Au départ : Cela devait ressembler au film « Atonement » ou « Reviens-moi », en français, un film de Joe Wright avec Keira Knightley et James MacAvoy, adapté d'un roman d'Ian McEwan : deux amants, séparés à cause d'un quiproquo qui envoie l'un à la guerre et pousse l'autre à renier sa famille. Finalement, et malgré tous leurs souhaits, l'événement qui semblait à première vue anodin finira par définitivement les séparer. C'était prometteur. Ce morceau en gardera les grandes lignes, mais j'ai souhaitée adapter à ma sauce. Au final, une histoire très sombre.
Le speech : Après sa défaite face aux Avengers, Loki est exilé, sans pouvoirs, sur Terre. Sous la volonté de Thor, il est accueilli à la Tour Stark, là où résident désormais l'ensemble des Avengers. D'abord aigri, il finit peu à peu par se faire à ce nouveau monde, et se lie à Anthony Stark, qui le fait lentement sortir des ténèbres. Bien que désormais allié, il reste une menace potentielle pour le SHIELD et la plupart de ceux qu'il côtoie. Ainsi, lorsqu'il soupçonne un nouveau venu de l'équipe des Vengeurs de vouloir semer le trouble dans la ville, peu sont enclins à le croire. Et, lorsque le drame survient, rien ne pourra empêcher les accusations de transformer ce nouvel Eden en véritable Enfer.
Ce qu'il faut savoir : Loki/Tony, pas encore établi en cet instant de l'histoire. Ce chapitre fait mention de symptômes d'un syndrome post-traumatique et d'auto-destruction. Ce chapitre fait également référence à certains détails du film Les Gardiens de la Galaxie.
Que dire de plus ? Un grand merci pour vos reviews et avis, apparemment très positifs ! Le fait que vous aimiez cette fic est très motivant. Merci encore à vous tous, et n'hésitez pas à continuer à partager vos remarques !
J'attendais de voir L'ère d'Ultron pour y glisser quelques pistes dans cette fic ci. C'est chose faite. Ne vous inquiétez pas, il ne devrait pas y avoir de spoilers, ou alors je les signalerai au préalable. La fic est censée se passer avant le film, il faut donc qu'il y ait une certaine cohérence entre ce que je vous raconte et ce qui se passe dans la chronologie Marvel (même si je m'accorde quelques petites entorses pour la bonne compréhension de Liar ^^). Film génial, au passage. Foncez le voir si ce n'est pas déjà chose faite !
Petites précisions : Loki mentionne l'Autre dans ce chapitre. Je vous rappelle juste qu'il a été enfermé pendant un long moment et que, bien sûr, bien des événements lui sont inconnus, comme par exemple le fait que Ronan a tué l'Autre dans le sanctuaire de Thanos (dans le film Les Gardiens de la Galaxie). Juste pour information.
Je ne vous en dit pas plus.
Bonne lecture !
Votre serviteur,
AMAZINGmadness.
A entendre : SUMMERTIME SADNESS - LANA DEL REY
TROIS
« Vertueuses intentions »
Coulson, Rogers et Fury – avec l'appui du vice-président et l'approbation des autres Avengers – avaient finalement optés pour une interview retransmise en direct sur la plus importante chaîne télévisée du pays, et menée par, semblait-il, la plus influente et plus adulée présentatrice possible. « Beaucoup d'entertainment », selon Stark. Les autres avaient échangés des regards inquiets, pas aussi enthousiastes, sachant déjà que la demie-heure passée de direct allait être compliquée pour eux tous.
Loki s'était rarement senti si peu à sa place. Face à cette américaine surmaquillée et trop souriante, à tous ses assistants, face à la lumière artificielle trop vive et aux regards avides de producteurs et réalisateurs, au jugement de Coulson, Rogers, et du chef de la police de la ville, qui avait souhaité être présent au cas où quelque chose tournerait mal – la moindre des choses que le SHIELD avait pu lui concéder, sachant qu'il n'avait été mis dans la confidence de l'arrivée sur Terre de Loki que très tardivement -, il se sentait pris au piège.
Il remua dans son confortable fauteuil de cuir, détournant les yeux du beau et éclatant sourire de la journaliste. James lui avait dit que se serait un mauvais moment à passer. Il était aussi passé par là, avait dû parler et expier ses crimes face aux agents du SHIELD, avait été, un temps, la voix qui parvenait à les pousser à se battre contre HYDRA. Mais, s'excuser face à des centaines de personnes était différent de le faire face à des millions. Voire, des milliards. Le réalisateur de l'émission s'était vanté que celle-ci serait retransmise jusqu'en Chine. Loki se fichait de savoir où se trouvait cette contrée et combien de personnes y vivaient. Des milliards. Qui sauraient, bientôt, le pourquoi, qui sauraient, sous peu, qu'il avait été lâche, et faible, et égoïste.
- Ne vous inquiétez pas, Mr Laufeyson, nous passons en direct, mais je vais suivre le fil des questions pré-établies. Il n'y aura aucune mauvaise surprise.
- Vous pouvez m'appeler Loki. Laufey est le nom d'un père que je n'ai pas connu. Vous aurez de moi toutes les réponses que vous exigez.
Le sourire de la présentatrice s'agrandit encore, si cela était toutefois possible. Loki vit du coin de l'œil Rogers remuer de gêne, la situation ne semblant apparemment pas lui plaire. À ses côtés, le chef de la police new-yorkaise gardait ses mains sur ses hanches, sa veste largement ouverte, mettant bien en évidence l'arme qu'il portait au côté, comme un avertissement clairement établi. Coulson coulait un sourire fin et mielleux, et semblait détendu, discutant gaiement avec quiconque le souhaitait, mais son regard tranchant ne quittait pas l'interviewé qu'il était.
