Merci à Mondeparallele et CarlaHG pour leurs reviews.

Merci pour les alertes.

Bonne lecture.


Partie 4


PDV Katniss

-M'aider ?

-Je sais que Snow a emmené votre sœur. Je vais vous aider à la sortir de là.

-Pourquoi ?

Je le dévisageai sans comprendre.

-Parce que c'est un monstre, parce qu'il faut l'arrêter.

Je perdais mon temps à écouter ces banalités. Je le contournai pour rejoindre le cheval de celui que j'avais tué. Je n'avais pas la force de me sentir mal d'avoir ôté la vie. J'étais dans un état d'angoisse intolérable. Le jeune homme m'appela mais je n'en avais cure.

-Katniss !

Je me figeai à l'énoncé de mon prénom. Il arriva à ma hauteur et je me tournai vers lui.

-Comment vous connaissez mon nom ?

Les lampes extérieures me permettaient de le voir, il rougissait.

-Snow me l'a dit.

-Vous avez vu Snow ?

-Oui, j'avais un marché à lui proposer.

Je repris mes esprits, peu importait quel ignoble marché ils pouvaient passer, j'avais plus urgent à faire que de l'écouter. Je me hissai sur le canasson et m'éloignai dans la nuit, ignorant la douleur de mes entrailles meurtris, ignorant mes sous-vêtements souillés, ignorant la fatigue, les vertiges, la nausée.

-Je vous suis, entendis-je.

-Bon sang ! M'écriai-je en accélérant.

Si je mettais une bonne heure à rentrer chez moi à pied, il ne me fallut que dix bonnes minutes pour regagner la ville. J'attachai les rênes à la barrière, tout près d'un abreuvoir et fonçai vers l'entrée du bordel. Personne en vue, étrange. Je montai à l'étage, fouillant chaque chambre. Toutes vides ! Où était ma sœur ? Je redescendis, affolée.

-Prim !

Le jeune homme était déjà en bas, il m'attrapa la taille avant que je ne file vers le bureau de Snow.

-Ne me touchez pas !

Je me dégageai de son emprise, en proie à une violente rage qui amplifiait à mesure que j'approchai de la pièce. Je sortis mon arc, l'armai et entrai sans me présenter. Je me retrouvai le cou emprisonné dans une poigne de fer, je manquai d'étouffer. En face, assis sur la chaise de cette raclure de Snow, se tenait l'un des assaillants, celui qui avait emmené ma sœur. Il riait, les deux mains derrière sa tête.

-Les bonnes femmes, sérieux !

Je lâchai mon arc pour tenter de desserrer ce qui m'entravait la respiration mais rien à faire, je commençai à voir des points noirs devant mes yeux. Je me démenai, balançant coups de coude et coups de pieds, sans résultats. Ce n'était pas Snow, il ne se salissait jamais les mains. Le gars se leva de sa chaise et approcha, j'étais sans défenses. Il me fila une trempe, mon nez explosa. Je ne voyais plus rien.

Et puis tout cessa.

Je me retrouvai au sol, cherchant désespérément à retrouver ma respiration. Le goût du sang me retournait l'estomac. Je me sentis au bord de l'évanouissement. Des bras me saisirent, je voulus me débattre mais je n'avais plus de force. Je me retrouvai sur l'épaule de quelqu'un, à moitié inconsciente.

Quand j'ouvris les yeux, j'étais dans un lit, je reconnaissais ma chambre miteuse. Ma main se porta à mon nez, j'avais tellement mal. Je voulus me lever.

-Restez couchée.

Je sursautai, tournant la tête vers la voix. Encore lui ! Il était assis sur le lit, inquiet.

-Qu'est-ce que je fais là ?

-Vous vous êtes évanouie.

Je cherchai à me rappeler les évènements.

-Qu'est-ce qui s'est passé ?

-Je vous ai sortie de là. Ces hommes…

Il se détourna, tout pâle.

-Vous avez réussi à les maitriser ?

Il hocha la tête. Je fus étonnée, réellement.

-Vous les avez tués ?

Il ferma les yeux, le visage blême.

-Vous êtes blessé ? M'alarmai-je, vous avez mal ?

Il secoua la tête par la négative. Je ne comprenais pas ce qui le chagrinait. Son visage se tordit.

-Vous n'allez pas pleurer quand même ?

Il serra les dents, l'avais-je vexé ? Il se redressa pour quitter la pièce. Pas le temps de m'apitoyer sur lui, j'avais plus urgent à faire. Sauf qu'en me levant, je vacillai à nouveau.

