Chapitre 4: De bon petit matin
Nous étions lundi. Anne freina brusquement et descendit de son vélo. Elle était arrivée, c'était ici qu'elle allait travailler. La rosée faisait briller ses vêtement dans le doux soleil du petit matin. Elle s'avança vers le portail vert et or qui mimait à la perfection un feuillage fin et délicat de feuilles entremêlées. Pas étonnant que j'ai failli rater le manoir. De l'extérieur, on dirait une petite forêt! C'est moins impressionnant que le Fishermen's museum de Hastings mais la propriété est magnifique. Zut! Il n'y a pas de sonnette, mais comment je fais pour rentrer alors?
Elle s'apprêtait à toquer quand le portail s'ouvrit, révélant un homme de taille et d'âge moyen qui s 'appuyait sur une canne . Et quel homme! Il avait les yeux couleur vieil or mais qui semblaient étrangement éteints. Comme si on les avait passés au fer blanc. Elle comprit qu'il devait être aveugle. Il ne semblait aucunement dérangé par sa canne et se déplaçait avec aisance, bien que boitant légèrement. Son visage était celui d'un homme mur mais était emprunt d'un charme presque enfantin, qui ne semblait pas avoir été affecté par le feu qui lui avait pris ses yeux.
«Etes vous bien Anne Hyrnek ?, lui demanda l'inconnu.
- Oui, acquiesça-t-elle. Je cherche Monsieur Mandrake, comme le magicien.
L'homme en face d'elle eu un fin sourire, comme devant une plaisanterie impromptue.
- Vous l'avez trouvé. Je me présente: John Mandrake. Bienvenu au Manoir Mandrake. C'est ma femme Jane qui vous a contactée. Vous semblez vous y connaitre en Histoire des magiciens.
-C'est un de mes points d'intérêt, en effet. »
Ils s'approchaient d'une imposante propriété astucieusement cachée par une immense bande de végétation touffue qui l'entourait. Un compromis parfait pour une localisation à la fois près de Hastings et isolée de la ville par un îlot de verdure. Entre les deux, un immense jardin zen s'étendait à perte de vue. Un jeune homme et une femme à l'aspect aussi glacial que sensuel s'approchèrent.
« Tiens justement les voilà! Jane, Nicholas je vous présente Anne, notre nouvelle aide.
- Bonjours Mademoiselle, j'espère que vous êtes prête à vous mettre au travail! Vous comprenez ce que je dis? On ne sait jamais avec les français.
- Je ne suis pas française mais belge. Mais rassurez-vous, je suis parfaitement bilingue.
- Bien, ce sera plus facile. La dernière ne comprenait rien, c'était insupportable.
- Jane, tu exagères! Tu lui parlais tout le temps en français. Comment voulais tu que cette pauvre fille progresse.
- Merci de votre avis, John. Mr le ministre vous attend, il a des conseils à vous demander. S'il vous plait, rappelez à cet incapable qu'il doit absolument parvenir à un accord avec l'envoyé américain qui soit moins favorable que celui préparé par Madame Button. Bien, revenons-en à vous, mademoiselle...
- C'est noté, Jane. Ne t'inquiète pas pour cela.
- Vous, suivez-moi! Je vais vous faire visiter la maison et vous expliquer ce que j'attends de vous. »
Anne ne pouvait détacher son regard de cette femme si étrange. Elle se sentait littéralement hypnotisée. Le contraste entre elle et son mari était presque choquant tellement il était grand. Elle avait un ton froid et mordant. Je n'ai pas intérêt à la contrarier celle-ci! Puis pour essayer de se détacher de la mauvaise impression qui la tenaillait, elle s'intéressa au jeune homme qui l'accompagnait. Leur fils. Il avait le même air hautain que sa mère. Quelle famille! Je vais presque croire que maman avait raison quand elle me disait de ne pas y aller. En tout cas, je sens que je ne vais pas m'amuser tous les jours. Il faudra que je dise à John que je travaille chez les Frankenstein. Tiens, au fait! Il porte le même prénom que mon cher « cousin », Mr Mandrake père! Il ne faut pas que j'oublie de le lui préciser, ça va le faire marner...