Loki imagina les autres : James, Stark, Banner, Barton, Romanoff, et les autres, ces nouvelles recrues qu'il connaissait à peine, et qui étaient sûrement déjà tous devant leurs écrans de télévisions, attendant cet instant de vérité, attendant avec empressement, curiosité, et avidité les révélations qui allaient suivre. Un goût amer emplit la bouche de Loki. Il porta le verre d'eau que lui tendit une assistante à ses lèvres pour tenter d'en faire disparaître la saveur.
La présentatrice articula encore quelques mots mielleux et emplis d'une gentillesse que Loki fut surpris de trouver sincère, avant que l'on affiche le décompte, que les caméras ne s'allument, et que le silence ne se fasse, leur plateau improvisé redevenu désert.
Une assistante l'avait maquillé. Légèrement, mais assez pour que ses cernes ne soient plus si visibles, à l'écran. Ses cheveux avaient repris leur coiffure habituelle, celle qu'il arborait du temps où il était encore Prince, vers l'arrière, les pointes touchant à peine le haut de sa nuque. Son visage était tout en pommettes hautes et saillantes, en os durs et aiguisés. Ses yeux brûlaient dans leurs cavités. Ses yeux d'un vert halluciné. La forte lumière en avait rétréci l'iris, si bien que la couleur semblait littéralement être la seule chose visible dans son regard.
Il ne se trouvait pas beau, malgré les commentaires des maquilleuses et habilleuses, de la présentatrice elle-même. Il se trouvait mal à l'aise, et sot. Il ne pensait pas que ce beau costume midgardien le mettait particulièrement en valeur. Il avait dû enlever deux boutons de sa chemise blanche pour ne pas se sentir trop étouffé, et avait refusé qu'on lui passe une cravate autour du cou. Au final, tout était assez décontracté et fouillis. Il sentait que les habits pendaient sur son squelette trop fin, sur sa chair trop maigre. Il n'était décidément pas à l'aise. Il ne chercha pas même à sourire lorsque la caméra balaya son visage.
- Loki, je vous remercie d'avoir accepté de participer à cet entretien. Je dois même avouer à notre public que vous en êtes l'investigateur, en vérité. Vous souhaitez pouvoir témoigner de votre version des faits quant à l'attaque que vous avez mené, voilà deux ans, sur notre belle ville de New-York.
- Aucune excuse ne saurait racheté le mal qui a été fait au peuple midgardien. Je n'aurai donc pas l'audace d'en prononcer aujourd'hui. Votre peuple est fier, pas stupide. Aucune paroles ne sauraient remplacées les vies perdues, les atrocités commises, aussi sincères puissent-elles être. Je souhaiterai simplement faire comprendre à la population mes … motivations. Je souhaiterai simplement que tous sachent quelle réelle menace a pesée sur eux en ce jour funeste, et laquelle reste encore à craindre aujourd'hui.
La présentatrice fronça les sourcils, un peu perdue. Elle tourna la tête vers le prompteur, où s'alignaient les mots que Loki était censé servir à la populace, et qui étaient bien différents de ceux prononcés. Du coin de l'œil, il vit Coulson faire un pas en avant, mais Rogers le retint par le bras avant qu'il n'ait pu dire le moindre mot.
- T-très bien. Je …
- Je pourrais peut-être commencé par … vous conter l'histoire ? Je pense, qu'ainsi, tout sera plus clair.
- Faites.
- Je suis … Je viens d'un lointain Royaume, nommé Asgard. Un Royaume ancien, gouverné par un homme puissant, Odin. J'ai grandi en ces terres, en compagnie de mon frère aîné, Thor. J'ai été choyé, aimé, servi comme un Prince peut l'être. Mais, je n'ai jamais été Ase. Je suis une prise de guerre, une relique précieuse. Je suis le trophée de guerre que les rois s'attribuent lorsque leurs ennemis tombent. Je suis du sang de l'ancienne et froide Jotunheim, ennemie d'Asgard, je suis le Roi légitime de cette terre de glace et de neige. L'origine de mon sang m'a toujours été cachée, mais comme les secrets ne demeurent jamais longtemps enfouis, la vérité s'est montrée au grand jour et a ravagé en mon sein toute la confiance, toute l'affection que je pouvais posséder envers ceux que j'avais toujours aimés. J'avais toujours été jaloux de la tendresse de mon père envers Thor, de la fierté dans ses yeux lorsqu'il le regardait, alors que j'en étais exclu. J'ai compris, alors. La rage m'a envahi, cette colère qui grondait en moi, enfoui, depuis si longtemps, s'est réveillée. D'une certaine façon, j'ai tenté de satisfaire Odin, de le rendre fier. Pour cela, j'ai tenté de détruire Thor, qui aurait fait un piètre Roi, tant il était obtus et arrogant, en cette époque. Et, j'ai tué mon père biologique, celui qui m'avait laissé mourir dans le givre alors que je n'étais qu'un nouveau né, sans même qu'il n'ait la conscience de qui j'étais réellement, je pense. Pour les géants du givre, je n'étais qu'un nabot, un monstre. Et, les monstres se doivent de périr.
