Witch craze
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Chap IV
Fin Novembre 1914
Un jour, maman m'a dit « Si tu es trop fatiguée pour sourire, souris avec tes yeux ». Cette phrase est restée gravée dans ma mémoire.
Je ressens un mélange de bien-être et de mal-être. J'essaie de positiver alors que mon esprit tend vers le pessimisme. Pareille à une équilibriste sur une corde, sauf que je m'attends à tomber d'un côté ou de l'autre à tout moment.
Lester est revenu à Poudlard. Quand je l'ai vu le lendemain de son admission, il avait l'air de quelqu'un qui aurait préféré ne pas revenir. Il ne souriait pas. Ses yeux étaient entourés de coups de brosse noirs si profonds que ses cernes faisaient reculer quiconque voulût lui demander ce qu'il en était réellement de son exclusion et de sa réadmission. Alors on se redirigeait vers moi. L'article de journal que m'avait montré Victor Smith de la maison Gryffondor avait circulé dans toute l'école et tout le monde savait dorénavant que j'étais liée à l'histoire. Je supportai d'abord calmement l'incompréhension et la curiosité des élèves sur l'affaire, puis de plus en plus difficilement à mesure que les questions se faisaient indiscrètes.
« Mais qu'est-ce qu'il s'est vraiment passé ce soir-là ?
« Vous vous connaissiez déjà avant, Lester et toi, vous vous étiez déjà disputés ? »
« Tu es toi-même au contact de mage-noirs ? »
« Comment les as-tu débusqué alors ? »
« Il a payé l'école pour être réadmis ? »
« Pourquoi tu n'as pas été exclue si toi aussi tu as fait usage de magie en dehors de Poudlard ? »
« Ce n'est pas plutôt lui la victime dans l'affaire ? »
Je fuyais en glissant comme une ombre dans les couloirs sombres du château, mon sac serré contre ma poitrine. L'instinct un peu sur-développé et légèrement paranoïaque, je regardais toujours autour de moi pour éviter les rencontres. Je ne restais plus dans la salle commune des Poufsouffle. Le château était devenu une véritable toile d'araignée. À chaque instant je risquais de rencontrer un fil et de rester collée contre ma volonté. Ça m'affaiblissait à vue d'œil. Et Lester m'ignorait comme si je n'existais pas. Bien sûr je lui avais dit de ne plus me parler à l'école, le jour où tout avait commencé, à Londres. Je lui en voulais encore de m'avoir désarmée face au mage-noir. Je lui en voulais encore de ne pas être intervenu à la place du vieux moldu que j'avais oublietté. Mais je voulais moi aussi savoir pourquoi il avait été réadmis. Je réfléchissais à l'hypothèse de la corruption – se pouvait-il que son père ait soudoyé Mr Dippet ? Ou des agents du Ministère ? On devait être nombreux à voir derrière cette interaction entre deux élèves de Poudlard la situation extérieure au château : la montée des extrêmes, l'ascension de Grindelwald, les ficelles tirées dans l'ombre.
J'effleurai les pierres du château du bout des doigt. Elles étaient glacées. Je contemplai ensuite les vieilles tapisseries datant de la construction de Poudlard. Le rouge carmin était très abîmé mais on discernait encore les miniatures. Je lus les scènes : la guerre des Trolls, les chevaliers-sorciers appelés à l'aide, une femme sur un trône entourée de sa cour. Toute époque avait donc son lot de guerre ?
C'est Constance qui finit par avoir la vérité sur l'affaire : Dumbledore avait fait revenir Lester à l'école.
Je me souvenais du jour où le professeur Dumbledore avait été absent à son cours, c'était durant la première semaine. Dumbledore était allé voir Lester chez lui sûrement pour connaître sa propre version de l'histoire. Après ça, il avait convaincu le proviseur de réinscrire Lester ainsi que le Ministère de la Magie de faire abstraction de son utilisation volontaire de magie en dehors du château. Le professeur Dumbledore avait crée son réseau et faisait en sorte d'être entendu. Sa parole jouait dans la balance.
Mais comment Dumbledore n'avait-il pas vu en Lester un défenseur de la magie noire ? C'était la question qui me posait le plus de problème. C'était pourtant clair, non ? Qu'aurait fait Lester à parler avec le mage-noir qui avait voulu me brûler vivante, Thaddeus Brock ?
Ma rancoeur m'empêchait d'admettre que le professeur Dumbledore pouvait avoir raison et que tout le monde méritait une deuxième chance.
Décembre arriva avec son manteau blanc. Nous nous promenions avec Margaret dans le parc, de petit matin, et toutes les deux étions enveloppées dans nos capes d'hiver et nos écharpes. Nous n'avions pas de mots pour décrire la vue des premiers flocons de neige. Il était très tôt. Nos lèvres gercées et nos nez rougis par le vent glacé étaient levés vers le ciel. Nous recueillions ces cristaux blancs les yeux brillants. Nos respirations créaient des nuages.
- C'est beau, dit Margaret en ouvrant ses mains gantées vers le ciel.
- C'est si pur…
- Tu ne regrettes plus de m'accompagner si tôt le matin alors que tu pourrais rester dormir, alors ?
- Je ne l'ai jamais regretté, prétendis-je avec assez de conviction pour la faire sourire.
Je regrettais juste un peu la chaleur des plumes d'oie, ma couette enveloppée tout autour de moi, et mon nez bien au chaud dessous.
J'observai Margaret sourire aux montagnes blanches, au lac gelé, ainsi qu'au saule pleureur congelé comme une sculpture abrupte. Je la regardai tourner sur elle-même et son écharpe aux quatre couleurs tournoyer autour d'elle. Ses joues rebondies, son corps ample tout me donnait envie de la serrer dans mes bras, de me fondre en elle et disparaître. Depuis quand n'avions-nous plus parlé, elle et moi ?
- Margaret…
Elle ne dit rien. Elle me tournait le dos. Je m'approchai d'elle. Mes dents claquaient sous l'effet du froid et mon nez coulait sans retenue.
- Pourquoi on ne s'amuse plus ensemble ?
Elle me regarda du coin de l'œil sans répondre. Ça me fit encore plus de mal que si la vérité était sortie. Qu'avais-je donc fait pour qu'elle en vienne même à penser que ça ne suffisait plus à rien de me répondre ? J'étais chagrinée. Je ne comprenais plus ce qui se passait, tout semblait se casser la figure sous mes yeux.
