CHAPITRE II
Ouvrir les bras
Le choc ne fut pas aussi violent que ce à quoi Shepard s'attendait. Il mit tout de même quelques secondes avant de relever la tête. Garrus et Liara étaient étendus à ses côtés et commençaient à reprendre leurs esprits.
- Où on est ? fit Garrus, le souffle coupé.
- Je ne sais pas, répondit difficilement Liara. On dirait le Présidium…
- Ça ? Le Présidium ?
La zone où ils étaient arrivés était vide de toute âme. Des corps, déformés par le feu et la violence des combats, pendaient aux balcons comme dans une pièce de théâtre macabre. Ça et là, des flammes rouges projetaient leurs lumières diaphanes sur les murs, faisant apparaître des formes fantomatiques rappelant les horreurs arpentant les champs de bataille contre les Moissonneurs.
Shepard se releva lentement.
- Il faut atteindre la Tour du Conseil. De là, on pourra ouvrir les bras et permettre au Creuset de s'amarrer.
- Cette situation m'est familière… dit tristement Liara.
- Qui sait ? dit Garrus. Si Shepard se montre assez convaincant, peut-être que l'Augure aussi se collera une balle de la tête. Bien que je ne sache pas vraiment ce qui correspond à la tête chez un Moissonneur…
- Là-bas ! Ce sont les Ambassades ! On y va !
Shepard dégaina son fusil d'assaut et sauta par-dessus un parterre de fleurs carbonisées. Garrus et Liara lui emboîtèrent le pas. Ils mirent deux bonnes minutes avant de rejoindre les Ambassades. Le spectacle qu'ils découvrirent était encore plus glauque qu'à l'endroit où ils étaient arrivés. Des dizaines de corps jonchaient le sol et une puanteur de mort enveloppait l'ensemble.
- C'est une boucherie, fit doucement Garrus.
Mais le pire les attendait.
Liara se rapprocha de la balustrade qui surplombait le lac du Présidium.
- Pa… Par la Déesse…
L'eau du lac avait disparu laissant la place à un charnier de milliers de cadavre, de toutes espèces. La vision était cauchemardesque, apocalyptique. Shepard dut se tenir fermement à la balustrade pour ne pas s'effondrer.
- Si l'Enfer existe, on y est, conclut Garrus.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? ajouta Shepard, atterré.
- La… La capture de la Citadelle… murmura Liara. Ils ont du envoyer leurs troupes massacrer les habitants…
Les trois coéquipiers restèrent paralysés quelques secondes supplémentaires par cette horreur sans nom, avant de se ressaisir.
- Allez ! Il ne faut pas rester là, fit Shepard. On doit rejoindre l'ascenseur de la Tour.
- Oui, fit Liara.
- Restez sur vos gardes. Les Moissonneurs n'ont probablement pas déserté les lieux.
Ils se remirent en marche, évitant le plus possible la vision du charnier monstrueux.
Le chemin était difficilement praticable. Des pans entiers des balcons si caractéristiques du Présidium s'étaient effondrés, s'écrasant sur les voies d'accès en contrebas. Des flammes brûlaient un peu partout et dégageait une fumée noirâtre qui obscurcissait davantage une zone rendu déjà sombre par l'absence de lumière artificielle.
Alors qu'ils continuaient de progresser vers l'ascenseur, Garrus remarqua quelque chose.
- Où sont passé les Veilleurs ? fit-il.
- Probablement massacrés comme le reste des habitants de la station, répondit Shepard.
- Non, objecta Liara. Les Veilleurs sont des créations des Moissonneurs. Ils n'auraient aucun intérêt à les massacrer.
- Ça sent pas bon… murmura Garrus.
Les trois compagnons contournèrent la place se trouvant devant l'accès au secteur, avant de bifurquer sur la droite pour reprendre le chemin principal qui redevenait praticable.
- C'est étrange, nota Shepard. On dirait que les gravas ont été déblayé sur cette partie.
- Il faut qu'on fasse attention, ajouta Liara. Les Moissonneurs sont peut-être toujours là.
