Chapitre 4 :
Leone m'appelle pour le dîner à dix-neuf heures. J'ai dormi toute l'après-midi, après m'être battu avec Gwenaëlle, cela a été exténuant autant pour moi que pour elle. Je prends une douche très chaude, me savonne avec un gel douche qui sent la rose ensuite je me rince. Je sors de la douche, l'air chaud provenant du sol me sèche entièrement et je revêts des sous-vêtements puis un pantalon blanc et une chemise bleu foncé. Je mets des chaussettes propres et me rends dans la salle à manger.
Quand j'arrive dans la salle je vois Gwen, elle a le visage marqué. On dirait qu'elle n'a pas dormi depuis trois mois. Quant à Leone, lui non plus n'a pas l'air en grande forme. Les griffures qui étaient sur son visage se sont estompées. Il règne un calme plat dans la salle à manger, des personnes sont là en train de mettre les plats sur la table ou en train de servir Leone et Gwenaëlle. Je prends place à côté du jeune homme originaire du Capitole, en face du tribut fille.
On me sert une soupe verdâtre avec des aliments qui flottent dessus. Pas très appétissant tout ça, j'espère au moins que ce sera nourrissant. Je saisis la cuillère et mange calmement la soupe. Celle-ci est très bonne même si je ne connais pas les aliments que je mange. Une jeune femme me sert de l'eau dans mon verre. Je le vide entièrement et elle me resserre encore, puis elle s'en va. L'atmosphère est pesante dans la salle, je sens l'odeur de Gwenaëlle qui flotte dans l'air. Un mélange de sueur et de parfum. Je suppose qu'elle s'en ai mis pour masquer l'odeur. Je ne comprends pas leur silence, j'ai l'impression que tout est de ma faute. Mes mains sont un peu moites, signe que je deviens nerveux.
Je demande à mon mentor d'une voix plus aigue que je l'aurais voulu : « Pourquoi personne ne parle ? C'est quoi ces têtes d'enterrement ?
Il prend une grande inspiration et je sais qu'il n'a pas envie de me répondre. Il s'efforce pourtant à le faire.
-Un serviteur a fait une découverte qui m'a littéralement bouleversée.
Il est au bord des larmes, cela me touche énormément. J'espère que ce n'est rien de grave même si je ne vois pas ce qui peut l'émouvoir ainsi.
-Qu'ont-ils découvert ?je demande.
-Pas la peine de te forcer Leone, je sais assumer ce que je fais, intervient brutalement Gwenaëlle, je me drogue Anton. C'est bon ? Ta curiosité est satisfaite ? Et Leone, tes émotions tu te les garde pour toi. Je n'en ai pas besoin.
J'ouvre grand les yeux. En voyant ma réaction, elle se met à rire méchamment. Je commence à percevoir certaines choses qui étaient obscures avant, j'ai l'impression d'avoir eu une révélation presque divine.
-Donc hier… tu n'étais pas dans ton état normal, j'articule doucement, c'est pour cela que tu t'en ai prise à Leone et à moi…
-C'est vrai que hier, la question m'a un peu stimulé et avec la drogue j'ai mal réagi.
Elle recommence à rire. Je n'aime pas son rire. Soudain, je prends conscience qu'elle me fait vraiment peur. Mais elle est complètement tarée, cette fille! Je ressens un poids dans mon ventre et je serre nerveusement mes mains pour les empêcher de trembler. Je transpire beaucoup du dos. Comment a-t-elle trouvé de la drogue ? Où ? Pourquoi s'est-elle mise à se droguer ? Y-a-t-il un lien avec son petit ami? En a-t-elle un déjà? Beaucoup de question se bousculent dans ma tête.
-Comment l'as-tu appris Leone ?
-Hier quand le serviteur et toi l'avez déposée sur son lit… le serviteur a arrangé la chambre et il est tombé sur la drogue qu'elle cachait depuis son arrivée.
-Mais tu suspectais déjà quelque chose ?j'insiste.
-Non, non… je ne sais pas… C'est vrai qu'elle était bizarre mais bon…
-Et les Pacificateurs n'ont rien remarqué? J'ai du mal à y croire, dis-je d'un air sceptique.
-Je les ai soudoyé, répond la jeune femme. Pas très difficile à faire...
-Et d'où provient cette drogue?
-C'est quoi ton problème, morveux? Occupe-toi de tes fesses d'accord?