La présentatrice avait perdu son sourire. Elle l'écoutait attentivement, très sérieusement, ses fiches fermement serrées entres ses doigts manucurés. Tous se regardaient, se murmuraient des choses, se demandant s'il fallait continuer, commentant ce qui était dit. Loki savait qu'il ne suivait pas le script qui avait été rédigé, celui qui le forçait à user d'un peu d'humour, d'un peu d'humilité, d'un peu moins de violence qu'en démontrait la vérité, il savait que cet acte lui coûterait cher, mais il ne pouvait tout simplement pas jouer. Il ne pouvait pas juste parler sans que cela n'ait de sens.
Il se racla la gorge. La présentatrice prit cela comme sa volonté de la voir reprendre le contrôle de son émission.
- Expliquez-nous cette différence entre Ase et … Jotun, c'est bien cela ? Expliquez-nous en quoi cela fait de vous quelqu'un de différent.
Cette fois-ci, Loki se permit de sourire. Elle semblait apparemment très bien comprendre sur quels aspects s'appuyer pour rendre le tout très attrayant pour le téléspectateur.
- Les Jotuns sont des créatures millénaires, froides, à la peau bleue. C'est une approche rudimentaire et sommaire, mais je ne peux malheureusement pas vous la démontrer, mes pouvoirs m'ayant été retirés, et le sort bloquant mon apparence actuelle ayant été conservé pour veiller à mon intégration dans ce monde-ci. Vous expliquez leurs différences vis-à-vis des Ases me serait difficile, car je ne sais en fin de compte rien d'eux. Ils sont justes les monstres dont parlent les contes, ceux dont on menace les enfants récalcitrants. En tant que premier fils du Roi Laufey, j'en suis le régent légitime. Mais, ce trône là ne m'intéresse pas. Pas plus que celui d'Asgard, d'ailleurs.
- Vous avez donc tenté de détruire Thor. Vous avez tué votre père biologique.
- Thor n'était pas prêt à gouverner. Il était arrogant, cupide, sot. Il ne vivait que pour les batailles. Il aurait mené notre peuple à la ruine, et notre Royaume à la guerre. Il avait besoin d'une leçon. Et, Laufey méritait de mourir, pour ce qu'il m'avait fait. Pour ce qu'il avait fait à notre peuple.
- Quelles ont été les conséquences de ces actes ? Avez-vous été puni ?
Il n'osa pas hocher la tête, de peur que cela fut pensé comme étant trop présomptueux. Nombreux, derrière leurs écrans, jugeront que ses actes n'avaient pas été assez punis. Il devait se montrer prudent dans ses mots et ses gestes.
- Thor a comprit la leçon. Et, il est revenu sur Asgard pour m'en faire goûter une autre. Plutôt que d'avoir à affronter le jugement d'Odin, j'ai préféré … me jeter du Bifrost. C'est … une sorte de porte nous permettant de passer de Royaume en Royaume, un pont enjambant les réalités. Ce qu'il y a en-dessous est un gouffre profond et obscur. C'était la seule solution.
- Vous avez donc tenté de vous … suicider, c'est bien cela ?
Est-ce que cela avait été réellement cela ? Il ne s'en souvenait pas. Il y avait juste eu Odin, et ses mots empoisonnés, et les regards accusateurs et profondément peinés que lui et Thor avaient posés sur lui. Il n'avait plus eu la force de se battre. Il avait pensé à sa mère et à la peine que tout cela allait lui faire. Il avait juste lâché Mjöllnir.
- J'ai chu longtemps, dans le néant. J'ai cru mourir. J'ai perdu connaissance un long moment et, lorsque j'ai rouvert les yeux, j'étais ailleurs, sur une planète qui m'était inconnue. Au-delà d'Yggdrasil. Au-delà de toute clémence.
Il ferma un court instant les yeux, les images de ses premiers instants de captivité perçant sa raison avec netteté et épouvante. Sa voix se fit un peu plus basse. Il n'osa plus regarder la présentatrice en face.
- L'antre était celle des Chitauris, un peuple composé de mercenaires aguerris et sanguinaires. Ils vivent de rapts et de contrats scellés avec de riches Royaumes, et étaient à la solde du Titan Thanos, lorsque j'ai daigné rouvrir les yeux. Thanos souhaite conquérir. Tout et rien à la fois. Juste témoigner de sa puissance. Le chef des Chitauris, l'Autre, présidait comme son bras droit. La spécialité de Thanos est de kidnapper, d'acheter toute personne susceptible de parvenir à devenir son nouveau petit jouet favori. Il en a constitué presque une armée, venus de toutes parts de l'Univers, des gens de tous âges, des enfants aux adultes aguerris. Des petites choses qu'il modifie à sa guise … J'étais l'une de ces choses. Ils ont ignorés un temps qui j'étais. J'étais toutefois richement vêtu, et je portais des armoiries distinctives d'un beau sang. Comme je n'ai pas voulu parler, dans un premier temps, ils m'ont attachés à une table de pierre et m'ont torturés. Après que je leur ai dit qui j'étais et d'où je venais, ils ont continués, encore. Ils n'ont daignés arrêter que lorsque j'ai commencé à les supplier de bien vouloir me tuer pour mettre fin à mes souffrances.
Il eut un bref rire, noir et sans joie. Ses doigts pianotaient nerveusement sur l'accoudoir. Cette fois, la présentatrice ne lui posa pas de question. Elle n'avait pas besoin de le faire. Loki était ravi de leur donner ce qu'ils voulaient tous : la sordide vérité.