- Tu as lu le livre que je t'ai prêté sur les Sorcières sages-femmes ? , demandai-je pour changer de conversation.
Elle eut une expression embêtée.
- Non. Tu sais que je n'aime pas lire.
- Mais ce livre est important pour…
- Pour toi, coupa-t-elle. Il est important pour toi.
- C'est un pan de l'histoire important pour tout le monde…
- Si tu le dis.
Un silence s'installa.
- Tu as parlé avec Lester ? Me demanda-t-elle abruptement.
Pourquoi me parlait-elle de Lester ? N'y avait-il pas déjà assez de personne pour me rabattre les oreilles à son propos ?
- Non. Je ne veux plus avoir à faire à lui, je pense que c'est compréhensible quand même… qu'est-ce que vous avez tous…
- Arrête, c'est idiot à la fin ! Il t'a jeté un expelliarmus, il ne t'a pas jeté de sort Impardonnable ! Qui te dit que ce n'est pas le mage-noir qui l'avait mis à l'épreuve de prouver ce dont il était capable à la moindre occasion ? Qui te dit qu'il n'a pas paniqué en te voyant débarquer ? Qui te dit qu'il ne devait pas te jeter un sort plus fort mais qu'il a jugé que tu ne le méritais pas ? Martela-t-elle, de plus en plus fort, me rapetissant davantage à chaque question.
J'étais liquéfiée sur place.
Elle poursuivit, plus calme, mais tout de même bien décidée à dire ce qu'elle pensait :
- Enfin, Min, c'est un Serpentard ! La rivalité entre nos maisons n'est pas extraordinaire. Je ne veux pas te blesser, mais ce n'est pas parce que tu es gentille avec tout le monde (malgré tes farces) que tu dois te sentir exonérée de tout sort : tout le monde en reçoit entre maisons rivales. Certains en font les frais quotidiens.
Je croisai mes bras contre ma poitrine.
- Pourquoi tu me dis tout ça ?
- Parce que tu ne te mets pas à la place de Lester.
- À quoi ça me servirait ?
Je sentais les larmes me gagner. Je me forçai à les réprimer.
- Parce que l'autre jour…
Margaret n'acheva pas son aveu.
- Quoi ? Quoi l'autre jour ?
Elle me regarda, comme ne sachant pas si elle devait me le dire ou pas. Mais bordel, c'était quoi le problème à la fin qui méritât que ma meilleure amie ne me parlât plus ouvertement ?
- J'étais dans un couloir, au quatrième étage, je ne sais même plus où exactement. Ce n'est pas un coin très connu du château, il n'y a pas beaucoup de cours par là-bas. Il était tard, l'heure du repas était bien entamée, je commençais à avoir faim, je marchais à pas décidé. Mais une lueur blanche m'a fait m'arrêter net. Il y avait quelqu'un, derrière le mur, dans un recoin exigu, assis sur une marche. Je ne voyais pas qui c'était. Il avait la tête basse, les épaules courbées comme je n'ai jamais vu. On aurait dit un corps dévasté par la solitude et la tristesse.
Elle reprit sa respiration. Margaret était encore chamboulée par sa vision. Je le voyais dans ses yeux.
- La lueur argentée venait du lapin blanc qui gambadait tout autour de cet élève morfondé. Un lapin d'une incroyable beauté, plein d'entrain. Et aussi pur que cette neige, renseigna-t-elle en soufflant parmi les flocons.
- Un patronus ?
- Oui.
Le sort de patronus était très difficle à exécuter.
- Tu sais de qui je parle, acheva Margaret en me fixant.
- Tu es sûre qu'il s'agissait de Lester ?
- Oui, il a relevé la tête pour regarder son patronus. Je l'ai observé plus de dix minutes comme ça, jusqu'à ce que le sort ne l'épuise et que le lapin disparaisse. Et j'ai vu combien son animal totem avait changé son expression : il avait l'air plus réconforté, plus détendu.
Une boule se forma dans ma gorge.
- Min, aucun mage noir ou prétendu mage noir n'est capable d'une magie aussi pure que le patronus.
- Il suffit de faire appel à un souvenir particulièrement heureux, contredis-je.
C'était ma dernière barrière avant de concéder moi-même que j'avais faux sur Lester. Et c'était difficile à admettre. Margaret n'ajouta rien. Elle savait que son aveu avait porté ses fruits et que j'avais compris que j'avais fait une erreur de jugement.
- Qu'est-ce que tu faisais dans ce coin du château ? Demandai-je soudainement.
Elle parut surprise. Une lueur de reconnaissance traversa ses yeux, balayée par une autre : plus butée.
- Je revenais sûrement de la volière.
- Au quatrième étage ?
- …Ces satanés escaliers.
J'avais beau ne pas être très perspicace, ce mensonge était particulièrement gros pour ne pas être perçu.
- On rentre ? On va vraiment se les geler si on reste plus longtemps ici, lança Margaret. Et puis j'ai très faim.
- Oui, moi aussi. Allons prendre le petit-déjeuner.
Nous arrivâmes dans la Grande Salle au moment de la distribution du courrier. Les hiboux entrèrent par toutes les fenêtres, plongeant ici et là jusqu'aux destinataires des missives. Cette diversion me permit de jeter un coup d'œil vers la table des Serpentard : Lester était là, à côté de ses camarades. Il discutait avec l'un d'eux, nommé Walter. Si je ne me trompais pas, c'était sans doute ce que l'on pouvait appeler son plus proche ami. Lester & Walter. Semblables au poivre et au sel. Deux compères à la fois distants et complices. Comme s'ils refusaient de traîner ensemble mais savaient exactement vers qui se diriger lorsqu'ils devaient parler à quelqu'un. Walter était un fils de bonne famille. Il se tenait droit, avait de bonnes manières et était habitué à parler de manière diplomatique. Il avait une grosse bague argentée à chaque pouce. Je ne me rappelais pas l'avoir vu sourire une seule fois à part pour obtenir quelque chose. Malgré tout, il me paraissait un tant soit peu réfléchi et calme tout le contraire de Lester qui était bien trop impulsif, si ce n'était explosif.
Je déroulai mon écharpe enturbannée autour de mon cou et dégrafai ma cape. Puis je m'assis à la table des Poufsouffle en saluant Newt assis à côté. Mon ventre gargouillait. Au moment de tartiner la marmelade sur mon toast, un hibou piqua dans mon assiette et fit renverser tous les bols de céréales.
