La veille au soir, j'ai eu du mal à convaincre Suzuki de rejoindre sa chambre et de se reposer. Il voulait rester auprès de son petit ami, ce qui se comprend. Mais il fallait qu'il se repose.

Et ce matin, à peine réveillé, le voilà au chevet de Matsumoto. Moi de-même.

« Monsieur Suzuki, vous devriez vous reposer.

-Je veux être là lorsqu'il se réveillera.

-Monsieur …

-Je sais ce que vous allez dire Docteur. Mais je … »

Le blond n'a pas le tems de finir sa phrase qu'il s'effondre, inconscient.

Je me précipite sur lui et prend son pou : faible.

Je prends mon portable et j'appel :

« Faites venir un brancard en salle de soin intensif. Un patient s'est évanouit. Vite ! »

Un brancard arrive rapidement et nous le conduisons en salle de soin. Nous réussissons à stabiliser son état et nous allons lui faire faire un scanner.

« Verdict ?

-Docteur Takia, il faut l'opérer d'urgence. Il a un hématome au niveau du lobe frontal.

-Très bien, préparer la salle d'opération. »

[Trois heures plus tard]

« Docteur Takia ?

-Monsieur Suguru, que faites-vous ici ?

-J'ai été prévenu par une infirmière. Comment va Ryo ?

-Il va s'en sortir et sans dommages. »

Joyama eut un soupire de soulagement et se rassit sur le fauteuil de la salle d'attente.

« Dites Docteur … »

Il n'a pas le temps de poser sa question que je suis appelée par :

« Monsieur Tanaka ? »

Il s'approche de moi, ma fille accrochée à lui.

« Sayuri ? Que t'ait-il arrivé ?

-Elle s'est blessé en cours de sport. Je l'ai emmenée directement ici.

-Merci Monsieur Tanaka. »

Le professeur de sport de ma fille l'aide à s'asseoir sur un fauteuil et s'en va non sans un dernier signe de tête.

« Où as-tu mal ?

-Ma cheville…

-Avoue que tu as fait ça pour venir me voir.

-J'aurai trouvé un autre prétexte Maman. Me briser la cheville alors que le concert n'est finalement pas annulé, c'est pas mon truc.

-Pas annulé ? Comment ça ?

-Bah ils vont faire le concert sans le faire. En fait, ils vont utiliser les anciens concerts qui sont sur DVD et faire un vote à l'entrée des fans et en passer un. Aussi simple que ça.

-Ouais ouais… Si tu le dis. Et tu compte y aller même avec ta cheville de fracturer ?

-OUI ! Maman, sais-tu seulement ce que Ruki a ?

-Oui, je sais.

-Comment tu sais ? Je t'ai encore rien dit puisque tu n'es pas rentrée à la maison cette nuit.

-Ne me reproche pas de vouloir aider ton chanteur en restant à l'hôpital !

-QUOI ? C'est toi le Docteur qui s'occupe de Ruki ?

-Oui Sayuri, maintenant baisse d'un ton.

-Maman ! Je veux un autographe.

-Sayuri Takia ! Il est inconscient et je ne sais pas quand il se réveillera. Il ne pourra surement plus jamais parler, et si par chance il retrouve sa voix, il ne pourra jamais rechanter. Sa vie de chanteur est finie. D'autant plus qu'il y a de forts risques qu'il perde temporairement la mémoire. »

Les yeux de ma fille se remplissent de larmes et je soupire. J'ai été un peu trop directe encore une fois …

Je fais venir un fauteuil roulant pour la conduire dans une salle de soin, mais une main me retient.

« Il ne pourra vraiment plus chanter ? »

Sayuri pousse un cri suraigu et je soupire.

« Maman ! C'est Aoi !

-Sayuri, ferme-la. Yokosuka, emmenez-la en salle de soin.

-Oui Docteur. »

Je regarde Joyama et je lui dis :

« Même s'il retrouve sa voix, il ne pourra jamais chanter comme il le faisait avant. C'est triste à dire, mais sa carrière s'arrête sur cet accident.

-Mais …

-Monsieur Joyama, ses cordes vocales ont été coupées. Ce sera un véritable miracle s'il peut un jour reparler.

-Je comprends … »

Après un silence de quelques minutes, il me dit :

« Votre fille vous ressemble beaucoup. Elle est très jolie.

-Est-ce une façon détournée pour me faire un compliment, Monsieur ?

-En quelque sorte, oui. »

Il me sourit à pleines dents et je lui dis :

« Je suis désolée, Monsieur, mais il y a longtemps que j'ai tiré un trait sur vous. »