CHAPITRE 4

C'est comme dans un rêve et c'est le prince charmant qui est à mes côtés entrain de faire du shopping. Je lui dis que je tiens à payer. Il fait mine d'avoir rien entendu et pourtant il y en a pour une belle somme sur le comptoir de la vendeuse. J'ai honte, je le sens tout au fond de moi. Cela nous a prit deux heures et je le soupçonne d'avoir fait ouvrir les boutiques pour lui seul. Le froid est piquant alors que la nuit est tombée, Niel hèle un taxi. Il donne son adresse ! Je le fixe les yeux ronds et surtout à deux doigts de laisser là tous les paquets et de m'enfuir à toutes jambes.

- Allons Candy cesse d'avoir peur de moi veux-tu ? Son visage incroyablement magnétique est maintenant sérieux alors que deux secondes auparavant il était contrarié.

- Pourquoi chez toi ?

- Te changer. Ensuite nous irons manger là où je l'ai prévu.

- J'aurais pu me changer chez moi.

- Je ne crois pas non ...

- Comment ça ... « je ne crois pas non » ?

- Candy ... tu peux commencer à me faire confiance ?

Enfin voilà « LA » question. Puis-je lui faire confiance ? Je sens une déchirure en moi. Pas du même genre qu'avec Terrence et Susanne, celui-ci est plus intense. Mon corps et mes émotions me hurlent de courir dans ses bras alors que ma raison n'a rien oublié du passé. Qui dois-je croire ?

Je regarde mes mains et j'avoue que :

- Je ne sais pas.

Je lève timidement mes yeux vers lui, il semble amusé et dans son regard ambré je perçois une lueur comme de ... de ... désir ?

- Pas facile je sais. Son soupir me fend le cœur. Je me sens comme un prisonnier qui a ressenti le poids des chaines depuis une éternité et qui - une fois libéré - ne peut se résoudre à les lâcher. Pourtant je le sens sincère. Je le sens même plus sincère que Terry.

- Niel j'ai envie de te faire confiance mais ... « mais comment te dire que tu continues à m'angoisser ? Ta famille surtout ? Rien qu'à l'idée de remettre les pieds dans ce nid de vipères me désespère ! ».

- Dis-moi de quoi tu as peur.

Le silence nous enveloppe tandis que sa question court dans ma tête. Son visage est si magnifique qu'il illumine l'habitacle, sans compter son corps dans son costume parfaitement ajusté (il a toujours eu le chic pour s'habiller avec classe et élégance) qui donne une toute autre allure qu'avec la blouse d'interne que je lui ai vu depuis notre rencontre dans ma nouvelle vie.

- De ta famille. Voilà j'ai craché le morceau.

Il se rembrunit. Cet air ténébreux lui va comme un gant et je m'imagine dans ses bras, sa bouche sur la mienne, faisant de moi ce qu'il désire ... et une étrange chaleur me parcoure comme jamais auparavant.

- Je m'en suis déjà occupé. À nouveau le silence et je sens le taxi monter une côte. Je sens que nous arrivons bientôt à destination. Je ne veux pas que tu t'en préoccupes, d'accord ?

- Elle fait partie du problème. Niel ! Comment veux-tu que j'oublie le mal que ... que ...

- Je t'ai dit que c'était « mon » problème. Elle ne te nuira plus. Plus jamais. Son regard dans le mien me jette comme un sort. Ses lèvres s'étirent et j'ai l'illusion qu'elles parcourent mon cou. Candy je n'ai pas l'intention de me transformer en bonhomme de neige pour toi alors dépêche-toi de sonner, s'il-te plait.

Je m'exécute pendant qu'il prend les paquets et donne des consignes au chauffeur. C'est en attendant que quelqu'un daigne nous ouvrir que je prends conscience de l'immense demeure. « Sans doute une villa des Legan ... » et à cette idée je sens comme une nausée m'envahir.

- Quelque chose ne va pas ? Candy ? Il se tait car le loquet de la porte se déverrouille. Bonsoir Arthur.