- Qui a appris à voler à cet hibou ? Lança Roger en me faisant un clin d'oeil rieur tandis que je formulais un sort pour enlever les tâches de lait qui avaient éclaboussées mon uniforme.
La coupe de cheveux brosse de Roger était encore plus hirsute que d'habitude si c'était possible, et sa mauvaise circulation sanguine donnait à sa peau une couleur mauve-grisâtre cadavérique. Mais son éternel sourire collé aux lèvres, et son corps élancé comme une aigrette se penchant ici et là vers ses camarades autour de la table, étaient une véritable bouffée de chaleur.
L'hibou tendit la lettre à Benedict qui la lue sans mot dire. Un instant plus tard, un grand rapace noir se déposa devant Newt. Celui-ci le remercia et l'invita à picorer dans son assiette des bouts de bacon. Il ouvrit la lettre et la lue en caressant les plumes de l'animal qui s'envola bien vite après avoir obtenu son dû.
J'observai ses doigts agripper le papier, légèrement tremblants. Ses yeux lisaient à toute vitesse les lignes manuscrites. Puis ils revinrent au début et relurent avec attention certaines formules qu'il pensait sûrement avoir mal compris, ou qu'il espérait avoir mal compris. Une fois qu'il eût fini, il baissa la lettre, à la fois abasourdi et rouge d'embarras. Il leva les yeux vers nous qui le regardions avec des yeux de hiboux.
- Qu'y-a-t-il ?
- Je viens de recevoir un courrier des Lestrange, laissa-t-il tomber, un pli au coin de la bouche indiquant son agacement.
- Des Lestrange ? Comme Leta Lestrange ? Pourquoi ? Demanda Benedict-monsieur-pourquoi en lâchant sa propre lettre.
Newt souffla.
- Ils s'inquiètent pour leur fille qui passe trop de temps avec moi. Comprenez bien, dit-il en levant les bras, j'ai beau être ni un « Sang-de-Bourbe », ni un Sang-mêlé, je ne suis pas moins issu d'une famille de sorciers peu prestigieuse.
- Mais c'est injuste ! S'indigna Margaret avec énergie.
- Pourquoi ils t'envoient ce courrier à toi et pas à Leta ? Demanda Benedict qui s'écarta de Margaret.
- Ils en ont souvent parlé à Leta mais elle est restée élusive sur le sujet, répondit Newt. Ils écrivent dans ce courrier que nous savoir souvent ensemble les contrarie. J'imagine qu'ils pensent lui trouver un parti parmi les Serpentard sauf que les futurs beaux-parents de Leta (ainsi que ses parents) ne veulent pas qu'elle me montre trop d'intérêt.
- Ils pensent à ce point avoir un ascendant sur toi à la raison que ce sont des Lestrange pour t'écrire cette lettre ? S'étonna Rachel qui venaient de débarquer, les yeux écarquillés.
S'il y avait bien quelque chose que Rachel ne maîtrisait pas, c'était la logique obscure des familles sorcières, particulièrement celles qui unissaient les Sangs-purs.
- Tout le monde sait que les Lestrange sont des extrémistes, expliqua Roger en baissant le ton, nous forçant un peu plus à nous rapprocher. Leur lignée est une des plus vieilles recensées. Ils respectent davantage leurs aïeux que leurs concitoyens. Je ne suis pas surpris qu'ils envoient cette lettre de menace à Newt pour qu'il s'écarte de leur échiquier ils veulent faire tomber toutes les pièces qui font obstacle à la tradition de la famille, celle d'unir chaque enfant avec un sang-pur issu de parents influents et riches.
Il jeta un œil vers Newt qui faisait son possible pour ne pas avoir l'air amer.
- Et quand je dis « influents et riches », précisa Roger, je parle vraiment du haut du panier. Généralement, ça concerne les Serpentard, mais il y a quelque uns parmi les autres maisons à être de noble descendance.
Nous relevâmes à nouveau la tête vers Newt qui froissait le courrier dans sa poigne.
- Heureusement, parfois, les lignées font des miracles et un enfant naît pour bouleverser l'ordre établi, déclara-t-il avec force, le dos droit.
Qu'il parle de Leta en ces mots me semblait un peu optimiste. Certes, elle était différente des autres Lestrange sa passion pour les créatures fantastiques en témoignait, ainsi que son amitié pour Newt. Mais il ne me paraissait pas totalement évident qu'elle bouleverserait l'ordre établi. Bien sûr, je ne la connaissais pas comme Newt la connaissait pour pouvoir émettre tout haut mon doute. Mais j'étais triste pour Newt.
Leur histoire était compliquée et quasiment condamnée à s'arrêter dès qu'ils sortiraient de Poudlard. Toute promesse d'avenir puissent-ils conclure entre eux, dans les couloirs du château, dans les serres, à la dérobée des élèves et des traditions, les Lestrange auraient vite fait de les rattraper. De ce que j'avais pu voir, leur proximité était compliquée, au-delà des familles respectives de Leta et de Newt. Leur passion pour les créatures magiques les avait rapprochés, mais à présent c'était difficile de passer au-dessus. Ils faisaient des promesses d'ordre professionnel : nous parcourrons le monde ensemble à la recherche de créatures nous écrirons un livre pour faire reconnaître leur existence. Tous les deux savaient ce qu'il y avait derrière ces promesses, mais je me demandais s'ils se le disaient.
Toute à mes pensées, je ne remarquai pas que Benedict et Margaret s'étaient levés ni que Constance était arrivée, encore toute ensomeillée.
- Constance, les cours commencent dans deux minutes, rappelai-je en lui souriant gentiment.
- Je ne serai pas en retard, assura-t-elle avec hauteur en mangeant le plus dignement possible alors qu'elle avait du mal à garder les yeux ouverts.
- Tu as l'air très fatiguée, s'inquiéta Newt.
- Je travaille tard le soir, répondit-elle. Il n'y a donc que moi qui travaille ici ?
Aussitôt Newt, Rachel, Roger et moi détournâmes les yeux et trouvâmes nos fonds de bols aux céréales très attrayants.
- Les gars, vous êtes sérieux ? Ce n'est pas parce qu'on n'a pas d'examen terminal cette année qu'on doit se laisser aller, c'est important les études !
