Bonjour,

Voici le 4ème chapitre et Gabriel fait son apparition. Merci à Elyrine pour son boulot de correction.

Oh et comme toujours merci à vous pour vos messages !

Bonne lecture et à lundi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Behind blue eyes de Limp Bizkit

Chapitre 4 : Conseils

« Un conseil est comme un remède qui est d'autant meilleur qu'il est amer. »

Proverbe bosniaque

30 mai 2007. 9 ans, 7 sept mois et 18 jours avant l'accident.

Castiel avait espéré que son obsession disparaisse une fois qu'il aurait quitté le café. Il avait espéré que ne plus avoir Dean sous les yeux l'aiderait à se rendre compte qu'il avait été stupide. Il était adulte et plutôt raisonnable. Il refusait de croire qu'il avait pu tomber amoureux d'un homme qu'il ne connaissait pas. Dean était séduisant. Il était même à couper le souffle. Mais Castiel ne savait rien de lui. Il ne croyait pas au coup de foudre. Il avait vu un homme attirant et parce qu'il n'avait pas eu de relations sexuelles depuis de longs mois, son cerveau lui avait joué des tours. C'était la seule explication rationnelle. Sauf que c'était également un mensonge.

Car même après avoir quitté le café et Dean et passé de longues heures à lire de vieux textes qui n'intéressaient que lui, il ne pouvait pas s'empêcher de penser au serveur et à leur courte discussion. Il ne parvenait à effacer son visage de son esprit. La couleur de ses yeux. La perfection de son corps musclé. Pire encore, il mourrait d'envie de retourner discuter avec lui. De lui demander de tout lui dire de sa vie, de ses goûts, de sa famille et surtout de ses préférences sexuelles. Castiel savait gérer une simple attirance physique. Soit il choisissait d'y succomber, soit il prenait ses distances. Mais il n'avait aucune idée de la façon dont on devait gérer une telle situation. Tomber amoureux était bien trop compliqué. C'était dangereux et une distraction dont il préférait se passer. Il ne voulait pas s'attacher à quelqu'un. Il ne voulait pas s'engager tant qu'il n'aurait pas obtenu son doctorat.

Son cœur semblait toutefois se ficher totalement de toutes ces considérations. Et Castiel ne comprenait pas comment il était possible d'avoir de tels sentiments pour un homme qu'il ne connaissait pas. Un homme qui était peut-être cruel et intolérant. Un homme qui pouvait parfaitement être un tueur en série. Castiel en doutait. Mais c'était possible.

Il avait besoin de conseils. Et en la matière, le seul à pouvoir les lui fournir était Gabriel. Son frère avait beau se comporter comme un imbécile immature la majeure partie du temps, il n'en était pas moins là quand Castiel avait besoin de lui et prenait son rôle d'aîné à cœur. Il écouterait Castiel, le conseillerait du mieux possible... et se moquerait de lui. Cela faisait partie de sa personnalité.

Gabriel et lui avaient toujours été particulièrement proches. Durant leur enfance, ils ne cherchaient pas à se faire d'amis et jouaient exclusivement tous les deux. Ils se disaient tout. Gabriel confiait le moindre de ses secrets à son frère et Castiel en faisait de même en retour. Il lui avait dit pour son homosexualité très rapidement et n'avait jamais craint sa réaction.

Durant l'adolescence, ils avaient passé un peu moins de temps ensemble. Gabriel avait deux ans de plus que lui et avait multiplié les conquêtes durant une période. Ils s'étaient un peu éloignés. Mais quand Castiel avait commencé à sortir de son côté et s'était heurté à l'intolérance de certains, il s'était aussitôt retourné vers son frère. Il n'avait pas été surpris de constater alors que Gabriel était capable de tout laisser en plan pour venir le voir. Il lui avait donné un conseil simple. « On se fiche de ce que les autres pensent. Sois toi-même et vis ta vie ». Castiel avait appliqué cette doctrine et continuait à l'appliquer aujourd'hui. Si les autres n'étaient pas capables de l'apprécier alors il devait les laisser de côté et ne surtout jamais changer pour leur plaire.

A présent qu'ils vivaient tous les deux loin de la maison, ils étaient redevenus inséparables. Ils n'habitaient pas ensemble mais avaient tout de même choisi le même quartier. Gabriel avait ouvert sa pâtisserie comme il en avait toujours rêvé. Les premiers temps avaient été difficiles mais il avait refusé l'aide financière de leurs parents et il avait fini par réussir. A présent, son magasin était connu et reconnu. Castiel était fier de lui.

Après sa rupture avec Balthazar, c'était auprès de Gabriel qu'il avait trouvé du réconfort. Et c'était lui qui lui avait fait comprendre qu'il n'avait probablement jamais été amoureux de son petit ami. Que c'était ce qui expliquait qu'il n'ait pas particulièrement souffert. Il l'avait alors encouragé à rencontrer le bon. Et si le fait que Castiel ne sorte jamais pour tisser des liens l'agaçait au possible, il le soutenait tout de même dans ses choix. Gabriel pouvait être maladroit et taquin mais il était toujours là. Il ne lui avait jamais fait défaut.

Et Castiel savait que cette fois-ci ne serait pas différente. C'était aussi pour ça qu'il était déterminé à aller le voir. Peu importait les moqueries. Peu importait qu'il en entende parler pendant des semaines ou des mois entiers. Il savait que son frère lui donnerait de bons conseils. Même s'ils n'étaient jamais faciles à entendre.