- Bonsoir monsieur, madame ...

- Arthur nous n'en avons pas pour très longtemps. Jessie aurait besoin d'un endroit pour se mettre sur son trente-et-un.

- Pas de soucis monsieur.

- Ah Arthur ... j'oubliais ... je ne suis pas venu ici aujourd'hui. Arthur le regarde, surpris. Oui, si des fois ma mère, ou pire ... ma sœur venaient à vous poser des questions ... je peux compter sur vous ?

- Je serais pire que le secret des monolithes de Stonehenge. Niel esquissa un sourire amusé à son majordome so british.

Je fus conduite dans une chambre immense. Une domestique vint à mon secours et je fus prête en moins de dix minutes. Je parie que ça vous démange de savoir comment je fus habillée pour le réveillon, n'est-ce pas ? J'ai une robe bleu roi, une ceinture verte qui tranche assez pour mettre ma taille en valeur. Aux pieds j'ai des escarpins et j'avoue que je me sens godiche dedans et je ne peux retenir une grimace lorsque je les enfile. Mon aide me propose un coup de peigne que je ne refuse pas. Le miroir me renvoie l'image d'une jeune femme plutôt mignonne dans son carré qui a bien poussé et qui recouvre presque les oreilles, je me sens rougir car Niel, impatient se tient à présent derrière moi. Ma servante me propose un nuage de parfum ... que Niel autorise.

- Niel ! Ça m'ennuie un peu ! Ce n'est pas à moi et ...

- Et ? Ça doit être à ma sœur mais bon, même une bouteille à dix mille dollars ne l'avantagerait pas.

Je pince les lèvres devant cette attaque fraternelle. Je me lève, prête pour un examen implacable. Il fait signe à la jeune servante de partir et désormais je suis seule devant le seul homme depuis des lustres qui désorganise mes émotions et ma ligne de vie. J'ai l'impression que sous son regard mon cœur va tomber à mes pieds. Je déglutis et j'attends que les rayons X fassent leur rôle.

- Parfaite. En entendant ces mots ma respiration reprend et j'ouvre les yeux. Je vois sa main droite courir jusqu'à mon cou, lever mes boucles, elle m'attire vers lui et je me sens incapable de lutter ce qui quelque part, m'énerve.

Nous y sommes enfin, sa bouche est sur la mienne et elle lui obéit ! Je veux reprendre le contrôle mais mes sens refusent d'abandonner un pouce du plaisir qu'il me procure. C'est si bon, c'est si ... et ses mains qui me caressent (surtout mon dos et vers ma chute de reins, c'est incroyable ce que cet endroit peut engendrer comme sensations !). Il approfondit le baiser et là pour moi c'est la débâcle totale, je me sens à sa merci et – j'adore ça ! Enfin Niel met un peu de retenue et mes esprits reviennent au compte-goutte.

- Je te prie de m'excuser dit-il en se passant les mains dans les cheveux. Ses yeux sont brillants, ils sont intenses et refusent de quitter les miens qui doivent être dans le même élan.

- ... J'essaie de parler mais je suis encore sous le choc. J'ai l'impression d'avoir été passée sous un rouleau compresseur. Jamais je n'ai ressenti pareille passion même du temps de Terry. Mes yeux sont comme hypnotisés et je sais pourquoi car tout au fond de moi dans mes entrailles, j'ai une profonde envie qu'il recommence et j'ai bien envie de l'envoyer au diable le réveillon. Je prends peur devant cette autre facette de moi-même.

- Merci pour cet apéritif me susurre t-il, goguenard.

« Comment fait-il pour avoir autant d'emprise sur lui-même alors que je me sens toute chamboulée ! ».

- Tu te moques de moi là ? « Et s'il se jouait de moi à nouveau ? ». Je ferme les yeux et tente de chasser cette pensée.

- Non, plus jamais je ne me moquerai de toi. Je sais que tu viens d'apprécier ce qui vient de se produire. Je sais que je suis rouge comme le homard qui lui a quelque part l'avantage de ne plus souffrir dans son eau bouillante. Allons Candy, cesse d'être sous contrôle !