- Me tuer aurait été sans conséquences. Pour le peuple d'Asgard, j'étais mort. Pour l'Autre et Thanos, je n'étais pas grand chose. Seulement, ma magie semblait être pour eux une chose intéressante, quelque chose que leurs petits animaux n'avaient pas, que j'étais le seul à posséder, si puissante, si sauvage. Ils ont dû penser que cela serait amusant de me mettre à l'épreuve. Ils m'ont donc demandés de choisir un Royaume, n'importe lequel. Un Royaume que j'attaquerai, muni d'une armée et d'une arme puissante. Pour prouver ma valeur, pour montrer que je n'étais pas si inutile.
- Et, vous avez choisi notre planète. Vous avez choisi la Terre.
- Dans mon esprit forgé aux contes Ases, vous étiez une peuplade primitive, auto-destructrice, égoïste. Vous étiez de simples mortels, faibles et éphémères. Je ne pouvais pas les mener vers Asgard. Je détestais tous ceux qui vivaient dans ce Royaume, mais ils restaient ma famille, mes amis. Je les avais aimé, à un certain moment. Je ne pouvais pas leur faire cela. J'avais des parents et des amis aussi, dans les autres Royaumes. Je connaissais avec précision le rôle de chaque terre, et je savais quelle catastrophe nous encourrions si l'une ou l'autre venait à être détruite. Midgard, je veux dire la Terre, était un bon choix.
Une langue claqua contre un palet, des commentaires murmurés fusèrent ça et là. Loki n'y prêta pas attention. Même le visage de la présentatrice sembla s'être durci.
- Un bon choix ?
- Comme je l'ai précédemment dit, vous êtes mortels, fragiles. Les Chitauris sont des guerriers entraînés, bien armés et œuvrant avec discipline. Et, pour m'empêcher d'exercer tout libre-arbitre, Thanos m'avait imposé le Tesseract, bloquant toutes pensées rationnelles, toutes tentatives de rébellion. Avec leur puissance et mes pouvoirs, la Terre aurait dû facilement tomber.
- Mais, les Avengers ont contrecarrés vos projets.
À son tour, Loki s'agaça. Il était certain que le sujet allait en revenir aux Avengers, à un moment ou un autre. Il soupira et ne fit que hocher la tête. Autant leur dire ce qu'ils voulaient entendre.
- Leurs projets. Lorsque j'ai posé les yeux sur vous … Il y avait des femmes, des enfants. Il y avait des vieillards et des hommes, et tant de monde … Je ne voulais pas cela. Je voulais vivre. Je ne voulais pas cela.
Il entendait encore les tirs lointains des armes à feu midgardiennes, les cris désarticulés des Chitauris et des new-yorkais. Il voyait les immeubles s'effondrer, les grandes bêtes des Chitauris ravager tout sur leur passage. Et, les voix, les voix dans sa tête, qui le poussaient à continuer, à se battre. Se battre ou mourir. Il ne voulait pas mourir en parjure.
- Je suis … J'étais un puissant sorcier. Bien assez puissant pour réduire cette ville en cendres. Avec ou sans Avengers.
- Êtes-vous en train de dire que vous avez délibérément retenu vos coups, votre magie ?
Loki haussa doucement les épaules.
- Thanos pouvait contrôler tout ce qu'il voulait : ma volonté, mon corps, mes pensées. Mais, pas ma magie. Elle est … était une partie de moi, tout en ayant sa raison propre. J'ai beau avoir commis des actes ignobles de part le passé, je n'ai jamais aimé tuer pour le plaisir. Ma magie le savait. Elle n'aurait jamais pu servir pour perpétrer de tels actes.
La présentatrice laissa un court silence passer, comme elle le dévisageait un instant, enregistrant doucement les informations et les faits transmis. Loki pouvait lire sur son visage son doute, et une chose qu'il n'avait encore jamais réellement vu, quelque chose comme de l'empathie. Cela le poussa à en dire bien plus.
- Le portail a été détruit. Je devais protéger Selvig pour éviter que cela n'arrive. Je savais que seul Banner pouvait m'être fin à tout cela sans que Thanos n'ait l'audace de juger que je l'avais fait en toute impunité. Sans ma magie pour protéger le portail, il a été plus simple de le détruire. De mettre fin à cette comédie.
Il se souvenait avoir dit à Thor, au moment de l'attaque, qu'il était trop tard pour revenir en arrière, que cette folie se devait d'être poursuivie. Thanos ne l'aurait jamais laissé se rebeller. Il lui fallait se jeter dans les bras de l'ennemi sans que cela ne soit trop soupçonneux. Sa rencontre avec le poing du Hulk avait été l'un des prix à payer. Il grimaça légèrement à cette pensée, se souvenant bien des dommages qu'avait causé l'alter ego de Banner sur son corps autrefois si résistant. Il n'osait imaginer ce qu'il pourrait accomplir maintenant qu'il n'était qu'un simple mortel.
- Une fois la menace des Chitauris annihilée, Thor a récupéré l'artefact qui me gardait sous l'emprise de Thanos, et j'ai été jugé pour mes actes sur Asgard. Je savais qu'il allait falloir un long moment avant que lui et l'Autre ne soient réellement mis au courant de mon échec. Le portail détruit avait été une possibilité envisagée, de même qu'une réplique de grande envergure contre les Chitauris. Mais, Thanos pensait toutefois qu'avec assez de force, assez de magie, contre la peuplade primitive que vous représentiez, pour lui, les choses pouvaient bien tourner.
Il vit le visage de la journaliste se muer en un questionnement évident, une peur instinctive envahissant doucement son regard. En périphérie de son champ de vision, il vit Coulson s'agiter.