- Un peu trop important dans l'emploi du temps, même, marmonnai-je.
Roger rit sous cape.
- Vu tous les devoirs à rendre que nous donnent les professeurs, j'ai du mal à croire que vous ne fassiez rien ! Enfin, Rachel je comprends, mais vous trois…
Elle fut interrompue par l'arrivée des préfets qui claquèrent dans leurs mains. Ils passèrent dans les rangées pour nous rappeler à l'ordre : les cours commençaient. Aussitôt nous bondîmes sur nos pieds, enfilèrent nos capes, attrapèrent nos sacs et nous bousculâmes.
« EN RANG SERRE ! »
Nous nous dépêchâmes de quitter le réfectoire. Je sentais l'épaule de Constance effleurer la mienne. Mes tresses bondissaient dans mon dos à chacun de mes pas saccadé. Le blizzard hivernal souffla à travers la grande arche du vestibule menant au parc et j'observai du coin de l'œil les linteaux des fenêtres recouverts de nervures gercées et de cristaux blancs.
- Hey, miss Benête, souffla Roger derrière mon dos tandis que nous montions les escaliers jusqu'à la salle de Sortilèges. On pourrait faire équipe pour les devoirs.
- Je ne sais pas si tu es au courant mais il y a déjà des cours de soutien aux devoirs.
Je ne voulais pas le moucher, seulement l'informer, mais il marmonna quelque chose dans sa barbe et n'ajouta rien de plus. Je jetai un œil par-dessus mon épaule pour l'observer mais il avait la tête résolument penchée sur chaque marche de l'escalier que nous gravissions. Tandis que j'opérai la rotation dans l'autre sens pour observer devant moi, mon regard accrocha les pupilles silencieuses de Newt. Il pencha la tête, comme intimidé, et détourna les yeux.
Nous entrâmes dans la salle de classe déjà remplie de cravates vertes et argent. Nous observâmes les trois niveaux de bancs en bois conçus en escalier. Je montai les marches jusqu'au rang du milieu en me mouchant bruyamment. J'avais attrapé froid à cause de la promenade matinale dans le parc avec Margaret.
- Pardon, bafouillai-je en voulant passer dans la rangée.
Les deux Serpentardes (Alicia et Georgia) se levèrent noblement et s'effacèrent pour me libérer le passage. Je notai que l'une d'elle lisait le dernier roman à l'eau de rose très à la mode : Par tous les temps et jusqu'aux comètes, je te retrouverai. Un titre à rallonge que je n'arrivais jamais à mémoriser, si bien que je n'avais jamais réussi à le trouver pour le lire.
Je trébuchai contre le pied de Georgia qui se cambra (« Fais gaffe, Benête ! » siffla-t-elle). Je me sentais tout d'un coup fiévreuse.
Le professeur, enveloppé de pied en cap dans sa longue robe de sorcier, pareil à une momie, parvenait à peine à bouger pour nous expliquer comment lever notre baguette.
- Voilà plusieurs mois déjà que nous travaillons sur le sort d'Apparition. Je suis satisfait de constater que vous avez tous bien progressé. Cependant vos objets apparus manquent de consistance. Dès que vous les voyez apparaître, vous cessez de garder la forme en tête et vous ne vous contentez plus que d'observer ce que vous avez devant les yeux. Efforcez-vous de rester concentrés.
J'éternuai bruyamment.
- Bien… Qui veut montrer ses derniers progrès ?
Je prétextai chercher mon mouchoir dans mes poches pour ne pas faire face au regard scrutateur et ô combien dangereux du professeur. Il y allait bien y avoir une main zélée pour se lever, non ?
- Et bien, suis-je supposé tester chacun et chacune d'entre vous pour m'assurer que vous avez bien fait vos exercices ?
Ce serait une sacré mauvaise idée, professeur.
- Moi, je veux bien essayer, minauda Constance d'une petite voix.
Je relevai aussitôt la tête. J'étais saine et sauve. Merci Constance. Et tandis que mon amie faisait la démonstration de sa magie, j'entendis le chuchotement d'une conversation derrière mon dos. Mes oreilles bouchées n'aidaient pas à entendre grand-chose. Néanmoins je reconnus les propriétaires des deux voix : il s'agissait de Perry Lloyd., de la maison Serpentard, et de… Lester Hodgson. Derrière moi.
Et je n'avais même pas remarqué.
Quelle gourde !
Après avoir autant manifesté ma présence à renfort d'éternuement et de reniflement bruyants dûs au rhume, j'essayai tant bien que mal de me faire toute petite à présent.
- ….la dernière fois… chuchotait précipitamment Perry. Quand je t'ai vu tu semblais moins à cran. Ton père t'a disputé ?
- Ne crois pas avoir le droit de parler de mon père comme bon te semble, trancha Lester d'une voix sourde de menace.
- Je ne fais que m'enquérir de ton état, calme-toi. En fait j'ai tort, tu es toujours à cran. J'avais simplement oublié. Il faut dire que ça fait depuis Juin dernier que je ne t'avais pas vu, ironisa Perry.
- Exact, et malheureusement, je n'ai pas non plus de cran d'arrêt, alors ferme-là Lloyd si tu ne veux pas que j'aille plus loin.
- Plus loin... rit jaune Perry Lloyd. Comme si tu pouvais m'atteindre. Ta verve n'a d'égale que ton sang : de la mi-mesure. Rien que tu puisses mettre à exécution.
- Félicitations ! Cinq points pour Poufsouffle ! Clama le professeur à l'adresse de Constance.
Lloyd avait fermé le clapet de Lester. Je n'entendis plus rien derrière moi.
- Tous ensemble maintenant ! Imaginez distinctement l'objet de votre choix dans votre tête. Vous devez voir chaque détail, chaque rognure, chaque couleur…
J'essayai de voir le livre que le professeur Dumbledore m'avait donné : Sorcières sages-femmes. Mais je n'y arrivais pas. De la mi-mesure, comment ça ? Lester était de sang-mêlé ? Était-ce possible d'être de sang-mêlé à Serpentard ? Était-ce pour ça qu'il était aussi seul ?
Depuis quand je m'enquerrais de la solitude de Lester, moi ? Pense au livre. La couverture...
- Tu as toujours été trop frileux, Hodgson. Tu essaies de faire partie de nous sans le vouloir vraiment comme tu essaies de jeter un sort fatidique sans le faire vraiment.