- Je ne suis pas sous contrôle.

Il soupire.

- Allez viens, je crois que je n'ai pas eu le temps de te complimenter. Ses yeux me parcourent intransigeants.

- C'est la tenue qui fait tout. Je me sens raide, je sais que c'est une manière pour moi de me protéger de ce tourbillon qu'il induit en moi. Je m'efforce d'ignorer son regard sur moi.

Le chauffeur de taxi nous a attendu. Il nous conduit un peu à l'écart de l'agitation de ce monstre que commence à être déjà New York. Je sais que seuls les établissements de prestige s'y sont installés pour la simple raison que seuls les clients aisés (ayant une voiture s'entend) peuvent y accéder. Le silence règne à l'habitacle de la voiture, nous trois sommes plongés dans nos pensées. Je m'inquiète du déroulement de ce repas, plus exactement du comment il va se terminer. Rien qu'à cette idée mes sensations sont étranges, si cela ne me révulsait pas à l'idée de donner un qualificatif je les décrirais comme : excitées. Niel quant à lui se contente de suivre la route du regard et ne le pose sur moi que rarement, comme s'il souhaitait me préserver.

En ce jour de froid, il n'y a bien évidemment personne sur la route. Je m'inquiète pour ma peau lorsque je me demande comment je vais pouvoir fuir si ... mes dents se plantent dans ma lèvre inférieure, « Si ? Si Niel m'embrasse ? », un fourmillement ou une sensation similaire m'irradie, je resserre mes jambes. Lorsque je lève les yeux Niel se sont posés sur moi, intrigués puis il sourit avec cet air calculateur qui m'exaspérait au plus haut point par le passé.

- Inquiète ?

- Non pas du tout ! « Pourquoi ma voix me trahit-elle ? »

- Tu es sous ma protection. Il a l'air si sûr de lui et le pire c'est que ça lui va bien !

- Sous ta protection ? Tu plaisantes ?

- Non. Je le sens déterminé, et cet air le rend incroyablement ... sexy. « RESSAISIS-TOI ! » Hurle une voix au fond de mon crâne. J'effectue un bref sourire un brin suspicieux sur ses qualités de protecteur.

- Oublie l'image de ce pleutre que j'étais. Je n'ai plus rien à voir avec cette ancienne image.

« Montre-le moi là maintenant en m'embrassant comme tout à l'heure ! » Menace d'hurler pour de bon ma voix, et sans trembler cette fois.

- Je sais.

La voiture s'arrête, je frissonne malgré mon manteau. L'endroit est magnifique, romantique et surtout je sens que c'est un endroit très select, les prix doivent être prohibitifs et quelque part j'en ai honte. Je fais une moue qui révèle mon inquiétude.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Niel ... cet endroit ... tu sais ... je ne suis pas une fille difficile ... (il me scrute à présent avec une drôle d'expression, je me dépêche de poursuivre) je ... cet endroit doit être très cher ! Tu n'as pas besoin ... je décide de me taire à son expression maintenant butée, je sais qu'il ne changera pas d'avis.

- Tu mérites ce qu'il y a de mieux. Entre.

C'est un hall splendide sur lequel un lustre paré de plusieurs cristaux veille, suspendu à un plafond lointain. J'ignore à quel point j'ai l'air d'une cendrillon qui va au château voir son prince pour la première fois, mes yeux doivent être ronds comme des soucoupes. Niel me prend par la taille et me force à revenir sur lui et à me détacher de ce décor de conte de fées.

- Au moins tu n'es pas indifférente au lieu, me susurre t-il dans le cou. Une onde électrique parcoure ma colonne vertébrale.

- Comment le pourrais-je ? Je lui souffle.

Le serveur en queue-de-pie nous conduit à une table proche d'une baie vitrée. Il y a là quelques couples dont des dames apprêtées, sûres d'elles et de leurs atours. Je jette un œil vague avant de m'asseoir et là je remarque un couple plus loin sur ma droite, pour tout vous dire surtout le garçon qui me tourne le dos et qui a les cheveux châtains retenus par un ruban de velours ... je me mets à penser à Terry !

