Entraînement

Particulier

Quoiqu'un peu trop… « Chaud »…

Je lui montre deux ou trois exercices avant de passer à des véritables combats où nous nous battrions sérieusement, tout ça pour l'évaluer.

En premier, je lui montre comment rester calme avant, après et pendant un combat.

-Il ne faut surtout pas laisser passer tes émotions. Il faut te focaliser sur l'action que tu fais ou que tu vas faire. Certains peuples le travaillent pour paraître toujours jeune et en pleine forme. Ces peuples ne sont jamais énervés. Des gens disent que c'est une sorte de légende, mais j'y crois.

-Et que faut-il faire ? Pour rester calme, et ne pas penser à ses émotions ?

-Des gestes simples qu'il faut répéter régulièrement pendant deux ou trois mois.

-Montre-moi, Senpaï.

Je me mets de biais par rapport à Keiki et éloigne mes jambes l'une de l'autre, je plis les genoux et lève mon bras droit devant mon corps. Puis, je montre ma paume de main au ciel. Je soulève ensuite la main gauche et fais de même avec elle. Je me mets sur la jambe gauche, en équilibre et forme un triangle au-dessus de ma tête avec mes bras en joignant mes paumes. Ma respiration est régulière et lente, j'inspire par le nez et expire par la bouche. Je ferme mes yeux et exécute un enchaînement de coups, comme si je me battais. Je sais où se trouve mon élève et fais exprès de lui frôler le visage. Au lieu d'éviter, il empoigne mon bras et m'attire à lui. Je rouvre brusquement les yeux.

-Que… ?

Son visage est éclairé d'un sourire et ses yeux sont habillés d'étoiles… Sa bouche se trouve près de la mienne, je sens qu'il respire aussi lentement que pendant l'exercice que j'ai accompli. «J'aime lorsque tu bouges ainsi…» me susurre-t-il à l'oreille après s'être rapproché. «Cesse tes âneries ! » murmurai-je à mon tour à son oreille mais durement. Puis je le frappe au ventre. Il tombe au sol.

-Je suis ton maître, Keiki. Je veux bien croire que l'élève puisse dépasser le maître, mais il n'a pas le droit de le draguer, dis-je froidement.

-Hun…

Il apparait une fois de plus dans mon dos, je sors le sabre que j'ai emporté et menace le garçon alors qu'il est presque collé à moi.

-Je n'y peux rien, tu m'attires, dit-il en haussant les épaules.

Je le menace encore, et tranche l'air diagonalement. Sans vraiment le vouloir, je le blesse au torse, ce qui déchire sa chemise.

-Je t'ai dit d'oublier tes émotions. Fais-le dès maintenant, sinon, je te tue sur-le-champ.

-Tu ne pourrais pas me faire de mal…

-Tu crois ça ?

-Tu es, toi aussi attirée par moi… Je le sens…

-Eh bien tu te trompes ! riais-je en me déplaçant sans qu'il ne le sente derrière lui.

Je dépose ma lame tout juste aiguisée, tranchante, sous sa gorge et le colle à moi.

-Je peux te trancher la gorge si je le désire… Tu es sans défense…

Il réussit à se tourner pour avoir le visage près du mien, et, avant que je ne réagisse, il m'embrasse longuement, passionnément, malgré moi… Ses mains entourent mon visage, ses lèvres chaudes et pulpeuses sont contre les miennes, sa peau est douce… Sa bouche et son odeur m'enivrent de leur arôme sucré. Je dois lutter contre ce sentiment…

Il me retient de partir en caressant mes cheveux et mon visage, mais je réussis à le repousser brusquement, il vole contre le mur d'en face, à une dizaine de mètres de l'endroit où il m'a embrassé. Il ne s'attendait pas à ce que je le jette ainsi et se relève lentement.

-Tu voulais un entraînement, non ? lui demandai-je en arrivant dans son dos.

Il m'observe après s'être mis debout…

-Tu n'avais pourtant pas l'air contre au début…

-Si ce n'est le respect l'un pour l'autre, nous ne devons pas ressentir autre chose… et s'il y a, il faut ignorer ce sentiment qui pourrait nuire à ton apprentissage.

Je suis froide dans mes paroles. Je ne veux plus être trop douce avec lui, je ne veux plus risquer mes sentiments profonds.

-Reproduis les gestes que je t'ai montré tout à l'heure, lui ordonnai-je.

Il s'exécute avec une simplicité et une grâce que je ne lui connaissais pas. Durant le temps de cette exécution, je l'observe attentivement. Malgré tous mes efforts, je tombe sous le charme de son visage calme, de ses traits parfaits, de ses gestes tellement gracieux, de sa légèreté, de sa beauté…

Après que l'exercice soit finit, je lui montre d'autres petits entraînements qu'il réalise tout aussi bien que le premier. Quatre ou cinq heures ont passées depuis le début de l'entraînement.

-Bien, commençai-je, il est l'heure de rentrer…

Le garçon fait la moue, et, avant qu'il ne pense à ma réaction, Je me déplace derrière lui et le menace avec le fourreau de mon sabre sous la gorge. Il a un soubresaut mais ne se retourne pas.

-Qu'ai-je fais cette fois qui ne te plaisais pas, Sempai ? me demande-t-il presque mollement.

-Rien… Mais j'aurai préféré que tu aies réaction plus offensive à mon attaque surprise… J'aurais été une ennemie, je t'aurais tranché la gorge, et tu serais mort à cause d'un geste que tu n'as pas fait.

Après un moment de silence où je le sais être pensif, il me pose une question pour le moins dérangeante…

-Que faut-il que je fasse pour que tu m'aimes ?

Sa question me désempare un peu… Une telle question alors que j'aurais pu le tuer… Il me déconcerte vraiment.

-Il faut que tu suives les entraînements et que tu cesses de penser à tes sentiments. Si je dois te le répéter une fois encore, le baiser que nous avons eu il y a quelques heures ne se reproduira plus jamais. C'est-à-dire que je le ferai le jour où tu t'y attendras le moins si tu t'exécute correctement… Enfin, si l'on veut…

Il est surpris de ma réponse et se retourne pour m'observer.

-Que veux-tu dire ? Que tu es vraiment attirée par moi ?

-NON ! Allez, rentrons ! fais-je sèchement.

En finissant ma phrase, je sors de l'enceinte du terrain d'entraînement pour aller à la planque. Je sais qu'il me suit, je l'entends bondir d'un mur à l'autre. Je sais qu'il se met ensuite à marcher.