Castiel acheta en route un paquet des sucreries que son frère consommait en quantité industrielle. A titre personnel, il les détestait. Ces monstruosités gélatineuses avaient un goût chimique qui ne ressemblait en rien à celui d'un fruit comme le paquet le vantait. Mai Gabriel les adorait. Et Castiel voulait lui démontrer, par les actes à défaut de pouvoir le faire par la parole parfois, combien il lui était reconnaissant pour son aide.

Gabriel vivait à moins d'un kilomètre de chez lui. Castiel choisit donc de s'y rendre à pied. Il ne faisait pas froid et cela lui faisait faire un peu d'exercice. Depuis qu'il avait commencé à travailler sur son doctorat, il n'avait plus le temps d'aller courir. Il était conscient que cela avait eu un effet sur son corps. Ses muscles étaient moins fermes et leur dessin moins net. Mais après sa rencontre avec Dean, il avait envie de recommencer. Juste pour être à sa hauteur. Ou du moins ne pas sembler ridicule à côté de lui. Il était évident que le jeune homme était sportif. Son corps n'avait aucun défaut et était sans nul doute le résultat de longues heures de travail. Castiel estimait qu'il était un exemple à suivre. Et si par chance, il se retrouvait un jour nu devant lui, il ne voulait surtout pas paraître ridicule et risquer de le décevoir.

Castiel ne fut pas surpris quand son frère ouvrit la porte de son appartement avant même qu'il n'ait le temps de frapper. Il le connaissait bien et savait combien la ponctualité était une chose importante pour lui. Il le fit entrer en lui prenant le sachet de bonbons des mains puis lui fit signe de le suivre dans le salon.

Castiel se laissa tomber sur le canapé puis se passa une main sur le visage. Il ne savait pas comment aborder le sujet. Gabriel savait parfaitement pourquoi il était là mais il était nerveux. Il n'était pas sûr qu'il existait des mots appropriés pour décrire ce qu'il ressentait. Ce qu'il avait vécu en posant les yeux sur Dean.

- OK, on peut continuer à rester silencieux ensemble mais puisque tu es venu ici pour me parler de quelque chose d'important, je préférerais qu'on parle, justement. Cela me semble plus constructif, non ?

Castiel hocha la tête. Il prit ensuite une grande inspiration avant de se lancer.

- Je ne sais pas comment définir avec précision ce que j'ai vécu Gabe mais c'est… c'est comme si le monde s'était arrêté de tourner pendant quelques minutes. Quand j'ai posé les yeux sur lui, mon cœur s'est mis à battre plus vite. Mes mains étaient moites et j'étais incapable de parler. Incapable de bouger. Incapable de le quitter des yeux. C'est… je ne sais pas ce qui s'est passé.

Il regarda Gabriel ouvrir le sachet de bonbons et en mettre plusieurs dans sa bouche. Il mâcha bruyamment pendant quelques secondes avant de sourire.

- OK, parle moi de lui, lança-t-il.

Castiel prit quelques secondes pour rassembler ces idées. Il ne savait pas par quoi commencer. Il avait tellement de choses à dire de Dean. C'était fou parce qu'il ne le connaissait pas vraiment et pourtant, il aurait pu parler de lui pendant des heures sans se lasser.

- Il est parfait, déclara t-il finalement. Il est... pour commencer, il est sans nul doute l'homme le plus séduisant qu'il m'ait été donné de rencontrer dans ma vie. Il est plus grand que moi et… il est… il a les yeux verts, les cheveux châtains, des lèvres épaisses et pulpeuses… un nez droit et une mâchoire carrée. Il a un long cou et les épaules larges. Il a les jambes arquées et des fesses… des fesses rondes et musclées. Franchement Gabe… si on m'avait demandé de décrire l'homme idéal avant de le rencontrer, je suis presque sûr que je l'aurais décrit sans le connaître.

Gabriel hocha la tête en souriant toujours. Castiel était surpris qu'il ne se soit pas encore moqué de lui. De sa façon de décrire Dean comme une œuvre d'art. Ce qu'il était d'ailleurs. Plus parfait que le David de Michel-Ange. Il aurait pu faire fortune en posant pour des artistes. Ou pour des photographes.

- OK, il est beau garçon. Pas étonnant que tu aies eu du mal à regarder ailleurs. Mais ce n'est pas la première fois que tu croises un homme attirant. C'est pourtant la première fois que cela te met dans un tel état.

- Parce qu'il n'est pas uniquement beau et sexy et parfait… il est… il est tellement plus. Il est drôle et avenant. Il est gentil et curieux. Et il est intelligent. Généreux. Il est visiblement doué en cuisine. C'est… Gabe, j'ai l'impression de perdre la tête. Je n'ai jamais ressenti quoi que ce soit d'aussi fort pour quelqu'un. Pas même après plusieurs rendez-vous. Non seulement ces sentiments sont incroyablement forts et puissants mais ils sont aussi… je n'ai parlé avec lui que quelques minutes et je ne peux pas… je ne devrais pas ressentir ce genre de choses pour quelqu'un que je ne connais pas.