Je me crispai. Cette dernière phrase n'était pas balancée au hasard. Je pouvais sentir le regard entendu de Lloyd posé sur moi, et Lester… Lester dont le regard brûlant me chauffait la tête. Bon sang… cette chaleur…
Je me mouchai. Des ondes brûlantes rendaient mon regard vitreux et mes pensées discordantes.
- Xu…
C'était comme si Lester était en train de m'enflammer le crâne avec son regard colériq-
- MADEMOISELLE XU ! PAR LA BARBE DE MERLIN, CESSEZ CA TOUT DE SUITE !
Je sursautai. Toute la classe me regardait avec stupeur. Une boule de chaleur me fit me couvrir les yeux. Je réalisai soudainement que j'avais fait apparaître le livre Sorcières sages-femmes sur mon bureau et qu'il était à présent dévoré par les flammes.
- Aguamenti ! Lança Georgia, à ma gauche, dirigeant sa baguette vers mon livre enflammé.
Un jet d'eau fusa de la baguette. Je bafouillai le sort pour l'aider mais m'emmêlai les pinceaux et ne parvint qu'à faire sortir quelques gouttelettes. Les flammes finirent par s'éteindre et une fumée noirâtre s'éleva de mon livre en cendre. Mais qu'avais-je fait ?
- J'enlève trente points à Poufousffle pour acte irresponsable et dangereux pouvant porter atteinte aux élèves autour de vous, Mademoiselle Xu, déclara le professeur en couvrant les exclamations protestataires. Et vous viendrez me voir à la fin du cours je vous prie.
La culpabilité m'enveloppa de ses bras cruels. Je me tassai mon banc, les yeux baissés sur mes genoux.
- Cinglée…, entendis-je murmurer autour de moi.
Je sentis mes paupières s'agiter et ma gorge se nouer. J'avais envie de disparaître.
Le professeur m'attendait derrière son bureau à la fin du cours. J'ignorai tous les regards posés sur moi, et surtout celui inquiet de mes amis. C'était quelque chose de sentir l'incompréhension dans le regard d'élèves qui ne comptaient pas pour moi, celui qui disait que j'étais bizarre, mais c'était autre chose que de le sentir dans celui de ses amis.
Lester descendait les marches, son sac cognant contre son dos à chacun de ses pas. Il me fixait durement par-dessus la mêlée d'élèves qui sortaient au goutte-à-goutte par la porte.
- Pourquoi avez-vous fait ça, mademoiselle Xu ? Me demanda le professeur. Etes-vous totalement irréfléchie ? Comment êtes vous parvenue à jeter ce sort de flammes ?… pourquoi cette pensée incendiaire ?
Lester me jeta un dernier regard lourd de sens, à la fois grondant et infiniment… compréhensif, avant de quitter la salle de classe à son tour. Je tournai la tête vers le professeur.
- Je me sentais fiévreuse, Professeur, comme si des ondes de chaleur me dévoraient le crâne. Comme je m'exerçais à faire apparaître un objet, j'imagine que cette impression de feu à l'intérieur de mon crâne s'est greffée à l'apparition de l'objet. Je suis désolée, professeur…
.
Je réussis à m'en tirer avec deux semaines de retenues à nettoyer les classes. C'est-à-dire jusqu'aux vacances de Noël.
Un soir, après avoir fini le deuxième étage du château (c'est-à-dire 15 salles de classe, 4 débarras, 27 portes impossibles à ouvrir même avec un Alohomora et 9 bureaux vides – tout cela sans magie, évidemment), je ramenai balai, chiffon et serpillière à leur place dans le local du concierge et trouvai refuge dans ma salle commune pour souffler. Il faisait nuit dehors. Une tempête de neige se déchaînait derrière les murs du château, faisant sursauter par-à-coups les vitres rondes. La lumière des bougies et du feu de cheminée épousaient les formes des fauteuils et mettaient en relief les matières : celle pelucheuse du tapis usé, celle molletonneuse des couvertures disposées avec soin par les elfes de maison pour que les élèves n'attrapâssent pas froid en ces temps où les courants d'air dans le château étaient infernaux. Assise dans mon pouf, j'observais pensivement Rachel. Elle dessinait ses bogues de châtaigne avec minutie, sous des angles différents et des traits aussi fins qu'un cheveu, remplissant son carnet de schémas en coupe, semblable à un manifeste taxinomique. Constance parlait avec d'autres élèves de la maison, des septième années. Et je réfléchissais à ce qu'il manquait le plus en ce moment : l'odeur des Chocogrenouilles.
Où était Margaret ?
Au moment où Constance se levait pour aller chercher quelque chose, je la hélai. Elle s'arrêta à mon niveau.
- Qu'y a-t-il, Min ?
- Tu sais où est Margaret ?
- Maintenant, non, mais tout-à-l'heure j'étais avec elle. Elle pleurait à chaude larmes, lâcha-t-elle en se mordant la lèvre. J'espère qu'elle va mieux à présent…
Mon visage devint un masque de cire déformé par la surprise. Je mis un temps à comprendre ce que me disait Constance et surtout pourquoi j'étais au courant seulement maintenant. Je bondis sur mes pieds.
- Margaret ne va pas bien ? Pourquoi je ne suis pas au courant ?
Constance arqua un sourcil, puis répliqua un peu méchamment :
- Pour être au courant il aurait suffit de l'observer depuis un mois et demi.
- Je… je n'ai rien vu.
Enfin, bien sûr, j'avais vu qu'elle voulait moins rire avec moi ces temps-ci… et aussi qu'elle me cachait plus de chose… et c'est vrai que j'avais essayé de la filer dans les couloirs sans réussir à savoir jusqu'où elle allait…
- Mais c'est grave ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Ca va pas fort entre Benedict et elle. Il ne veut plus qu'ils continuent à se voir.
- Quoi ? Monsieur-pourquoi et elle ? Ils sortent ensemble ?
Cette fois-ci, c'était la totale. J'avais l'impression d'être dans la peau de Lester et de débarquer à Poudlard.
- Oui, elle ne te l'a pas dit ?
- Non ! Non, non ! Mais pourquoi elle ne m'a pas dit ?
- Je ne sais pas moi !
- Mais tu le savais toi ?
- Plus ou moins.
- Mais plutôt plus ou plutôt moins ?
Constance soupira.
- Je l'ai deviné, puis je l'ai questionnée.