- Exact, conclut Garrus.
Le groupe venait d'atteindre l'ascenseur et le Turien, légèrement devant ses coéquipiers, apercevait désormais un groupe de cinq Cannibales qui gardaient visiblement la porte. Ils se mirent à couvert. Les Moissonneurs ne les avaient pas entendu arriver.
- Très bien, murmura Shepard. On va faire ça vite. Pas de temps à perdre. Liara…
- A tes ordres, répondit l'Asari avant d'envoyer une puissante Singularité au milieu du groupe de Moissonneurs.
Shepard et Garrus visèrent et firent feu rapidement, décimant la totalité du commando ennemi en quelques secondes.
- Bien, on y va !
Le commandant surgit de son couvert, suivi de ses deux compagnons. Ils rallièrent rapidement l'ascenseur et le mirent en marche. Shepard activa son intercom.
- Ici Shepard. Nous avons pénétré dans la Citadelle. Nous nous dirigeons actuellement vers la salle du Conseil pour pouvoir activer la station et ouvrir les bras. Tenez-vous prêt.
- Shepard, ici Hackett. Le Creuset est paré. Nous attendons votre signal. Hackett, terminé.
Shepard coupa son intercom et regarda le paysage défiler à travers la vitre de l'ascenseur. La plupart des secteurs semblaient plongés dans l'obscurité. L'ascenseur filait droit vers la salle du Conseil et le silence régnait dans la cabine.
- Je sais bien que l'ambiance est pesante, fit Garrus. Mais on ne peut pas prendre un ascenseur sans avoir une petite conversation, quand même.
Shepard et Liara se regardèrent et sourirent.
- Très bien Vakarian, fit Shepard. A vous.
- Docteur T'Soni, commença le Turien. Je suis très impressionné par votre maîtrise des pouvoirs biotiques.
Liara éclata de rire.
- Que voulez-vous, j'ai eu l'occasion de m'entraîner ces dernières années. Être une Courtière de l'Ombre est un poil plus mouvementé que de passer son temps dans des ruines.
- Vous voulez parler de l'époque où vous étiez innocente, étrangère à tous ces complots galactiques ?
- Oui, répondit Liara. Cette époque de ma vie avant que je vous rencontre tous.
- Vous deviez vous sentir seule… ajouta Shepard en se prenant au jeu.
- Je n'avais jamais vraiment appréciée la compagnie auparavant. Pour ressentir la solitude, il faut avoir connu le bonheur d'être avec des personnes qui nous sont chères.
Liara fit une pause avant de plonger son regard dans celui de Shepard.
- Bien entendu, si je devais à nouveau me retrouver seule aujourd'hui, l'épreuve serait bien différente…
- Et moi qui cherchais à détendre l'atmosphère… soupira Garrus.
- De quoi vous vous plaigniez Garrus ? sourit Shepard. Vous avez Tali maintenant, non ?
- Ce n'est pas sérieux, fit Garrus. Seul mon corps l'intéresse.
- Ce corps de rêve… susurra Liara.
- Hé ! protesta Shepard. Vous voulez que je vous laisse ?
Garrus et Liara explosèrent de rire. L'Asari déposa un baiser sur la joue de Shepard.
L'ascenseur arriva à destination assez rapidement et les trois compagnons déboulèrent dans la salle du Conseil.
- Retour aux sources… fit doucement Garrus.
Le groupe atteint sans encombre la console principale. La même qu'ils avaient utilisée quelques années plus tôt pour arrêter Saren… Shepard activa la console et ouvrit son intercom.
- Amiral Hackett ? Ici Shepard. Nous sommes en position dans la salle du Conseil. Je vais ouvrir les bras. Vous êtes en prêts ?
- Nous sommes parés, commandant, répondit Hackett à travers l'intercom.
- Bien. C'est parti.
Shepard pianota sur l'interface virtuelle de la console. La station s'ébranla. Et les bras de la Citadelle commencèrent à s'ouvrir.