C'était là tout le problème. Il pouvait admettre qu'il soit capable de tomber amoureux même si cela ne lui était jamais arrivé jusque-là. Mais il ne comprenait pas qu'il puisse tomber amoureux aussi vite. Ce n'était pas logique. Ce n'était pas normal. Il était peut-être réellement en train de perdre la tête.

- C'est pour ça que ça s'appelle un coup de foudre, mon grand. Ça nous tombe dessus sans qu'on le voit venir et sans qu'on y soit préparé. Et ça nous laisse ensuite… changé, je suppose.

Castiel fronça les sourcils. C'était une analogie un peu stupide à son goût. Mais il pouvait voir où Gabriel cherchait à en venir. Et cela avait du sens, après tout.

- OK, disons que c'est ce qui s'est passé… qu'est-ce que je dois faire maintenant ? Je ne peux pas aller le voir et lui expliquer que j'ai eu le coup de foudre pour lui et le demander ensuite en mariage. Parce que s'il n'a pas ressenti la même chose que moi, il risque d'appeler la police.

- Non, tu ne peux pas le demander en mariage, Cassie. Je pense qu'il est préférable que tu t'en tiennes à quelque chose d'un peu moins… grandiose tant que tu n'en sais pas plus sur lui. Je détesterais avoir à aller te chercher au commissariat pour ça.

Castiel soupira longuement, fatigué. Il n'aurait jamais dû se rendre dans ce café. Tout aurait nettement plus simple pour lui s'il n'avait pas rencontré Dean. Il pourrait continuer à vivre sa vie sans se soucier du jeune homme. Sans se demander s'il avait une chance. Sans penser à lui à chaque seconde de chaque minute. Il allait finir dans un asile à ce rythme. Et cela ne faisait que quelques heures. Il n'osait imaginer son état d'ici quelques jours.

- Il y a plusieurs choses que tu dois prendre en considération avant de tenter quoi que ce soit, ajouta finalement Gabriel après quelques secondes de silence.

Castiel savait qu'il ne pouvait se lancer tête baissée dans cette histoire. Il ne pouvait débarquer au café demain et avouer à Dean son amour inconditionnel pour lui. Il ne pouvait pas lui dire qu'il voulait faire sa vie avec lui, le mettre dans son lit et ne plus jamais le laisser le quitter. Il n'était toutefois pas sûr de pouvoir s'en empêcher. Parce qu'il avait réellement envie de toutes ces choses.

- Tu es absolument sûr que ce n'est pas uniquement une attirance sexuelle ?

Il fallut plusieurs minutes à Castiel pour comprendre qu'il s'agissait là d'une question et non pas d'un constat. Il se racla alors la gorge.

- Sûr et certain. Je suis attiré par lui, c'est évident. Et j'ai définitivement envie de lui faire l'amour pendant des heures. De l'entendre crier mon nom encore et encore pendant que je…

- Cassie, épargne-moi les détails, s'il te plaît. J'aimerais assez ne pas avoir à me crever les tympans ce soir.

- Pardon, je… je m'emballe. Ce que je veux te dire, c'est que oui, je suis attiré physiquement par lui. Mais ce n'est pas que ça. Je veux aussi apprendre à le connaître. Je veux le voir trouver ce qu'il veut faire de sa vie et s'épanouir. Je veux le voir vieillir et être là à chaque étape de sa vie future. Je veux être celui vers qui il se tournera à chaque fois qu'il aura besoin d'un conseil. Je veux… je veux tout.

Gabriel sembla songeur une seconde et Castiel choisit de lui laisser le temps nécessaire pour trouver la réponse adéquate. Son frère avala encore une poignée entière de bonbons avant de reprendre la parole.

- OK, il est évident que ce n'est pas qu'une question de frustration sexuelle. Ce qui m'amène au deuxième point essentiel qu'on doit aborder ensemble.

- Oh, souffla Castiel qui ne voyait pas quoi dire d'autre.

Il était soulagé de voir que son frère prenait les choses au sérieux. Il n'avait pas encore cherché à plaisanter et n'avait même pas dit la moindre chose désagréable à son encontre. C'était la preuve qu'il trouvait la situation trop sérieuse pour agir normalement. Castiel était sûr à présent que Gabriel saurait quoi faire.

- Est-ce qu'il est gay ?

Castiel haussa alors les épaules. Il n'en avait aucune idée. D'ordinaire, il devinait assez facilement si une personne était homosexuel ou non. Gabriel appelait cela son « gaydar ». Castiel trouvait le terme stupide mais plutôt approprié. Il avait effectivement le don de déceler ce genre de choses chez quelqu'un qui l'intéressait. Cela lui avait évité bien des problèmes par le passé. Mais il avait été incapable d'en faire de même avec Dean. Il n'aurait pas su dire si le jeune homme était gay, hétérosexuel ou bisexuel. C'était une partie de son problème.

- Je ne sais pas. Il n'a pas laissé sous-entendre qu'il pouvait l'être ou pas. Il n'a rien dit dans ce sens et… je n'ai pas… je n'en sais rien.

- Tu veux dire que ton gaydar te fait défaut au moment où tu en as le plus besoin ? Oh, c'est pas de chance, hein.

- Tu sais que je n'aime pas ce terme mais… oui… on dirait bien qu'il n'a pas fonctionné cette fois. Et ça ne m'est jamais arrivé avant. Ce qui est probablement à rajouter sur la liste des choses étranges qui se sont produites quand j'ai rencontré Dean.

