« So farewell hope, and with hope farewell fear,
Farewell remorse; all good to me is lost.
Evil, be thou my good. »
Extrait du Livre IV de Paradise Lost, par John Milton
4 : De profundis clamavi
Blackwell était une petite ville tranquille. Grâce à un nom porté par huit autres localités dans toute la Grande-Bretagne, elle avait su rester discrète aux yeux des Moldus. Pourtant, elle ne manquait pas d'intérêt historique : un Sang-Pur influent s'y était installé au XVIème siècle, utilisant ses Gallions pour y construire un superbe manoir. D'autres l'avaient suivi et Blackwell avait bientôt été remplie de demeures imposantes et quelque peu prétentieuses.
Des Moldus, cependant, avaient continué à y vivre. Ils se caractérisaient par un état de confusion permanent et une soumission totale aux « châtelains » du village, dont ils n'étaient rien d'autre que les bêtes de somme. Leur présence, nécessaire au train de vie des Sang-Purs, avait cependant volé à Blackwell le titre de « ville peuplée uniquement par des sorciers ». Elle n'était donc que l'éternelle deuxième face à la populaire et commerciale Pré-au-Lard.
L'avènement de Voldemort avait marqué le début de la gloire de la ville. Les Sang-Purs avaient enfin pu en chasser les Moldus – pour les remplacer par des serviteurs au sang impur et des nobles de rang inférieur, chargés de prendre soin de leurs manoirs pendant qu'ils administraient leur province. Enveloppée d'une brume magique qui la rendait invisible aux yeux des Moldus, Blackwell avait définitivement été oubliée de tous sauf des nobles.
Et c'était là, dans leur havre silencieux, qu'ils avaient cherché refuge après la chute de Voldemort. Le seul endroit où ils ne trouveraient que leurs serviteurs les plus dévoués et des sorciers de leur sang. Le seul endroit sûr pour eux désormais.
Blackwell vibrait enfin. La ville morte était devenue surpeuplée, et son nom banal courrait sur toutes les lèvres depuis qu'elle s'était transformée en la position la plus stratégique de Grande-Bretagne.
Et, pour quelques mois, Blackwell serait aussi l'endroit où vivrait Rosemary.
Celle-ci n'aimait pas rester longtemps sans rien faire et elle ne pouvait mettre ses plans à exécution avant début juillet et la naissance du bébé d'Eméra. Léna avait été si heureuse d'apprendre que l'enfant à naître lui permettrait de briser le Sceau qu'elle avait libéralement autorisé Rosemary à espionner les Sang-Purs. Prétextant une mission à l'étranger pour expliquer son retour tardif à Blackwell, Rosemary s'était présentée à eux et ils lui avaient confié une mission dans la ville même.
Le professeur Yaxley était une célébrité à Blackwell : Mangemort et esprit brillant, il avait apparemment un rôle clé dans les plans des Sang-Purs, ce qui ne les empêchait pas de se méfier de lui. Ils avaient donc remplacé tout le personnel du professeur par des espions.
Rosemary trouvait cette attitude plutôt raisonnable.
En tout cas, Yaxley avait besoin d'une nouvelle femme de chambre et les Sang-Purs voulaient qu'elle leur rapporte ses moindres mouvements.
Je devrais être parfaite pour ce job…
Elle trouva l'élégante maison à colombages de Yaxley, enfila son nouvel uniforme et alla saluer le maître des lieux.
« Bonjour, monsieur. Je suis votre nouvelle femme de chambre, Lillian. »
« Ça ne vous va pas du tout, dit Yaxley. Je me demande quelle est votre vrai prénom. »
« Je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler, monsieur, » dit Rosemary mais, malgré son jeu parfait, elle savait qu'il ne s'y laisserait pas tromper. Il y avait quelque chose d'étrange chez ce Yaxley. Pas dans son apparence ; il était plutôt grand, la quarantaine mais les tempes déjà grisonnantes, des lunettes ovales sur le bout du nez et un sourire plutôt débonnaire. Mais Rosemary non plus ne s'y laissait pas tromper : son regard contenait une intelligence plus aiguisée qu'une lame de couteau.
Un esprit brillant, en effet.
« Vous savez, Lillian ou peu importe votre vrai nom, ce que je ne supporte pas chez mes employeurs, c'est la façon dont ils me prennent pour un imbécile. Croient-ils vraiment que je suis assez stupide pour ne pas remarquer que je vis avec des espions ? »
Comme Rosemary avait prudemment décidé de se taire, il enchaîna :
« Quoi qu'ils ne me gênent pas vraiment. Les espions sont de meilleurs compagnons que les domestiques. Plus intelligents. Quoi qu'ils ne savent pas aussi bien faire les lits. Dommage, vraiment dommage. »
« Sur quoi travaillez vous ? » demanda Rosemary sous prétexte de changer de sujet.