« Vous avez tout compris jeune fille? Oui? Dans ce cas je vous laisse vous installer dans votre chambre. Vous devriez aller faire le tour de tout le personnel. Je vous laisse. Voulez vous que John reste avec vous?
- Je ne connais pas encore bien les lieux, madame, mais je pense que j'arriverai à me repérer.
-Mais il n'y a pas de problème mademoiselle, répliqua Nicholas. Je me ferai un plaisir de vous guider cette après-midi, je n'ai justement rien à faire. Le ton était ferme et définitif.
-Bien, dans ce cas je pense que je vais commencer par m'occuper du travail des cuisines.
-Je vous laisse donc ici. N'oubliez pas nous sommes très ponctuels alors ne soyez jamais en retard, c'en serait plus que ce que nous pourrions tolérer. »
Génial! J'ai déjà du travail par dessus la tête! Occupez vous de l'intendance. Vous devez être au courant de l'arrivée de chaque invité. Tout doit être parfait pour le repas. Bien Madame, Sans problème Madame la Duchesse! Un peu moins de mépris ne nuirait pas...Et l'autre qui me colle! N'a-t-il donc rien d'autre à faire?
Nicholas s'était en effet rapproché dangereusement d'elle pendant qu'elle était perdue dans ses pensées. La réaction ne se fit pas attendre : elle le repoussa fermement devant elle.
« Où est la cuisine? Je croyais qu'il fallait tourner à droite? Elle souri intérieurement. Attends, toi, si tu crois que je n'ai pas remarqué ton petit manège. Tu vas voir qui peut être la plus idiote des deux.
-Oh ! Tu as très bien compris où je veux t'amener répondit le jeune homme avec un sourire carnassier. Tu as bien un peu de temps à me consacrer, non? On devrait faire plus ample connaissance.
- Qu'est ce que vous racontez monsieur? Il faut que j'ailles voir les cuisiniers tout de suite, votre mère veux que ce soit fait le plus rapidement possible, affirma-elle avec un sourire angélique aux lèvres... en essayant de le contourner! C'est qu'il me bloque le passage ce crétin. Aller, dégage et vas faire mumuse avec une petite aide. Il doit bien en avoir plusieurs ici?
- Bon d'accord! S'il il faut se montrer plus explicite...Il se rapprocha l'air décidé, la prit par la taille et...se retrouva les quatre fers en l'air.
-Qu'est ce que tu as osé me faire, sale petite plébéienne ! Attend voir! Sygmé envoies lui une détonation. Puissance maximum!
Anne sentit l'air autour d'elle vibrer. Un éphèbe qui n'avait rien d'humain était sortit de nul part. Elle se roula immédiatement en boule et attendit...l'air devint brûlant, puis un instant plus tard le calme, de nouveau. Elle se releva un sourire aux lèvres.
- Raté! Il va falloir que tu trouves autre chose!
-Qu'est ce qui se passe ici?... Ah! Je vois. Non ne me répond pas Nicholas. Et ne me regarde pas comme cela. Cette jeune fille n'est ni responsable de tes hormones ni de ton ego démesuré. Tu me fais honte! Va t'occuper autre part et je ne veux plus de problèmes. Est-ce clair? Le ton était calme et mesuré mais on sentait clairement toute la menace latente qu'il contenait. John regarda son fils partir et soupira.
-Oubliez cela mademoiselle, il est impossible mais il ne devrait plus vous ennuyer maintenant...
-Vous le couvrez!
-Je pense qu'il ne se rend pas compte. Il n'a jamais pratiqué la magie en situation réelle. Soyez sûre que je vais m'expliquez avec lui ce soir.
-Il n'est peut être pas bon que je reste ici.
