Chapitre 3

« Vous avez fait quoi ? S'étrangla le rigide maître des potions, incrédule.

_ J'ai embrassé Minerva, marmonna Dumbledore. Je ne sais pas ce qui m'a pris…

Rogue contempla longuement son directeur et ami. Il n'y comprenait plus rien. Dumbledore avec… Minerva ! Il n'arrivait pas à y croire. Était-ce un concours de circonstance ou bien… ? Y avait-il amour ?

_ Vraiment ! Ce n'est pas le moment, Albus ! Avec Ombrage et le Seigneur des Ténèbres… vous auriez pu choisir un autre moment, soit avant soit après, mais pas maintenant ! Dois-je vous rappeler qu'avec Ombrage comme Grande Inquisitrice, la moindre faute –et pour elle s'en sera une- peut vous mettre à la porte de Poudlard et vous virer ! Et Minerva avec ! Ce n'est vraiment pas le moment de… faire ce que vous avez fait !

Il eut pour réponse un murmure inintelligible, mais ne chercha pas à approfondir. La seule chose qui comptait c'était sa collègue, le dérangeant dans son bureau pour lui raconter la scène, interloquée mais joyeuse. Cela faisait presque trois jours que cela avait eu lieu, et qu'il cherchait à parler au directeur. Mais d'autres évènements avaient empêché cette explication. Il fallait qu'il sache le fin mot de l'histoire ! Pourquoi ? Mais, Albus aimait-il Minerva ? Jouait-il avec elle ou non ? Là était la question. ET elle, l'aimait-elle ?

_ Albus, aimez-vous réellement Minerva ?

A cette question abrupte, le vieil homme ne sut que répondre, et préféra un haussement d'épaule qui n'engageait à rien. Ce qui eut le don d'énerver son collègue au plus haut point.

_ Mais enfin ! Vous l'embrassez et vous ne savez pas si vous l'aimez ? Albus, vous devez le savoir ! L'aimez-vous ? Vous ne jouez pas avec elle ?

_ M'aime-t-elle ?

_ Qu'est-ce que j'en sais ? Cria Rogue. Demandez-lui ! Et au passage, expliquez-lui que ce n'est vraiment pas le moment et le pourquoi de votre baiser !

_ Je ne sais pas moi-même ce qui m'a pris, fit le pauvre Albus. Une pulsion ou je ne sais quoi d'autre… Comment pourrais-je lui expliquer ce que je ne m'explique pas ? »

Un grognement lui répondit.

Quelques jours plus tard, Rogue retint un élève après le cours de Potion. Chose étrange, puis qu'il s'agit d'un élève de sa propre Maison. Il s'approcha du jeune garçon qui attendait près du bureau.

_ Pourquoi avez-vous fait ça, Novalan ? Lui demanda-t-il de but en blanc.

_ Fait quoi ? Fit le première année, nullement impressionné.

_ Ne faites pas l'innocent ! Cria le Maître des Potions. Vous avez ensorcelé Dumbledore pour qu'il embrasse Minerva ! Qu'est-ce qui vous a pris ? Pourquoi ?

_ Je voulais leur donner un coup de pouce. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure ! Ce que vous prenez tous pour de l'admiration de la part du professeur McGonagall n'est en fait rien de moins de l'amour ! Leur solide amitié, c'est de l'amour ! Ils s'aiment !

Pour le coup, le professeur resta sous le choc de la nouvelle. Minerva et Albus, amoureux ?

_ Mais comment…

_ Il est des choses qu'un homme ne peut voir mais que je peux voir. Ils s'aiment, comme j'aime ma Viviane…

_ Et les conséquences ? Avez-vous pensé aux conséquences de votre plan génialissime ?

_ Mais calmez-vous ! S'exclama à son tour Rémyl Novalan. Ou je repars d'où je viens ! Pour les conséquences… eh bien, nous verrons. Je ne peux vous dévoiler l'avenir, même celui qui ne vous concerne pas. Désolé. »

Le Maître des potions resta sans voix.