« Oh, ce n'est pas un secret, du moins pas ici. »
Il souleva un drap et découvrit un énorme récipient rempli d'un liquide violet.
« Et qu'est-ce que ça fait ? »
« Ça réécrit les souvenirs, en les inhibant et les remplaçant par des idées fixes de fidélité envers les Sang-Purs. Totalement inoffensif tant qu'il n'est pas sous forme de gaz. Mais ce qui le rend vraiment merveilleux est qu'il ne fonctionne que sur les Sang-Impurs. Ils laissent les sorciers qui n'ont pas de parents Moldus sur trois générations au moins complètement indemnes. Je n'ai pas encore réussi à le faire marcher sur les Moldus, ajouta t-il, troublé. Il faut qu'il y ait quelque chose de magique chez le sujet. »
« Et combien de « Sang-Purs » n'ont pas le sang pur sur trois générations ? »
« Quelques-uns, avoua Yaxley avec un sourire. Ce qu'il y a de drôle, c'est qu'ils vont eux-mêmes libérer le gaz dans les places fortes des Sang-Impurs, tout en s'appliquant un sortilège de Tête en Bulle pour ne pas le respirer. Ceux qui sont naturellement immunisés contre le gaz feront diversion et les Sang-mêlés ne se rendront compte que quelque chose cloche que quand il sera trop tard. »
« C'est un plan brillant, dit Rosemary. Pourquoi vous ne le mettez pas tout de suite à exécution ? »
« Le gaz n'est pas encore tout à fait prêt. Il efface tous les souvenirs depuis l'enfance et ceci sans distinction. Bref, ça transforme les gens en zombies, ce qui à long terme est parfaitement inutile. »
« Comment pouvez vous espérer préserver l'intellect de quelqu'un si vous lui retirez tous ses souvenirs et les remplacez par des préceptes d'obéissance ? »
« Il suffit d'être sélectif. Je suis en train de régler la machine pour qu'elle n'efface que les souvenirs de cette année. Les Sang-Impurs oublieront la chute du Seigneurs des Ténèbres, la fuite des Sang-Purs et, à la place, il y aura cette petite voix qui leur rappellera toujours qu'ils sont inférieurs et doivent obéir à leurs maîtres. Et ce sera prêt pour cet été. »
« Tout le monde est vraiment au courant ? Si ça sort de Blackwell, votre plan pourrait tomber à l'eau ! »
« Rien ne sort jamais de Blackwell, Lillian, ni les personnes, ni les informations. Impossible de transplaner, pas de Réseau de Cheminées ; fabriquer un Portoloin non autorisé et c'est la chasse à l'homme ! »
« Et les Patronus ? »
« La brume autour de la ville les bloque, tout comme les ondes aussi bien magiques que Moldues. Oui, ils ont même pensé à ça. »
« Et si quelqu'un essaie de traverser la brume à pied ? »
« Il sera ramené à son point de départ. »
Il avait fallu tout son art à Rosemary pour faire passer dans la ville un téléphone cellulaire Moldu. Et désormais, il ne lui servait à rien… Pourtant, elle en avait absolument besoin pour prévenir Léna des informations qu'elle avait glanées à Blackwell. L'attaque des Sang-Purs était prévue pour le dix-huit juillet, et serait le moment idéal pour se glisser dans le château. Léna n'aurait même pas besoin d'utiliser les Détraqueurs pour attaquer Poudlard et forcer son entrée au château ; il lui suffirait d'un simple Portoloin auquel personne ne ferait attention à cause de la pagaille occasionnée par les Sang-Purs !
Et il faut qu'elle le sache ! Autrement, qui fera tout le sale boulot : trouver l'enfant d'Eméra, l'enlever, l'utiliser pour ouvrir le Sceau ? J'ai toujours pensé que Léna ferait ça à ma place et que je n'aurai plus qu'à lui voler la Clé et à m'emparer des pouvoirs du Cristal.
Mais, vu comment les choses se présentaient, non seulement Léna ne serait pas au rendez-vous à Poudlard mais Rosemary elle-même ne pourrait pas s'introduire au château.
