Auteur : Fire Serendipity
Bêta-Lecture : Lyly u
Rating : T.
And burn we will, until the day we die
What's this?
Le lendemain, les rues de Halloween étaient plutôt vides. Une grande partie des habitants se remettait encore des émotions des fêtes, le reste se promenait tranquillement, paresseusement sous le soleil. Un soleil orange, flamboyant, au sourire grimaçant – oui, si un jour vous vous y rendez, levez les yeux et regardez le soleil : c'est bien une citrouille.
Sur les pavés tiédis par cette chaude lumière, donc, une seule personne marchait d'un pas décidé, comme s'il était pressé par le temps : le maire.
Comme je vous l'ai déjà dit, à première vue, Marluxia semblait très normal, pour Halloween, mais ce n'est qu'une impression, renforcée encore à ce moment-là par le jour d'une clarté exceptionnelle. Le soleil brille rarement de la sorte par chez nous. Il marchait donc vivement en fredonnant l'Hymne des Citrouilles, un porte-documents plein à craquer sous le bras, plus quelques rouleaux de vélin bien serrés. Son interminable chapeau oscillait au rythme de ses pas et son visage un peu fixe souriait. Il traversa la Place de la Guillotine où flânaient des Choses et Saïx, le loup-garou. Ce dernier était de haute taille, large d'épaules et son corps puissant couvert d'une épaisse fourrure bleue portait encore quelques lambeaux de ce qui avait été un jour été un manteau noir. Ses yeux jaunes suivirent les pas du maire jusqu'à la grille qui fermait l'accès à la propriété d'Axel, une haute et mince demeure perchée au sommet d'un escalier escarpé.
La maire ouvrit la grille et monta les escaliers de sa démarche sautillante. Une fois en haut, il attrapa le pendant en forme d'araignée de la sonnette et tira dessus. Une sonnerie se fit entendre, suivie d'un hurlement à glacer le sang pendant que la sonnette remontait à sa place. Marluxia continua de fredonner et rajustant son araignée de col qui, ayant vu sa collègue sonnette, s'en allait discuter un peu. Puis le maire toqua à la porte.
- Axel, c'est moi ! Viens ouvrir ! Appela-t-il.
Ses sautillements de bonne humeur se transformèrent en trémoussements d'impatience. Marluxia n'aimait pas du tout attendre. Il tira à nouveau la sonnette, et le hurlement glacé qui aurait dû être un son plaisant – et qui d'ailleurs l'était, la plupart du temps – ni fit que l'agacer un peu plus.
- Aaaaaaxel ! Youhoooooou ! Je t'apporte les projets pour Halloween prochain ! Schémas, suggestions, diagrammes et Demyx a déjà composé une ébauche de musique pour la Marche des Morts, j'ai besoin de ton avis ! Laisse-moi entrer !
Mais aucune réponse ne vint, et tout à coup, le souriant visage blanc fit un tour sur lui-même, le devant derrière. Les cheveux roses – hé oui, chers lecteurs, les cheveux rose fanée de notre maire sont une perruque – ainsi que l'interminable chapeau haut-de-forme fixé dessus firent un petit bond et retombèrent et le maire affichait désormais, sur une figure gris-bleu, une expression de contrariété profonde, bouche tordue et sourcils froncés. Il toqua à nouveau, frappant de toutes ses forces sur la porte qui trembla dans ses gonds, puis sa tête pivota à nouveau et le visage souriant reprit place. Il patienta encore quelques secondes en tapant du pied, puis la face-fâchée revint sur le devant la scène. Vous voyez maintenant, pourquoi je vous disais qu'il ne faut pas se fier aux apparences
- AXEL ! » Hurla-t-il, d'une voix angoissée cette fois, en tirant une nouvelle fois la sonnette. Il attendit que celle-ci se taise pour poursuivre : « Après tout, je ne suis qu'un élu comme les autres, je ne prends pas de décisions par moi-même ! Axel ! OUVRE CETTE PORTE IMMEDIATEMENT ! REPONDS-MOI !
Il leva les mains pour les mettre en porte-voix, mais ce faisant, ses rouleaux tombèrent. Il se retourna vivement pour essayer de les rattraper mais c'était sans compter la taille minuscule de la dernière marche de l'escalier sur laquelle il se tenait. Il tomba dans le vide en poussant un cri d'une virilité douteuse.
Il dégringola les escaliers en s'accrochant à sa perruque et alla s'encastrer dans la grille qui s'était refermée derrière lui. Le pauvre maire resta prostré là un instant en poussant des gémissements de désespoir, «Ooooooh… Où est-iiiiiiiiiil ? », puis Saïx s'approcha et regarda la tour de derrière les grilles.
- Il n'est pas là, gronda-t-il de sa voix rauque. Il n'est pas rentré de la nuit.