- Est-ce que … Ce Thanos, qui serait donc la tête pensante de tout ce plan, vous êtes en train de dire qu'il y a une possibilité qu'il ignore encore votre défaite, à ce jour ?
- C'est probable. Son Royaume est fort éloigné du nôtre, et il ne possède plus le Tesseract, comme je ne possède plus aucun sceptre. Le portail ne menait pas à son refuge, ni à celui des Chitauris, mais à un espace neutre qui avait été choisi en cas de réponse hostile des Midgardiens, au cas où vous auriez été plus combatifs que prévu … Il est possible qu'il pense que la mort de ces milliers de Chitauris n'ait été qu'un dommage collatéral prévisible, et que le reste de son armée d'épées louées soit en cet instant maîtresse de Midgard. Et, que j'en sois le Roi.
Un téléphone sonna, et il vit Coulson porter l'appareil à son oreille.
- Ce Thanos pourrait-il … Écoutez, ce que vous dites est fou, mais, pensez-vous qu'il serait susceptible de s'en prendre de nouveau à nous ? Pourrait-il venir vérifier par lui-même votre victoire ?
Loki haussa les épaules. Un fin sourire ourlait ses lèvres.
- Il n'est pas le genre de personne à laisser ses subalternes se couvrir de gloire en son nom.
Et, alors qu'il s'émerveillait de l'horreur pure qui apparaissait doucement dans les yeux de la présentatrice, Coulson mit fin à la retransmission.
X
- Vous êtes complètement cinglé ! Vous souhaitez déclencher une émeute ou quoi ?!
- Je n'ai fait que dire la vérité. C'est ce que vous souhaitiez.
Il passa une main sur son visage endolori, là où le poing du chef de la police avait frappé. Sa lèvre inférieure était enflée et un bel hématome s'épanouissait lentement sur sa mâchoire. Loki pensait pourtant l'avoir mérité.
Coulson oscillait entre crise nerveuse et rage, piétinant et jurant, et il était en fait le seul à avoir une expression déchiffrable dans cette pièce, ce qui était tout sauf son habitude. Rogers en semblait même un peu déstabilisé.
- Vous deviez vous excuser. Et, suivre le script.
- Qui êtes-vous pour mentir ainsi au peuple ? Ils sont en droit de savoir que Thanos pourrait venir finir le travail d'un instant à l'autre.
- Vous auriez dû nous en prévenir avant d'avoir l'idée géniale de l'annoncer à la télévision américaine !
Loki eut une moue agacée. Il détourna le regard, ne sachant réellement s'il devait être fier de ce petit coup d'éclat ou s'il devait s'en sentir coupable. Coulson pesta encore, passant ses mains sur son visage, et Loki reçu la haine dans son regard avec dédain.
- Rien de ce qui pourrait être fait ne saurait rattraper ce que vous venez de dire. Vous venez de vous griller, Laufeyson. J'ai pu croire en votre rédemption au début, c'est vrai, mais je sais maintenant que vous n'avez pas changé. Allez-y, amusez-vous. Faites vos petits tours et vos joyeuses blagues. Mais, vous êtes fini. Vous allez vous faire détruire par la population, par les médias. Vous allez devenir l'ennemi public numéro un.
- J'ai juste souhaité …
- Vous venez de menacer la Terre de l'arrivée d'un être plus perfide encore que vous ne l'êtes ! Vous venez de sous-entendre devant des millions de personnes que les Chitauris n'avaient pas tous été détruits, et qu'ils allaient revenir, peut-être, pour finir le travail ! Vous êtes mort, Laufeyson. Le prochain appel que je recevrais sera certainement une demande express du Président m'enjoignant à vous enfermer dans une cellule. Noire, sans vie, et où vous pourrirez pendant un long moment, n'ayez aucun doute là-dessus.
Une rage sourde, un désespoir profond, se logea dans ses entrailles. Il accueilli le départ de Coulson et de ses gardes avec un clair soulagement, n'osant pas même tourner les yeux vers eux, se contentant de rester là, assis et stoïque, la respiration faite laborieuse par la colère et l'angoisse.
Une cellule ? Non, il valait mieux encore mourir.
Le visage de Rogers avait pris une teinte cendreuse.
- Je pense que l'on devrait rentrer.
X
La Tour était vide. Enfin, les étages inférieurs pullulaient de gens attachés à l'entreprise de Stark, comme d'habitude. Mais, contrairement à ce qu'il avait bien pu penser, dans les quartiers réservés aux Avengers, nulle vie ne daignait d'être vue. Il ne su s'il devait en être soulagé, ou s'il en était profondément peiné. Il n'osait croire que personne n'avait vu l'interview.
Étreint d'un étrange sentiment, il avança vers le salon, et demanda à Jarvis d'allumer la télévision, sur la chaîne d'information nationale.
Son visage était partout. Ses mots passaient en boucles interminables.
- On n'a pas fait mieux depuis les Mayas et leurs prédictions d'Apocalypse. Chapeau, Rudolph.
Mortifié, il se tourna vers Stark qui, installé sur un tabouret près du comptoir de la cuisine commune, sirotait un scotch en pianotant sur son étrange petit objet de technologie illuminé. Alors que le génie daignait en lever les yeux pour les poser sur lui, il n'eut que le réflexe instinctif de s'entourer de ses bras, s'étreignant lentement sans réellement s'en rendre compte, évitant le regard de Stark et se gardant bien d'approcher à moins de cinq mètres de lui. L'humain rit doucement. Mais, ce n'était pas un rire joyeux.
