Narcissa est une cadette ses parents ne ce sont pas opposés à son choix. Mais maintenant ils hésitent, une alliance avec les Malefoy ne se refuse pas et ils n'auraient jamais promis leur fille à Heathcliff si ils avaient su pouvoir espérer cette opportunité. »
Autant l'anecdote concernant le Professeur Têtenjoy avait amusé Harry, n'y voyant là qu'un conseil d'un autre âge que personne ne suivrait plus, autant il fut profondément choqué par ce que lui racontait Aisling d'une voix égale, comme s'il s'agissait de quelque chose de naturel. Il n'aurait jamais pensé que les mariages arrangés soient encore d'actualité à l'époque de ses parents, à Serpentard comme ailleurs, et il était surpris que sa camarade n'en soit pas offusquée. Mais comme ils étaient arrivés devant la porte de leur salle de classe, il ne put continuer sur le sujet et se résolut à attendre la fin de la journée pour en apprendre plus sur Aisling O'Brien.
. . .
Kingsley Shacklebolt, ancien Auror et actuel Ministre de la Magie, était préoccupé et cela se voyait dans la façon dont il marchait, précipitamment, vers l'hôpital Ste Mangouste. Son intervention devant le Magenmagot ne s'était pas déroulée comme il l'aurait souhaité, loin de là. Augusta Londubat avait été nommée à sa présidence peu après la chute de Lord Voldemort, reprenant le travail de la regrettée Amelia Bones assassinée par ce dernier. La vieille sorcière avait été soutenue par le Ministre, celui-ci la sachant droite, sévère mais juste, le genre de personne dont on avait besoin après ces temps de trouble. Qu'elle ne se plie pas à ses désirs était un bon signe, le signe que la Justice Magique était entre de bonnes mains, mais savoir cela n'atténuait en rien sa frustration.
Pendant les mois qui avaient suivi la fin de la guerre, alors que le monde magique tentait de se relever de ses cendres, une grande partie du travail du Ministère et de ses Aurors avait été de traquer les Mangemorts en fuite et de préparer leurs jugements. Mais pendant que la majorité de la population sorcière réclamait justice et vengeance, Harry Potter était venu le voir pour demander clémence. Clémence pour Severus Snape, ancien Mangemort, ancien espion, assassin d'Albus Dumbledore et soutien constant du jeune héro. Et devant les preuves que l'Elu lui avait montré, il avait du se faire une raison: le Maitre de Potion méritait que sa mémoire soit graciée.
Mais le Magenmagot en avait décidé autrement. Tant que l'homme ne serait pas déclaré mort dans tous les sens du terme, physiquement, magiquement et intellectuellement, il aurait à répondre de ses crimes avant qu'une grâce ne puisse être prononcée. Et peut importe si tous les médecins s'accordaient à dire qu'il ne se réveillerait sans doute jamais, que son état était une aberration de la magie tout comme de la médecine, Augusta Londubat avait enterré son dossier jusqu'à sa mort ou son réveil. Au moins ne l'avait-elle pas non plus déclaré coupable. . .
Voilà pourquoi le Ministre était énervé, et pourquoi il se rendait à l'hôpital. Il savait que sa visite était inutile, si l'état du malade évoluait il en serait aussitôt informé, mais cela lui permettrait peut-être d'évacuer sa colère avant d'avoir à traiter les autres dossiers en cours, notamment le cas de Lucius Malefoy. . . Que faire de cet homme, qui selon tous les témoignages avait été autant un complice qu'une victime de Lord Voldemort? Kingsley savait que punir sans discernement les Mangemorts, comme cela avait été le cas lors de sa première chute, serait une erreur. Il fallait que justice soit faite, dans tous les sens du terme, sans indulgence mais sans laisser libre cours à la vengeance. Cela ne serait pas facile.
L'hôpital Ste Mangouste avait rarement été aussi calme. Depuis la fin de la guerre, c'était comme si la population magique était devenue excessivement prudente, il n'y avait jamais eu aussi peu d'accidents physiques ou magiques, aussi peu d'agressions, les cas les plus graves à traiter étant souvent liés à une trop forte consommation de Whisky Pur-feu lors des libations en l'honneur de la victoire. Le Ministre trouva donc assez rapidement le Guérisseur en Chef Augustus Pye, du service des Blessures par Créatures Vivantes au premier étage du vénérable établissement.
« Son état est stationnaire, mais c'est déjà un miracle. Comme je vous l'ai dit dans mon dernier rapport, cet homme ne devrait pas être vivant. A vrai dire, je ne suis même pas sûr qu'il le soit: ses fonctions vitales ne sont pas actives, pas plus que ses fonctions cérébrales, mais sa magie est toujours là et empêche la décomposition. »
Kingsley observa l'homme couché sur le lit d'hôpital. Il semblait dormir, l'air pas plus cadavérique que de son vivant, mais le Ministre savait que s'il se penchait il ne sentirait aucune respiration, aucun battement de cœur. Et c'était ça que le Magenmagot refusait de juger avant sa 'mort'! Il se demanda si il avait eu raison de faire admettre cet homme à Ste Mangouste, si il n'aurait pas mieux valu le considérer comme mort quand Hermione Granger l'avait tiré de la Cabane Hurlante. La vision le hanterait sans doute jusqu'à la fin de ses jours: les yeux noirs vides et grands ouverts sur la mort, les cheveux hirsutes imprégnés de sang coagulé, l'entaille géante à la gorge aux bords rongés par le poison, toute l'horreur du Seigneur des Ténèbres concentrée dans le pauvre corps mutilé. Mais contre toute attente, Poppy Pomfresh l'avait déclaré en vie, du moins magiquement.
« Nous en savons un peu plus sur la raison de sa survie. Nous pensons que c'est lié à une potion, ou en tout cas à quelque chose capable de lutter contre le poison de Nagini et contenant un très fort agent coagulant. Les premières analyses de son sang commencent à donner des résultats, mais nous sommes encore incapables de savoir quoi que ce soit avec exactitude. »
Les deux hommes se serrèrent la main, puis Kingsley se dépêcha de retourner au Ministère. Il y avait encore tant à faire. . . Notamment retrouver Harry Potter, qui semblait avoir disparu dans les méandres du temps!
. . .
« Il n'y a aucune trace de Harry dans ces foutus archives! »
Ron était exaspéré, et cela se sentait au son de sa voix. Cela faisait une semaine que Hermione et lui-même fouillaient dans les catacombes du Ministère de la Magie, espérant trouver un indice sur sa destination, mais la seule chose qu'ils avaient trouvé était des araignées larges comme la main au grand désespoir du jeune homme. Hermione se releva, des toiles plein sa chevelure qui n'avait jamais été autant en broussaille.
« Il faudrait aller à Poudlard, peut-être que Harry se fait passer pour un élève, où qu'il soit. Ou plutôt quand. Si c'est le cas on ne trouvera rien ici, l'école dispose d'un système d'archivage indépendant pour assurer l'anonymat de ses élèves. Mais on aura besoin d'une autorisation du Conseil des Parents, de l'accord du Directeur. . . »
Ron grogna. Il allait passer des araignées à Draco Malefoy, et n'était pas sûr d'y gagner au change!