Quelques cachots plus loin, derrière l'angle d'un couloir, deux garçons se battent. Baguettes en mains, ils se font face, pour la première fois depuis le début de l'année, ils s'affrontent, autrement que verbalement. Le blond lance un sort que le brun esquive sans problème et réplique sans attendre. Le duel se continua, aucun des deux garçons n'arrivant à prendre le dessus. Au bout d'un long moment, le brun lança le sort de Bouclier pour se protéger d'un maléfice lancé par son adversaire et leva la main en signe de trêve. Les deux baguettes se baissèrent dans un même mouvement. Tous deux s'assirent, essoufflés. Le silence s'installa.

« Alors, admets que je suis meilleur que toi !

_ Rêve ! C'est parce que je suis fatigué !

_ Mais oui…

L'autre attrapa sa baguette et lança un sort. Son adversaire tomba à la renverse. Le dominant de toute sa hauteur, il le regarda droit dans les yeux…

_ Alors… qui est le plus fort ?

Pour toute réponse, le blond lui attrapa la jambe et le fit tomber à son tour. Les positions furent inversées. Le blond sur le brun.

_ Répète ça…

Nouveau changement de position. Le brun se dégagea de la prise du blond et se releva. L'autre l'imita. Il s'avança vers le brun et le plaqua contre le mur, les yeux dans les yeux.

_ Je suis le plus fort…

Ses lèvres se plaquèrent brutalement sur celles du brun, qui gémit de surprise. Quand le blond recula, clignant des yeux, le brun l'attrapa par la manche et l'embrassa à son tour, cherchant à franchir les lèvres du blond, qui entrouvrit la bouche, dans un gémissement de plaisir.

Rogue recula, éberlué, interdit par la vision… impossible qu'il venait de voir. Il se frotta les yeux, dans l'espoir d'effacer l'image imprimée dans sa rétine. Non, c'était impossible, improbable ! Pas eux ! Et d'abord depuis quand étaient-il gays? Il avait dû rêver. Oui ! Ça devait être ça… il s'était endormi sur ces insipides devoirs d'étudiants imbéciles et ignares. Il se pinça. La douleur lui arracha une grimace. A l'évidence, il ne rêvait pas… On avait dû lui verser quelque chose ! Oui, c'était forcément ça. Sans réfléchir, il courut vers le seul qui puisse réfuter ça. Il prononça le mot de passe à la gargouille et grimpa quatre à quatre dans le bureau du directeur. Lequel leva la tête de son journal, surpris. Surprise qui ne fit que grandir quand il vit la mine défaite du Maître des Potions.

« Dites-moi que ce n'était pas ce que j'ai vu, Albus ! Dites-moi que ce n'était pas… non, c'est impossible, pas lui ! Pas eux ! Non, je n'y crois pas ! Dites-moi que quelqu'un m'a empoisonné ! Que j'ai eu une hallucination ! Non, répondez-moi ! On a versé quelque chose dans mon verre !

_ Non, personne ne vous a empoisonné, Severus, personne. Mais qu'est-ce que…

_ Alors c'était vrai ce que… Non ! Non, impossible ! Lui avec… lui ! Non ! Je n'y crois pas ! C'est impossible !

_ Mais qu'est-ce qui est impossible ? Demanda le directeur, interdit. De quoi parlez-vous ?

_ Mais d'eux ! Ils… non, rien que d'y penser je… Je les ai vus ! Ils… non, je ne peux ! C'est impossible ! Pas…

_ De quoi parlez-vous ? Demanda Minerva, entrant dans la pièce.

_ De Potter et Malefoy ! Cria le professeur. Je les ai vu… Ils s'embrassaient ! Non, j'ai sûrement rêvé ! Minerva pincez-moi !