Jusqu'à ce qu'elle découvre, dans l'un des coffres de Yaxley, une vieille cape d'invisibilité. Elle serait son sésame pour la liberté. Invisible, elle se glisserait parmi les Mangemorts allant attaquer Poudlard. Puis, une fois là-bas, son téléphone recevrait la transmission magique et elle pourrait envoyer un message à Léna.
Quant à comment se débarrasser de cette excellente sorcière pour lui voler la Clé… elle savait déjà comment elle s'y prendrait.
« Quoi ? Deimos est revenu te voir ? dit Eméra. Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? »
Elle était à six mois de grossesse et avait une main posée sur son ventre désormais bien rond.
« C'était il y a trois mois, à Noël. Je ne t'en ai pas parlé parce que ça ne m'a pas semblé très important. »
« Vu votre ancienne relation et la façon dont s'est passée votre rupture, ça me semble important. Il n'a pas essayé de te faire du mal ? »
« Non, il voulait que je lui donne une seconde chance. Évidemment, je l'ai envoyé balader. »
« Tu l'as fait diplomatiquement, j'espère ? »
« Eméra, tu crois vraiment qu'on se débarrasse d'un obsédé par des paroles douces et compréhensives ? »
« Deimos n'est pas juste obsédé par toi, c'est un psychopathe. Si tu lui as vraiment fait du mal, il va essayer de te tuer. »
« C'est plutôt moi qui risque de le tuer s'il me cherche encore des noises. Je reviens, je veux te montrer quelque chose. »
Elle quitta l'appartement de sa cousine et partit chercher l'objet dans son bureau. Puis, elle rejoignit sa cousine sur le confortable canapé où elles s'asseyaient toujours pour discuter.
« Qu'est-ce que c'est ? » dit Eméra en observant avec curiosité le coffret de cuir noir qu'avait rapporté Dalila.
« Ouvre-le. »
À l'intérieur, il y avait un des pistolets qu'elle avait prêtés à Dalila. Il avait l'air normal, du moins vu de l'extérieur.
« Le chargeur. » dit Dalila.
Eméra le retira et le vida. Un flot d'argent s'écoula entre ses mains.
« L'argent marche sur les loups-garous ? »
« Ça ne les brûle pas quand il les touche mais, une fois à l'intérieur de leur corps, ça les empoisonne. »
« Des balles normales peuvent être tout aussi mortelles. »
« Oui, mais je ne tire pas aussi bien que toi, Eméra. Si Deimos m'attaque, je ne sais pas si j'arriverai à toucher un organe vital. Avec ces balles en argent, même si je ne fais que le blesser, il mourra. »
« Hé bien, c'est un raisonnement plutôt froid. Il était tout de même ton petit ami ! Tu ne ressens rien à l'idée de le tuer ? »
« Je ne veux pas le tuer, mais s'il se met en travers de mon chemin, je le ferai. »
« Et si j'étais à sa place, tu me tuerais ? » demanda Eméra, les sourcils froncés.
« Ça n'arrivera jamais. D'abord, parce que nous sommes amies, et ensuite, parce que tu n'es pas assez mauvaise pour te ranger du côté des Sang-Purs ou des loups-garous. Si tu le faisais, tu ne serais plus la même personne donc, techniquement, je ne te tuerais pas. »
« Dalila, je t'ai déjà dit à quel point je suis contente qu'on ne soit pas dans des camps opposés ? »
Dalila s'apprêtait à répondre lorsque quelqu'un frappa à la porte.
« Entrez ! », cria Eméra.
Peter Pettigrow entrouvrit la porte et se glissa timidement à l'intérieur.
« Euuhh, Eméra, c'est l'heure de notre cours. »
« Et tu es venu me chercher ? »
Elle jeta un coup d'œil à sa montre : en effet, elle avait vingt minutes de retard. Elle comprenait donc le geste de Peter, mais pas que ce soit lui qui l'ait fait. Il était très amical envers elle, mais étrangement gêné en sa présence, ce qu'elle trouvait bizarre vu qu'il était beaucoup plus âgé qu'elle.
« Oh, dit Peter, je suis désolé. Je n'aurais pas dû venir. En fait, je ne serais pas venu si Nezumi n'avait pas autant insisté. »
« Elle trépigne d'impatience, n'est-ce pas ? » lui demanda Eméra en souriant.
Nezumi était de loin son élève la plus enthousiaste au cours de tir au pistolet.