On dit souvent que nous les femmes avons le sixième sens ... une partie de moi est persuadée que c'est Terrence. Je ne peux quitter son dos, sa nuque et soudain il se retourne. Prise la main dans le sac ! Mon cœur sursaute et mon cerveau clignote à tous les niveaux, ce garçon est bel et bien Terry. Comme dans un film du 21ème siècle au ralentit, je le vois se lever et venir vers nous, je reviens sur Niel, et il a l'air très contrarié.

- Excusez-moi de venir vous importuner mais ... il me semble vous reconnaître. C'est bien Terry et non son jumeau qui parle à Niel !

- Tout à fait, répond Niel sans se démonter. Vous êtes Terrence Grandchester et je crois que vous avez interrompu votre carrière artistique.

- Éxact. Mais je l'ai reprise il y a peu. Il se racle la gorge et je sens qu'il a très envie de m'adresser la parole. Rien qu'à cette idée mes doigts sont devenus froids comme les cristaux du lustre magistral du hall du restaurant. Je me tourne vers la baie vitrée qui montre New York et ses lumières blafardes dans le brouillard et le vent. J'implore les éléments de me fournir un alibi, une métamorphose ... et c'est ainsi que j'entends Niel faire les présentations. Voici Jessie André. Jessie ... je te présente Terrence Grandchester, mais fais attention il a la réputation d'un briseur de cœur, rajoute t-il perfidement. « Rhôôôô celui-lààààà ! » me fait ma petite voix intérieure !

- B'jour. Ton froid, sec, glacé, coupant et surtout méconnaissable, tout du moins je l'espère.

- Ne vous fiez pas à la réputation que me donne Niel, fait Terry amusé.

Je me contente de lever les yeux sur lui et nos regards se croisent et là ... tout au fond je perçois une catastrophe, un lien, quelque chose qui fait qu'il est sur ma piste.

- Jessie, je suis enchanté de faire votre connaissance. La voix est chaude, enveloppante comme un emballage de bonbon. J'ai tourné la page sur mon passé, je suis quelque part mort à la célébrité et c'est tant mieux, j'ai rencontré une femme formidable qui m'y a aidé. Niel ... les femmes sont notre moteur n'est-ce pas ? Elles nous poussent à évoluer sur nous-mêmes.

- Tout à fait. Niel à présent à l'air de s'amuser énormément. Tu serais donc devenu philosophe ?

Terry éclate de rire. Il ignore à quel point il remue mes entrailles et mes cicatrices du passé. Il y a pourtant quelque chose de positif, je m'attendais à souffrir en le revoyant, mais non ! Ça va ... j'ai l'air d'être guérie de mon amour pour lui.

- Du tout. Je vous présente ?

- Si tu veux ... La voix de Niel me semble lointaine.

Pourtant il s'exécute. Je soupire intérieurement à l'idée peu engageante de voir ma rivale.

C'est une femme splendide. Elle a les cheveux roux, bouclés au naturel, des yeux bleus clairs, et une peau blanche parsemée de « tâches de sons ». « On est loin de Susanne Marlow et de sa beauté conventionnelle ». Je lui souris timidement. Elle semble avoir cinq ans de plus que Terry.

- Bonsoir, je suis Miss Marguerite Peterson. Sa poignée de main est franche, directe, je sens qu'elle ne prend pas les détours pour dire ce qu'elle a sur le cœur, bref elle me plait.

- Bonsoir. Je tente de camoufler ma voix pour Terry mais au fond de moi je sais que c'est cause perdue, son expression, cette lueur au fond de ses yeux, je sais que quelque part, il sait. Mes derniers doutes s'envolent lorsqu'il dit :

« - Maggie chérie, voici Can ... Jessie ? (Je dois être blanche comme la neige qui dégringole dehors et j'opine) Jessie bien sûr. À ses côtés l'homme qui doit être le plus heureux du monde (qui là fait une tête à la fois inquiète et furieuse), Niel Legan ».