-Vous n'écoutez donc jamais.

Il était revenu vers moi, me soutenait avec fermeté et une extrême délicatesse. C'était inhabituel comme contact. Je voulus le repousser mais j'étais trop faible et sa remarque était trop douce pour que je le prenne comme un reproche. Je tressaillis, consciente de sa force alors qu'il me soulevait comme une plume pour me rallonger sur le lit. Il resta penché au-dessus de moi. Ses yeux avaient la couleur du bleu du ciel. Je clignai des yeux pour m'échapper de leur emprise.

-Je dois aller chercher ma sœur !

-Je vais y aller.

-Vous ne savez même pas où elle est ?

-Si je le sais.

-Mais…comment ?

Il me détaillait avec quelque chose de douloureux dans le regard.

-Ils vous ont fait tellement de mal à vous et à votre famille.

Il prit place près de moi. Je ne saisissais pas ce qui pouvait le motiver, ni ce que signifiait cette lueur dans ses yeux.

-Qu'est-ce que vous voulez ?

-Vous.

Je me raidis.

-Je veux vous épouser, ajouta-t-il.

Non, non, non. Je paniquai, secouant la tête frénétiquement.

-Vous n'êtes pas obligée d'accepter, dit-il en se détournant.

Il fixait le sol, semblait affecté par mon rejet.

-Je ne vous connais pas, crus-je important de me justifier sans savoir pourquoi.

-Je m'appelle Peeta.

-Je ne vous connais pas, répétai-je et Snow ne le voudra jamais.

-Il n'a plus son mot à dire, j'ai acheté votre liberté, vous êtes libre de faire ce que bon vous semble.

Choquée, je le fixai comme une imbécile.

-Vous m'avez achetée ?

-Mais non!

Il s'agaça.

-Je viens de vous dire que vous êtes libre.

Libre ?

-Reposez-vous, décréta-t-il, je reviens avec votre sœur.

-Vous n'y arriverez pas tout seul.

Il était déjà parti. Et moi j'étais clouée dans ce lit que je haïssais, complètement abasourdie par tout ce qu'il venait de me dire.

OooooO

J'avais trop mal et j'étais trop inquiète pour me détendre ou m'assoupir. J'imaginais les pires choses, mon imagination bouillonnait. Je m'interrogeais aussi sur Peeta. Il tombait du ciel, tel un ange pour nous sauver du diable. Je ne savais que penser de ce bon samaritain à part que sa présence était inespérée et drôlement réconfortante. J'avais besoin d'avoir foi en lui pour ne pas devenir folle. J'avais réessayé de me lever sans succès. Il se passa une éternité avant que je ne le vois revenir. Il avait tenu sa promesse, Prim était avec lui. Je parvins à m'asseoir et elle se jeta dans mes bras. Je la serrai fort, soulagée.

-Nous devons partir, nous interrompit Peeta.

En lui jetant un coup d'œil, j'eus un élan de sympathie pour lui face à son visage défait. Il frottait ses mains pleines de sang l'une contre l'autre.

-Aide-moi à me lever, Prim.

Elle m'aida à sortir du lit et je piétinai jusque vers la porte où se tenait encore Peeta. Face à face, je le remerciai, il eut un vague sourire sans conviction, guettant je ne sais quoi dans le couloir.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi êtes-vous nerveux ?

-Allons-y, insista-t-il. Il faut quitter la ville.

Voilà un point sur lequel j'étais d'accord.

Installées à l'arrière de sa carriole, Prim et moi nous serrâmes l'une contre l'autre pour avoir chaud car malgré la bâche qui nous protégeait du vent, je me sentais gelée et Prim n'avait pas son manteau. J'aurais dû hésiter à suivre cet homme mais j'avais confiance en lui au-delà de toute raison et il m'avait ramené ma sœur et rien que pour cela…

Je me sentis mal à mesure que l'on progressait hors de la ville sur les chemins désertiques sinueux.

-Qu'est-ce que tu as ? S'inquiéta Prim.

Tout mon corps me faisait souffrir mais j'avais surtout mal au ventre.

-Rien, ça va.

Devant notre maison, Peeta se précipita pour nous aider à descendre.

-Prenez le strict minimum et repartons.

Prim hocha la tête et son visage s'éclaira en voyant notre mère sortir de la maison et courir vers nous, une lampe à la main. Elle nous serra contre elle avec vigueur, le corps secoué de sanglots.

-Il faut faire vite, nous pressa Peeta ce qui me permit de me défaire de son étreinte.

Elle se tourna vers lui et le serra contre elle. Interloquée, je le vis tout penaud quand elle lui embrassa la joue.