« J'arrive tout de suite, Peter. »
Puis, Eméra se tourna vers sa cousine :
« Tu me fais oublier mes obligations, Dalila. »
« Tu es sûre que tu ne veux pas de congé de maternité tout de suite ? Tu l'aurais mérité. »
« Je suis enceinte, pas malade ! Je m'arrêterai au huitième mois, comme tout le monde. Allons-y maintenant, Peter. »
Elle le devança dans le couloir et il la regarda ouvrir la marche, mal à l'aise. Depuis son arrivée à Poudlard, Peter essayait de se lier d'amitié avec Eméra. Il avait laissé tomber l'idée d'être son mentor : indépendante, combattante et bientôt mère, Eméra avait passé l'âge des mentors. Il se contenterait donc d'une simple amitié, mais elle ne pouvait naître entre eux. Pas à cause d'Eméra, qui l'avait accueilli de manière plutôt aimable vu qu'il lui avait sauvé la vie la dernière fois qu'ils s'étaient vus. À cause de lui.
À chaque fois qu'il la voyait, la culpabilité lui brûlait les entrailles. S'il était venu à Poudlard, c'était pour racheter sa responsabilité dans la mort de James et Lily. Dalila et Lucius, témoins de ses actions à la Station Endoloris, lui avaient donné une seconde chance. Severus Rogue, qui l'avait surveillé jusqu'à la chute de Voldemort, les avait laissés faire car il ne pensait plus que Peter représentât un danger pour leur camp.
Regagner la confiance des gens après une trahison, c'est déjà beaucoup. Mais il voulait plus que de la confiance. Il voulait le pardon.
Et seule Eméra pouvait le lui donner. Eméra qui, même si elle connaissait parfaitement son arbre généalogique, ignorait tout des amis de son grand-père, et surtout de ce que Peter lui avait fait. Elle ne le saurait jamais, à moins qu'il ne le lui révèle. Mais il n'en trouvait pas la force. Si Eméra ne lui pardonnait pas, mais au contraire se mettait à le détester… Il perdrait à tout jamais la chance de devenir son ami. Il perdrait même sans doute sa place à Poudlard.
Oui, se dit Peter, il fallait réfléchir, peser le pour et le contre. Mais il ne lui vint jamais à l'esprit qu'il pourrait manquer de temps.
« Stanislas, il faut que tu viennes. » dit Lucy, d'une voix lasse. Elle avait l'air fatiguée et bouleversée.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est Eméra ? Ou le bébé ? »
« Le bébé. L'accouchement s'était bien passé, Eméra allait bien et le bébé avait l'air d'un petit garçon en pleine santé. Mais depuis, il n'a pas cessé de crier et de tousser. Il a mal mais le guérisseur n'a aucune idée de ce qui ne va pas. On a pensé que tu aurais peut-être une idée. »
« Bien sûr. J'y vais tout de suite. »
Lucy se mit à courir et, pour une fois, Stanislas la suivit sans discuter à la même allure. Ils entrèrent dans l'infirmerie, qui avait été aménagée en salle d'accouchement. La jeune mère semblait épuisée mais en bonne santé. Dalila était assise à sa droite et le guérisseur à sa gauche. Il tendit le bébé qui criait et gigotait à Stanislas, avouant sans un mot son impuissance.
Stanislas prit maladroitement l'enfant. Non seulement il toussait comme s'il avait un corps étranger dans les poumons, mais sa peau se couvrait de rougeurs.
« Ce doit être une réaction allergique à quelque chose dans l'air. »
À ce moment-là, la porte claqua et Kévin entra, Nezumi sur les talons.
« Est-ce que le bébé va bien ? »
« Pourquoi cette question ? » demanda Dalila de son ton le plus calme vues les circonstances
« Je crois qu'il pourrait être en danger. »
« Kévin, est-ce qu'un Troisième Œil t'a soudainement poussé ? dit Lucy. Comment as-tu pu deviner qu'il allait mal ? »
« Je n'ai pas de Troisième Œil, juste mes Yeux. Et, quand vous avez annoncé qu'Eméra avait eu un petit garçon, je les ai utilisés pour savoir à quel point il était puissant. J'étais curieux, c'est tout ! Et il se trouve qu'il est le sorcier le plus puissant que j'aie jamais vu, plus puissant même que Voldemort. »
« Kévin, si tu sais ce que Ti'lan Jr a, cesse de tourner autour du pot et dis-le ! » s'écria soudainement Eméra.
« Mais c'est précisément ce que j'étais en train de dire ! répliqua Kévin, avec à peine un léger tic en entendant le nom du bébé. Je pensais que le taux de magie qui l'entourait était toxique et, maintenant, j'en ai la preuve. »
« Donc, il est simplement… trop puissant. » dit Lucy, dubitative.