-Calmez-vous les enfants!crie Leone. En tout cas, tu as de la chance que je n'en ai pas parlé aux Juges ou même au Président...
-Sinon quoi ? Je serais disqualifiée des Jeux ? Je n'en demandais pas tant… ça m'aurait évité de tuer le petit gamin, crache t-elle. »
Je ne réagis même pas malgré le frisson qui me parcourt le dos. Cette remarque rend l'atmosphère morose, lugubre et extrêmement pesante. Cela me rappelle aussi que je vais participer aux Jeux. Gwenaëlle me dégoûte. Je ne sais pas pourquoi je l'admire tant ni pourquoi je me sens aussi attiré par elle. Peut-être parce qu'elle est différente des autres. Je me lève brusquement de table et leur souhaite bonne nuit. Arrivé dans ma chambre j'enlève mes vêtements et revêts mon pyjama. Je me remets à penser à Jill et cela me remplis de haine envers le Capitole. Quand je serais dans l'arène je penserais à elle pour me donner de la force.
Elle me manque plus que tout. Le pire est que je ne saurais jamais si elle était amoureuse de moi. Je dois avouer que pendant une certaine période je suis tombé amoureux de Jill mais elle ne m'a jamais dit ce qu'elle en pensait. J'ai moi-même préféré que nous restions en bons termes pour ne pas ternir notre amitié. Je me couvre presque entièrement avec la couverture. Finalement je n'ai pas envie de mourir, je n'ai pas envie de participer à ces Jeux stupides, je veux juste rentrer chez moi au district dix. Je n'arrive pas à m'endormir. Mes pensées reviennent encore vers Jill, je crois bien qu'elle me hantera jusqu'à la fin de mes jours. Enfin, je m'assoupis les images de ma meilleure amie en tête.
Aujourd'hui est une grande journée d'après ce qu'a dit Leone hier, nous allons participer à la Parade. Je me lève bien avant que mon mentor toque à la porte, je vais dans la salle à manger. Je suis étonné que les serviteurs soient déjà debout à une heure aussi tôt, ils me servent du chocolat chaud et me donnent du pain grillé. Je bois le liquide encore chaud et mange rapidement le pain. Je suis très nerveux, j'espère que mes préparateurs ne seront pas comme certains hommes que j'ai vus au Capitol, enfin, j'espère qu'ils ne seront pas bizarre. Mais que feront-ils de moi lorsqu'ils me verront ? Je n'ai pas envie que l'on me transforme, je veux absolument rester tel que je suis. Je ne veux pas devenir comme... comme ces Capitoliens...
Je retourne dans ma chambre et prends une longue douche brûlante, cela me permet de me détendre un peu. Je m'habille tranquillement et m'assois sur le lit pour réfléchir. Je pense à Gwen, je ne suis pas amoureux d'elle mais elle me fait penser à Cyrielle au niveau physique et je la prends comme une grande soeur... très agaçante et froide mais une grande soeur quand même. La pauvre, son petit ami doit lui manquer... Que ressent-elle envers lui, franchement? Si elle l'aimait vraiment elle ne se serait pas portée volontaire, quelle idée! Je trouve Gwen attachante à sa manière et je l'aime bien quand même. Elle a un côté audacieux et fascinant. Mais mon vrai amour est déjà mort et je ne pense pas que je pourrais aimer une personne aussi puissamment.
Je passe ma main dans mes cheveux et ils sont très emmêlés. Mon équipe s'en chargera de toute manière, ou pas. Je deviens très nerveux. Ce soir c'est la présentation des tributs. Est-ce que je serais à la hauteur? Que vont-ils faire de moi? Et s'ils me tranformaient tellement que je ne me reconnaissais même pas? Je remarque que je me pose trop de questions et décide de me vider la tête. Il y a un écran géant disposé devant moi, une télécommande repose sur le chevet à côté du lit. J'hésite à l'utiliser, j'ai peur de ce qu'il peut arriver, de ce que je peux découvrir derrière cet écran. Mais ma curiosité l'emporte sur ma peur pour une fois et je saisis la télécommande et la regarde. Mes mains tremblent tellement que je manque de la faire tomber. Il y a douze chiffres sur l'objet. Un pour chaque district j'imagine. Je n'ose pas appuyer sur le bouton dix. Je sens une boule monter en moi, je sue beaucoup, j'ai peur et j'ai l'impression que mes oreilles bourdonnent. Si je réagis de la même manière lorsque les Hunger Games commenceront, ça ne va pas le faire du tout. Je respire bien fort et prends mon courage à deux mains. J'appuie.
