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Chapitre 4 : Confiance
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Cela faisait un peu plus d'une semaine que Stiles était revenu à Beacon Hills. Même si Derek ne voulait pas le laisser seul, il ne pouvait pas l'éviter. Le Nemeton se réveillait et des choses étranges se déroulaient en ville, des personnes disparaissaient sans qu'aucun indice ne leur soit laissé. Il avait été réveillé au milieu de la nuit par un appel de Lydia. Elle n'avait rien dit lorsqu'il avait décroché, juste un pur silence interrompu par un clapotis d'eau. Il avait prévenu le reste de la meute, dit à Stiles de se rendormir et était parti à sa recherche. La piscine du lycée. C'était toujours le lycée. L'eau avait été changé en sang et même Deaton semblait perdu.
Il était dix heure et Derek montait lentement les marches de l'escalier. Il n'était pas fatigué, il réfléchissait. Un bruit de verre qui se casse le sortit de ses pensées. « Merde ! » Une voie étouffée, celle de Stiles. Il ne savait pas s'il était plus surpris par le juron ou la présence d'émotion dans sa voix. « Aïe ! » Un morceau de verre qui tombe sur le sol, des lèvres qui embrassent de la peau. Derek monta rapidement les marches.
Il ouvrit la porte sans ménagement. « Stiles ? Tout va bien ? » Un raté dans les battements de cœur, un affolement rapidement tut. « Stiles ?
- Je suis désolé. » La voix était vide d'émotion. Derek le trouva accroupi derrière le comptoir de la cuisine, à ramasser rapidement des bouts de verre brisé avec ses mains.
« Attention, tu vas te couper, » dit-il en se penchant à côté de lui. Il vit que c'était déjà le cas et posa sa main par-dessus celle de Stiles pour qu'elle cesse de s'agiter. Stiles se figea brutalement. Derek leva les yeux vers lui, mais, pour la première fois, les yeux bruns ne lui rendaient pas son regard. Ils fixaient les morceaux de verre. « Stiles ? »
Après un instant, l'humain releva les yeux dans les siens. Il ne montrait aucune émotion, mais Derek était certain qu'elles fourmillaient sous la surface. Lentement, il écarta sa main de celle de Stiles. « C'est pas grave. C'est juste un verre, » l'assura-t-il. Stiles ne bougeait toujours pas. Derek ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais resta muet. Puis, il se redressa pour prendre la poubelle et l'apporta jusqu'à Stiles. « Jette tout, » instruit-il et Stiles obéit. Derek alla ensuite chercher un balai pour rassembler les bouts de verre. Stiles tendit la main pour le faire, et la retira quand l'alpha s'en occupa lui-même.
Lorsque tout le verre fut jeté, le balai et la poubelle remis à leur place, Derek reporta son attention sur Stiles. Celui-ci s'était redressé et le regardait fixement, comme s'il attendait quelque chose. « Stiles, tout va bien. » Mais l'humain ne réagissait pas. Derek serra les dents avant de se forcer à inspirer. « Je ne vais pas te punir pour avoir cassé un verre. » Un éclair passa dans les yeux de Stiles, une lueur si rapide que Derek n'eut pas le temps de comprendre ce qu'elle signifiait.
Il fit un pas vers lui, tout en laissant assez de distance pour que Stiles ne soit pas sur ses gardes. « Ça ne t'arrivera plus. D'accord ? Stiles, je te promets que ça –
- Non, » l'interrompit-il. Derek écarquilla les yeux de surprise. Il y avait quelque chose d'à la fois vide et amer dans sa voix. « Ne me promets rien. Je ne te croirais pas de toute façon. »
Derek était trop pris de court pour être capable de répondre quoique ce soit. Il cligna des yeux, et tout ce qu'il avait cru voir sur le visage de Stiles pendant une seconde avait disparu. Le masque de plâtre était en place comme s'il n'avait jamais bougé.