- Enchantée !

- Nous de mêmes. La voix de Niel ressemble à ces papiers de verre neufs qui décapent.

- Bien ! Et bien a bientôt peut-être, ravi de vous avoir revu ! Comme quoi la vie réserve d'énormes surprises ! (Je sais que cette tirade m'est adressée et je me sens à mon tour énormément en colère).

- Oui c'est ça.

Cette rencontre a fait prendre à notre dîner romantique une tournure qu'aucun de nous deux n'avait vu venir. Le début fut d'un silence de cathédrale, celle-ci habitée par des carmélites très certainement. Nos pensées se mirent à nous harceler, il y avait tellement de questions ! Et sous celles-ci des inquiétudes. Mon passé me paru comme un vieux drap mouillé qui me collait sur toutes les parties de mon être.

- Je suis désolé. La voix de Niel parvint à me sortir de mes souvenirs.

- Tu ne pouvais pas savoir. En revanche je pense qu'il sait, tu sais qu'il sait qui je suis.

Il se contente de me regarder songeur, on dirait un père qui se demande ce qu'il va faire de son cancre d'enfant pour l'avenir.

- Je veux savoir quelque chose.

- Quoi ?

- L'aimes-tu toujours ?

Il est inquiet. Il sait que j'ai ce passé commun désastreux et qui est un obstacle pour notre relation mais il a l'air si ... perdu, vulnérable que d'un seul coup la vérité éclate comme un ballon rempli d'eau qui rencontre un obstacle, je suis irrémédiablement attirée par lui, quant à Terry ce n'est plus qu'un souvenir d'amour lointain.

- Non. Cette réponse ne le satisfait visiblement pas. Non Niel, non ... j'ai tourné la page.

- Explique. Je sais que tu l'aimais, je le sais puisque je t'ai même piégé avec cet amour que tu lui portais. Je soupire en l'entendant. Tu as accouru chez moi, dans ma maison au bord du lac rien qu'à l'idée de le revoir et j'y ai lu toute ta déception lorsque tu as vu que ce n'était que moi. Il me sonde, je le sens, et j'ai l'envie incongrue de venir dans ses bras pour le consoler. Il a un petit rire. J'étais un idiot. J'espère que tu me pardonnes.

- Oui bien sûr !

- Alors pourquoi ... qu'est-ce qui fait que tu l'aimes ... moins ?

Je regarde dehors et les flocons commencent à tomber. Même la météo prend les aspects du romantisme, il manque plus qu'une cheminée apparaisse à quelques mètres de nous et nous y serons. Pourquoi j'aime moins Terry ? Peut-être parce que je me suis fait une raison, Terry a été une erreur de jeunesse, Terry m'a abandonné livrée à mon triste sort au Collège Royal de St-Paul à Londres. Il y a eu Susanne Marlow et en le voyant avec Marguerite Peterson je ne peux m'empêcher d'y penser. Ils rient et je me demande bien ce que Terry lui raconte. Je reporte mon attention sur Niel toujours silencieux.

- J'ai tourné la page Niel. Je suis morte à mon passé et ça me va bien. Je suis morte aussi pour ce passé là.

Il plisse les yeux. En moi je soupire devant ce garçon que je n'avais jamais vu sur cet angle de maturité.

- Je veux en être sûr. Je veux (il me prend la main et se met à en caresser le dos, ça me procure de drôles de sensations) que tu sois à moi, entièrement à moi. J'ai l'air égoïste ?

- N ...

- Je veux te rendre heureuse, je veux effacer tout ce malheur dont je suis le seul responsable.

- Tu as déjà commencé, parvins-je à murmurer.

Le repas a été fantastique à tel point que j'en ai presque oublié la présence de Terry et de Marguerite. Ils se rappelèrent à nous lorsqu'ils vinrent nous saluer avant de partir.

- Bonne chance ... Jessie. Vous le méritez.

Je me détache de ses yeux pour aller sur ceux de Marguerite, elle aussi a visiblement quelques questions en suspens.