Je vois alors devant moi la place du district, je ne vois que quelques personnes qui partent d'un bout à l'autre. J'en suis très surpris et manque d'en tomber par terre. Je me pince et me frotte les yeux plusieurs fois pour vérifier que je ne rêve pas. Le lieu est pratiquement vide, les gens doivent être dans les prairies en train de faire paître le bétail ou bien chez eux en train de regarder la rediffusion de la Moisson.
Je suis sur le point d'éteindre l'écran géant lorsque j'aperçois une jeune femme qui se déplace sur le lieu. Nouveau choc. C'est Cyrielle, ma sœur. Elle porte un lourd panier, rempli de légumes frais et de médicaments je crois. Elle a des cernes sous les yeux et a beaucoup maigri. Elle porte seulement une longue robe blanche et marche pieds nus. J'ai envie de sauter à l'intérieur de l'écran pour me retrouver avec elle. Evidemment je ne peux pas. Je la vois passer lentement devant la place puis disparaître à nouveau de l'écran. Soudain je me rends compte que ma vie d'avant me manque cruellement. Je me demande comment la famille Ambley a réagi à l'annonce de la mort de Jill. J'espère que sa mère ne m'en tient pas pour responsable et que la famille Kaven la soutient. J'ai les larmes aux yeux en pensant aux deux familles, ma gorge se serre et j'aurais sûrement pleuré si je n'avais pas entendu quelqu'un frapper à ma porte.
Attendez. Quelqu'un frapper à ma porte ? J'ouvre et je découvre une dame avec une peau bleue, des lèvres dorés et de hauts talons dorés également. Sur ses deux joues sont dessinées des roses rouges. Ses yeux sont d'un noir intense ses dents contrastent fortement avec ses yeux. Je crie de surprise et referme immédiatement la porte, tant je suis effrayé. On retoque à la porte. Mon coeur bat la chamade et j'ouvre une nouvelle fois la porte. La dame étrange se présente, elle s'appelle Fanty et elle est ma styliste attitrée. Ses collègues m'attendent à l'hôpital. Lorsque je sors et ferme la porte, je découvre quatre Pacificateurs qui l'accompagnent. J'en déduis que l'on sort du bâtiment.
Je ne peux pas voir Gwenaëlle, je prends l'ascenseur accompagné de Fanty et des quatre Pacificateurs. Nous sortons dehors à l'air libre. Je peux enfin respirer de l'air frais, le vent caresse doucement mon visage et j'apprécie cette sensation de fraîcheur. Le Capitole a déjà prévu ma sortie apparemment car je vois des femmes, des adolescentes d'environ mon âge. Elles se mettent à crier en me voyant arriver, certaines s'évanouissent et sont prises en charge par des Pacificateurs. D'autres tendent les mains pour que je les touche mais les soldats qui m'entourent m'empêchent de le faire. Je vois des femmes âgées avec mon prénom tatoué sur leurs fronts, d'autres sur leurs joues ou encore sur leurs mains. Cela me donne des frissons. Les Capitoliens sont réellement cinglés!
Fanty est à mes côtés et ne me prête même pas attention, elle se contente de saluer d'un signe de la tête certaines personnes ou de serrer la main à celles qu'elle connaît bien. Nous montons tous dans une grande voiture qui nous conduit dans un hôpital spécialisé, au centre du Capitole. A vrai dire je suis un peu dépassé par tout ce qui m'arrive et je perds la tête. Il y a tellement de bruit, de flashs qui crépitent et toute sorte d'autres choses aussi agaçantes. J'ai peur de ne plus pouvoir redevenir moi-même, une fois tranformé; je n'ai pas envie que le Capitole me change en une personne que je ne suis pas.
L'hôpital est très grand et chaque étage représente un district et une fois à l'intérieur du bâtiment, nous montons dans un ascenseur au verre transparent. Fanty appuie sur le bouton du dixième étage. Elle m'explique que d'abord mes préparateurs m'embellissent le corps et qu'ensuite elle s'occupera personnellement de moi. Je hoche simplement la tête sans rien dire. Elle me fait un peu peur avec son maquillage singulier et sa peau bleue. Qu'est-ce que les gens du Capitole ne feraient pas pour se faire remarquer ! Ma styliste me laisse devant une porte et j'entre dans une salle où se trouvent trois personnes ayant chacune une peau noir intense, orange doux et vert kaki. J'ai une fois de plus l'impression d'être une bête de foire ou un agneau qui entre à l'abattoir.