Derek n'insista pas. Il détourna le regard un instant sur les placards. « Tu avais soif ? » demanda-t-il en repensant au verre sur le sol. Stiles acquiesça. Il prit un verre dans le placard, le remplit d'eau et le lui tendit. La main de ce dernier mit un instant à se mettre en mouvement. Lorsqu'il le prit, Derek revit son doigt coupé et il partit chercher un pansement dans la salle de bain.
« Tu peux le mettre seul ? » demanda-t-il en le levant dans la direction de l'adolescent. Ce n'était pas ce qu'il voulait dire. Il voulait demander s'il pouvait le lui mettre ou s'il allait à nouveau se changer en statue. Stiles regarda le pansement avant de relever les yeux dans ceux de Derek et d'acquiescer. Derek le posa sur le comptoir. « Faim ? » demanda-t-il en connaissant la réponse.
« Non.
- Motive-toi, je fais le déjeuner quand je sors de la douche. » Il ferma la porte de la salle de bain derrière lui et s'appuya contre elle pour expirer tout l'air de ses poumons.
L'alpha ferma la porte de la salle de bain et Stiles ses yeux. Il attendit d'entendre l'eau couler pour laisser échapper un souffle tremblant. Il ne pouvait pas craquer, alors il força difficilement l'air dans ses poumons. Il prit le pansement, mais ses mains tremblaient tellement qu'elles le laissèrent échapper. Il tomba sur le sol et Stiles s'écroula à ses côtés. Respire. Il força l'air en lui. Il força l'air hors de lui. Et répéta le processus.
Je te promets que tout ira bien. Il laissa un rire nerveux confondu avec un sanglot exploser dans sa gorge, gardant sa bouche fermée pour étouffer le son. Puis, il s'obligea à reprendre son calme, força ses poumons et son cœur à lui obéir. Il prit le pansement et maudit ses mains en l'appliquant. Il se détestait pour être aussi maladroit.
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« Lydia, attends-moi ! » La jeune fille soupira et s'arrêta de marcher dans le couloir. Scott courut jusqu'à sa haute, mais lorsqu'il ouvrit la bouche pour parler, elle le fit avant lui.
« Non, Scott. Pour la centième fois : non, je ne me souviens pas de lui.
- Mais tu t'en souviens forcément, » insista-t-il. Lydia poussa un soupir exaspéré et recommença à marcher en direction de leur cours d'histoire. Ils rentèrent dans la salle et s'assirent l'un à côté de l'autre. « Écoute, j'ai pensé à quelque chose.
- Tu vas encore me narrer votre merveilleuse enfance ? Parce que ce sont tes souvenirs, pas les miens. » Scott posa son sac sur la table et fouilla à l'intérieur. Lydia s'assit et le regarda faire d'un air las.
Elle ne se souvenait pas de Stiles, peu importe ce que Scott pouvait lui dire. Il était bon à l'école, il s'asseyait toujours derrière elle en primaire car il était amoureux d'elle, il parlait sans arrêt à propos de n'importe quoi, il courait partout et plus vite que tout le monde. Écouter l'enfance de ce garçon la déprimait. Plus Scott évoquait ses souvenirs, plus elle les mettait en comparaison avec la personne qu'elle avait rencontré à la clinique, plus elle se rendait malade en pensant à ce qui lui était arrivé.
Scott sortit une photo de son sac et la tendit à Lydia. « Là, regarde, c'est lui. » Il pointa son doigt sur un petit garçon aux cheveux en bataille et un sourire trop grand. « Et, là, » dit-il en posa son doigt sur une petite fille rousse aux lèvres timidement courbées, « c'est toi. On était tous dans la même classe, tu dois t'en souvenir. Juste essaie, » insista Scott.
Lydia prit la photographie et regarda le garçon. Elle faisait à peine la connexion avec la personne qui leur avait été envoyé. Elle baissa les yeux sur elle-même, l'enfant qu'elle avait été. Elle ne se reconnaitrait pas non plus si elle n'avait pas assisté au changement. Scott la regardait avec des yeux pleins d'espoir et elle secoua lentement la tête de gauche à droite. Il allait parler, mais leur professeur entra dans la salle. Lydia glissa la photo dans son livre et ignora les regards que son ami lui lançait.