Gabriel grimaça une seconde avant de se passer une main sur le visage. Castiel soupira longuement, agacé par son manque de réponses.

- Bon eh bien je pense qu'il serait préférable que tu lui poses la question. Il est possible qu'il ne soit pas gay et… tu risques d'avoir le cœur brisé si c'est le cas. Il est préférable que tu le saches rapidement. Histoire de ne pas avoir trop d'espoir.

Castiel savait bien que c'était la première chose à faire. Mais comment pouvait il poser la question à Dean sans pour autant paraître trop curieux. Il ne pouvait décemment pas l'interroger clairement sur le sujet. Ce n'était pas une question qu'on pouvait poser à quelqu'un qu'on connaissait à peine. Il allait devoir agir un peu plus subtilement. Ce n'était toutefois pas une de ses qualités. C'était aussi pour ça qu'il avait du mal à se faire des amis. Généralement, on le trouvait bizarre parce que trop franc.

- Pour commencer, tu devrais lui proposer d'aller boire un café avec toi, suggéra Gabriel.

- Il travaille dans un café, intervint Castiel.

- Et alors ? Ce n'est pas parce qu'il travaille dans un café qu'il ne lui arrive pas d'aller boire un café ailleurs. Propose lui d'aller boire un verre si l'idée d'un café te dérange.

- Il saura aussitôt que je suis intéressé. Personne ne fait ce genre de propositions sans arrière-pensées.

Gabriel secoua la tête, visiblement consterné par ce que Castiel disait. Ce dernier fronça les sourcils. Il ne voyait pas ce qu'il pouvait avoir dit pour provoquer cette réaction chez son frère.

- Cassie, tu es stupide parfois. Non, souvent. Mais parce que je t'aime, je vais te dire quelque chose d'essentiel… il arrive aux gens normaux de sortir avec d'autres gens normaux juste parce qu'ils les apprécient. Et pas uniquement pour coucher ensuite avec eux. C'est ce qu'on appelle aller boire un verre entre amis. Dean pourrait avoir envie d'être ton ami. Et si vous finissez la soirée au lit alors tu auras ta réponse.

Castiel prit une seconde pour réfléchir à ce que son frère venait de lui dire. Il n'avait jamais invité qui que ce soit à boire un verre sans avoir en tête l'idée de le ramener ensuite chez lui. Ce qui ne lui arrivait de toute façon presque jamais. Il était totalement étranger avec le concept de partager un verre entre amis. Comment pouvait-on proposer quelque chose de ce genre à quelqu'un sans qu'il se fasse de fausses idées ?

- Je vais donc le voir et quoi ? Je lui demande s'il aimerait devenir mon ami et boire un verre avec moi ?

- Eh bien si tu étais à la maternelle ou à l'école primaire, oui, c'est ce que je t'encouragerais à faire. Mais puisque tu es adulte, c'est un tout petit plus compliqué que ça, malheureusement. Tu peux pas demander à quelqu'un de devenir ton ami. C'est quelque chose qui se construit dans le temps.

- Mais tu m'as dit que je ne devais pas attendre ! Protesta Castiel qui perdait patience.

Gabriel soupira longuement à son tour. Castiel pouvait sentir qu'il était agacé mais pas surpris. Il savait combien son frère pouvait être maladroit et inexpérimenté quand il s'agissait de tisser des liens avec les autres. C'était une des choses qui les différenciaient.

- Oui et je le pense mais tu ne peux pas poser la question comme ça. De toute façon, il lirait clair dans ton jeu aussitôt. Non. Tu dois aller le voir, discuter avec lui et ensuite lui proposer de sortir. Tu n'as qu'à lui dire que tu n'as pas beaucoup d'amis et que tu ne connais pas grand-monde ici.

- Donc ce que tu me conseilles, c'est d'avoir l'air pathétique. Tu crois vraiment que j'ai une chance de le séduire comme ça.

- Il n'est pas encore question de le séduire, Cassie. Et franchement, entre nous, tu es un peu pathétique. Tu le sais aussi bien que moi. Ce ne serait même pas un mensonge. Tu n'as pas d'amis en ville… et ne me dis pas que tu m'as moi. On est frères, c'est différent.

Castiel baissa les yeux sur ses mains. Il savait que son frère avait probablement raison. Il était bien plus doué que lui pour se faire des amis. Les gens l'appréciaient assez rapidement. Il était abordable, drôle et avenant. Tout ce que Castiel aurait aimé pouvoir être face à Dean.

- Donc je lui propose d'aller boire un verre après lui avoir expliqué que je ne connais pas grand-monde en ville. Et ensuite quoi ? Qu'est-ce que je fais s'il dit non ?

Il releva la tête juste à temps pour voir Gabriel hausser les épaules.

- Alors tu laisses tomber et tu passes à autre chose. Tu ne peux pas le harceler jusqu'à ce qu'il dise oui. Soit il est intéressé, soit il ne l'est pas. Au moins, tu seras fixé.

Cela paraissait simple présenté ainsi. Sauf que ça ne l'était pas. Non seulement Castiel n'aimait pas l'idée de faire une telle proposition à Dean mais il n'était pas sûr en plus de pouvoir accepter facilement un refus. Il était presque sûr qu'il aurait du mal à se retenir de le supplier. Ce qui le ferait paraître plus pathétique encore.