- Ah, donc elle te l'a dit que dans un second temps, après que tu lui aies demandé.
Je savais que je n'avais pas à me sentir soulagée… mais je l'étais.
- Je dois aller la trouver ! Vous étiez où quand vous vous êtes quittées ?
- Dans la tour Est… Mais tu ne peux pas, Min ! Il y a le couvre-feu !
Bien sûr les élèves n'avaient pas droit de se balader dans les couloirs en journée, alors à partir de vingt-et-une heure c'était formellement interdit. Mais je n'avais qu'à prétexter être en retenue encore à cette heure tardive…
- Il n'y a pas de couvre-feu pour ses amies, assurai-je avec panache en lui faisant un clin d'oeil.
J'accourrai jusqu'à la tour en espérant que Margaret y serait toujours. Il me fallait être prudente pour ne pas me faire prendre. Être sous couvre-feu m'empêchait de prendre les corridors principaux, et encore moins le hall principal où tous les escaliers magiques bougeaient pour délivrer le passage jusqu'aux plus hauts étages du château. Il me fallait glisser dans l'ombre, silencieusement et rapidement.
J'évitai les pas des préfets-en-chef qui faisaient leur ronde dans l'angle Est du château.
Je cherchai Margaret durant une demi-heure, en vain. Elle n'était plus dans la tour. Je décidai d'élargir mon périmètre de recherche. Elle devait bien être quelque part, non ?
Tout-à-coup, j'entendis des pas précipités.
Mon sang battit deux fois plus vite et la frayeur m'envahit. Je me faufilai derrière un renforcement caché par une vieille tapisserie, en priant pour qu'on ne voie pas mes pieds qui dépassaient. J'entendis les respirations saccadés. Ils étaient deux. Je plaquai ma main contre ma bouche et attendit qu'ils poursuivent leur route.
- Lumos !
Cette voix…
- Vous savez que vos pieds dépassent de manière très comique de la tapisserie, mademoiselle Xu ?
Et elles rirent. Je sortis de ma cachette, rassurée et vexée. Constance et Rachel avaient les mains sur les hanches et me regardaient en s'empêchant de pouffer de rire.
- Vous avez trouvé Margaret ?
- Oui, elle est partie se coucher. On voulait te prévenir, avant que tu ne fasses tout le château.
Je souris.
- Rentrons, dis-je.
Je les pris chacune par un bras et nous rentrâmes jusqu'à la tanière des blaireaux. Une fois dans notre chambre, chacune de nous se réfugia au chaud sous ses couvertures en se souhaitant bonne nuit. Je mis mon pyjama jaune tout en observant du coin de l'œil la forme bossue créée par la couverture de Margaret. Je m'approchai en silence de son lit et écoutai sa respiration. Elle était profonde, mais pas régulière comme celle de quelqu'un qui a sombré dans les bras de Morphée. Je me glissai près d'elle et la serrai dans mes bras. Je humai son parfum de fraise et de bergamote. Par Helga, c'était sûrement l'odeur que je trouvais la plus rassurante depuis que j'avais perdu ma mère.
Elle bougea de quelques centimètres. Je sentis sa poitrine contre mon bras et sa jambe tourner. Puis elle m'enserra sans un mot et je me lovai au chaud contre elle.
Mi-Décembre 1914
- Ceci est une magnifique journée ! M'exclamai-je en bondissant un matin de mon lit.
Je tortillai mes fesses dans mon pyjama jaune pour faire la danse de la joie et entraîner mes amies dans la joie et la bonne humeur dès le matin, mais tout ce que j'obtins comme réponse fut un baragouinage incompréhensible à travers leurs oreillers.
- Allez, allez, debout ! Dans une semaine c'est les vacances de Noël et on a encore pleins de batailles de neige à faire et pleins de farces à prép…
- N'y pense même pas, me coupa Constance en se levant, les cheveux blonds ébouriffés.
- Quoi ? Pas même l'ombre d'une petite farce ?
Je pris Constance par les mains pour l'entraîner au milieu de la chambre et entamer un « slow d'hiver ». Les slow d'hivers consistaient à faire des pas de danse très élégants tout en chantant à tue-tête et faux un chant de Noël.
Rachel s'empêtra dans ses draps en essayant d'en sortir, ce qui était très comique à regarder, tandis que Margaret tentait, les yeux à-demi fermés, d'enfiler son collant.
C'étaient les matins comme je les aimais.
Avant la cacophonie.
Il était deux heures et quarante quatre minutes de l'après-midi. C'était la pause entre deux-cours, et une foule anormale courait dans les couloirs vers une même direction.
- Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui se passe ? Entendions-nous autour de nous.
Constance, Margaret et moi nous fîmes embarquer dans le mouvement, sans comprendre. « Qu'est-ce qui se passe ? » répétai-je à mon tour aux premiers élèves venus. Les uns haussèrent les épaules, tandis que les autres ne m'entendaient même pas dans ce tohu-bohu. Finalement un garçon de cinquième année répondit à ma question :
- Quelqu'un a peint un symbole sur un mur, je n'en sais pas plus, renseigna-t-il en haussant les épaules face à mon froncement de sourcil.
Nous ne comprenions rien. Où étaient les préfets-en chef pour nous demander de nous calmer et de nous déplacer deux par deux en rangs serrés ? Où étaient les professeurs pour nous enlever des points pour mauvaise conduite dans les couloirs ?
Nous courions presque à présent, emportées par le flot. Nous prîmes un tournant de couloir, descendîmes un escalier, passâmes devant des portraits de tableaux qui rouspétaient, puis nous nous acheminâmes dans un grand couloir éclairé sombrement par des bougies.
Des cris se faisaient entendre. Je ne comprenais rien de ce qui se disait.
- Approchons-nous, dis-je à Constance et Margaret.
Nous jouâmes du coude et de l'épaule pour nous faufiler à travers les élèves… jusqu'à rejoindre l'attroupement formé autour d'une grande inscription dessinée sur le mur. J'en eus froid dans le dos. Constance était trop fière pour montrer son trouble, mais Margaret lâcha une exclamation de surprise et d'indignation. Je restai coite, pareille à un statue, incapable de détacher un mot ni de bouger, mes yeux fixés sur les Reliques de la mort peintes en grand sur les pierres grises du château.
- Qui a fait ça ? Hurlait quelqu'un sans que je n'y prête attention, les yeux toujours virés sur les Reliques de la mort.