Elles commencent à me déshabiller mais je refuse. Elles sont malades ou quoi? Je ne vais pas leur dévoiler ma nudité à cause de ces foutues Jeux quand même! Une des femmes m'explique calmement que c'est la procédure mais je refuse encore et je déclare que je ne me mettrais à nu devant personne. Alors une escouade de Pacificateurs sortis de je ne sais où entrent dans la pièce, l'un d'eux me pique avec une seringue et je me sens tout d'un coup pâteux et avec une grande envie de dormir.
Lorsque j'ouvre mes yeux, j'ai mal à la tête et je suis allongé sur un lit blanc, je tente de me lever, en vain. Mes poignets et mes chevilles sont fermement attachées et je suis recouvert d'un drap blanc. Je me demande si le Capitole a fait exprès que mon équipe de préparation soit féminine. Je n'imagine même pas la réaction de Gwenaëlle si c'est le cas alors.
Les trois dames aux peaux étranges pénètrent dans la pièce avec Fanty. Cette dernière m'explique ce que les préparatrices m'ont faites en autre des gommages et d'autres choses bizarres. Elle m'autorise à me regarder dans un miroir et me détache lentement. Je lève et m'observe dans la glace. Le résultat est stupéfiant. Ma peau semble toute neuve, je tourne sur moi-même et je suis ébahi. Plus de poils nulle part. La dame à la peau noire me demande d'aller m'asseoir sur une chaise près du lit blanc. Tandis que l'une d'entre elles me manucure les ongles, une autre s'occupe de mes cheveux et la troisième de mon maquillage. Elles me permettent de me regarder dans le miroir et je suis très surpris. Le jeune garçon que je vois possède de beaux yeux noir jais, des lèvres dénudées, un teint légèrement mat et des ongles en parfait état. Toutes les cicatrices que je me suis faites depuis ma plus tendre enfance, en trébuchant par terre ou en me faisant attaquer par des chèvres, ont disparues. J'ai la désagréable impression qu'elles ont effacé tous les souvenirs qui me rattachaient à mon district. Qu'elles ont effacé mon passé.
Puis Fanty m'enlève doucement mon peignoir et me contemple dans les moindres recoins, elle veut "vérifier" que le travail des préparatrices a été bien fait. Son oeil observateur m'embarrasse vraiment mais si je résiste, elle va encore appeler les Pacificateurs et ils vont me piquer et je n'ai pas envie de retomber dans un sommeil profond. La styliste me permet de remettre mon peignoir si je le souhaite. Je lui rétorque que l'envie de me trimballer tout nu devant elle ne m'enchante pas du tout.
Elle rit doucement puis me demande : « Alors Anton, que penses-tu de ta transformation ?
Je prends une grande inspiration. Le changement est stupéfiant voire charmant, mais je n'aime pas. Je me préfère au naturel. Heureusement que dans l'arène on ne nous retouchera pas.
-C'est très surprenant… mais sincèrement, je n'aime pas du tout. On ne dirait pas que je suis Anton Kaven, on dirait que je suis l'un de ces enfants pourris gâtés du Capitole.
-Je suis ravie que cela te plaise !s'exclame t-elle comme si elle n'avait pas entendu ma remarque.
-Comment ça s'est passé pour Gwenaëlle ?je demande.
-L'autre fille là ? Oh, Tristan, Stewart et Eliott ont bien tenté de la préparée… mais elle leur a bondi dessus ! Une vraie sauvage ! Il n'a pas fallu moins de quatre Pacificateurs pour la maîtriser !
-Qu'a-t-elle dit ?
-D'après Eliott elle a dit qu'elle préférait aller tout de suite se faire bouffer dans l'arène plutôt que de se faire toucher par des… des... et des... Oh, elle est tellement stupide !
Un petit rictus se forme sur mes douces lèvres. Elle semble réellement dégoûtée par l'attitude de Gwen. Elle ajoute :
-Heureusement que toi tu n'es pas comme ça !
-C'est vrai que je suis un peu plus civilisé et conciliant…
-Oui, on peut dire que tu t'es laissé faire à ta manière...
-Mouais, je marmonne.