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Derek s'était endormi sur un très vieux livre lorsque la porte du loft s'ouvrit brutalement. On entra d'un pas lourd et désinvolte, si bien qu'il n'eut pas à se retourner pour savoir qui était chez lui. « Salut, Malia.
- Hey, » répondit la jeune fille. « Tu dormais ?
- Nuit mouvementée, » répondit Derek en se passant une main sur le visage. Ses yeux tombèrent sur Stiles qui avait relevé la tête de son livre à l'entrée de la jeune fille.
« Oh, toi aussi ? » Elle regarda alors Stiles, le détaillant de la tête au pied. « Hm, alors ça y est ? Enfin. » Elle se retourna vers Derek avec un sourire.
L'alpha, toujours à moitié endormi, ne comprit pas. « De quoi tu parles ? Tu n'as même pas aidé à chercher Lydia.
- Oh, ça. » Elle avait l'air de penser que ce n'était pas une si grande affaire. « J'ai cru que tu avais enfin profiter du cadeau. C'est ce que moi j'entendais par nuit mouvementée. » Elle jeta un nouveau coup d'œil à Stiles, l'air appréciateur. L'humain soutint son regard et lentement un sourire s'étira sur les lèvres de Malia.
« Ce n'est pas ce que je voulais dire. Et je suis désolé qu'une piscine de sang ne soit pas assez excitant pour toi. » L'attention de la coyote revint sur lui en un instant.
« Une piscine de sang ? » demanda-t-elle, sourcils froncés de dégoût. Ou d'intérêt, Derek ne savait jamais avec elle.
« Oui, à la place de celle du lycée. Même Deaton ne sait pas ce qu'il se passe. On fait tous des recherches. Et tu devrais t'y mettre.
- Okay, t'as un livre pour moi ? » Derek leva les yeux au ciel et alla chercher son ordinateur sur le comptoir de la cuisine. Quand il se retourna, Malia dévorait à nouveau Stiles des yeux, sa tête légèrement penchée sur le côté. « Qu'est-ce que tu lis ? »
Derek posa lourdement l'ordinateur sur la table. « Harry Potter, » répondit-il à la place de Stiles. « Cherche sur internet s'il y a quelque chose. » Malia s'exécuta, sans s'empêcher des coups d'œil sur l'humain pendant le chargement des pages.
Derek finit par perdre patience. « Stiles ? » Celui-ci releva la tête du livre dans lequel il s'était replongé. « Est-ce que tu peux aller me chercher le gros livre rouge dans la bibliothèque, s'il te plait ? » Sans questionner la demande, il se leva et traversa la pièce.
« Arrête de le regarde comme ça, » dit-il, assez bas pour que seule Malia l'entende.
« Pourquoi ? » demanda-t-elle tout aussi bas. « Il est canon.
- Il va croire que tu veux autre chose. Souviens-toi d'Isaac.
- Je l'aurais pas repoussé contre une table s'il m'avait grimpé dessus.
- C'est exactement mon problème, Malia. » Ses yeux flashèrent rouges et la jeune fille eut un mouvement de recul. Lorsque Stiles vint lui apporter le livre qu'il avait demandé, elle ne se tourna pas vers lui. Stiles alla se rassoir, reprit son livre et baissa la tête dessus mais ne lit pas, restant alerte à la suite des évènements. Derek jetait des coups d'œil sur Malia pour s'assurer qu'elle restait concentrée dans ses recherches, et sur Stiles pour s'assurer qu'il allait bien.
Dès qu'il eut une idée pour l'envoyer chez Deaton, Derek demanda un service à Malia. Il était sûr qu'elle ne reviendrait pas, elle détestait les recherches. Une fois seul avec Stiles, il put se concentrer.