Je sentis la foule bouger, la foule répondre, la foule se taire. Et Margaret me presser le poignet pour attirer mon attention. Je finis par détourner les yeux du symbole des mages-noirs.
- Qui est la personne assez stupide pour faire ça ?! Qui s'amuse à peindre ce symbole ?! s'énervait quelqu'un d'une voix grondante et forte, qui me fit presque trembler.
Je me tordis le cou pour apercevoir entre deux têtes l'élève aussi remonté qu'un centaure offensé. C'était Lester, rouge de colère, qui criait à la foule en brandissant son bras en direction des Reliques de la mort.
- Arrêtez de vous croire provoquant ou impressionnant en peignant ce symbole ! Arrêtez ça !, continuait-il avec son impulsivité coutumière, faisant reculer plus d'un élève.
Les Professeurs et Préfets-en-chef finirent par accourir jusqu'à la foule d'élèves qui se dépêchèrent de leur libérer le passage. Ils découvrirent le symbole de Grindelwald sur le mur, puis Lester, fou de rage, qui tempêtait en direction des élèves. Ses yeux étaient houleux. Moi qui conservais tout le temps mon calme, je le trouvais irréfléchi et immature de crier de la sorte. Mais il m'impressionnait aussi... plus que je ne l'aurai avoué. Il faisait preuve de plus de bravoure que nous autres qui nous enfermions dans notre silence pudique, incapables de clamer haut et fort notre désaccord.
- Monsieur Hodgson, cessez cette scène !
Il se tourna vers les professeurs. Et je sentis qu'il allait encore se mettre dans le pétrin. Il était incapable de savoir quand s'arrêter.
- Il faut bien que quelqu'un ne laisse pas passer ça, si vous ne le faites pas !
Margaret me souffla à l'oreille avec cynisme : « Le Choixpeau aurait dû réfléchir plus longtemps avant de le placer dans sa maison il ressemble plus à un Gryffondor irréfléchi qu'à un Serpentard assez rusé pour savoir quand se retirer ».
Je hochai la tête. Nous pensions exactement à la même chose. Et à voir les expressions hautaines ou sarcastiques des autres élèves qui contemplaient le spectacle, nous n'étions pas les seules.
- Hodgson, venez avec moi, ordonna le directeur de la maison Serpentard.
Lester se mordit les joues, rongeant son frein en silence, avant d'abdiquer. Il traversa la foule sans s'émouvoir de tous les yeux posés sur lui.
- Regagnez-vos classes ! clamèrent les Préfets-en-chefs plus très sûrs d'eux après cet événement. En rang serrés et sans parler !
- Il n'aurait jamais dû tenir tête aux Professeurs, il a fait preuve d'irrespect, dit Constance à notre côté tandis que nous rejoignions le cours de duel.
- Je trouve qu'il a dit tout haut ce que nous pensions tout bas, contra Margaret. Les Professeurs - à part Dumbledore, évidemment - ne font pas grand-chose pour calmer le penchant de certains élèves pour la magie noire.
- Je trouve aussi que c'est de pire en pire, soufflai-je pour qu'on ne nous entende pas. Certains ne cachent plus qu'ils font partie de groupes de mages-noirs. Il y a quelques semaines en cours de Sortilèges, j'ai entendu un Serpentard, Perry Lloyd, parler avec Lester Hodgson. Il disait à Hodgson « Tu essaies de faire partie de nous sans le vouloir vraiment. ». Je suis sûre qu'il parlait des mages-noirs.
- Ou alors il parlait de s'intégrer au groupe des Serpentard, répliqua Constance.
- Peut-être les deux, accordai-je.
Nous entrâmes dans la salle des duels. Mon premier combat fut contre un Serdaigle qui se faisait un plaisir de commencer le combat par une lutte verbale. Nous étions l'un face à l'autre sur le tapis vert, à quatre mètres d'écart, et au lieu de me souhaiter bonne chance il me lança avec ironie :
- S'il-te plaît, Xu, contrôle-toi pour ne pas m'enflammer.
Je restai calme, me contentant de lui sourire ouvertement.
- Tu sentirais bon le roussi pourtant, répliquai-je en levant ma baguette en position de combat.
Il mima ma position. Puis le professeur de duel ouvrit les duels et nous nous affrontâmes. Il fut plus rapide que moi. Je me retrouvai pétrifiée et tombai au sol les bras contre mon corps sans pouvoir bouger. Il me délivra du maléfice et je me remis debout. J'étais en colère, mais je m'efforçai de ne pas le montrer.
- Expelliarmus ! Criai-je en un quart de seconde.
Je sautillai sur place de joie en voyant sa baguette rouler au sol. 1-1, ex aequo. Nous nous jugeâmes du regard pour la troisième manche. C'était une question de fierté.
- STUPEFIX !
Nos deux sorts se rencontrèrent en même temps, illuminant le tapis vert d'un éclat rouge puissant, avant qu'il ne le remporte sur moi. Je me sentis décoller et retomber au sol quelques mètres plus loin.
- Xu, la prochaine fois soyez moins déconcentrée. C'est-ce qui vous a fait perdre, commenta le professeur en passant à côté de moi, les mains dans le dos.
Je me relevai en grommelant des mots impossibles à dire tout haut. Heureusement, je gagnai le deuxième combat contre une Gryffondore, mais perdis le dernier contre Walter, l'ami qu'on pouvait appeler le plus proche de Lester. Il était très droit et appliqué quand il se battait, comme s'il écrivait une partition de musique du bout de sa plume d'oie. Il ne me jeta aucun sort douloureux ou honteux, comme la Gryffondore précédente qui s'était amusée à me décorer la tête d'oreilles d'âne.
- Merci pour ce combat, me dit-il en me serrant la main de manière cordiale.
- De même, répondis-je.
Il sembla hésiter à me dire quelque chose tandis que je faisais demi-tour vers les Poufsouffle.
- Xu, si je ne me trompe pas ?
Je me retournai vers lui.
- C'est ça, affirmai-je.
J'attendis qu'il poursuive.
- Il est bon de se connaître entre nous en-dehors des combats, car pendant nous ne montrons pas ce que nous valons vraiment, seulement ce que nous avons à revendre, dit-il.
Je ne dis rien pendant un instant. Puis :
- Quelqu'un d'égocentrique penserait que tu veux l'inviter à boire un verre à Pré-au-lard, lançai-je en souriant.