- Je suppose que tu ne peux pas aller lui demander pour moi, avança-t-il sans grand espoir.

- Une nouvelle fois, je le ferais sans hésiter si on était encore à l'école. Mais à nos âges, ce serait ridicule.

Castiel ferma les yeux une seconde en se pinçant l'arrête du nez. Il aurait aimé pouvoir revenir quinze ans en arrière. Tout était plus simple quand on était enfant. Tisser des liens avec les autres n'étaient pas aussi compliqué. Il suffisait de leur adresser la parole et de leur demander franchement s'ils souhaitaient devenir amis avec vous. Une fois adulte, on apprenait à amener les choses d'une autre manière. C'était tordu et certainement moins honnête.

- Cassie écoute, si ce Dean est gay, tu as toutes tes chances. Tu es beau garçon et tu es intelligent. Il t'arrive même d'être drôle, parfois… la plupart du temps sans le vouloir mais ça fait partie de ton charme. Il succombera, j'en suis convaincu.

- J'aimerais l'être autant que toi mais Gabe, tu ne l'as pas vu. Il est tellement… tellement parfait qu'on ne joue définitivement pas dans la même division. C'est… s'il est gay, je suis convaincu qu'il a déjà un petit ami. Un type aussi parfait que lui qui fait du sport et est bardé de diplômes. Un type qui a conscience de la chance qu'il a de l'avoir dans sa vie et… qui le vénère comme j'aimerai pouvoir le faire pour le restant de mes jours. Un homme comme lui n'est pas seul. Il ne peut pas être célibataire.

Gabriel vint s'asseoir à côté de lui et lui posa la main sur la cuisse. Castiel la recouvrit aussitôt de la sienne. Il avait besoin de ce contact. Son frère et lui avaient toujours été très tactiles. Ils se serraient souvent dans les bras. C'était sans nul doute pour compenser le manque de gestes affectueux de la part de leurs parents.

- D'abord, personne n'est parfait. Tu es clairement aveuglé par ce que tu ressens pour lui. Je suis convaincu qu'il a des défauts, comme tout le monde.

Castiel grogna pour montrer son désaccord mais ne dit rien de plus. Gabriel enchaîna aussitôt.

- Et même s'il est aussi merveilleux que tu le prétends, ça ne veut pas dire qu'il n'est pas seul. Il n'a peut-être juste pas trouvé la bonne personne. Ça arrive aux meilleurs d'entre nous aussi.

Castiel doutait fortement de cette possibilité. Mais s'il continuait à se montrer aussi négatif, il n'avancerait pas. Il ne devait pas être trop optimiste mais il devait croire en ses chances. C'était ce qu'il avait toujours fait pour ses études. Bien sûr, cette fois c'était différent. Il n'aurait pas de seconde chance. Et s'il échouait, il en ressortirait le cœur brisé. C'était quelque chose à ne pas négliger.

- Et puis franchement, tu n'es pas du genre à douter de toi. Tu es quelqu'un de confiant et de sûr de lui. Tu as des atouts. Tu n'as pas à te dévaloriser de la sorte.

- Sauf que je n'ai pas suffisamment d'atouts. D'accord, je sais parler plusieurs langues mais la plupart sont des langues mortes qui n'intéressent pas grand monde. Je sais que j'ai de jolis yeux mais mon visage n'est pas parfait comme le sien. Je ne suis pas aussi grand. Pas aussi musclé. Pas aussi… sexy.

- Je ne vais pas me prononcer sur ce dernier point parce que… tu es mon frère alors non merci mais… ta façon de te décrire est ridicule. Tu n'es rien de tout ça. Au-delà de ton aspect physique qui est loin d'être repoussant, tu es quelqu'un de bien. Et ça, c'est essentiel.

- Sauf que ça ne se voit pas au premier abord. Il faudrait qu'il accepte de me connaître un peu plus pour le comprendre. Soyons réalistes une seconde, Gabe… dans ces situations-là, c'est le physique qui détermine tout. On voit quelqu'un qui nous plaît et on apprend ensuite à le connaître. Si je ne suis pas à son goût, il ne cherchera pas à aller plus loin.

Gabriel haussa les épaules.

- Alors c'est que c'est quelqu'un de superficiel. Et une nouvelle fois, tu n'es pas moche, Cassie. Bien au contraire. Alors arrête de dire des bêtises.

Castiel n'avait jamais eu de complexes. Il n'avait jamais accordé une grande importance à son physique. Il se sentait bien dans sa peau et il avait jusque-là toujours réussi à séduire les hommes qui l'intéressaient. Mais aucun n'était comme Dean. Aucun ne lui avait fait un tel effet. Il avait peur d'échouer. Et cela avait réveillé en lui des doutes qu'il ne pensait pas avoir. Il était terrifié.

- Tu vas prendre ton courage à deux mains et aller voir ce garçon. Tu vas discuter avec lui et lui proposer de sortir un de ces soirs. Tu vas faire tout ça et tu vas obtenir un oui qui te rendra le sourire. Ne lui propose pas de t'épouser ou de devenir le père de tes enfants et tout devrait bien se passer. D'accord ?

- D'accord, souffla Castiel même s'il n'y croyait pas vraiment.

Gabriel lui tapota alors la cuisse avant de retirer sa main de sous la sienne pour prendre une nouvelle poignée de bonbons.