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« Lydia, est-ce que tout va bien ? » Elle releva les yeux à travers la table du salon. Sa mère tournait un crayon entre ses doigts d'un air préoccupé. Lydia se redressa et lui sourit, mais sa mère pencha la tête sur le côté et fronça les sourcils. « Tu as l'air d'avoir quelque chose à l'esprit. Ce n'est quand même pas l'école qui te pose problème ? » Elle eut un petit rire.
Lydia baissa les yeux sur ses notes d'histoires. Évidemment que l'école n'était pas un problème, elle connaissait un cours par cœur en sortant de la salle, c'était pour Malia qu'elle reprenait ses notes. Même si reprendre était un bien grand mot si on pensait qu'elle n'avait fait que fixer la page depuis dix minutes. Elle soupira et se laissa aller contre le dossier de son siège. « Je suis juste fatiguée, » répondit-elle. Et elle s'en voulait d'avoir oublié, comme le reste du monde, un gamin qu'on avait torturé car personne n'avait été là pour lui. C'était stupide de penser qu'elle aurait pu faire une différence, mais peut-être que si quelqu'un, quelque part, s'était demandé ce qu'il était arrivé à Stiles et sa mère, les choses auraient pu être différentes pour lui.
Elle ouvrit son livre d'histoire pour ajouter une note vis-à-vis d'un texte, et elle tomba sur la photo de classe. Elle la regarda à nouveau. « Maman ? Est-ce que Stiles Stilinski te dit quelque chose ? »
Sa mère haussa les sourcils de surprise avant de réfléchir. « Hmm … Stilinski … Comme l'ancien sheriff ?
- Le sheriff ?
- Oh, tu avais neuf ans, tu ne t'en souviens surement pas. Il est mort en service. Toute la ville l'appréciait tellement, tout le monde était à son enterrement. Je t'avais emmené avec moi, et je l'avais regretté. Ça t'avait vraiment marqué. »
Lydia se souvenait de l'enterrement. Elle entendait du bruit venant du cercueil, elle avait cru qu'on enterrait quelqu'un vivant et n'avait pas pu arrêter de pleurer. Sa mère lui avait dit qu'il n'y avait pas de bruit, que c'était son imagination. Elle l'avait prise pour une petite fille sensible et impressionnable. Encore aujourd'hui, encore plus aujourd'hui, Lydia détestait les cimetières.
« Il avait un fils ?
- Oui, il avait ton âge. » Lydia poussa la photo vers sa mère, pointa Stiles du doigt et demanda à sa mère si c'était bien lui. « Oui, » s'exclama-t-elle. Elle sourit d'un air nostalgique. « Il était adorable, non ? Si je me souviens bien, il t'aimait beaucoup. » Elle leva un sourcil dans la direction de sa fille, mais Lydia fut incapable de sourire en retour. « Je me souviens d'une fois, pour la Saint Valentin, il était venu jusqu'ici pour t'apporter une rose. Tu n'étais pas là, bien sûr, tu étais à l'école, là où il aurait dû être aussi. Il m'a dit qu'il avait escaladé le portail pour être sûr que ce soit une surprise. Il pensait que tu ne voudrais pas qu'il te l'offre devant toute l'école. Il était vraiment très gentil.
- Oui … je m'en souviens. »
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Derek soupira dans son sommeil. C'était doux, chaud, tellement agréable. Les cheveux buns entre ses doigts, les yeux marrons plantés dans les siens. Il émergea, mais pas complètement, pas assez pour ne pas descendre sa main sur lui-même. Ses yeux encore emplis de sommeil se posèrent sur la silhouette sur le canapé. Le visage endormi, les lèvres tentantes entrouvertes, la gorge pâle exposée. Pas encore assez réveillé pour contredire ses pensées, Derek ressentait combien, inconsciemment, il avait envie de lui.
Un geste de Stiles finit de l'ancrer dans cette nouvelle journée. Il retira sa main d'un geste brusque mais se retint de se redresser. Il serra les mâchoires et détourna le regard, honteux.
Il se passa une main sur le visage. Merde. Il tendit l'oreille pour savoir si Stiles dormait encore. Des battements lents réguliers, une respiration apaisée. Il se détendit.