- C'est étonnant, ça ne lui ressemble pas, dit l'une des Choses qui s'était également approchée.
Le maire se releva gauchement, rajustant sa perruque, puis il rassembla tous ses papiers et s'assit sur l'escalier d'Axel en époussetant ses vêtements, un air anxieux sur ses traits gris-bleu. Qu'allait-il faire ? Qu'allait devenir Halloween sans Axel ?
Pendant ce temps-là, ledit épouvantail, qui plongé dans un profond marasme avait marché toute la nuit durant dans la forêt, accompagné de Mog, arrivait dans une clairière au-dessus de laquelle brillait un soleil qui n'était pas celui de Halloween, qui n'était qu'un soleil que vous qualifieriez de « normal ». Ce fut la première chose qu'il remarqua, et ses traits macabres s'éclairèrent soudain.
- Regarde, Mog ! Je crois que nous avons trouvé des terres inexplorées ! S'enthousiasma-t-il. :)
Mais sa joie se transforma en une profonde perplexité quand il cessa de regarder le soleil pour promener ses yeux sur ce qui l'entourait.
Il se tenait donc dans une clairière parfaitement ronde, et sur chacun des arbres de cette clairière, tous de vieux chênes de taille et de proportions fort similaires, se trouvait quelque chose qui ressemblait à une porte. Juste derrière lui, une citrouille peinte en orange vif, bouton de porte en forme de nez triangulaire jaune et sourire cruel – le parfait Jack-o'-Pumpkin, en réalité. Puis tout autour, un grand cœur rose avec une poignée toute dorée, un grand œuf bariolé et enrubanné, un dindon, un grand trèfle vert à quatre feuilles et une immense fleur de cerisier.
Mais l'œil d'Axel accrocha à une porte, et à une seule : c'était un grand arbre vert et triangulaire, avec des boules de toutes les couleurs et une belle étoile posée sur la pointe. L'une des balles de couleur, une rouge, était brillante et en relief. Il s'en approcha pour la regarder de plus près.
Axel tourna la poignée et la porte s'ouvrit.
A l'intérieur, l'arbre était creux et sans fond visible. Axel échangea avec Mog un regard intrigué puis se pencha dans le creux de l'arbre. Il lui semblait entendre un bruit… léger… comme… des clochettes ? … C'était très faible, il se pencha encore… et encore un peu plus…
Soudain, quelque chose surgit dans le tronc. C'était blanc et duveteux et minuscule et froid et cela déséquilibra la Rafale des Flammes Dansantes qui trébucha et tomba dans le néant au creux de l'arbre.
Mog voulut suivre son maître, mais avant qu'il ait pu entrer dans le tronc, la porte lui claqua au nez. Il aurait aimé l'ouvrir, mais il n'était qu'un fantôme et n'avait aucune prise sur les choses matérielles. Alors Mog commença à faire le tour de la clairière en voletant, pompon bas. Axel devrait bien revenir ? Mog avait l'éternité si nécessaire.
Cependant, après quelques tours, s'arrêtant devant la fameuse porte qui avait gobé son squelette de maître, il espéra quand même qu'il ne serait pas trop long.
- Puuuuuu…
Laissons là Mog. Il ne se passera plus rien de papitant dans cette clairière avant un bon moment. Revenons plutôt à Axel, qui dégringolait dans un vide plein de cette chose blanche floconneuse et de bruits de grelots qui tintinnabulaient. Il se demandait s'il y aurait un sol à toucher au bout de sa chute, et s'il s'y romprait les os quand cela arriverait. Puis il aperçut soudain, sous lui, quelque chose qui ressemblait à une vaste couverture blanche pleine de creux et de bosses, et niché au milieu, un amas de couleurs rutilantes – rouge, vert, or. Les tintements s'étaient faits plus nets, mais il n'eut pas le temps d'observer ce qu'il voyait car tout à coup, il s'écrasa dans le sol blanc, s'enfonçant dans le moelleux et frais tapis immaculé que faisaient les flocons qui pleuvaient. Il resta ainsi un petit instant à regarder le ciel étoilé et à écouter les vagues échos d'une musique qui provenait de plus bas, dans la vallée, puis il s'assit un prit une poignée de la chose blanche et froide dans sa main, la mettant à hauteur de ses yeux pour l'observer.
- C'est quoi, ça ? Se demanda-t-il à voix haute, perplexe. De la… neige ?
Il avait déjà vu ça dans des livres, mais jamais en vrai, car il ne neige pas à Halloween. Il mordit dans le petit monceau frais – c'était doux et légèrement salé et ça lui fit mal aux dents, mais c'était bel et bien de la neige ! Enthousiasmé par cette nouveauté si inédite, il se releva, vacillant un peu sur ses jambes. Il brossa les flocons blancs qui maculaient son costume à présent fort humide. Les flocons fondaient sur ses doigts osseux, et il sourit largement avant de se tourner dans la direction d'où venait la jolie musique, puis se mit à marcher.