- De même. Je tends ma main à Marguerite. Dommage que notre rencontre soit une parenthèse dans nos existences, nous nous serions bien entendues je pense. Bonne continuation !

- Oui merci ! Elle a un regard quand même suspicieux. Elle jette un regard vers son homme et Niel, elle en profite alors pour me poser LA question. Vous le connaissez ?

- Dans une autre vie nos routes se sont jointes mais elles sont depuis bel et bien séparées !

- Joliment dit me glisse t-elle avec un sourire de façade. Je n'ai donc plus rien à craindre de vous ? J'avoue qu'il a toujours ce penchant, je le sens, pour les blondes et j'en fais une légère fixation.

- Je vous promets que vous n'avez rien à craindre de moi.

- Tant mieux. Je dois vous avouer que je vous aime bien.

- Moi aussi !

Lorsqu'ils partent enfin, Marguerite me fait un léger signe d'adieu. Niel lui a l'air à la fois surpris et amusé. Nous reprenons notre repas là où il s'est interrompu mais qui hélas se termine lui aussi.

- Jamais je n'aurais cru ça.

- C'est-à-dire ?

- Que j'aurais eu un échange verbal avec ce Terry tout à fait normal.

Je lève un regard interrogateur.

- Au collège je le prenais pour un prétentieux, un fouteur de troubles ... bref je ne l'avais pas en haute estime. Il me fixe, sérieux. Oui je sais ... j'étais loin d'être un ange ... surtout avec toi. J'avoue avoir souvent repensé ces derniers mois à cet instant où je te levais les couettes sous l'arbre. Je n'étais qu'un préado boutonneux mais ça aurait été maintenant croit moi que ça n'aurait pas été que tes cheveux que j'aurais soulevé. Il me sourit l'air coquin, j'ai par conséquent mes hormones qui se croient en transe.

- Niel ... quoi dire ? Je me mords la lèvre inférieure et je sens mes joues se teinter de rose.

- Comme là maintenant.

- Quoi comme là maintenant ?

Il soupire tout en me couvant de ses yeux ambrés, la même couleur que le liquide alcoolisé au fond de son verre, et me sourit. Son regard glisse sur moi, mon cou, ma gorge, le haut de ma poitrine, ma poitrine, je tente de dissimuler à son regard de plus en plus déstabilisant mes atours.

- Je t'aime pour ce que tu es, ton innocence surtout. Tu as des choses à apprendre ma petite Candy ! Euh ... Jessie ! Terry a été ton professeur des choses de l'amour jusqu'au Collège, moi je vais me charger du reste. Il a les yeux qui brillent et je prie pour que ma chaise ne prenne pas feu. Jamais un tel garçon n'a eu un tel effet sur moi.

- Je ... je n'ai pas passé mon temps à courir les garçons ! Je réplique offusquée. Je ... je l'ai aimé parce qu'il était gentil ... parce que ... je ne parvenais pas non plus à oublier l'accident mortel d'Anthony et surtout il n'aimait pas les règles idiotes du collège. Face à toi et à ta sœur il a été d'un grand soutien.

- Hum ... oui ... je sais. Je vais rattraper tout ce temps perdu.

- Niel ... je ... je suis tranquille à présent ... tout le monde et surtout ta famille me croit morte, j'ai la paix royale ... j'ai peur que ... qu'en allant au Ranch soigner ton père tout ce que j'ai construit tombe à l'eau.

- Tout à fait.

- C'est tout ?

- Tu te fiches alors que ma vie ... ma vie professionnelle entre autre soit détruite à nouveau ?

- Je te fais la promesse solennelle que cela n'arrivera jamais. Son visage montre une grande détermination, je sens qu'il ne ment pas, je me sens comme protégée mais par Niel ... je finis par libérer un sourire dubitatif.

- Elles me nuiront autrement. Elles l'ont toujours fait.

- Pas cette fois. Déjà parce que je compte bien être indépendant financièrement d'où mes études en médecine, de deux j'ai mon père et l'oncle William de mon côté à présent. Il nous couvrira.