Le directeur et son adjointe échangèrent un regard incrédule. Et pour cause ! Depuis quand les deux pires ennemis de Poudlard s'embrassaient-ils ?

_ Mais c'est impossible ! Impossible ! Répéta le professeur de potion, toujours sous le choc. Minerva, pincez-moi !

_ Vous êtes sûr ?

_ Oui ! Pincez-moi je vous dis ! Il faut que je me réveille. C'est un cauchemar ! Pas eux !

La directrice adjointe pinça violemment le bras de son collègue qui grimaça en lui jetant un regard noir.

_ A l'évidence, vous ne rêvez pas, Severus, remarqua le directeur, avec un léger sourire. Vous dites avoir vu Mr Malefoy embrasser Harry ?

_ Puisque je vous le dis ! Mais Albus, c'est impossible. Vous savez comme moi ce que Lucius fera à son fils s'il l'apprend !

_ Ce n'était peut-être rien, suggéra le directeur.

_ Rien ? Rien ? S'offusqua Rogue. Albus ! Je l'ai vu et entendu ! Ils gémissaient comme si…

Minerva piqua un fard. L'absence de fin de phrase de Severus était plus explicite que des mots.

_ Bon, Severus, vous n'avez qu'à surveiller, nos deux amis. Et si cela devient sérieux, nous aviserons. Bonne nuit, Severus. »

Se sentant congédié, ce dernier tourna les talons, toujours sous le choc de sa découverte.

Le lendemain, élèves et professeurs eurent une désagréable surprise en lisant la Gazette du Sorcier. Dolores Ombrage, Grande Inquisitrice ! Horreur ! Les professeurs échangèrent un regard sombre. Le professeur Flitwick, d'ordinaire calme et pacifiste, sentit sa baguette le démanger tandis que la nouvelle Grande Inquisitrice affichait un air ravi. Mais une légère pression du professeur Sinistra sur sa main le calma. De son côté, le professeur McGonagall mangeait ses œufs au bacon avec hargne, ses yeux noirs exprimant une colère qui ne demandait qu'à éclater. Elle fut la première à quitter la Grande Salle, sitôt son petit-déjeuner expédié, presque immédiatement suivie de Rogue. Le regard pensif du directeur ne les quitta pas, un pli soucieux barrant son front ridé.

« Ce soir », chuchota le professeur de Métamorphose à son collègue alors qu'ils se séparaient. Un imperceptible mouvement des paupières lui indiqua qu'il avait compris. Dans la journée, tous deux s'arrangèrent pour prévenir leurs trois collègues. Ils se réunirent dans le bureau de Rogue, peu avant le repas. De nouveau, la directrice-adjointe fut partisane de l'action immédiate.

« Elle va pouvoir nous inspecter ! Nous renvoyer. Fudge ne cherchera pas plus loin que le bout de son nez ! C'est-à-dire elle ! Il faut agir ! Je n'ai pas envie de quitter ce château à cause du crétinisme de certains !

_ Moi non plus ! Riposta Flitwick de sa voix haut perchée. Seulement que pouvons-nous y faire hormis montrer que nos méthodes d'éducation sont les bonnes ? Nous somme le dernier rempart entre elle et nos élèves !

_ Vous exagérez Filius, fit Chourave. Comme toujours, Ecoutez-moi. Que pouvons-nous faire ? Je vous rappelle que le moindre problème peut se répercuter sur Albus. Or, ce que nous ne voulons pas, c'est qu'il est des ennuis. Fudge est idiot mais pas stupide. En collant Ombrage à nos basques, il veut surveiller Albus !

_ Pomona a raison, fit le professeur Sinistra, assise à côté du professeur Flitwick. Je suggère que…

Un cri retentit dans le château. Les cinq professeurs se figèrent puis, se ressaisissant sortir de la pièce. Ce qu'ils découvrirent dans le hall les stupéfia. Au milieu d'un cercle formé par les élèves et les professeurs, se trouvaient un magnifique bouquet d'orties et le concierge en larmes.