Difficile d'avancer avec cette épaisseur de neige ! Ses jambes creusaient de longues tranchées dans le tapis blanc et il devait forcer ses tibias au travers pour avancer, lorsque soudain, un énorme bruit se fit entendre derrière lui : «TCHOU-TCHOOOOOOU ! ».
Axel fut si surpris qu'il en oublia de bien pousser dans la neige et qu'il trébucha, s'étalant tête la première dans la blancheur glacée.
Il se redressa rapidement, se mettant à genoux, couvert de poudreuse sur toute la surface visible de son corps, et regarda passer, à quelques mètres de lui, un gros train à la locomotive d'un rouge rutilant, qui crachait de petits nuages de fumée blanche.
Se remettant de sa surprise, il s'ébroua, débarrassant sa crinière rouge et son visage pâle des flocons que la chute y avait collé, puis se releva et se fraya un chemin jusqu'aux rails du train. Il fut ensuite beaucoup plus simple pour lui de marcher, et il découvrit rapidement, tel le cœur chamarré d'une immense fleur immaculée, un petit village niché au creux de ces vallées.
- Ooooooh, quel est cet endroit ? S'exclama-t-il, ravi, avant de dégringoler la colline à toutes jambes. Il arriva rapidement dans le village et resta ébaudi devant ce qu'il voyait, mais aussi ce qu'il entendait, ce qu'il sentait – des odeurs chaudes, douces et sucrées. De curieuses gens se pressaient dans les rues, tous très occupés apparemment. Il en restait baba. Ces personnes avaient toutes une belle peau bien rose et unie, sans trou ni cicatrice, des dents blanches (et pour la majorité, de ce qu'il pouvait en voir, en nombre similaire et même pas pointues), des vêtements bariolés et propres et même pas un petit peu déchirés. Il continua d'avancer jusqu'à la place centrale, un peu gauche – il fallait qu'il se cache, un épouvantail scarifié habillé tout en noir, on allait le remarquer, peut-être le chasser, et il ne voulait pas, il ne voulait qu'une chose, continuer à rester là et à dévorer des yeux ce qui l'entourait. Il profita donc de la présence dans un coin d'un gros bonhomme rebondi façonné dans la neige pour se cacher derrière. De là, il pouvait tout voir. Et il y avait tant à voir !
La place était l'endroit le plus coloré, le plus animé de tous ! Au centre se trouvait une chose dont il avait, comme pour la neige, déjà entendu parler mais jamais constaté de ses propres yeux l'existence : un manège ! Un kiosque au toit pointu qui tournait, avec un cheval, une petite voiture, une tasse et un traîneau. Des enfants aux oreilles pointues, comme tout le reste des gens qu'il avait vus jusque-là, gloussaient et poussaient des cris mais – et c'était bien la chose la plus étrange qu'il avait vue jusque là – ces cris n'étaient pas de cris de peur, ni ne cherchaient à être effrayants : c'était des cris de joie. De la simple joie, sans rien d'autre. Axel sentit une douce chaleur se répandre dans tout son corps maigre malgré le froid vif. Quel endroit merveilleux !
Il y avait un chœur de jeunes gens qui chantaient, sur une estrade. Garçons et filles aux oreilles pointues, aux joues rouges et aux bouches souriant gentiment. Rangée de devant se trouvaient trois filles, une brune, une rousse et une aux cheveux châtains qui rebiquaient vers le haut, et à côté d'elles un garçon replet aux cheveux noirs. Perchés sur la marche supérieure setrouvaient encore quelques garçons – un brun dont les cheveux défiaient les lois de la pesanteur et qui avait le plus gentil sourire, un avec de longs cheveux argentés qui chantait avec l'air de quelqu'un qui boude son plaisir, puis un grand rouquin aux larges épaules, un blond à l'air particulièrement jovial et enfin, un dernier garçon aux cheveux châtain clair ondulés et coiffés vers l'arrière. Chacun tenait une partition et chantait avec application tandis que devant eux, battant la mesure d'une longue baguette, se tenait une jeune femme brune emmitouflée de rose. Un groupe de personnes s'était arrêté pour les écouter chanter :
I'm dreaming of a white Christmas
Just like the ones I used to know
Where the treetops glisten,
and children listen
To hear sleigh bells in the snow
I'm dreaming of a white Christmas
With every Christmas card I write
May your days be merry and bright
And may all your Christmases be white ~
Axel allait d'émerveillement en émerveillement. Des fils étaient tendus entre les lampadaires et les corniches des toits, chargés d'ampoules lumineuses et colorées, la neige continuait de tomber doucement à gros flocons blancs. Il se glissa subrepticement jusqu'à une fenêtre et jeta un œil à l'intérieur de la petite maison.