-Anton, pour toi, j'ai prévu une tenue digne de ce nom… digne d'un jeune garçon tout mignon comme toi… après tout tu viens du district dix, je suis sûre que tu aimeras ! Ta tenue fera vraiment ressortir ta virilité et c'est tout ce dont nous avons besoin pour toi…J'ai passé beaucoup de temps sur ce projet… en fait, j'y ai passé presque toutes mes nuits, depuis qu'on m'a désignée en tant que ta styliste... et je suis très contente du résultat… J'ai longuement hésité à faire des retouches, des nuances de couleur, ou bien un autre modèle pour ta robe…
Un petit étranglement de stupeur sort de ma bouche. J'ouvre grand les yeux.
-Quoi? Une robe ?je répète interloqué.
-Oui ! Après tout tu représentes Faustitas, le Dieu grecque protecteur du bétail et des troupeaux !
-Han... t'es sérieuse là ?je gémis. Je suis vraiment obligé de porter une robe?
-Oui, dit-elle comme si c'était naturel, sinon Faustitas n'existe plus voyons !
Je n'aime pas sa façon de me parler. On dirait que je suis idiot ou pire un bébé.
-Mais tu pouvais pas me faire une tenue normale? J'ai l'impression que les Capitoliens ne comprennent pas le mot "normal". Une chemise et un pantalon auront largement suffit.
-Il faut que tu sois exceptionnel Anton, cesse tes jérémiades et laisse-moi parler. Donc, il y aura la robe, une couronne de laurier, un collier en épis de blé et des sandales. Des questions ? Non. Très bien. Je prends tes mesures et je t'amène ça dans l'après-midi pour que tu fasses des essayages. »
Je dois encore me déshabiller pour qu'elle prenne mes mesures. Je suis toujours gêné par son oeil inquisiteur. Je n'en reviens pas, une robe ! Je serais la risée de tout Panem avec cet accoutrement ridicule ! De toute manière, au point où j'en suis... Fanty dépose les vêtements que j'ai mis en venant, puis elle part. La porte se verrouille toute seule. J'attends quelques minutes puis les Pacificateurs viennent m'ouvrir la porte. Ils sont toujours armés et me font froid dans le dos. Je refais le chemin inverse et arrive au bâtiment. Ils m'accompagnent jusqu'à l'étage dix. Ils vérifient que je sois entré pour partir. Leone m'accueille chaleureusement. Nous rejoignons Gwenaëlle au salon, elle est calme, très calme et nous regardent nous asseoir. Apparemment mon mentor et elle sont en froid. Ils ne se parlent pas et elle m'ignore complètement.
Leone me demande : « Alors, quelle sera ta tenue pour la parade ?
Je sens les larmes me monter aux yeux rien qu'en pensant à ma robe. Je deviens rouge et parviens à dire dans un souffle :
-Une robe…
Gwen qui m'a ignoré jusqu'à maintenant ouvre grand les yeux. Je devine qu'elle est estomaquée. Leone se retient de ne pas rire, c'est gentil mais cela ne m'aide pas du tout. Finalement il n'arrive plus à se contenir et explose de rire :
-Une robe ? Oh framchement Fanty n'a pas assuré sur le coup! Elle m'avait chanté les louanges de sa tenue si merveilleuse et insolite et finalement ce n'est qu'une vulgaire robe... Elle n'a pas trouvé mieux ? Je préfère porter des talons qu'une robe !
Je grogne. J'ai très honte et je deviens encore plus rouge. Ma gorge se noue et un sanglot m'échappe. Devant cette réaction Leone arrête immédiatement de se moquer de moi. Il compatit.
-La robe mettra en valeur tes jambes et ton teint magnifique Anton…
-A cause de cette folle je serais la risée de tout Panem ! »
Je pleure. Le jeune homme m'attire contre lui et commence à me caresser les cheveux. Il me dit que si je porte une robe, toutes les femmes craqueront devant moi et que j'attirerais l'attention de tous. Je lui réplique que pour une première édition des Hunger Games cela restera dans les annales et je serais ridiculisé à jamais. Il objecte en me disant que j'aurais plein de sponsors et que ce n'est pas aussi grave que ça en a l'air. Gwenaëlle arrive même à me remonter le moral, elle me dit que son styliste a prévu pour elle une tenue dénudée. Elle sera vêtue de sous-vêtements en or et de tatouages de bêtes sauvages tout le long de ses jambes et sur ses bras et une fausse crinière de lion. Je me demande comment elle a fait pour accepter cela. Et finalement, je me dis que je suis peut-être passé à côté du pire.