« Pas simplement, dit Stanislas. Trop de magie est collée à lui, elle irrite sa peau et s'infiltre dans l'air qu'il respire, abimant ses poumons. Et je ne sais pas ce que nous pourrions y faire, car la nature magique d'un sorcier vient de sa propre âme. Même si nous réussissions à retirer son essence magique à Ti'lan Jr, il deviendrait moins qu'un fantôme. Nous en avons tous été témoins. »
« Si, il y a quelque chose que je peux faire, dit Eméra. Je peux utiliser la Bénédiction du chaman pour le sauver. »
« Mais ça te coûterait la vie ! » s'exclama Dalila.
« Oui, c'est pourquoi je ne vais pas l'utiliser. Je ne veux pas rendre mon fils orphelin s'il y a un autre moyen de le sauver. Mais je peux toujours utiliser mes pouvoirs de chaman d'une autre manière. »
Elle se tourna vers Stanislas :
« Si Voldemort avait capturé ma mère, une chamane comme moi, il l'aurait droguée pour contrôler son pouvoir. Donc, je sais que ce genre de potion existe. Est-ce que tu pourrais m'en préparer ? »
« Si tu connais ces potions, tu sais aussi qu'elles sont dangereuses. » répondit gravement Stanislas.
« Si je ne peux pas regarder dans le passé ou le futur si un traitement existe, mon fils va mourir, et c'est sûr à cent pour cent. Je t'en prie, Stanislas… »
« D'accord, je le ferai. Mais ne l'attends pas avant la pleine lune. »
« TJ va beaucoup mieux depuis qu'il respire uniquement de l'air filtré de toute magie, confia Eméra à Lucy. Mais la pommade ne marche pas aussi bien que je l'avais espéré. J'ai beaucoup de mal à le faire dormir avec ses irritations de la peau. »
« Je vais continuer à le bercer alors, pour qu'il ne se réveille pas, dit Lucy qui tenait le nouveau-né enfin endormi dans ses bras. Maintenant qu'on a un peu de répit, je peux te poser une question stupide, Eméra ? »
« Bien sûr. Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Au début, tu l'appelais tout le temps Ti'lan Jr et maintenant, c'est uniquement TJ. Pourquoi ? »
Eméra soupira :
« C'est difficile à expliquer. Depuis que TJ est né, j'ai réalisé que je n'avais pas aussi bien surmonté la mort de Ti'lan que je ne le pensais. Bien sûr, je ne m'en suis pas rendue compte à l'époque, mais si j'ai gardé ce bébé, c'est parce que je voulais remplacer un être cher par un autre. Boucher le trou qu'avait laissé la mort de Ti'lan dans mon cœur par un bébé ! Ça me paraît ridicule maintenant. Parce que, même si je n'ai passé qu'une quinzaine de jours avec lui, ce que tu tiens dans les bras, Lucy, n'a rien d'un « bouche-trou ». C'est mon fils et, même si je suis fière que ce soit aussi celui de Ti'lan, il a sa propre identité. »
« Je suis si contente que tu dises ça ! À vrai dire, quand tu m'as dit que tu gardais TJ parce qu'il était tout ce qu'il te restait de Ti'lan, j'étais un peu inquiète mais maintenant, tout va bien. Enfin, c'est une façon de parler, bien sûr. » dit Lucy en baissant les yeux vers les petites bouteilles à oxygène que respirait TJ.
Elle releva la tête quand on frappa à la porte. C'était Stanislas. Il tenait à la main une seringue hypodermique entourée d'un capuchon hermétique et rempli d'un liquide ambré.
« Alors ? » demanda fiévreusement Eméra.
« Je ne sais pas. Cela pourrait te permettre de contrôler tes visions, ou ne pas avoir plus d'effets sur toi qu'un somnifère. La pleine lune devrait rendre la potion plus stable, et la voie intraveineuse est moins risquée. Le guérisseur Parson te l'injectera ce soir et nous resterons tous les deux pour te surveiller. »
« Je garderai TJ, dit aussitôt Lucy. Ça ne me fait rien, je t'assure. »
« Merci à tous les deux. On peut dire que je vous dois beaucoup. »
« De rien. C'est à ça que servent les amis. » dit Lucy de son ton le plus enjoué, à tel point qu'il paraissait presque forcé.
Elle rendit TJ à sa mère et se plaça à côté de Stanislas.
« Je te reverrai à la tombée de la nuit, Eméra. » dit celui-ci.