Surprise ! L'intérieur était aussi convivial et décoré que l'extérieur. Une vieille dame assise dans un fauteuil à bascule tenait un livre sur ses genoux et lisait à voix haute pour trois petits garçons qui léchaient en l'écoutant de petites cannes blanches et rouges. Il y avait même quelque chose en plus que tout ce qu'il avait pu voir jusque là : à côté de la cheminée dans laquelle brûlait un bel et bon feu, se trouvait un arbre pointue couvert d'ornements et avec une étoile au sommet, tout à fait semblable à celui qui était dessiné sur la porte. C'était extraordinaire…
La tête bourdonnante d'une excitation telle qu'il n'en avait plus connue depuis ce qui lui semblait des siècles, il fit un bond et s'accrocha à la corniche – il était si grand, de toute façon, que la gouttière de la maisonnette n'était hors de sa portée que de quelques centimètres à peine – et se hissa sur le toit. Courbé, il arpenta les tuiles un instant, jusqu'à ce qu'il découvre une fenêtre ouverte, et il entra dans la pièce en silence.
Il y faisait sombre et cela semblait douillet. Contre le mur était appuyé un lit superposé à trois étages et dans chaque lit dormait une de ces si mignonnes petites choses aux oreilles pointues. Axel s'arrêta là un moment pour observer leur sommeil paisible. Les bruits de la place lui parvenaient très faiblement par la fenêtre ouverte, donnant à cette adorable scène un petit quelque chose de fragile – un rien pouvait les réveiller.
Axel se demanda de quoi ils pouvaient rêver. Des enfants qui vivaient dans un endroit pareil pouvaient-ils faire des cauchemars ? A Halloween, sa ville des Ténèbres, les enfants s'amusaient en se jouant de méchants tours, en se bagarrant et en se faisant peur. Mais ceux-ci semblaient si… vulnérables, si délicats… Dehors il n'avait vu personne faire quoi que ce soit de plus effrayant que se lancer des boules de neiges et rire à qui mieux-mieux. A quoi pouvait bien rêver de petits anges comme ceux-là ?
Curieux, il voulut s'approcher davantage mais son pied heurta un jouet qui traînait par terre, provoquant un « dring-dring ! », et l'enfant qui dormait dans le lit du milieu se redressa tout à coup, mais Axel avait déjà disparu.
De retour dans les rues, totalement euphorique, Axel marchait à tors et à travers, regardant tout autour de lui. Tout était trop beau pour être vrai, ce devait être un rêve… Il devait savoir le nom de cet endroit mais…
L'épouvantail ne regardait pas où il allait, au point qu'il finit par percuter de plein fouet quelque chose de très dur. Un « BÔNG ! » résonna dans son crâne tandis que sonné par le choc il s'étalait de tout son long à plat dos dans la neige, y creusant un trou en forme de squelette.
Il se massa le front en plissant les paupières – il n'avait pas mal, mais par contre il avait comme un vertige – jusqu'à ce qu'il arrive à nouveau à focaliser son regard. Et quand il le fit, ce fut pour voir que ce qu'il avait heurté ressemblait, en version géante, aux sucettes que les enfants léchaient tout à l'heure, et qu'il y en avait un deuxième planté un peu plus loin et qui fixé au dessus de ces poteaux, une grande pancarte lui offrait, en belles et grosses lettres rouge vif sur fond blanc : la réponse à sa question.
« Ville de Noël »
Note : « White Christmas » est un chant de Noël américain traditionnel que j'ai découvert en écoutant l'album « Snowed In » des Hanson (souvenez-vous, pendant les années 90, trois frères avec des longs cheveux blonds et qui faisaient de la musique bien sympathique – et puis aussi, ça détonnait sur le fond Boy's Band xD), une compilation de reprises un peu rock des chants de Noël. « White Christmas » est vraiment joli sur ce CD ^^ Ce cantique n'apparaît pas dans le film, en fait le « chœur » ce n'est que deux elfes qui passent deux secondes sur un traineau en faisant « lalala ». Voice la traduction des paroles citées plus haut.
I'm dreaming of a white Christmas / Je rêve d'un Noël blanc
Just like the ones I used to know / Comme ceux d'avant
Where the treetops glisten, / Quand les cimes des arbres étincelaient
and children listen / et que les enfants tendaient l'oreille
To hear sleigh bells in the snow / Pour essayer d'entendre les clochettes d'un traîneau dans la neige
I'm dreaming of a white Christmas / Je rêve d'un Noël blanc
With every Christmas card I write / A chaque fois que j'écris une carte de Noël
May your days be merry and bright / Puissent vos jours être heureux et clairs
And may all your Christmases be white / Et puissent tous vos Noël être blancs
