La jeune fille marchait le long de la rivière…Ses longs cheveux noirs masquaient son visage et contrastaient avec sa peau d'une blancheur de neige. Loin de sa tenue de combat, elle était richement vêtue d'une robe ample d'un satin rouge sang.

Elle s'assit au bord du cours d'eau et regarda le liquide couler, éternellement, pour aller rejoindre le grand fleuve, quelques lieues plus loin…Elle ne faisait plus que ça, s'asseoir sur le bord de la rivière, elle ne faisait plus que ça depuis trois semaines…trois semaines que sa mère avait été assassinée par son père, qui s'était ensuite enfui de Konoha. Trois semaines qu'elle n'avait refusé toutes les tentatives d'entretien qu'avait demandé Sandaime…

A quoi cela aurait-il servi de toutes façons…il lui aurait présenté ses condoléances, comme tout le monde. Il lui aurait proposé son aide dans les limites de ses moyens, mais elle n'avait pas besoin d'aide. Et enfin, après s'être assuré qu'elle allait bien, il lui aurait confié une nouvelle mission…l'assassinat d'un seigneur ennemi, l'escorte d'un puissant marchand, ou n'importe quelle connerie qui rapporterait du pognon à leur village. Or elle savait bien qu'elle serait incapable de bien s'occuper de son équipe dans l'état ou elle était…

Elle se souvint de l'examen des Chûnins, 3 ans auparavant…Toute sa famille était venue l'admirer, lorsqu'elle avait remporté, à un age record, la troisième épreuve de cet examen. Et, en voyant l'étendue des pouvoirs héréditaires de l'enfant et son exceptionnelle maturité, le hokage avait décidé de la faire passer chûnin. Elle avait trouvé ça parfaitement ridicule…et elle n'avait passé cet examen que sur "ordre" de son père, non par volonté. Aujourd'hui, même si le taux de réussite de ses missions était de 100, elle savait pertinemment qu'on continuait à penser qu'elle avait besoin d'un junin pour l'encadrer.

Enfin, après tout, tout cela n'avait aucune importance…il suffisait d'attendre quelques années, et les gens arrêteraient de la considérer comme une gamine…Pour devenir respecter, il fallait de la puissance et de l'age…elle avait déjà la puissance.

Bien que perdue dans ses pensées, ses sens étaient toujours en éveil, et elle surprit alors un bruit qui lui fit dresser l'oreille…quelqu'un…oui, quelqu'un pleurait…

Elle se releva et marcha en direction du bruit…quelques dizaines de mètres plus loin était assis un garçon, vêtu d'une combinaison quasiment entièrement noire décorée dans le dos d'un dessin d'éventail. Il avait les cheveux noirs en bataille et des lunettes gisaient à côté de lui. Il pleurait doucement et son corps était, à intervalles réguliers, agité de sanglots, et Fuyuko eut, immédiatement, envie de faire quelque chose pour lui.

Elle toussa discrètement, ce qui eu pour effet de faire se tourner immédiatement l'enfant. Il tomba par terre en voyant que quelqu'un l'avait vu dans cet état, et tenta de cacher ses pleurs en s'essuyant les yeux d'un revers de sa manche. Fuyuko lui sourit, pas d'un sourire narquois, comme il le craignait, mais d'un sourire compatissant.

"Tu as besoin d'aide ? demanda-t-elle

- Non, non, non, répondit le garçonnet et se relevant précipitamment

- Pas la peine de te relever, tu sais…pas la peine de t'enfuir…je vais pas te manger

- J'avais pas l'intention de m'enfuir, répliqua-t-il avec un ton de défi

- Alors assieds toi avec moi, acheva-t-elle en joignant le geste à la parole"

Il la regarda un instant, jaugeant s'il devait effectivement partir en courant où s'il n'y avait pas de risques à rester ici. La fillette regardait fixement la rivière maintenant, comme s'il n'était plus là.

"J'm'appelles Obito, lâcha-t-il finalement, pour relancer la conversation

- Obito Uchiwa ? l'interrogea-t-elle

- Mouais…lui-même…répondit-il d'un air blasé

- Fuyuko Yukinokaze, dit-elle sur le même ton

- WHAO ! La fille de Bariki ! s'écria-t-il, enthousiaste

- Celle-la même…acheva-t-elle, toujours aussi peu enjouée..."