- Ton père s'il est malade, tu devras reprendre le Ranch.

- Évidemment ... mais je compte faire autrement.

- C'est-à-dire ?

- Mettre quelqu'un en gestion du domaine. Je n'abandonnerais pas la médecine pour m'occuper de culture et de bétail.

- Whaoo ! J'avoue que ... tu m'impressionnes !

À nouveau ce sourire sexy plaqué sur son visage. Il m'aime vraiment et ça me fait bizarre de le constater. Qu'est-ce qu'il a changé ! C'est un homme maintenant, un vrai, il a prit en maturité le double de son âge réel, il m'émerveille tellement il est majestueux, on dirait un lion !

- Je sais. Vois-tu la force et la contrainte n'ont pas fonctionné sur toi et j'aurais bien évidemment du m'en douter mais à l'époque j'étais simplet je dois bien l'avouer. Alors j'ai décidé d'aborder le « problème » autrement mais tu m'y as aidé involontairement.

- Comment ça ?

- Ta supercherie. Ça aurait pu marcher si une bonne âme n'avait croisé ma route pour m'ouvrir la boîte de Pandore. Ça m'a fait un électrochoc. Je savais que tu étais là et l'idée qu'un abruti se fasse aimer de toi ... m'a révulsé. Alors je suis allé voir le docteur Martin, j'ai travaillé à ses côtés, j'ai appris des rudiments de médecine puis j'ai fais mes armes à l'hôpital Ste-Johanna.

- Ta mère ... ta sœur, elles se sont rendues compte ... comment ... ?

- Bah ... j'ai eu le courage de les envoyer sur les roses. Je suis devenue un expert en camouflage. Je leur ai caché tout de mes intentions.

- Pour tes études ?

- J'ai demandé à ce que seul mon père et l'oncle William soient informés.

- Et ... ta mère ? La grande tante ? Ta sœur ?

- Je me dis qu'ils ont bien trouvé quelque chose. Je regrette quelque part de ne pas avoir organisé une sorte de décès comme tu l'as fais. Je me suis rendu compte à quel point ma famille est un fardeau.

- Je suis épatée par ta maturité.

- Tu n'as encore rien vu. Ce que je suis devenu, je te le dois. Tu ne peux même pas imaginer à quel point.

Le chauffeur nous attendait sagement devant l'établissement. Cendrillon allait revenir à son chez elle tout modeste et allait retrouver ses rêves de princesse avec dans le rôle du beau prince charmant : Niel Legan. Ça ne pouvait se passer QUE comme ça. Niel avait déjà fait énormément et j'étais bien forcée de reconnaître au fond de moi que mon cœur avait prit les yeux de l'amour. Il avait fichu par terre toutes mes résolutions de ne pas tomber amoureuse ! Plus jamais ! D'oublier ce passé qui me collait comme une cape de pluie qui vient de recevoir un violent un orage et qui a fini par capituler. J'aurais voulu être en prison, dans ses bras, pour l'éternité alors que nous regagnons le centre-ville.

Au centre de la ville, c'est la fête, les cotillons sont libérés, les bruits fusent de toute part, on dirait mon cœur à l'extérieur avec des lunettes roses. Je me sens en plein rêve alors qu'il me raccompagne jusqu'à mon appartement. Nous n'éprouvons pas le besoin de parler mais je me sens comme à deux doigts de pleurer parce que je ne veux pas qu'il parte.

- Tu as l'air toute triste, et son index me caresse doucement la joue.

- J'ai passé un excellent moment Niel, jamais je n'aurais cru cela possible.

- Hum ...

- Merci ! Je ... j'avoue que j'ai peur quand même.

- Je le sais.