- Et puis si toutefois ça ne fonctionne pas, tu trouveras quelqu'un d'autre. La mer est pleine de poissons. Dean n'est pas le seul homme attirant dans cette ville. Si ce n'est pas lui, ce sera un autre. Et il aurait de la chance de t'avoir. Crois-moi… il a tout intérêt à en avoir conscience s'il ne veut pas que je lui fasse du mal.

- Sauf que je n'en ai pas envie, répliqua Castiel en se levant du canapé.

Il fit quelques pas droit devant lui avant de faire volte-face pour regarder son frère dans les yeux. Il voulait que Gabriel comprenne combien la situation était sérieuse. Il ne voulait pas d'un autre. Il voulait Dean. Ce qui était ridicule et soudain. Mais ça n'en était pas moins vrai.

- Pardon ? Demanda Gabriel en soutenant son regard.

- Je n'en ai pas envie. Je ne veux pas quelqu'un d'autre. Je le veux lui. Pas pour une nuit… pas pour quelques mois non plus. Je le veux pour toute la vie. Et je sais que ça doit te paraître ridicule mais j'en suis convaincu. Ce sera Dean ou personne. Point final.

- Cassie, tu ne peux pas… imagine qu'il ne soit pas gay… tu ne vas pas te condamner à une vie de célibat juste parce qu'il a refusé tes avances.

Castiel devait admettre que résumé ainsi, cela semblait proprement ridicule. Il n'était pas forcément pressé de rencontrer la personne avec qui il ferait sa vie. Il n'avait pas forcément envie de s'engager maintenant. Pas tant qu'il n'avait pas un emploi stable et un salaire suffisant. Mais tout était différent avec Dean. Si le jeune homme le voulait, il était capable de tout abandonner pour lui. Il pourrait tout laisser en plan s'il le lui demandait. C'était sans doute difficile à comprendre pour Gabriel. Mais c'était évident pour lui.

- Je ne dis pas que je ne rencontrerai jamais personne d'autre. Mais à cet instant précis, tout ce que je sais, c'est que je ne veux personne d'autre que lui. S'il me dit non, je… je ne me lancerai pas tête baissée dans une autre histoire. Ce que je veux dire par là, c'est que je suis amoureux de lui. Oui, c'est trop tôt, et oui, c'est complètement fou, mais c'est réel. C'est vrai. Je n'exagère pas.

- OK, Cassie, OK. Je te crois. Je ne pensais pas que c'était aussi sérieux.

- Et tu trouves que c'est ridicule.

Gabriel secoua la tête, surprenant Castiel. Il s'était attendu à ce que son frère se moque de lui mais il ne semblait pas en avoir l'intention. Bien au contraire. Il semblait sincèrement inquiet pour lui. Ce qui ne le rassurait pas.

- Non, je ne trouve pas ça ridicule. Les sentiments… sont probablement les seules choses qu'on ne maîtrise pas. On ne peut pas lutter contre. On ne peut pas s'empêcher de tomber amoureux ou de détester quelqu'un. Je n'ai jamais été à ta place mais je peux imaginer que ce n'est pas simple. Alors je ne vais pas me moquer de toi. Mais je ne suis pas sûr non plus de pouvoir faire grand-chose si ce n'est être là si tu as besoin de moi.

Castiel hocha la tête avant de soupirer longuement. Il savait qu'il pouvait compter sur son frère, l'avait su avant même de venir le voir. Mais l'entendre le dire ainsi le rassurait grandement et lui rappelait la chance qu'il avait de l'avoir dans sa vie. Gabriel était sans nul doute possible son meilleur ami.

- S'il me dit non, il est évident que j'aurai besoin de toi. Je n'ai jamais eu le cœur brisé mais je suppose que ça ne doit pas être très agréable.

- Certainement pas, effectivement. Je te promets de m'occuper de toi si ça se finit mal. Je te ferai ton gâteau préféré et je te masserai même les pieds.

- Je peux comprendre le gâteau mais j'ai du mal à voir en quoi un massage des pieds pourrait m'être d'un quelconque réconfort.

Gabriel haussa les épaules en inclinant la tête sur le côté. C'était un geste qu'ils avaient en commun. Ils ne se ressemblaient pas physiquement. Personne n'aurait pu dire qu'ils étaient frères sans les connaître. Mais certains gestes trahissaient leur lien de parenté. Castiel aimait le fait qu'il pouvait se voir en Gabriel. Cela l'aidait à se sentir encore plus proche de lui.

- Quoi ? Il y a des gens qui adorent ça. Il y a même des gens qui considèrent ce genre de pratiques comme un préliminaire. Et ne me regarde pas comme ça… ce n'est pas mon cas. Je ne suis pas tordu au point de faire à mon frère quelque chose que je trouverais érotique avec quelqu'un d'autre.

- Oh, tu m'en vois rassuré. Pendant une seconde, j'ai cru que tu cherchais à me mettre dans ton lit.

- Tu pourrais plus mal tomber, tu sais. Mais non, désolé, l'inceste ne fait pas partie de mes fantasmes. Les pieds non plus. Je voulais juste me montrer gentil et te prouver que j'étais prêt à n'importe quoi pour te faire te sentir mieux. Je déteste les pieds. Ça me dégoûte. Le simple fait que je te propose de masser les tiens est la preuve que je t'aime de tout mon cœur. Crois-moi.