Un silence s'installa, à peine troublé par quelques chants d'oiseaux, par le bruit du vent et celui de l'eau qui continuait de couler…

"On a pas l'air très heureux de nos familles, hein ? soupira Obito

- C'est le moins qu'on puisse dire…

- Pourquoi, d'ailleurs ?

- Oh…c'est une bien longue histoire…

- Raconte ! Toutes façons je rentrerais pas chez moi tout de suite…

- Eh bien…en fait, mon père est, comme qui dirait…trop fier de moi…Il considère que je suis "sa plus belle réussite"…et pour lui je ne suis rien d'autre…et j'ai appris assez vite que ça ne servait à rien d'attendre quoi que ce soit de lui. Le seul amour que j'ai reçu, c'est par mes nourrices, par mes petits frères et sœurs, par les gens de ma maisonnée, et…mais je m'en suis rendue compte trop tard…par ma mère…

- Oui, j'ai entendu la nouvelle…je suis…

- Désolé…oui, je m'en doute bien, qui ne serait pas désolé en apprenant ça…

- Je…

- Pas grave, laisse tomber…parles moi de toi…

- Oh, bah, rien de bien folichon…Disons que moi c'est plutôt l'inverse…je souffre plutôt d'un…manque de fierté de ma famille…

- Ah ? Pourquoi ?

- Eh bien, j'ai déjà dix ans, et je n'ai toujours pas développé le sharingan, comme tout ceux de ma famille…

- Et ?

- Dans ma famille, c'est le signe de la "puissance"…plus on le possède jeune, et plus grand est notre potentiel…"

Il réprima un sanglot…Fuyuko plaça sa main sur son dos, en un geste apaisant.

"On me considère comme un raté…

- Et tu te préoccupes de l'avis de gens aussi étroits d'esprit ?

- Hein !? Mais…

- Obito…tu sais…la puissance, quand on n'en a pas, on en veut, et quand on en a, on voudrait bien en avoir moins…

- Je…

- Cesse donc de te préoccuper de ça, et accepte toi tel que tu es…parce que c'est comme ça que tu deviendras puissant…en développant tes points forts et en atténuant tes points faibles…"

Il la regarda…elle n'était pas…normale…Aucune fille de son âge n'aurait raisonné comme ça…La fillette se releva et lui tendit sa main.

"Allez, je te raccompagne un peu si tu veux…"

Il se leva et la remercia. Elle lui assura que ça lui faisait plaisir…Il remit ses lunettes, elle épousseta sa robe, et ils partirent donc vers le quartier des Uchiwa, déambulant à travers les ruelles de Konoha, parlant de leur vies, courtes mais bien remplies. Ils arrivèrent enfin…

Obito s'apprêtait à la saluer quand un adulte au visage patibulaire vint à leur rencontre…

"Alors Obito, tu espère peut-être qu'en fréquentant des génies comme la fille Yukinokaze, tu cesseras d'être un raté…"

Le ton était sec, vif, tranchant, et chaque mot se voulait incisif et blessant.

"Je ne crois pas que nous ayons la même définition d'un raté, jeune homme, répliqua Fuyuko, alors que les yeux d'Obito s'humidifiaient…

- Parce que selon vous, un pleurnichard qui, à dix ans, n'a toujours pas l'ombre de son pouvoir héréditaire, c'est pas un raté…

- Obito est un génie, et je lui fais confiance pour vous dépasser tous un jour…vous, membres d'une famille bouffie d'orgueil…

- Et je peux savoir pour qui tu te prends, tu n'es qu'une gamine après tout…

- Je ne me prend pour rien de plus que ce que je suis…une gamine aux pouvoirs surpuissants et plutôt susceptible…"

Les yeux noirs de Fuyuko s'allumèrent d'une flamme haineuse…Ses cheveux furent ébouriffés, par un souffle de vent, ou plutôt comme s'ils se dressaient sur sa tête. Des chaînes de métal sortirent en cliquetant de sous ses longues manches, ne cessant de croître…

"Sachez que…j'ai horreur que l'on critique mes amis"