On prend le déjeuner tous ensemble. Ma crise de larmes a réussi à détendre un peu l'atmosphère même si Leone et Gwen ne se parlent toujours pas. Je reprends la même soupe verte que la veille et la mange avidement, je reprends même une deuxième assiette. Dès que le repas est fini, chacun repart vaquer à ses occupations. J'ai envie de parler un peu avec Gwen mais je sais qu'elle ne voudra pas. Je toque quand même à la porte de sa chambre. Elle ne répond pas. Soudain, la mort de Jill me revient en un flashback. Je ne veux pas revivre le même scénario alors je cours prévenir Leone. Il se lève brusquement et appelle de sa voix stridente un serviteur. Il demande la clef de la chambre du tribut fille. Il ouvre la porte et ce que nous voyons tous les deux est horrible.
Ses yeux sont révulsés en arrière, Gwenaëlle s'arrache les cheveux, tape du pied et se griffe le visage. Je devine instantanément qu'elle est sous l'emprise de la drogue. Elle se met à quatre pattes et commence à courir dans sa chambre en faisant des ronds. Elle bave et se lèche les mains. Soudain, elle tire sur sa robe et laisse voir sa poitrine dénudée, puis elle recommence à s'arracher les cheveux et à taper du pied. Je suis tétanisé. Mes membres ne veulent plus bouger. Je n'ose pas la regarder car je la verrais à moitié nue et je ne le souhaite pas. Gwen ouvre un tiroir et déchire tous les vêtements neufs. Leone est blême, il est encore plus pâle que d'habitude. Il sue à grosses gouttes. J'ai pitié de lui, c'est sa première année en tant que mentor et il est déjà traumatisé.
Et en un coup, il s'évanouit sur le sol. Je le maudis intérieurement de faire preuve d'autant de lâcheté. Maintenant je suis seul et je dois à la fois tenter de réveiller Leone et de maîtriser Gwenaëlle. J'appelle un serviteur et je lui demande d'une voix forte d'amener mon mentor au salon. Je prends une longue inspiration pour me calmer et pousse un soupir d'exaspération. Une fois de plus c'est moi qui fais le sale boulot.
J'entre dans la pièce. Elle est chaotique, des dizaines de vêtements jonchent sur le sol. Gwen a même cassé des vases autour d'elle. Elle s'est coupée plusieurs fois en marchant dessus. Son visage saigne, j'aperçois de profondes griffures dessus. Elle est telle une furie et a vraiment l'air d'une folle. Je ne sais pas si je réussirais à l'apaiser, si ce n'est pas le cas je ferais appel aux Pacificateurs. Je tente une approche douce, je m'approche doucement d'elle. A chaque fois que j'essaie de la toucher, elle s'échappe. Son nez saigne abondamment, peut-être est-ce l'effet de la drogue.
Je réessaie plusieurs fois de l'approcher mais en vain. Je reste silencieux et immobile dans sa chambre. Au départ elle ne me remarque pas, elle continue sa crise mais peu à peu, elle me voit. Elle s'approche de moi craintivement tel un animal sauvage. Elle glisse ses doigts sur ma peau et me caresse le bras gauche. Je sais que si je bouge elle s'enfuira aussitôt. Je ne sais plus quoi faire. Soudain elle s'éloigne de moi et me tourne le dos. Je décide de prendre la télécommande et de lui montrer le district dix, peut-être réagira t-elle. Je marche en direction de son chevêt et saisis la télécommande. Puis j'appuie sur la touche dix mais rien ne se passe. Tout d'un coup, j'ai une révélation. Peut-être qu'elle sera choquée en voyant son district et que cela l'a fera émergée. J'appuie sur le bouton quatre.
Elle paraît intriguée. La jeune femme dénudée s'approche de l'écran. On dirait qu'elle reconnaît certains endroits car son regard s'émerveille. J'attends de voir ce qu'il se passe. Soudain, le ''programme'' est interrompu, il rediffuse la sélection des tributs. Mais comment ça? Pourquoi maintenant? Je m'assois sur le lit de Gwenaëlle et regarde attentivement la scène. Une femme à la peau rose fuchsia trempe sa main dans le bocal, déplie le papier et appelle une fille dénommée Meg Surx. Ensuite, elle fait de même pour les garçons et appelle Andrew Milt. En entendant ce prénom le tribut fille pleure. A l'aide de ses doigts elle tente de palper le visage d'Andrew mais ce n'est que l'écran qu'elle touche. Alors à ma grande stupéfaction, elle paraît reprendre ses esprits et s'allonge sans un mot sur le lit. Je la recouvre puis sors doucement et sans bruit de sa chambre.