- Je te crois, assura Castiel sans hésiter.

Il avait peut-être la sensation de douter de tout depuis qu'il avait vu Dean mais l'amour de son frère n'en faisait pas partie. Il n'en avait jamais douté et n'en douterait jamais.

- Et merci … de ne pas te moquer de moi, ajouta finalement Castiel.

C'était suffisamment rare pour qu'il ressente le besoin de le signaler. Gabriel avait la fâcheuse tendance de plaisanter de tout et de rien, et le plus souvent aux dépens de Castiel. Cela l'avait mis mal à l'aise à plusieurs reprises. Il arrivait même qu'ils se disputent à cause de ça même s'ils ne restaient jamais fâchés très longtemps. Gabriel lui sourit.

- Je ne vais pas me moquer de tes sentiments, Cassie, mais il est grand temps que je dise quelque chose sur ton atroce manteau. Franchement… est-ce que tu es obligé de le porter tout le temps ? Ça te donne l'air d'un pervers qui fait la sortie des écoles en ne portant rien dessous. J'espère au moins que tu en as conscience.

Castiel savait parfaitement ce que son frère cherchait à faire en changeant ainsi de sujet. Il lui offrait une porte de sortie, la possibilité de penser à autre chose et de ne plus se morfondre sur Dean. Cela lui éviterait également de s'angoisser inutilement en réfléchissant à ce qu'il lui dirait lors de leur prochaine rencontre. Gabriel utilisait l'humour dans presque toutes les situations.

- Et ne me dis pas que c'est à la mode parce qu'on sait tous les deux que ce n'est plus le cas depuis au moins dix ans.

- Je ne cherche pas à être à la mode. Et il est confortable.

- Il est hideux, répliqua Gabriel.

Castiel aimait son trench-coat. Il savait bien qu'il était probablement le seul mais il s'en fichait. Il n'avait jamais voulu être à la mode ou dans le coup. Il privilégiait le confort au style. Il ne comprenait d'ailleurs pas qu'on puisse attacher autant d'importance aux vêtements. Même si après avoir vu Dean dans son jean étroit et son T-shirt moulant, il devait reconnaître qu'il leur trouvait certains mérites. Il était presque sûr que le jeune homme les avait soigneusement choisis pour se mettre en valeur. Il était peut-être le genre de personne à faire attention à son style, même s'il aurait été tout aussi séduisant avec un sac poubelle sur le dos. Castiel sourit malgré lui. Il se demandait à présent si le jeune homme faisait autant attention à choisir ses sous-vêtements que ses vêtements. C'était un territoire dangereux. Penser aux boxers ou caleçons de Dean en présence de son frère n'était sans doute pas approprié. C'était plus fort que lui. Il était presque sûr que le jeune homme n'était pas du genre à porter des slips. Peut-être ne portait-il rien du tout. Castiel secoua la tête.

- T'es toujours avec moi ? Demanda alors Gabriel qui semblait avoir compris qu'il avait l'esprit ailleurs.

- Oui, je suis là. J'avais juste l'esprit ailleurs. Je me demande si Dean est du genre à porter des boxers ou des caleçons. Ou s'il ne porte rien du tout sous son jean.

- Et c'est parler de ton horrible trench-coat qui t'a amené à penser aux sous-vêtements de Dean ?

- Je suppose, oui.

- Et est-ce que ça signifie que je dois te laisser seul une seconde ? Une minute peut-être… une seconde, ça me semble trop court.

- On est dans ton appartement, rappela Castiel le plus sérieusement du monde.

Gabriel éclata alors de rire et son frère le regarda faire, surpris. Il n'avait pas cherché à être drôle mais c'était quelque chose qui lui arrivait souvent. Il parvenait à faire rire les autres sans le vouloir. Et à chaque fois qu'il essayait d'être drôle, il échouait lamentablement.

- Je me souviens, oui. Mais si tu as prévu de penser aux sous-vêtements de Dean, je préfère encore ne pas être là.

- Je ne vais pas me masturber si c'est ce à quoi tu penses, répliqua Castiel.

Il n'avait aucun mal à parler de sexe avec son frère. Il n'avait jamais considéré qu'il s'agissait là d'un sujet tabou. Il ne lui donnait pas tous les détails de ses relations sexuelles mais il ne lui cachait rien non plus. Gabriel en faisait de même.

- C'est exactement ce à quoi je pense. Et je sais que tu finiras par le faire. Tout ce que je te demande, c'est d'attendre d'être chez toi.

- C'est une requête raisonnable.

Gabriel rit alors à nouveau pendant quelques secondes, puis il se leva du canapé et s'approcha de son frère. Il lui posa les mains sur les épaules et lui adressa un large sourire.

- Si ça peut te rassurer, je fais la même chose en pensant aux sous-vêtements de ma nouvelle employée.

- Ça ne me rassure pas. Je ne pensais pas vivre le jour où j'aurais ce genre de chose en commun avec toi. C'est un peu inquiétant. Je suis probablement malade.

- Ou alors tu as enfin décidé d'avoir une vie sexuelle saine et adulte. Il n'y a aucune honte à se masturber, Cassie. Tout les hommes le font. Toutes les femmes aussi. Je suis sûr que Dean le fait régulièrement. Il est peut-être même en train de le faire en ce moment. Et qui sait… peut-être qu'il le fait en pensant à tes sous vêtements.