Ça sent le roussi là ... j'ai envie qu'il me serre dans ses bras, m'embrasse et je pense qu'il a des dons de télépathe car sans crier gare sa bouche est sur la mienne. Je perds tout contrôle et je me laisse porter par mes sensations oniriques. J'oublie que je suis dans mon appartement modeste, qu'il y a du bruit autour de nous, que je suis Candy Neige André et que j'ai rencontré Terry, j'oublie ce passé qui m'a forgé de l'intérieur, ne compte plus que ce jeu de découverte des sensations de plaisir de part et d'autre, Niel, moi et l'inconnu. Chronos a arrêté la pendule et lorsque je retrouve mon empire sur moi même, Niel m'effleure la joue d'un baiser et me promet de nous revoir bientôt, je suis trop sous le choc de mes émotions pour pouvoir lui répondre quoi que ce soit.

C'est la nuit du réveillon et je rêve. Je suis dans un palais et Niel et Terry ( ?) jouent ensemble, ils ont un gros chien qui a la tête d'Élisa dans un corps de bouledogue et je suis là au milieu du salon alors qu'ils cherchent à me perforer de leurs flèches à bout en mousse, le chien cherchant quant à lui à me mordre. Je n'ai pas peur, je les regarde même avec curiosité tandis qu'eux rigolent. Enfin le décor disparaît et je me retrouve sur la route bosselée. Je suis seule dans la voiture et j'ignore qui est mon chauffeur jusqu'à ce que nous arrivions dans une maison qui a tous les aspects de la maison de Pony. Je m'aperçois de son visage alors qu'il m'ouvre la porte et c'est le visage de madame Legan, mauvais et meurtrier. Ses mains sont des serres et elle tente de me tuer, je les sens glacées là autour de mon cou ce qui m'arrache à mon sommeil.

J'ai reçu un verre d'eau. Manifestement c'est Bettie qui me l'a envoyé pour me réveiller. Elle aussi paraît sortir de son lit d'ailleurs vu ses traites fatigués et ses cheveux en pagaille.

- Ouf ! Tu te réveilles enfin !

- Je ... qu'est-ce que ...

- Tu criais et tu sais combien nos cloisons sont fines ! Tu te rappelles qu'on entend tous les voisins jusque dans les toilettes ?

- J'ai ... j'ai crié ?

- Oui ! Tu m'as fais une peur de tous les diables !

- Mais tu devais rentrer que demain, c'est ça ? Bien le 26 non ?

- Hum ... ça c'est mal passé, je n'y retournerais plus jamais. J'ai pris le premier train disponible et me voilà. Maintenant je veux tout savoir sur le prince charmant ! Elle me fait un clin d'œil ma parole !

- C'est un interne dans mon service.

- Hum ... vaut mieux pas qu'Alexis sache que tu le fréquentes. Il ne comprendrait pas pourquoi celui-ci plutôt que lui. Tu le connais ... il adore son image.

- Tu l'as trouvé comment ? Tu l'as vu n'est-ce pas ?

- Beau comme un Apollon daignant descendre de son Olympe. Bettie finit par lâcher un soupir désabusé.

- Hum ...

- T'as de la veine Jessie, ce n'est pas à moi que ça arriverait !

- Tu aurais Alexis si tu le voulais vraiment.

- Hum ... ce n'est pas mon genre, mais mon genre hélas ... ce sont toujours des gros nuls qui croient qu'il vaut mieux avoir des muscles qu'un cerveau.

- Tu trouveras. Je me rembrunie à nouveau inquiète. J'ai l'image de madame Legan en aigle qui m'enserre le cou ce qui pourrait se produire tout à fait dans la vie réelle.

- Mouais ! Enfin toi je t'ordonne de profiter. Il a l'air top. Bon ! Elle s'étire éreintée, visiblement il lui manque à elle aussi quelques heures de sommeil réparateur.

- Merci pour m'avoir libéré de mon cauchemar !

- De rien ma vieille ! Allez à tout à l'heure ... je passerais te faire un coucou quand je prendrais mon poste d'après-midi.

- Avec plaisir !

Le silence relatif revient dans mon chez-moi. La neige a fini de tout recouvrir laissant son manteau plus ou moins épais sur les toits et les trottoirs, mais je réalise qu'elle n'est qu'un voile car derrière il y a un visage qui me retient, un visage qui est celui de Niel Legan et pour lequel je mobilise toutes mes pensées.