-Restez, s'il vous plait. Je ferais le nécessaire pour que cela se passe bien et vous ne croiserez plus mon fils seule, j'en fais la promesse.
Anne acquiesça faiblement, incertaine de ce qui se jouait.
- Sinon, je voulais vous dire que je suis étonné. C'est une remarquable immunité que vous avez là! Vous avez été fortement exposée à la magie quand vous étiez petite?
- Heu... Non je ne crois pas monsieur, répondit-elle surprise par le tour inattendu que prenait la conversation. Je vis en Belgique depuis ma naissance et mes parents s'y sont installés très jeunes. Nous n'avons jamais eu de contact avec les magiciens.
- Etonnant. Savez vous que les enfants qui ont l'immunité ont souvent été exposés de près ou de loin à la magie pendant la grossesse de leur mère ou dans son passé ? Ainsi un enfant londonien avait 40 fois plus de chance de naître immunisé qu'un enfant qui se trouvait sur le continent dans un endroit où il n'y avait presque pas d'invocations. Et vous avez une immunité pleine à ce que je vois. Résister à la déflagration maximale d'un djinn de cinquième degré est donné à très peu de monde. Pouvez-vous voir les démons sous leur vraie forme? Et capter les auras magiques?
Anne se remettait doucement de ses émotions. Cet homme est dingue! Il me rappelle parrain!
- Oui, oui je vois les démons et les auras magiques m'apparaissent. Etes vous magicien? Comment pouvez vous être si bien informé?
- Bien sûr que je suis magicien! Et je connais bien le problème! Je ne suis pas totalement aveugle, vous savez. Je peux voir les démons et les auras des personnes sous formes de halos lumineux. La vôtre est particulièrement développée et je vous vois très clairement. Et tu me rappelle quelqu'un, ma jolie songea-il en aparté. Je vous laisse, je ne veux pas vous mettre en retard.
Nathaniel s'éloigna pensif. Il ne vit la personne qui le suivait que quand elle se planta devant lui:
« Alors elle te plait cette petite? Tu aurais pu laisser Nick jouer un peu avec! Toi et ton maudit sens du respect!
-Ton fils n'a pas tous les droits Jane. Il avait déjà un comportement limite avec la précédente. Le monde a changé, nous ne sommes plus tous puissants. Veux tu qu'il se retrouve un jour en prison?
- Vas dans le registre moral, que je rigole un peu. Remarque c'est assez subtil comme manière de la récupérer. Tu sais je ne t'en voudrais pas...
- Arrête Jane. Non mais tu as vu quel âge elle a! Je pense simplement que ton fils est mal élevé et que les idées que tu lui mets dans le crâne sont dépassées. Quand comprendras-tu que les magiciens ne sont plus les maîtres? Et tu as vu quel usage Nick fait de la magie! Un usage de gamin capricieux et égocentrique! Voilà pourquoi je ne voulais pas que tu lui enseignes les bases!
- Toi et ta stupide compassion! Il défend ses intérêts c'est tout! Lui au moins sera un gagnant. C'est toi qui te comportes comme un naïf!
- Tu me dégoûtes, tu sais.
Le ton de l'homme était neutre. C'était une affirmation, une constatation qu'il avait surement déjà faite de nombreuses fois.
- De toute façon, je ne te demande pas ton avis. Où irais-tu? Tu es maintenant incapable d'appeler le plus petit gnome. Tu es devenu impotent. Et pire, tu es déclaré mort.
- Tais-toi!
- La prochaine fois, laisse ton fils tranquille!»
Enervé, John Mandrake se détourna sans un regard et se décida à aller à la bibliothèque. James devait lui lire un passage qui parlait des manières d'agir des djinns selon leur appartenance à tel ou tel élément. Il fallait qu'il se calme. Il n'en avait plus pour très longtemps à la supporter, il allait bientôt régler le problème. Attendre un peu plus ou un peu moins. Peaufiner son plan. Oui, Il avait tout son temps.