Il ne sourit pas mais un tic au coin de sa bouche et un éclat dans ses yeux me convainquirent qu'il appréciait la plaisanterie.
- Ou seulement que je suis un philanthrope trop préoccupé par ses amis pour son propre bien.
Il baissa la tête vers moi avant de prendre congé et de quitter noblement la salle de duel. Un philanthrope à Serpentard, on aura tout vu. À mon goût, il faisait seulement preuve de beaucoup de diplomatie, ce qui était plutôt rusé par les temps qui courent pour tisser un réseau.
Je marchai jusqu'à mes amies en enroulant mon écharpe jaune et noire autour de mon cou.
Puis la phrase de Walter fit tilt dans mon esprit. « Philanthrope trop préoccupé par ses amis… ». Par Helga, ne faisait-il pas allusion à Lester et au combat qui nous avait affrontés à Londres ?
Je trempai mon torchon dans mon sceau d'eau glacée (je ne pouvais pas utiliser de magie pour la réchauffer), et frottai les meubles poussiéreux. Un rai de lumière filtrait à travers les rideaux épais et opaques. Je chantonnais un air de Noël pour me donner du courage. Dans deux jours c'étaient les vacances. J'allais chez mes grands-parents en Chine. J'allais me reposer, me sortir mes idées noires de ma tête, et profiter du silence et des retrouvailles pour changer d'air. Tout allait être pour le mieux. J'allais avoir de beaux cadeaux. Mon père sourirait en me faisant découvrir son village natal et les endroits où il s'entraînait à faire de la magie quand il était petit. Peut-être même pourrai-je faire un peu de Quidditch avec les garçons du village, s'ils m'autorisaient à monter sur un balai.
Bref, j'avais toute ma tête aux vacances plutôt qu'à mes heures de retenues coincée dans cette salle de classe vide, quand j'entendis un sceau tomber au sol. Je sursautai. Mon premier réflexe fut d'attraper ma baguette coincée entre ma hanche et ma jupe. Je contemplai la porte d'entrée entr'ouverte, le cœur battant.
- Qui est là ?
Pourvu que ce ne soit pas Peeves l'esprit frappeur. Il m'avait déjà rendu visite plusieurs fois ces deux dernières semaines.
- Montrez-vous !
La porte s'ouvrit plus en grand et je vis une main ramasser le sceau tombé au sol. Puis la silhouette se découvrit, éclairée par la faible luminosité qui filtrait à travers les rideaux, pareille à un fantôme reprenant des couleurs.
Lester me fixait sans ciller. Il avait une physionomie paradoxale, à la fois svelte, jeune, négligée et étrangement tordue. La lumière sembla s'amuser à trouver la bonne teinte dans ses cheveux, tantôt rousse, tantôt noire, tantôt auburn, tantôt plus rien du tout face à la pâleur de ses joues. Il continuait à avancer vers moi et je m'interdis de reculer.
- Qu'est-ce que tu fiches ici ?
Il s'arrêta, embrassa la classe du regard, puis se tourna pour repartir.
- Hey ! Appelai-je vainement en m'adressant à son dos.
Il était bien le seul à me faire sortir de mes gonds.
- Tu pourrais me parler quand même ! M'exclamai-je avant de me reprendre devant son sourcil arqué : Je veux dire, répondre à ma question sans me snober… même si je t'ai dit de ne plus me reparler...
Je m'embrouillais.
- Dans ce cas, dit-il seulement.
Quoi, dans ce cas ? C'est vraiment pour ça qu'il ne m'avait pas parlé depuis le début du mois, depuis qu'il avait été réadmis ? Parce que je lui avais demandé de ne plus me parler et qu'il attendait que je scelle cette demande ? Quel genre de type était-il pour respecter autant la requête de quelqu'un dont il s'en fichait comme d'une guigne ?
- Je ne te comprends pas, lâchai-je.
Il ne dit rien, se contentant de m'observer en silence.
- Je veux dire, tu agis de manière contradictoire… tout le temps…
- Ou seulement parce que tu ne me connais pas.
Ok, peut-être.
- Pourquoi tu m'as lancé cet expelliarmus, ce soir-là ?
- Tu allais aussi me lancer un sort.
- J'étais seule contre vous deux !
- Et contente de nous avoir trouvés !
- Comment ?!
- C'est pas ça ton petit trip ? Trouver tous les mages-noirs de Londres ?
- Co...comment…
- Après cette confrontation et l'affaire dans les journaux, les mages-noirs ont eu le temps d'enquêter sur toi pour savoir qui tu étais et pourquoi tu t'étais retrouvée là. Il n'est de secret pour personne qui sait chercher. Et toi, tu ne sais visiblement pas te faire discrète.
- Je suis très bonne pour filer quelqu'un, m'entendis-je prononcer avec orgueil.
Il me regarda comme si j'étais une enfant dans la cour des grands.
- Tu n'as toujours rien compris, me lança-t-il avant de partir.
Je le suivis dans le couloir, le sang à chaud.
- Explique-moi alors ! À moins que je sois aussi trop stupide pour comprendre ?
Il haussa les épaules, l'air de quelqu'un qui ne veut pas prendre part au débat. Il me faisait tourner en rond avec ses simagrées et ses phrases à double-sens.
- Je sais que tu n'es pas attiré par la magie noire, dis-je pour le faire stopper.
Et ça marcha. Il s'arrêta net et me regarda comme s'il avait enfin acquit un brin de reconnaissance.
- Pourtant tu m'as vu avec l'un d'eux.
- Et je ne comprends toujours pas pourquoi. Mais du reste je sais que tu n'en es pas vraiment un. Même si tu as un pied dedans.
- C'est plus de maturité dans tes propos que je n'en ai jamais entendu auparavant.
- La ferme.
Il sourit en biais, sarcastique.
- Tu commences à devenir impulsive, Xu ?
- Tu m'as refilé ton truc, faut croire.
- Arrêtons là cette conversation alors, ça ne te va vraiment pas au teint.
Et sur ces derniers mots, il partit avec son sceau dans l'optique de nettoyer une autre salle de classe. J'imagine qu'il était en retenue depuis le jour où il avait pété un câble devant les Reliques de la mort peintes sur le mur.
Et moi maintenant je n'avais plus aucune envie de nettoyer quoique ce soit…
Vivement les vacances.