- On t'a jamais appris à tourner sept fois ta langue dans ta bouche, avant de parler ?
- Je souhaitais simplement dire la vérité.
- Ouais, t'as raison. Le mensonge est tellement passé de mode.
Loki ignorait si la remarque était faite à son encontre. Encore une fois, il ne parvenait pas à comprendre les insinuations de Stark, ses gestes obscurs et ses mots étranges. Il jeta un regard noir vers la silhouette mince et dégingandée, et se détourna de lui, n'omettant pas de mettre le canapé entre eux, toutefois.
Des bribes de la très récente interview passaient sans relâche, avec des titres différents ponctuant ses mots, à chaque fois. Des choses très colorées et inspirées, qui vantaient son goût pour les prédictions apocalyptiques, le mensonge, la mauvaise foi, entre autres. Des hommes et des femmes parlaient de leur ressenti, également, entre deux rediffusions. Comme ils n'avaient aucune confiance en lui, comme ils le détestait, comme ils auraient tous tellement souhaités qu'il pourrisse sur cette table de pierre dans l'antre de Thanos, dans sa cellule noire d'Asgard, et qu'il ne vienne pas apporter le mal sur eux …
Sales créatures. Sales petites choses fragiles et dégueulasses, sottes.
Il passa une main tremblante devant son visage. Pourtant, il aurait dû le savoir, raconter tant de choses avait été un énième acte égoïste, mais il lui avait semblé, au fond, que cela pourrait aussi les aider, tous. Il avait su qu'en parlant à Coulson de ses craintes concernant Thanos cela n'aurait mené à rien, quelles auraient été étouffées et peut-être même oubliées. Les soumettre à l'avis populaire lui avait semblé être une bonne idée. Ou, du moins, enfin une idée qu'il parvenait à tirer de lui-même, sans qu'elle n'ait besoin de lui être soufflée. Cela faisait bien trop longtemps que cela n'avait pas été le cas. La mettre en œuvre lui avait semblé comme étant presque vital. Il n'avait pas pensé que cela pourrait mal tourner.
Il s'assit au bord du canapé, le regard tombé sur ses mains aux doigts écartés et tremblants. Il vit plus qu'il ne sentit Stark s'approcher, silencieux et contemplatif, et cela le déstabilisa encore plus. Autrefois, il n'aurait pas eu besoin de lever les yeux vers lui pour s'apercevoir de sa présence, autrefois une simple intention aurait suffit à l'alerter. Cela ne fit que l'énerver bien plus.
- Laissez-moi tranquille.
- Non.
Il sentit un poids tomber sur le canapé à ses côtés, une ombre se pencher doucement vers lui. Une espèce d'alarme s'alluma quelque part dans sa tête, quelque chose qui hurlait au contact physique, à l'atteinte de sa zone d'ordre privée, qui résonnait dans les cavernes vides et ruinées de sa psyché comme un énième écho de la folie qui le gangrenait. Immédiatement, son corps eut un sursaut, une panique sourde l'étreignit, il tenta de s'éloigner de l'homme au plus vite, manquant de tomber du canapé, mais fut rattrapé par une poigne forte et chaude enserrée autour de son avant-bras.
Stark était là, et Stark le regardait. Il tenait son bras fortement, fermement, comme s'il avait peur – et à raison – de le voir partir. Cela alluma bien plus de panique dans la poitrine de Loki, et il se surprit à se débattre soudainement avec plus d'ardeur, de terreur sourde, de sanglots dans la voix.
Stark ne daigna le lâcher que lorsque Loki parvint à lui donner un coup de genou dans les côtes, un court répit qui ne lui laissa que le temps de contourner le canapé, avant que son hôte ne le rattrape et ne le fasse à nouveau basculer vers l'arrière.
- Bordel, allez calmes-toi ! Je vais pas te faire de mal, Loki, putain, aïe ! Loki !
Et, soudainement, il ne pu plus bouger. Loki ouvrit des yeux hagards et paniqués sur le visage bien trop proche de Stark, avant de tourner les yeux vers ses bras emprisonnés de chaque côté de sa tête et de comprendre que sa position allongée sur le canapé était complètement maîtrisée par le poids somme toute raisonnablement pesant du milliardaire.
- Loki, bouges plus, arrêtes. De toute façon, je suis trop lourd et tes bras de moustique n'arriveront pas à me déloger, alors arrêtes de te débattre.
Stark n'était pas si lourd, en fait. Loki le pensait même le plus chétif de la bande – au-delà de la partie « contrôlée » de Banner, bien sûr, quoi que -, car il ne possédait pas une musculature si particulière, n'ayant en fait besoin que d'une armure, alors que les autres basaient presque tout leurs pouvoirs sur leurs conditions physiques. Bien des années en arrière, Loki aurait pu aisément le dégager d'un mouvement du bras, d'un coup, aurait pu le traîner et le propulser sur des mètres et des mètres, l'éloigner sans réel effort. Aujourd'hui, au travers de la panique qui l'empêchait de réfléchir, des sanglots qui l'empêchaient de respirer correctement, et de la terreur qui faisait fléchir sa volonté et sa force, il ne parvenait qu'à rester là, regardant le visage de Stark entre ses larmes stagnantes, ne parvenant ni à comprendre ses mots, ni ses gestes.