_ Merlin ! soufflèrent-ils en chœur, échangeant des regards inquiets.

_ Ma chatte ! Qu'ont-ils fait à ma chatte ? Ma chatte… Qui ? Ma chatte !

_Magnifique spécimen, ricana le professeur Chourave.

Son regard porcin fit le tour des élèves.

_ Il croit peut-être que le coupable va se dénoncer, chuchota le professeur Flitwick, ce qui fit sourire le professeur Sinistra.

Minerva remarqua dans l'assemblée les jumeaux Weasley, lesquels souriaient largement de la mésaventure du concierge, comme la plupart des élèves présents d'ailleurs. Le professeur Ombrage se détacha de la foule pour consoler le concierge, toujours pleurant et essayant à présent d'attraper les orties.

_ Je veux un châtiment ! J'exige le renvoi de l'ordure qui a fait ça à ma chatte ! Qui ? Je veux savoir qui !

Il s'approcha d'un élève de première année.

_ Qu ? Dites-moi qui ! C'est vous qui avez fit ça ! C'est vous ! hurla-t-il en le secouant comme un prunier.

Aussitôt les quatre directeurs de Maison se précipitèrent vers le concierge et l'élève, baguettes brandies, visage froid. Mais avant qu'aucun n'aient eu le temps de dire ou de faire quoique ce soit, Dumbledore avait réagi. Le concierge se trouva momentanément figé par un sortilège d'Entrave. Tous les élèves quittèrent le hall sur ordre de McGonagall. L'élève, un serpentard de première année, allait faire de même, quand Rogue l'attrapa par le bras.

_ Encore vous, Novalan. Rejoignez-moi dans mon bureau dès la fin du repas.

Puis il se tourna vers le groupe composé du concierge, des orties et des cinq professeurs. Dumbledore semblait en colère.

_ Argus ! Je ne tolèrerai pas que vous malmeniez mes élèves ! D'autant qu'une telle métamorphose n'est pas à la portée d'un élève de première année !

_ Qu'en savez-vous ? lui demanda sèchement Ombrage.

_ J'ai été professeur de Métamorphose, Dolores. Je connais le programme. Minerva pourra vous le confirmer. Métamorphoser un chat en un bouquet d'orties n'est pas à la portée d'un première année.

La directrice des Gryffondor acquiesça. Elle agita sa baguette et quelques secondes plus tard, Miss Teigne était de retour.

_ Mais c'est à la portée d'un cinquième année, insinua La Grande Inquisitrice.

_ Non, fit Minerva. Je n'apprendrai jamais à métamorphoser des personnes en orties. Ceci est une métamorphose que l'on ne voit que dans l'étude avancée de Métamorphose. Et je vois à qui vous penser.

_ C'est un coup de Potter, j'en suis sûre !

_ Qu'il soit renvoyé ! hurla le concierge. Faire ça à ma chatte !

_ Taisez-vous ! ordonna Minerva. Et partez ! Potter est aussi innocent que vous et moi ! Vous l'accusez sans preuve ! Il est innocent de ce dont vous l'accuser ! s'enflamma-t-elle. Cessez de vouloir à tout prix que ce soit lui ! Ce n'est pas lui ! Albus, dites-le lui !

_ Dolores, fit le directeur. Mr Potter n'est en rien mêlé à cette situation. Quoiqu'en dise le ministère, je puis vous certifier qu'il n'a rien à voir avec la métamorphose de Miss Teigne.

_ Et vous, fit McGonagall à Ombrage. Vous auriez dû l'empêcher de brutaliser cet élève ! Coupable ou innocent, on ne malmène pas les élèves ! Le règlement c'est le règlement !

_ Et qui êtes-vous pour me dire ce que je dois ou ne dois pas faire ? demanda son interlocutrice.