Castiel sentit aussitôt ses joues rougir. Il aimait cette idée. Il l'aimait beaucoup. Il pouvait facilement imaginer le jeune homme allongé nu sur son lit, une main refermée autour de son sexe et une autre entre ses jambes arquées, un doigt ou deux en lui. Il pouvait presque l'entendre gémir et murmurer son prénom en jouissant violemment. Il aurait tout donné pour le voir faire. Mais il était préférable de ne pas trop y penser pour le moment. Pas tant qu'il n'était pas seul et libre de se donner du plaisir en y pensant.

- Ou peut-être qu'on se fait des films et qu'il fait tout à fait autre chose en ce moment. Une chose est sûre… il n'est très certainement pas en train de parler de se masturber avec son frère.

- Il a un frère ? Demanda alors Gabriel en fronçant les sourcils.

Castiel hocha la tête. Il se souvenait parfaitement de la fierté dont Dean faisait preuve en parlant de son frère, de l'amour évident qu'il avait pour lui. Il aurait l'entendre en parler pendant des heures. Il était convaincu que Dean avait des dizaines d'histoire le concernant à lui raconter. Il en aurait peut-être l'occasion plus tard.

- Peut être qu'il est gay, lui. Si tu ne peux pas avoir Dean, peut-être que son frère est disponible.

- Je… il doit avoir à peine dix-huit ans ! C'est… tu es malade, j'espère que tu le sais.

- Hé, je ne savais pas qu'il était aussi jeune. Rassure-moi… Dean est son aîné, hein ? Parce que je t'aime et tout ça mais… j'aurais du mal à cautionner ta relation si ce garçon est un adolescent tout juste pubère.

Pendant une seconde, Castiel regarda son frère sans savoir quoi répondre. Il n'était même pas sûr que Gabriel plaisantait en disant cela. Il ne pouvait toutefois pas décemment penser Castiel capable d'être attiré par un adolescent. Dean était certes plus jeune que lui mais il était adulte.

- Tu… bien sûr qu'il est son aîné ! Pour qui est-ce que tu me prends ? Il a vingt-deux ans.

- C'est toujours plus jeune que toi, rappela Gabriel en inclinant la tête sur le côté.

- Plus jeune que toi également. Maintenant, si on pouvait changer de sujet, j'avoue que cela m'éviterait de te coller mon poing dans la figure.

Gabriel hocha la tête aussitôt avant de retourner s'asseoir sur le canapé. Il prit le sac de bonbons et le posa sur ses cuisses avant d'en prendre une pleine poignée.

- OK, on peut parler de ce dont tu as envie. Mais je te rappelle que la simple idée de t'écouter me parler de tous ces vieux livres poussiéreux qui n'intéressent que toi m'ennuie mortellement. Alors choisis un sujet de conversation qui m'intéresse et je suis ton homme.

Castiel savait qu'il s'agissait là d'une plaisanterie. S'il avait un réel problème sur son travail, il pouvait en parler à son frère. Il ne refuserait jamais de le conseiller, même s'il n'avait pas la même passion pour la lecture. Mais Castiel n'avait pas envie de parler de son travail. Il voulait penser à autre chose. Il voulait oublier tout ce qui pouvait le tracasser et profiter de sa soirée avec son frère.

- Parle-moi de ton travail, alors. Je sais combien tu aimes parler de toi. C'est le sujet que tu préfères, suggéra-t-il finalement en prenant place sur le canapé à côté de son frère.

Ce dernier sourit en lui tendant le paquet de bonbons. Castiel en prit quelques-uns pour lui faire plaisir. Il n'aimait pas ça mais voulait bien faire un effort.

- Je pense que je vais tenter cette nouvelle recette de tartes dont je te parlais l'autre jour. Je suis sûr qu'elle aura du succès. Je dois innover et j'ai confiance en moi. Ça va être génial.

Castiel se retint de parler à son frère de la délicieuse tarte aux pommes que Dean avait préparé. Il ne voulait plus aborder le sujet ce soir. Bien sûr, cela ne l'empêchait pas d'y penser en silence. Il voulait rester concentrer sur ce que son frère lui disait mais c'était difficile. Car tout lui rappelait Dean. Tout le ramenait à lui. Il était temps pour lui d'admettre qu'il avait développé une obsession malsaine pour le jeune homme.

- Et bien sûr, elle a dit non… mais je sais qu'elle voulait dire oui. Je le sens. Elle me veut. Elle me désire, conclut Gabriel.

Castiel le regarda alors, incapable de savoir comment la conversation en était arrivée là. Il ne savait même pas de qui son frère lui parlait. Probablement une future conquête. Ou juste une des nombreuses femmes qui n'accepteraient jamais ses avances. Il se contenta finalement de hocher la tête comme s'il savait ce que son frère voulait lui dire. Il l'écouta ensuite enchaîner sur une autre histoire sans réellement prêter attention à ce qu'il disait. Son esprit le ramena irrémédiablement à Dean et à ce qu'il pouvait être en train de faire à cet instant précis. Ce qu'il avait pensé de leur rencontre. Ce qu'il ressentait. Ce dont il avait envie. Il était grand temps pour lui de faire quelque chose. Il ne devait pas attendre. Car à ce rythme, il finirait entre quatre murs capitonnés avant ses vingt-six ans. Et il préférait clairement que cela n'arrive pas.