Elle lui fit un vague geste de la main tout en calant à nouveau son fils dans ses bras.
Le reste de la journée passa en un éclair mais, à la surprise d'Eméra, quelque chose d'intéressant se passa avant le coucher du soleil. Alors qu'elle attendait avec impatience, tout en le craignant, le moment où elle utiliserait la potion, le feu de sa cheminée s'illumina de vert.
La surprise se peignit sur le visage d'Eméra mais elle ne sortit pas sa baguette. Qui que ce fût, il avait l'autorisation d'accéder à sa cheminée ; ce ne pouvait pas être un ennemi.
« Deimos ! s'exclama t-elle quand le tourbillon de flammes vertes fut calmé. Comment as-tu pu accéder au réseau de cheminées ? »
« Dalila m'a autorisé à le faire. »
« Oui, mais c'était il y a des mois et elle t'a retiré son autorisation depuis ! »
« Quand elle m'a autorisé l'accès à son bureau, elle m'a en fait autorisé à accéder à toutes les cheminées de Poudlard. Évidemment, elle ne le savait pas donc elle n'a révoqué que mon accès à la cheminée de son bureau, et pas aux autres, comme la tienne. »
« Hé bien, je ferai en sorte qu'elle le fasse. En attendant, pourquoi es-tu venu ? »
« Pour voir mon ou ma filleule, évidemment ! Dalila m'a appris son existence mais elle ne savait pas son sexe à l'époque. C'est une fille ou un garçon ? »
« Un garçon. Il dort en ce moment. »
« Comment l'as tu appelé ? »
« Ti'lan Jr, mais je l'appelle juste TJ. »
« Dis donc, tu n'es vraiment pas passée à autre chose, toi ! » dit Deimos en éclatant de rire.
« Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle. »
« Je ne me moque pas de toi. Au contraire, je trouve que c'est une bonne chose. Quand on aime vraiment quelqu'un, on n'est pas censé l'oublier à la minute où il sort de sa vie, non ? »
« Si tu fais référence à Dalila, je suis désolée qu'elle n'ait pas plus de compassion à ton égard. Mais si tu lui fais du mal, je ne serai plus désolée pour toi. Je te rendrai la monnaie de ta pièce. Compris ? »
« Compris, dit gravement Deimos. Mais ce n'est pas tes menaces qui vont m'arrêter, Eméra. Est-ce que je pourrais voir TJ maintenant ? »
« Deimos, tu es un meurtrier de masse qui complote avec les Sang-Purs contre mon camp. Et qui ne prends même pas la peine de nier être une menace pour ma meilleure amie ! Quel droit as-tu de voir mon fils ? »
« Je suis son parrain, bien sûr. »
« Non, tu ne l'es pas. Dalila est sa marraine. »
« Allez, tu sais bien que c'est ce que Ti'lan aurait voulu ! »
« Ti'lan n'est pas là. Ti'lan est mort. Je prends les décisions seule et je ne vois vraiment pas pourquoi je devrais te faire un traitement de faveur. »
« Parce que je tiens ça. » dit Deimos en levant bien haut la seringue remplie de potion.
« Comment as-tu pu attraper ça ? » s'écria Eméra, les pommettes rouges de colère.
« Je l'ai prise sur la commode quand tu ne regardais pas. Je suis plutôt doué à ce jeu là. Qu'est-ce que c'est, d'ailleurs ? »
« Pas tes affaires. » grommela Eméra.
« Dis moi ce que c'est ou je la laisse tomber. »
« Ne fais pas ça, imbécile ! C'est pour soigner TJ ! »
« Il est malade ? » dit Deimos, une légère inquiétude dans la voix. Puis, il ajouta, suspicieux : « Qu'est-ce qu'il a ? »
« Il est trop puissant. Son propre pouvoir le tue. Il n'y a aucun remède connu donc je m'apprêtais à utiliser cette potion pour stimuler mes pouvoirs de chaman et essayer de voir l'avenir. Tu vois, j'ai des choses à faire pour l'avenir de cet enfant donc est-ce que tu peux t'en aller maintenant ? »
« J'y vais maintenant, Eméra. Bonne chance. »
Il lui tendit la seringue et elle avança la main pour la prendre. Mais il lui enfonça l'aiguille en plein dans le poignet.
« Salopard… » murmura-t-elle.