_ Moi-même, riposta Minerva. En tant que professeurs, nous devons nous plier au règlement ! Nous ne devons pas malmener nos élèves ! Et ce n'est pas sous prétexte que vous avez été nommée Grande Inquisitrice, que vous devez agir à votre guise !

_ Justement si, Minerva McGonagall ! J'agis comme je l'entends ! J'ai le ministre derrière moi ! Et vous qui avez-vous ? Vous n'êtes qu'un simple professeur !

_ Ma position me plaît, je n'envie pas la vôtre, fit Minerva, avec un suprême dédain.

_ Ce que vous voulez, c'est devenir directrice de Poudlard ! s'écria Ombrage, son doigt boudiné pointé sur sa collègue. Voilà pourquoi votre position vous plait tant que ça ! Parce que vous finirez directrice de cette école !

_ Vous divaguez, fit simplement son interlocutrice méprisante.

Sans un mot de plus, elle partit dans son bureau. Ses collègues la regardèrent, étonnés mais approuvant sa réaction. Dumbledore la suivit des yeux. Tandis que ses professeurs regagnaient la Grande Salle pour le repas, ils se dirigea vers le bureau de sa directrice adjointe. Qu'il trouva tournant en rond, le visage pâle de rage. Elle laissa échapper un cri de rage, frappa du poing son bureau.

_ Elle ! Oh elle ! Elle me… je vais finir par… comment ose-t-elle ?

Nouveau cri de rage. Dumbledore regarda, profondément étonné, cette crise de colère. Jamais depuis qu'il connaissait Minerva, d'abord comme élève puis comme professeur, il ne l'avait vue aussi énervée et furieuse. Elle faisait les cent pas, donnant, dans un accès de rage plus violent, un coup de poing sur sa table de travail, trépignant comme une enfant en colère. Quand elle grimaça après un énième coup sur le meuble, qui eut pour conséquence de faire tomber sa boite de tritons au gingembre, il jugea qu'il était temps d'intervenir. Il lui prit les mains et la regarda droit dans les yeux. Elle se figea.

_ Minerva, calmez-vous, lui murmura-t-il doucement. Elle ne mérite pas que vous vous énerviez pour elle. C'est inutile. Détendez-vous.

_ Me détendre ? répéta celle-ci incrédule. Vous voulez que je me détende ? Elle… elle… elle…

_ Oui, je sais. Elle est insupportable, mais nous n'y pouvons rien. Rien, Minerva.

_ Alors il faut les laisser vous traiter de fou et de menteur ?

_ Oui, fit ce dernier en souriant. Si ça les amuse.

_ Mais c'est faux ! s'exclama la directrice adjointe. Complétement faux ! Je ne peux pas accepter que…

_ Mais vous le devez ! s'exclama à son tour Dumbledore. Parce que Poudlard va avoir besoin de vous ! Parce que j'aurai besoin de vous…

Pour le coup, la colère de Minerva tomba net, comme un soufflet au fromage. Lui ? Avoir besoin d'elle ? Elle avait sûrement mal entendu.

_ Minerva, je… »

Un fraction de secondes, leurs regards se croisèrent, s'accrochèrent. Puis le directeur s'éloigna et quitta la pièce sans un regard en arrière.

Aucun d'eux ne parut au dîner, sous le regard réprobateur de Ombrage qui regarda d'un drôle d'air les trois autres directeurs de Maison. A la fin du repas, elle vit Rogue quitter la Grande Salle presque aussitôt suivi de l'élève de serpentard que Rusard avait malmené plutôt dans la soirée. Elle le détailla de loin. Pour un enfant de onze ans, il semblait déjà grand, dépassant d'une bonne tête la plupart de ses condisciples. Ses cheveux roux et bouclés, indisciplinés lui conféraient une aura particulière. Cet enfant ne lui inspirait pas confiance. Encore un sujet à surveiller. Elle remarqua un peu plus loin Drago Malefoy. Il semblait à mille lieux d'eux. Puis à l'autre extrémité de la Grande Salle, les Gryffondor étaient agités. Les rires fusaient, provenant d'un groupe au sein duquel elle reconnut les jumeaux Weasley. A surveiller eux aussi. Tout comme leur père. Assis au bout de la table, elle vit Potter, ses deux inséparables, bavardant à voix basse. Ce sale menteur, songea-t-elle. A surveiller, plus que les autres. Les jumeaux semblaient inoffensifs, à côté de lui. Et cette miss je-sais-tout ! Comment avait-elle pu oser s'opposer à elle ?