Il tourna à nouveau la tête vers Stiles. Les paupières closes laissaient les cils caresser le haut de ses pommettes. Ses joues étaient creuses et sa peau pâle. Ses lèvres s'entrouvraient sur ses dents blanches. Il était beau. Ses traits apaisés par le sommeil ne faisaient que rendre ça plus évident. Derek le savait déjà, bien sûr, il l'avait remarqué le premier jour où il l'avait vu, devant la clinique, exposé au soleil, alors qu'il ne savait pas encore que Stiles fût pour lui.
Pour lui. Oui, Stiles était à lui. S'il le voulait, s'il en avait envie, il pouvait juste prendre. Stiles ne se battrait pas, il ne dirait pas un mot si Derek lui interdisait. Il pouvait juste traverser la pièce et goûter ces lèvres, toucher cette peau, sentir cette chaleur contre lui, l'entendre gémir dans le creux de son oreille. Derek regardait Stiles, pensait qu'il pouvait faire ce qu'il voulait de lui, mais au lieu de ressentir l'adrénaline du pouvoir qui avait dû rendre tous ces alphas dingues, il avait envie de hurler et de vomir. Il voulait inventer un nouveau mot, parce que répugnant et dégoûtant ne suffisaient pas.
Stiles était un être humain. Avec des pensées et des sentiments derrière un masque figé. C'était un gosse. Et un jour, il avait été un gosse avec une vie. Il avait eu des amis avec lesquels jouer, avait été à l'école, avait eu des parents qui l'avaient aimé plus que tout au monde. Il avait eu des rêves. Il avait dû dire quand je serai grand sans jamais imaginer qu'il finirait ici. Et Derek voulait prendre la vie de ceux qui avaient fait ça, dans l'espoir stupide que cela rendrait la sienne à Stiles.
Il se leva, repoussant la couverture d'un geste furieux, et disparut dans la salle de bain. Il se détestait de s'être réveillé dans cet état.
Stiles ne savait pas pourquoi l'alpha avait mis si longtemps à se lever pour aller dans la salle de bain. Il sut juste qu'il attendit que l'eau se mette en route pour se redresser. Le soleil commençait à peine à se lever, perçant le ciel sombre de la nuit. Il aimait fixer le ciel et le regarder se transformer. Les couleurs étaient si douces, il aurait aimé pouvoir les toucher. Il sourit aux étoiles qui disparaissaient.
Derek sortit de la salle de bain, une serviette autour de la taille, et se dirigea jusqu'à la commode pour y prendre rapidement des vêtements. Son torse était encore humide, une goutte ou deux glissaient le long de son torse, jusqu'à son bas ventre. L'alpha jeta un coup d'œil à Stiles, juste une seconde. Il claqua le tiroir de la commode et retourna rapidement dans la salle de bain, fermant brutalement la porte.
Stiles ne voulait pas se dire qu'il puisse être énervé. Lorsqu'il revint de la salle de bain, le loup semblait calmé. « Faim ? » demanda-t-il. Stiles ne répondit pas. Il y avait certainement une limite au nombre de fois où il pouvait répondre non. Il se leva pour aller vers la cuisine. « Va te laver pendant que je prépare. » Il obéit.
Derek attendit que Stiles ait fermé la porte derrière lui pour soupirer.
La matinée se déroula calmement. Derek se renseignait comme il le pouvait sur ce qui semblait être le nouveau mal de Beacon Hills. Stiles lisait toujours le cinquième tome d'Harry Potter, il était presque à la fin.
Il y eut un trouble dans les battements du cœur de Stiles. Ses yeux continuaient de glisser sur la page et ses sourcils étaient froncés. Derek essaya de se souvenir de comment ce finissait l'histoire. Puis, il se souvint de Cora, douze ans, pleurant toutes les larmes de son corps devant le livre. Il n'imaginait pas Stiles faire de même. « Ça va ? »
Stiles se raidit et se força à redevenir une statue avant de lever ses yeux dans ceux de Derek. « Cora a pleuré quand elle l'a lu, » lui dit-il. Il ne voulait pas le voir mentir. « Ça a le même effet sur tout le monde. Je pense que c'est le but.