Il fallait juste qu'il parte. Il fallait surtout qu'il arrête d'être si près, qu'il arrête de le toucher. Il allait lui faire mal, il le savait, il en était certain, c'était toujours comme ça et il ne voulait pas que tout recommence, surtout pas Stark, surtout pas lui, et personne en fait, et …
Toute pensée cohérente le quitta lorsque Stark se pencha d'autant plus, réduisant davantage l'espace qui les séparait encore, posant doucement ses lèvres contre les siennes.
L'alarme hurla.
Il ne s'arrêta plus de pleurer.
X
James ouvrit la porte de sa chambre avec une telle force que Loki cru un instant qu'il allait la faire sortir de ses gonds.
Le soldat de l'Hiver avait l'air en vrac, son expression impassible n'effaçant pas son regard qui ne cessait d'osciller entre colère, incompréhension, panique et appréhension. Ses cheveux plus courts étaient hirsutes sur son crane, et il avait l'air essoufflé, comme s'il venait de monter tous les étages menant à sa chambre par les escaliers. Il donnait un spectacle un peu drôle, quoi que légèrement traumatisant. Loki ne se souvenait pas de l'avoir trouvé plus dangereux qu'en cet instant. Cela le surprit légèrement.
- Tu as fais vite.
- Tu avais la voix de celui qui venait de faire une connerie. Ou qui allait en faire une.
Il referma la porte derrière lui avec plus de douceur. Loki su sans même le voir, cette fois, qu'il le regardait, ses yeux brûlants posés sur sa silhouette tendue, détaillant rapidement tout ce qu'il était important de voir. Comme ses mains tremblantes, comme ses bras passés autour de lui, comme le fait qu'il passait d'un pied à l'autre.
Loki ne se souvenait même plus vraiment l'avoir appelé. En fait, il ne se souvenait vraiment plus être retourné dans sa chambre. Ni pourquoi il y était encore. Oh, il avait bien mis quelques affaires dans son sac, mais s'était stoppé dès le deuxième tiroir ouvert. Il ne se rappelait plus pourquoi. Il avait l'impression d'avoir laissé toute pensée cohérente sur le canapé du salon.
- Stark a fait un truc.
Cela semblait être une affirmation bien plus qu'une question. Une sorte de constatation crue et franche, qui fit se resserrer le nœud qui lui enserrait l'estomac bien plus encore, au-delà de ce qu'il avait pu pensé être humainement supportable. Des pas lourds retentirent et bientôt James fut à ses côtés, le détaillant froidement alors que lui-même s'évertuait à ne pas quitter l'horizon du regard.
- Stark t'a fais un truc.
C'était de l'ordre de la froide et terrible découverte, de la dérangeante et impitoyable vérité, et Loki su que son soupir et que son rire n'eurent rien de vrai, rien de joyeux, et que cela n'effaça pas la peur et la colère de James, et ce bien avant de le voir.
- Tu devrais t'asseoir.
- Je devrais plutôt le démembrer.
Loki tourna enfin les yeux vers lui, haussant légèrement les sourcils. Une espèce de rage froide irradiait presque de l'homme à ses côtés, il parvenait à le sentir, à le ressentir, et cela le laissa un temps pensif. Cette colère était-elle véritablement dirigée contre Stark ? Quand avaient-ils réellement dépassés ce point de respect mutuel et d'attachement qui les poussaient l'un l'autre à s'inquiéter de ce qui pourrait vraisemblablement arriver ? Loki le regarda avec curiosité, un temps, cherchant cette étrange confiance qu'il ressentait dans les trais fermés de James.
- Est-ce que c'est à lui que je vais devoir poser la question ? Directement ? Arrêtes de me reluquer, Loki, et explique-moi enfin pourquoi tu m'as fais venir.
A l'aide d'un regard, il invita de nouveau James à s'asseoir dans un fauteuil proche, invitation qu'il déclina d'un reniflement méprisant caractéristique. Loki ne pu s'empêcher de lever les yeux au ciel, ne s'empêchant pas de s'y asseoir à sa place.
- Je suis désolé d'avoir semblé si préoccupé au téléphone.
- Préoccupé ? C'est comme ça que t'appelles l'état dans lequel t'étais ? J'étais au SHIELD quand tu m'as appelé, réunion urgente à cause de tes petites révélations à la télévision, et j'ai planté absolument tout parce que tu étais littéralement en larmes à l'autre bout du fil. Du genre, « mes petites conneries auto-destructrices vont prendre un nouvel essor ». Je suis encore sur la sellette, Loki, tu le sais. Le SHIELD me surveille de près, et j'ai quitté la réunion la plus importante du siècle pour toi, pour que tu me dises ensuite que tu es désolé ?! Dis-moi ce qui s'est passé. Tout de suite.
Loki s'accorda un soupir. Ses yeux se posèrent à nouveau par delà la vue qu'offrait sa chambre.
- Est-ce qu'ils vont me remettre en cellule ?
- J'en sais foutrement rien parce que je suis parti avant que la décision soit prise !
Il ne savait pas quoi dire. Certes, y avait-il bien des choses par lesquelles commencer, mais il ignorait véritablement s'il avait envie de les partager. Lentement, Loki prit le temps de regarder autour de lui, des tiroirs toujours ouverts à son sac à moitié rempli, de son téléphone portable reposant sur le sol aux draps défaits de son lit.
James était en colère, et visiblement très inquiet. Il avait mis son sort en danger pour lui, son geste pouvant faire vaciller tout ce qu'il avait tenté de reconstruire en revenant à New-York. Pourquoi donc lui-même n'arrivait-il pas à ressentir tant de choses ? Pourquoi ne ressentait-il qu'un vide étrange, qu'une apesanteur irréelle ? Il adressa un sourire vide de sens à James, essayant de ne pas détourner le regard.