Tout à fixer la table des Gryffondor, elle ne remarqua pas les yeux des professeurs Flitwick, Sinistra et Chourave. Elle sursauta quand tous trois se levèrent, en plein conciliabule. Elle les suivit des yeux, alors qu'ils bavardaient tout en traversant la Grande Salle. Eux aussi nécessitaient une surveillance. Ligués contre elle et le ministère. Un sourire cynique éclaira son visage. Grâce à son titre, elle pourra faire le ménage dans l'équipe enseignante. Il est temps d'élaguer l'arbre pour qu'il repousse beaucoup mieux, sans les branches pourris.

« Est-ce vous qui avez transformé ce chat en orties ? demanda Rogue à Rémyl.

L'élève regarda les cinq professeurs réunis dans les appartements de son directeur de Maison.

_ Oui, j'ai cru comprendre que Ombrage voulait se le mettre dans la poche. Enfin, c'est déjà fait. J'ai agis, sans votre accord. Mais ce n'est pas à mon âge que je vais changer, j'ai l'habitude d'agir sans demander de compte à personne…

_ Joli coup, fit le professeur Flitwick.

_ Ces orties étaient magnifiques, approuva le professeur Chourave. J'en aurais bien pris un spécimen mais je ne pense pas que Rusard aurait apprécié d'avoir un chat mutilé.

_ Les élèves auraient été ravis. Enfin surtout deux de Gryffondor.

_ Fred et George Weasley ? fit Rémyl. Je pense aussi. Nous nous sommes rencontrés au détour d'un couloir. Ils sont sympas. Et m'ont bien accepté bien que je sois dans une autre maison que la leur.

_ J'avoue que ces deux-là me causent beaucoup d'ennui, fit Minerva. Mais après tout, ils travaillent bien. Encore bravo pour cette métamorphose. Je n'aurais pas fait mieux. En même temps, je ne peux pas faire mieux.

_ Oh, mais vous avez eu un excellent maître, fit Rémyl.

Ils échangèrent un sourire qu'aucun des autres ne comprit, pas plus que le sens de ces mots. Les professeurs partirent, raccompagnant au passage l'élève à sa salle commune. Seule resta le professeur McGonagall dans l'appartement du Maître des Potions. Ils bavardèrent puis Rogue raccompagna sa collègue dans ses appartements.

« Dites-moi, Minerva, Albus vous a-t-il parlé de ce qui s'est passé l'autre fois dans son bureau.

_ Euh… non. Nous n'avons pas eu le temps, ni l'occasion vous savez. Mais, et vous Severus, avez-vous remarqué quelque chose de particulier entre Potter et Malefoy ?

Au moment où son interlocuteur allait répondre, un gémissement et un cri de plaisir se firent entendre. Les deux enseignants se figèrent. Et contemplèrent, incrédules, la porte devant laquelle ils se trouvaient.

_ Avez-vous entendu ce que j'ai entendu ou ai-je rêvé ? demanda Severus à voix basse.

Un hochement de tête affirmatif lui répondit. Et à l'air stupéfait peint sur ses traits, il devina qu'elle avait eu la même pensée que lui quant à l'auteur du cri. Ils ouvrirent silencieusement la porte et se retrouvèrent muets devant le spectacle qui s'offrait à eux…