« Tu auras le temps de me maudire plus tard. Pour l'instant, tu ferais mieux de te consacrer à sauver TJ. »
Eméra commençait à s'évanouir. Il la rattrapa pour ne pas qu'elle se cogne la tête en tombant et l'allongea sur le canapé. Enfin, il sortit de sa poche une chaîne dorée où pendait une jolie pierre brune et la passa au cou d'Eméra. Puis, il se mit à chercher la chambre de TJ.
Il trouva l'enfant profondément endormi dans son berceau. Quand il le prit dans ses bras, il se mit à pleurer et à agiter ses petits poings serrés.
« Désolé de t'avoir réveillé, petit bonhomme. Je suis ton parrain et, bien que je vais probablement tout détruire autour de toi, je te protégerai, c'est promis. »
Il lui mit autour du cou le même pendentif que sa mère. Puis, il jeta un coup d'œil à sa montre :
« J'aurais voulu passer plus de temps avec toi mais la lune va bientôt se lever et je dois absolument rendre une petite visite à ta marraine. Sous ma forme humaine. »
Alors qu'elle regardait le soleil se coucher sur Poudlard à la fenêtre de son bureau, Dalila frissonna. Eméra devait utiliser la potion cette nuit… elle avait envie d'y aller mais peur de n'être qu'une gêne pour Stanislas et le guérisseur Parson.
Sa cheminée s'illumina soudainement de vert et elle se retourna brutalement. Deimos se tenait devant elle, tout prêt.
Impossible…
Avant qu'elle n'ait pu sortir sa baguette, ou même dire un mot, il lui prit la main et elle sentit quelque chose de froid glisser autour de son doigt.
Elle baissa lentement les yeux vers sa main.
Impossible…
« Tu la reconnais, n'est-ce pas ? dit joyeusement Deimos en se jetant dans son fauteuil. C'est l'alliance que nous avions empoisonnée pour faire croire à Voldemort que nous voulions tuer Ti'lan devant l'autel ! Je l'ai gardée. Je devais donc avoir le sentiment au fond de moi qu'elle me serait utile un jour. En fait, je crois que j'ai toujours su que tu me trahirais. »
Dalila le regardait, immobile, le visage toujours figé dans sa première expression de surprise.
« Je vois que tu éprouves déjà les premiers symptômes… La paralysie, puis la mort dans l'heure. Je ne sais pas si ça va être douloureux, cependant. Si ça se trouve, tu te demandes en ce moment Je suis en train de réaliser que je vais mourir, qu'est-ce qui pourrait-être pire que ça ? Alors laisse-moi te dire quelque chose de pire !
Ce soir, un groupe de Sang-Purs va attaquer le château. Mais en fait, ça ne sera qu'une diversion. Leur véritable intention est de libérer un gaz qui va effacer une partie de votre mémoire et vous mettre à leurs ordres. Et ils vont faire ça simultanément, dans tous les endroits où il y a des Sang-Impurs. Ce qui signifie l'écrasement de ta petite rébellion. »
Les yeux de Dalila se remplirent de détresse.
« Horrible, n'est-ce pas ? Mais attends, le pire est encore à venir. J'ai corrompu le créateur de la potion, Yaxley, pour qu'il en modifie la composition. Le gaz ne va pas affecter que les Sang-Impurs, comme les Mangemorts le croient, mais tous les sorciers ! Et il va effacer l'intégralité de vos souvenirs, vous transformant tous en une bande de zombies décérébrés !
Heureusement, dit Deimos avec un sourire doucereux, j'ai demandé à Yaxley de ne pas libérer le gaz ici. J'ai toujours rêvé de chasser à Poudlard et mes plus fidèles loups-garous ont besoin d'un bon combat pendant la pleine lune. Les habitants de Poudlard et les Mangemorts venus les attaquer auront donc la chance de tomber sous nos griffes et nos crocs au lieu de devenir des zombies. Tout comme les femmes et les enfants des Sang-Purs que nous sommes censés protéger. »
Les larmes avaient désormais envahi le visage de Dalila.
« Personne ne sera épargné, dit Deimos en lui essuyant délicatement les yeux, le nez, les pommettes. Aucune femme, aucun enfant. Tous les sorciers humains seront anéantis. Tu ne peux rien y faire, Dalila. Et tu sais ce qui est encore pire ? Tout est de ta faute.
Si tu m'avais laissé la moindre miette d'espoir de te reconquérir, je n'aurais jamais mis ce plan à exécution. J'aurais tout fait pour devenir l'homme dont tu rêvais. Mais tu as rendu très clair le fait que, pour toi, je n'étais même pas un homme mais un monstre. Hé bien, tu peux au moins te réjouir car maintenant, tu as raison, je suis un monstre.