Je me rends dans la mienne et médite sur ce qu'il vient de se passer. Je médite souvent ces derniers temps, c'est singulier. Je pense qu'il y a un lien entre ce jeune homme et elle. Enfin, peut-être qu'ils sont apparentés, ou bien amis... Ce n'est pas possible, elle vient du Dix et lui du Quatre. Où se seraient-ils rencontrés et comment et pourquoi? Et puis, elle a déjà un petit ami. Se pourrait-il qu'une sauvage comme elle ait éprouvé des sentiments amoureux pour Andrew Milt ? Impossible! Je ne le crois pas. Elle est tellement instable, on ne sait jamais à quoi s'attendre. Elle peut me détester un jour et le suivant me chérir comme son petit frère. Je m'allonge sur le lit. Je veux me reposer et j'en ai besoin mais quelqu'un toque à ma porte. Je l'autorise à entrer et je découvre Fanty. Lorsque je la vois entrer je ne peux retenir un hoquet de surprise. Je ne suis pas encore habitué à sa peau bleue. Elle porte un immense sac à bout de bras.
Elle déclare : « Anton, je suis passée tout à l'heure mais tu n'étais pas là. Alors j'ai décidé de repasser plus tard et j'en ai profité pour rendre visite à Leone.
Je fais semblant d'être heureux de la voir et fais un demi-sourire.
-Oh Fanty ! Merci d'être là ! Tu es ravissante !
Elle rougit, sa peau prend une étrange teinte violette durant un instant.
-M… merci beaucoup… Anton, bafouille t-elle.
-Alors qu'est-ce que tu as là ? Mon costume pour la parade ?
Je passe ma main dans mes cheveux noirs qui sentent bon et sont démmêlés et pose ma main sur son épaule pour la rapprocher de moi.
-Oui… j'ai… j'ai ta robe… et tous les… les accessoires… qui vont… avec, bégaie t-elle. »
Elle rougit beaucoup plus longtemps cette fois-ci. Quant à moi je tâche de sourire un peu plus faisant celui qui n'a rien vu. Elle sort de son sac une robe magnifique, elle est d'un blanc immaculé. A ce moment, je suis sûr que ma peau légèrement mate ressortira très bien dans cette tenue. Même si elle est ridiculisante pour un garçon. Je continue toujours mon petit stratagème et me déshabille devant elle. Elle rougit une énième fois et ouvre grand les yeux. Je lui demande d'un ton désinvolte : « Pourquoi es-tu aussi surprise ? On est entre nous non ?
Je lui fais mon sourire énigmatique.
-Mais… mais ce matin… tu ne voulais pas…
-Oh mais c'est parce que je n'étais habitué et puis tu es ma styliste. Tu m'as déjà vu nu une première fois donc cela ne change rien que je me change devant toi.
-Ah… d'accord, dit-elle seulement. »
Je revêts la robe. Fanty a accompli un excellent travail, elle me va parfaitement et m'arrive au creux des genoux. Malgré le fait que ce soit une robe, elle me donne un air tout à fait viril, masculin. Je ne m'y attendais pas, mais je reste tout de même sceptique. Elle me met le collier en épi de blé et la couronne de laurier tandis que je chausse mes pieds des sandales en cuir. Il n'y a rien à dire sur le travail fantastique qu'elle a fait. Je suis vraiment très beau. Mes yeux noir d'encre révèlent mon côté intriguant, mes cheveux légèrement en bataille ajoute de la fougue à mon caractère et mon teint fait ressortir mes yeux. Mais est-ce que l'on ne me prendra pas au contraire pour une personne faible? Que diraient mes parents s'ils me voyaient dans cette tenue? Je lui souris encore une fois et la remercie d'un baiser sur la joue. Elle n'en revient pas que je l'ai embrassée et reste immobile pendant quelques secondes. Je me dévêtis et remets mon pantalon blanc et ma chemise bleu foncé. Je range soigneusement les affaires dans son sac, la remercie une dernière fois puis ferme la porte derrière elle. Finalement, je n'ai vraiment pas envie que cette foutue Parade commence.