- Sirius est mort, » dit Stiles comme s'il ne pouvait pas croire ce qu'il venait de lire. « Pourquoi est-ce qu'il est mort ? »
C'était une question si simple et si naïve qu'elle fit mal. Comment Stiles pouvait-il encore être un enfant demandant pourquoi les gens mourraient.
« Personne n'a besoin d'une raison pour mourir. »
Il y eut un instant de silence. Puis, le peu d'émotion qui animait le regard brun disparut à nouveau. Peu importe ce qu'il se passait dans l'esprit de Stiles, Derek n'y avait pas accès. « Tu ne savais pas que ça allait arriver ?
- Je ne l'ai jamais lu.
- Tu n'as pas vu le film ? » demanda Derek avec surprise. Stiles secoua la tête. « Attends, est-ce que tu as au moins lu les premiers tomes ? » Il n'avait pas réfléchi en tendant le livre à Stiles, et comme celui-ci n'avait rien dit, il n'avait pas une seule seconde questionné son geste.
Celui-ci secoua la tête. « C'est bizarre, » dit Derek avant de s'en empêcher. Il se souvenait de la fois où Scott avait vu les livres dans sa bibliothèque et la conversation animée entre lui et Cora qui avait suivie. C'était l'une des très rares fois où ils avaient semblé réellement s'entendre. Même si le regard de Stiles était vide en le fixant, Derek devina son incompréhension. « C'est juste … Scott adore ces livres. Il a dit qu'il jouait au sorcier quand il était petit, alors j'ai pensé que c'était avec toi.
- C'est le cas. » Ses yeux se troublèrent. Il le regardait toujours, mais semblait ne pas le voir. « Mais il les avait lus, alors je n'avais pas besoin de les avoir lus moi-même. Je jouais juste. Et j'avais vu les trois premiers films. »
Il cligna une fois des yeux et Derek sut qu'il le voyait à nouveau. « Alors, il te manque le quatrième, » conclut-il. « Il doit être dans la bibliothèque avec les autres. » Il se tourna vers l'étagère, puis eut une autre idée. « Mais si tu veux aller plus vite, on peut juste regarder le film. » Stiles le regarda sans rien dire. « Enfin, si tu veux.
- D'accord. » Ils échangèrent un long regard. Derek avait le sentiment qu'il devait maintenir le regard de Stiles, mais savait qu'il ne gagnerait jamais. Il finit par se lever et se diriger jusqu'à l'étagère, où se trouvait aussi des DVDs. Il trouva rapidement, Cora avait pris presque tous les films en déménageant avec Isaac car Derek n'en regardait jamais, mais comme le garçon avait déjà son propre intégral des films, elle les avait laissés derrière.
Derek prit la boite et retourna vers son ordinateur. « Ça te gêne si on recommence par le premier ? J'ai oublié ce qu'il se passait. » Stiles hocha la tête.
Derek n'avait pas de télévision. Comme il ne regardait jamais rien, ça n'était pas nécessaire. Et son loft avait connu assez d'infractions et de bagarres pour que ce genre d'objets ne soient pas conseillés. Il lança le film sur son ordinateur, le prit dans ses mains avant de s'immobiliser.
« Est-ce que ça va si je m'assois sur le canapé avec toi ? » Stiles hocha la tête. « Stiles ?
- Oui. » Derek hocha une fois la tête et posa l'ordinateur sur la table basse. Puis, il s'assit à un coin du canapé, Stiles s'étant retiré vers l'autre. Le film démarra sur la rue sombre qui perdait ses lumières. Derek ne pouvait s'empêcher des coups d'œil à Stiles. Celui-ci essayait de garder son visage stoïque, mais il y avait quelque chose qui pétillait dans ses yeux. Quelque chose qui fit sourire Derek.
