Aquilon
« Je pense, pense, pense. Je pense à toi. Qu'est-ce que tu fais là, d'abord, toi? Qu'est-ce que tu fiches sous mon toit? De quel droit es-tu là?
Je te hais, hais, hais. Je te hais depuis que je sais que tu existe, depuis que je sais que tu ne m'aimes pas. Je te hais parce que tu me hais, parce que mon père te hais, parce que ton père me hais. Je te hais parce que c'est comme ça, tais-toi.
Tais-toi, toi, toi cerveau, ferme la un peu, met-la en veilleuse. J'essaye de le faire taire, tous les jours, devant toi, je voudrai qu'enfin cesse ce brouhaha indistinct dans ma tête trop éprouvée. N'est-ce déjà pas assez difficile?
Je prends, prends, prends. Je prends sur moi lorsque je te vois, je voudrais te frapper, te faire mal, te faire pleurer. Quelques larmes pour que je jouisse d'être cette fois le plus fort, juste cette fois. Et pourtant...
Pourtant, tant, tant de mots, tant que chose que je te dis, tant de paroles que je prononce dans un but, un seul : que tu ailles mieux, que tu me racontes. Que tu t'ouvres, un peu, que cette portes, cette barrière disparaisse.
Faux, faux, faux, je suis si faux, si fou. Hypocrite, et pourquoi? Toi que je n'aime même pas. Toi que je hais, que je repêche, peu à peu, jour après jour. Penser à toi pour ne pas penser à moi, cela doit-être ça. Parce que sinon, je ne me l'explique pas.
Et nous y voilà, encore ces choses que je n'explique pas, toutes celles qui trainent dans ma tête, attendent que je me relâche pour pouvoir envahir mon esprit, le contrôler, pour pouvoir me tuer un peu mieux. Ne pas penser, je ne veux pas penser, pas penser à cela. L'incompréhension pave ma vie, je n'en, veux pas, pas, pas.
Penser à toi pour ne pas penser à moi, voilà qui te sauvera. Qui me sauvera.
Peut-être. »