- Je suis revenu de l'interview seul, Rogers ayant dû rejoindre votre petite réunion. Il ne me l'a toutefois pas présenté ainsi. Je m'attendais à ce qu'il y ait plus de monde dans cette tour à mon arrivée, mais seul Stark était là. Il m'a juste fait savoir ce qu'il pensait de tout cela.
- Il t'a fait du mal ? Il t'a frappé ?
- Le chef de la police new-yorkaise m'a fait cela. Pas Stark.
- Alors, quoi ?
Loki se sentit bête. Et, nerveux. Il détourna le regard comme un enfant pris en faute, s'affaissa dans son siège.
- Il m'a embrassé.
Il pensait que James aurait rit, mais il ne le fit pas. Lorsqu'il reporta à nouveau son attention sur lui, il le regardait fixement, comme attendant la suite, et tout cela semblait bien trop grave et sérieux pour être vide de sens.
- Il m'a aussi raconté toute une histoire d'enlèvement et de séquestration, sur les origines de la chose qu'il avait dans la poitrine. J'avoue ne pas avoir vraiment écouté tout ce qu'il a essayé de me dire. J'avais juste envie de disparaître.
Il eut un rire étrange, quelque chose qui ressemblait plus à un sanglot, en fait. Il ne savait pas pourquoi il avait tant paniqué sur l'instant, Stark en le voyant pleurer s'était littéralement enfui à l'autre bout de la pièce, s'excusant sans relâche et jurant de grandes promesses que le geste ne se reproduirait plus, et il avait fallu bien des minutes avant qu'il ne s'assoit à nouveau à ses côtés. Il avait pris les mains de Loki dans les siennes et avait raconté ce que les Dix Anneaux lui avait fait subir. Et, voyant que personne, vraiment, ne l'écoutait, il avait concédé à relâcher Loki et à le laisser s'enfuir.
Enfermé dans une panique suffocante, Loki avait d'abord tenté de faire son sac, puis voyant que tout semblait doucement tourner de la raison à la déraison, dans sa tête, avait appelé James. Il ne se souvenait plus réellement de leur conversation, si du moins il y en avait eu une, et pas juste des suppliques sanglotées ou une hyperventilation atroce. Quelque part, dans les vingt minutes qui avaient suivies la scène, il avait réussi à se reprendre, à respirer assez profondément pour parvenir à calmer son cœur et sa respiration, à mettre assez d'ordre dans ses ressentis pour ne plus avoir envie de se foutre en l'air ou de partir.
C'était juste un baiser, quoi. Juste la pression de deux bouches, de lèvres contre d'autres lèvres, et rien d'autre, un geste chaste. Il ignorait même jusqu'à sa signification. Peut-être était-il chose courante que de s'embrasser dans ce monde-ci, peut-être que cela n'entraînait aucun questionnement particulier ?
Il n'en savait rien. Il ne souhaitait pas même savoir. Il s'en voulait juste tout particulièrement de s'être laissé faire. Loki avait juste tant pensé que ces quelques semaines sur Terre avaient été bénéfiques, quelles avaient réussies à éloigner les démons et les terreurs, juste un peu, mais cela n'était apparemment pas le cas. Ne pouvait-il donc être touché sans paniquer ? Être embrassé sans manquer d'en pleurer de terreur ? Était-il condamné à ne plus jamais avoir de relation avec quiconque ?
Quelque chose d'énorme s'écrasa dans sa poitrine. Il détourna les yeux vers la ville.
- J'ai envie de disparaître.
Il y eut un silence, puis James se leva, et avant que Loki n'ait pu émettre la moindre protestation ou n'ait pu esquisser un quelconque geste de recul, il était là, tout près, ses mains plantées sur les accoudoirs, et posait ses lèvres contre les siennes.
Lorsqu'il se recula, quelques secondes plus tard, un fin sourire étirait le coin de ses lèvres. Quelque part, Loki pensa juste que son esprit s'était éteint, un instant.
- J'sais pas ce que tu penses, Loki. J'sais pas si c'est de la rancœur, du dégoût, ou n'importe quel drôle de sentiment que tu traînes et qui te concerne, mais t'as pas à le ressentir. Stark est Stark, et Stark aime embrasser tout ce qui bouge. Tout ce qui bouge et qui est plutôt pas mal à mater. Et, tu es plutôt pas mal, quoi que tu puisses en penser. Ce que Thanos a fait, ce que ces gardes ont faits, t'as pas à y penser. Tu es sur Terre, en sécurité. Et, si t'as envie d'embrasser Stark, tu peux le faire. Ou, lui mettre une raclé si le geste te conviens pas. Je pense juste qu'il s'inquiète pour toi. C'est plutôt bon signe.
Loki le regardait, hébété, la bouche entrouverte, incapable de réagir, incapable de comprendre et d'analyser le moindre mot qu'il était en train de lui servir. Cela sembla agacer James qui, avec un regard exaspéré, finit par tourner les talons.
- Va lui parler. Il doit se sentir très mal, en cet instant, et je crois que t'as besoin d'entendre ce qu'il va te dire.
Entendre quoi ? Parler de quoi ? Un peu paniqué par la tournure que prenaient les choses, complètement déstabilisé, Loki se releva brutalement, chancela un peu. Il n'avait pas envie de voir Stark, n'est ce pas ? Il n'avait pas aimé le baiser … n'est ce pas ?
Il ne su rien dire lorsque James passa la porte sans se retourner.
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