C'était ce qui lui était arrivé de plus étrange depuis des années. Il regardait un film. L'alpha le laissait regarder un film, le regardait avec lui. Stiles ne voulait pas baisser sa garde, mais c'était dur lorsque les héros de son enfance passaient sur l'écran. Il les voyait lancer des sorts et se revoyait dans le jardin de son meilleur ami à choisir un bout de bois avant de crier des mots qui n'avaient aucun sens. Il pensait à sa vie et ça ne lui serrait pas l'estomac. C'était chaud et doux dans son esprit. C'était comme le soleil qui se levait.
Il sentait le regard de Derek sur lui, mais ça ne le piquait pas. Il ne devait pas cesser d'être alerte juste parce que l'alpha était gentil avec lui. Mais l'alpha était gentil avec lui. Stiles n'était pas encore sûr de pourquoi. Plus le temps passait, moins il comprenait ce qui poussait le loup à garder son costume de bienfaiteur aussi longtemps. S'il désirait juste prendre Stiles par surprise, il n'avait pas besoin d'aller aussi loin. Il se força à arrêter de réfléchir alors qu'Harry gagnait son premier match de Quidditch.
Ils étaient au milieu du deuxième film lorsque le téléphone de Derek sonna. Il lança un regard noir au téléphone avant de répondre. « Merde, j'arrive tout de suite. » Il raccrocha. « On continuera plus tard. Une urgence. » Il enfouit son téléphone dans sa poche, prit ses clés de voiture et quitta rapidement l'appartement. Il revint un instant plus tard. « Lis un livre. Si tu veux. » Et la porte se ferma à nouveau.
Stiles regarda la porte fermée une seconde, puis, il se leva et marcha jusqu'à la bibliothèque. Il rangea le cinquième volume qu'il n'avait pas terminé, et pensa à prendre le premier tome. Il avait envie de replonger dans l'histoire qu'il venait de voir à l'écran. Il songea l'optimisme et l'espoir, et il porta sa main sur le quatrième volume. Il n'était pas aussi large que celui qu'il venait de reposer, mais il se doutait qu'il mettrait du temps à le terminer.
Il alla se rassoir et commença à lire.
Derek ne revint pas avant longtemps. Le soleil était couché depuis un moment, et les yeux de Stiles commençaient à le bruler. Il songeait poser le livre pour aller dormir quand la porte s'ouvrit finalement. L'alpha avait l'air tendu et fatigué. « Je passe juste rapidement, il faut que je reparte, » dit-il. Il n'avait pas l'air ravi à cette idée. Stiles se demanda quels genres de problèmes ils pouvaient avoir. Il n'avait aucune idée de qui pouvait être Nemeton, mais il n'était pas sûr de vouloir le savoir.
« Tu as mangé ? » demanda Derek. Stiles secoua la tête. « Tu aurais dû, » dit-il sans conviction avant d'ouvrir un placard pour sortir un paquet de pâte. « Qu'est-ce que tu lis ?
- Harry Potter et la coupe de feu, » répondit Stiles. Il regarda le numéro de la page avant de fermer le livre.
« Il se passe quoi dedans ?
- Il y a la coupe du monde de Quidditch. Harry y va avec la famille de Ron et y retrouve Hermione. Puis, des méchants attaquent.
- Ce gosse porte la poisse, » remarqua Derek avec un sourire en coin. Stiles acquiesça même si Derek ne pouvait pas le voir.
Ils s'assirent pour manger. Ils restèrent en silence pendant un moment, puis, sans relever les yeux de son assiette, Derek dit, « Avec ma famille, on regardait souvent des films. On se réunissait tous autour de la télé et ma mère mettait un film. C'est le seul moment où on était tous calme. Ça arrivait deux ou trois fois par semaine. Quand elle était petite, Cora s'endormait toujours sur moi avant la fin. »
Il joua avec sa nourriture un instant avant de relever les yeux sur Stiles, qui le fixait en silence. « Dis-moi ce que tu penses.