Bon, maintenant, je te laisse à ta souffrance et ta culpabilité, car je dois rejoindre mes frères avant la pleine lune. Toutefois, une véritable bonne nouvelle avant de partir : Eméra et TJ te survivront. J'ai donné l'ordre à mes loups-garous de ne pas tuer ceux qui porteraient le pendentif que je leur ai donné. Un pendentif en zircon brun, en souvenir du bon vieux temps.
Adieu, Dalila. Je t'aime. »
Nezumi était en train de lire un livre à la lueur de sa lampe de chevet lorsque toutes les alarmes du château se mirent à hurler en même temps.
« Alerte ! Alerte ! Intrus dans la Grande Salle ! Alerte ! Alerte ! Portoloin non autorisé ! Alerte ! Alerte !… »
Nezumi se leva de son lit d'un bond. Était-ce Léna Whitebird et une horde de Détraqueurs ou une armée de Sang-Purs ? Elle devait descendre aller voir. De toute façon, elle n'avait pas peur de se battre.
Dans le couloir, elle croisa Peter Pettigrow qui courrait dans la direction opposée :
« Je vais chercher les armes dans les appartements d'Eméra ! »
« Merci ! » lui cria t-elle en retour avant de se précipiter dans le grand escalier.
Une groupe de Mangemorts avait en effet pénétré dans la Grande Salle. Certains de ses camarades étaient déjà arrivés et avaient engagé le combat. Mais Nezumi eut à peine le temps de se jeter dans la mêlée que des volutes de gaz envahirent rapidement la pièce. Elle essaya un instant de retenir sa respiration puis dut en avaler une goulée.
Cette odeur sucrée est affreuse… Mais il ne semble pas avoir d'autres effets. Le Mangemort qui a jeté ce sort devrait revoir sa copie !
En attendant, le gaz avait totalement rempli la Grande Salle, transformant l'atmosphère en une purée de pois violette. Les combats cessèrent ; les rebelles ne pouvaient voir s'ils ensorcelaient amis ou ennemis et les Mangemorts croyaient leurs adversaires lobotomisés par le gaz de Yaxley. Un silence ahurissant tomba donc sur le champ de bataille, seulement interrompu par les hurlements de l'alarme :
« Alerte ! Alerte ! Intrus dans le hall d'entrée ! Alerte ! Alerte ! Portoloin non autorisé ! Alerte ! Alerte !… »
« Mais qu'est-ce qui se passe encore ? » grommela Nezumi. Elle tourna la tête en direction du hall d'entrée.
Les doubles portes de la Grande Salle volèrent soudainement en éclats, déchirées par les griffes de centaines de loups-garous qui envahirent la pièce comme un raz de marée.
Les vapeurs violettes commençaient à se dissiper et Nezumi pouvait voir la tête des Mangemorts, leur silhouette comme dans un rêve étrange. Celui qui semblait être leur chef se tourna vers les loups-garous, qui couraient vers lui.
« Qu'est-ce que vous faites ici ? Vous n'êtes pas supposés… »
Un loup-garou se jeta sur lui et planta ses crocs dans sa gorge. Son sang éclaboussa sa robe de sorcier noir et il tomba à genoux, sans plus de bruit qu'un faible gémissement.
« Ils ne sont pas censés être vos alliés ? » demanda Nezumi d'une petite voix au Sang-Pur le plus proche d'elle.
« Ils ne le sont plus, apparemment. Mais ils attaquent aussi bien votre camp que le nôtre. Je suggère une alliance. »
« Pour une fois, nous tombons d'accord sur quelque chose. »
Quelques minutes plus tôt, une scène étrange se déroulait dans les profondeurs de Poudlard. En entendant l'alarme, la famille Hope s'était réfugiée dans les cachots, auprès de leur fille Emily et des autres enfants. Heureusement, ils ne s'étaient pas levés comme un seul homme pour aller aider les Mangemorts ! Ça ne devait pas faire partie de leur nouvelle programmation pro-Voldemort.
Lorsque le gaz envahit la pièce, Vivian dit rapidement à Matthew :
« Ne respire pas ça, ça doit être du poison. »
Mais ils ne purent pas retenir leur respiration indéfiniment.
« Ça va, ce n'est pas dangereux, dit Matthew après avoir toussé et haleté une ou deux fois. Ça doit juste servir à aveugler les gens. On n'y voit rien, avec ce machin ! »
Une petite voix retentit alors :
« Maman ? »