-Merci, qui que vous soyez.

Il souleva son chapeau en signe de remerciement.

-Entrez, venez faire un brin de toilette.

Il accepta et nous rentrâmes les uns à la suite des autres.

OoooO

Nous avancions dans l'aube d'une nouvelle journée qui me parut moins sombre. L'espoir était là, et je le devais à cet homme. Assise à ses côtés, je lui tenais compagnie pour le garder éveillé. Je m'étais changé, ma mère m'avait donné de quoi soulager mes douleurs et Prim avait fait nos bagages. J'avais failli oublier ma précieuse cagnotte, heureusement au moment du départ j'avais eu le déclic.

Ma mère n'avait émis aucune réticence à ce départ précipité. J'aurais pu la laisser sur place pour la punir mais elle restait ma mère et ne méritait pas que je l'abandonne ainsi à cette vie de solitude.

-Vous êtes sûr que vous ne voulez pas que je conduise les chevaux ?

-Non, non, ça va.

Il était exténué.

-Pourtant vous n'avez pas l'air bien.

Il s'arrêta brusquement et descendit pour aller vers les fourrées desséchés. Je le suivis, inquiète. Il vomissait…

Je soupirai, pas rassurée, en ramassant son chapeau qui était tombé au sol. Il n'était pas assez résistant.

-Désolé.

Il s'essuya la bouche, je fis un aller-retour vers la carriole pour lui amener une gourde d'eau. Il se rinça la bouche avant d'en avaler une bonne rasade.

-Ça va mieux ?

-Non, dit-il en fermant les yeux.

Je m'approchai de lui, il me donna son dos.

-Laissez-moi. J'ai besoin d'un instant.

Je n'insistai pas. Il se passa un bon quart d'heure avant qu'il ne revienne.

-Où allons-nous ?

Il m'expliqua son projet : regagner la capitale et prendre le train pour nous éloigner le plus possible de Snow.

-Snow est encore en vie ! M'horrifiai-je.

-Je ne l'ai pas trouvé.

-L'avez-vous au moins cherché ?

-Ma priorité était de vous ramener votre sœur et de toutes vous mettre à l'abri.

Mon cœur battait de nouveau trop vite, je devais me calmer.

-Vous m'en voulez ?

Lui en vouloir ? J'en avais une rude envie mais ce serait de la mauvaise foi. Et ce serait très injuste.

-Allez vous coucher, soupirai-je, je prends votre place.

Il hésita.

-Ce n'est pas convenable.

-On n'en est plus là, rétorquai-je, un brin amère. Et puis c'est ça ou rien, quand vous vous réveillerez j'irai dormir, on va se relayer.

Il hésitait encore.

-Je serai prudente, je n'ai pas sommeil, mentis-je.

J'étais éreintée aussi mais la peur me tenait éveillée. Il pénétra lourdement sous l'abri et je me retrouvai seule avec mes peurs. Au bout d'à peine cinq minutes, je regrettai sa présence.

Une demi-heure plus tard, je l'entendis crier.

-Peeta ?

Pas de réponse. Je cherchai un coin où m'arrêter quand ma mère fit surface, une couverture sur le dos.

-Il fait des cauchemars, c'est tout.

Elle s'assit près de moi.

-Je prends la relève, maintenant qu'il fait jour je saurai mieux me repérer. Va dormir un peu.

Je ne me le fis pas dire deux fois. Il y avait peu de place sous la bâche. Prim était d'un côté, emmitouflée dans une couverture, Peeta de l'autre avec un vide au milieu, sûrement là où se trouvait ma mère il y a un instant. Je tentai de soustraire un peu de couverture à ma sœur mais elle ne cédait rien. Contrariée, je me tournai vers la seule source de chaleur connue. Peeta s'agita de nouveau, marmonnant je ne sais quoi, je lui frottai le dos pour l'apaiser. C'était plus fort que moi, j'avais besoin qu'il trouve la paix, qu'il se repose. Je me sentais responsable de ce qu'il venait de vivre et, ça se voyait qu'il était traumatisé. Quand il se calma enfin, je me calai contre lui pour avoir moins froid. Tout était agréable chez lui : sa voix, son visage, son odeur, sa gentillesse. Il était tout ce les autres n'étaient pas. Je me refusai à penser à ce qui me faisait honte ou à ce qui me faisait peur, réfléchissant plutôt à ce que pourrait être ma vie désormais.

Il ferait peut-être un bon mari, pensai-je avant de m'endormir, bercée par sa respiration.


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