- Pourquoi tu me dis ça ? »
Derek haussa une épaule. « Tu m'as dit quelque chose sur toi tout à l'heure. Sur ton enfance, avec Scott. Alors, comme ça on est quitte. » Il savait que ça n'avait pas de sens, qu'il n'avait pas à faire ça, mais il se sentait mieux quand il avait l'impression qu'il échangeait quelque chose avec Stiles, au lieu de simplement prendre.
Quand Derek repartit, il était plus détendu. Il dit à Stiles que s'il n'était pas rentré d'ici demain matin, il devait quand même déjeuner, et aussi manger à midi. Celui-ci hocha la tête. Derek sembla hésiter une seconde, puis il partit. Dès qu'il le fit, Stiles alla s'allonger pour dormir.
Stiles se réveilla dans un appartement vide. Il se lava, mangea, lut cinq pages et vomit. Il se redressait en tremblant lorsque la porte de l'appartement s'ouvrit. Il serra les dents avant d'ouvrir le robinet de l'évier. Il espérait que l'alpha ne sentirait rien et il se rinça la bouche.
« Tout va bien ? » demanda Derek lorsqu'il sortit de la salle de bain. Stiles hocha la tête. Il prit en compte l'air fatigué de l'alpha. Celui-ci hocha une fois la tête, doutant que l'autre dise la vérité, mais étant trop exténué pour la chercher. « Je vais dormir. Tu as mangé ? » Stiles acquiesça et Derek alla s'allonger.
Lorsque le loup se réveilla seulement trois heures plus tard, Stiles lisait toujours. Il se redressa en même temps de Derek. Il retourna à son livre quand le plus âgé alla prendre une douche. Puis, Derek alla à la cuisine pour manger. « Comment est le livre ?
- Bien, » répondit-il.
« Trop pour le lâcher ? » Stiles secoua la tête de gauche à droite. Derek repoussa son assiette après l'avoir fini. « On finit le film ? » Stiles hocha la tête et Derek sourit aux fines pépites qui illuminèrent son regard.
Ils étaient à nouveau chacun dans un coin du canapé et regardaient le monde magique s'ouvrir à eux. Ils enchainèrent sur le troisième film sans faire de pause. Lorsqu'il fallut mettre le quatrième DVD, Derek marqua une hésitation. « Tu préfères le lire avant ? » Stiles secoua la tête. Derek se rassit confortablement dans le canapé. Lorsqu'il jeta un coup d'œil à Stiles, il vit celui-ci détourner rapidement le regard sur l'écran. Le loup hésita à sourire et sentit stupidement ses joues s'échauffer.
Il faisait nuit dehors, comme dans le cimetière à l'écran. Derek se souvenait pourquoi il n'aimait pas ce film, il le trouvait glauque. « Putain, il a quatorze ans. Il est trop jeune pour ses conneries, » marmonna-t-il. Puis, ses yeux sautèrent sur Stiles. Celui-ci ne détourna pas le regard et Derek sentit une boule se former dans sa gorge. Il allait s'excuser, quand Harry hurla et que Stiles sursauta. « Ça va, » dit Derek. « Ça finit bien. » Stiles fronça les sourcils. Puis, en un battement de paupières, son visage était neutre, son regard fixé sur l'écran sans rien montrer, sans même une étincelle d'excitation. Harry pleurait à l'écran et Derek se demanda si Stiles pleurait à l'intérieur.
Ils ne regardèrent pas le cinquième film. Derek n'avait pas récupéré son manque de sommeil avec seulement trois heures de sieste et il avait peur d'être à nouveau réveillé au milieu de la nuit. Il fit quand même à manger pour lui et Stiles avant d'aller dormir.
Il éteignit la lumière et se dirigea vers son lit. Les yeux de Stiles le suivaient depuis le canapé, à travers l'obscurité. « Bonne nuit, Stiles. » Il s'allongea et ferma les yeux, confortablement installé sous les couvertures en priant pour s'endormir rapidement.
« Bonne nuit, Derek. »
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