Rose Noire

Chapitre 4

Le silence était complet dans la librairie, Hagrid s'était tu et Harry regardait Alfirim qui semblait au bord des larmes, prête à craquer.

-Je t'accompagne, proposa Harry alors que la jeune femme reprenait pied dans la réalité. Je ne vais pas te laisser seule dans un tel moment alors que tu sembles si affectée.

-S'il te plaît, oui, j'aimerai que tu viennes avec moi, acquiesça la jeune femme.

Harry alla chercher les manteaux puis ils accompagnèrent Hagrid sur le pas de la porte avant que le jeune homme attrape ses deux amis et les fasse transplaner avec lui jusqu'aux portes de Poudlard.

C'est essoufflés d'avoir monté les marches deux par deux qu'ils pénétrèrent dans l'infirmerie où les attendait Albus, surpris de voir Harry franchir la porte derrière Alfirim.

La jeune femme courut vers son père, elle ne comprenait pas pourquoi il était allongé sans connaissance dans ce lit, lui qui était si fort d'habitude.

-Quel genre d'accident il a eu ? demanda-t-elle en s'adressant au directeur de l'école plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulue.

Harry s'approcha lentement du lit et avisa Severus Snape aussi pâle qu'un mort. Vraiment il avait mauvaise mine, pensa-t-il alors que tout se bousculait dans sa tête.

-On l'a retrouvé dans la Forêt Interdite cet après-midi.

-Voilà pourquoi il n'est pas venu au restaurant, souffla Alfirim. Je l'ai attendu jusqu'à treize heures trente, en vain, et pour cause, je n'ai pas pensé...j'aurai dû me soucier de lui...

-Il a été attaqué et mordu par un vampire rénégat, précisa Hagrid.

-Comment cela est possible ? intervint le jeune homme aux yeux verts devenus sombres sous le coup de la colère.

-Cela arrive parfois, expliqua encore le demi-géant. Certains ne veulent pas accepter les contraintes d'un clan, alors ils fuient et tuent par provocation.

-Comment va mon père ? je veux savoir.

-Mal, admit l'infirmière, très mal, je suis désolée on ne pourra pas le sauver. J'ai tout tenté ou du moins tout ce que j'ai en ma possession, le reste n'est pas de mon ressort.

La fille de Snape se retourna vers Albus, les yeux étincelant de fureur.

-Mon père est allé dans les bois en sachant qu'il s'y promenait un vampire? C'est impossible, il n'aurait pas pris ce risque inutile pour quelques racines !

-Il n'était pas au courant, avoua Albus.

-Et vous n'avez pas pensé à le lui dire ? critiqua Harry encore sous le choc d'un Snape père d'une jeune femme comme Alfirim.

-J'ai pensé...

-Comme d'habitude vous n'avez pas pensé, justement, Albus. Vous et votre manie ridicule de ne jamais rien divulguer...Regardez maintenant où vous en êtes arrivé !

-Sortez, s'il vous plaît, murmura le jeune femme de dix neuf ans. Sortez tous !

Albus, Hagrid et madame Pomfresh quittèrent la chambre tandis qu'Alfirim tenait Harry par la main pour le garder près d'elle.

-On doit agir si on ne veut pas le perdre, tu entends ? murmura Harry afin qu'on ne l'entende pas de l'autre pièce. Alfirim, on n'a pas de temps à perdre en pleurs et en jérémiades, on fera ça plus tard.

-Je ne sais pas quoi faire, moi, Harry. Ce que je sais c'est que ma vie sans mon père ne vaudra plus rien, je l'aime tu sais, et je ne veux pas qu'il me quitte.

-Tu me fais confiance ?

-Oui, totalement, tu le sais.

-Alors laisse-moi seul avec lui quelques heures, je vais tenter de le ramener parmi nous.

Harry avait lâché ces mots comme s'ils coulaient de source. Il était impensable pour lui de laisser Severus mourir devant ses yeux, s'il pouvait le sauver alors il n'allait pas se gêner pour le faire et les autres pouvaient bien aller se faire voir.

-Tu crois qu'Albus...

-Aucune importance ce qu'il pense ou ce qu'il croit devoir faire. Aussitôt que tu seras sortie d'ici je mettrai un sortilège puissant sur la porte, personne ne pourra entrer dans cette chambre.

-Je ne vais pas te demander comment tu vas t'y prendre, mais je t'en supplie, ne mets pas ta vie en danger toi aussi.

-Je ne risque rien, maintenant pars, on se verra plus tard. Demande une chambre à Albus et repose-toi un peu tu veux ? Dis-lui aussi que c'est inutile qu'il cherche à entrer ici, il perdra son temps.

-Harry...Severus Snape est mon père, désolée si je ne t'ai rien dit.

-On en parlera plus tard, le temps presse maintenant.

Harry lança son sortilège aussitôt que la porte fut refermée sur Alfirim. Le jeune homme revint vers le lit, lentement et tout aussi lentement, il caressa la joue râpeuse de Severus avec tendresse.

Il avait évité cet homme autant qu'il le pouvait pendant des années. Il n'avait jamais rien tenté vers lui car il savait que ses sentiments ne seraient jamais payés de retour. Un amour secret qu'il gardait au fond de son cœur dont il avait juré qu'il serait le seul de sa vie.

Et là de le voir blessé, presque mort, il souffrait pour lui. Il ne pouvait pas se résoudre à le voir partir. S'il mourrait, il mourra avec lui. Personne n'avait idée de ce qu'il avait enduré pour l'oublier sans jamais y parvenir. La douleur, la solitude, descendre en enfer et remonter grâce à son travail. Apercevoir cet homme au loin et le fuir pour ne pas souffrir. Non, décidément personne ne pouvait savoir.

Harry ôta sa veste puis sa chemise. Il allait accomplir un rituel afin qu'un homme mordu par un vampire puisse survivre en tant que tel et ça le jeune homme savait qu'Albus aurait refusé catégoriquement ce sacrifice de sa part.

Un sacrifice, puff ! Il lui sauvait la vie. Il n'y avait pas de sacrifice, il ne donnait pas sa vie, au contraire, il aidait un homme à revivre. Snape était mort pour ainsi dire, avec le peu de vie qu'il lui restait il pouvait encore le faire revenir parmi eux sans lui enfoncer un pieu dans le cœur pour l'achever et lui éviter de souffrir.

-Professeur, murmura le sauveur du monde sorcier. Réveillez-vous, professeur, insista Harry, faites un petit effort, il me faut un consentement sinon ça ne marchera pas.

-Fatigué...répondit dans un souffle le maître des potions au bout de plusieurs et longues minutes, je n'ai plus de force.

-Snape, je vais approcher ma gorge de vos lèvres, vous entendez ?

-Oui.

-Normalement , instinctivement, vous allez sentir vos crocs s'allonger pour le peu que vous vous forciez à le faire, vous allez essayer de ne pas vous affoler, ok ?

L'homme secoua négativement la tête, il avait compris où Harry voulait en venir.

-Pour votre fille, Snape, vous ne pouvez pas refuser.

-Vous ne savez pas ce que vous faites.

-Je le fais parce que je le peux et que je le veux. Pour ceux qui vous aiment vous ne pouvez refuser, réitéra le jeune homme.

-Alfirim, prononça Severus, tout bas.

-Oui, Alfirim, elle vous aime vous savez.

-Je sais...comment va-t-elle ?

-Pas très bien, alors on le fait ce rituel ?

-Pourquoi vous feriez ça pour moi ? demanda severus Snape en laissant sa tête retomber sur l'oreiller.

-Arrêtez de parler, il faut agir au plus vite et refermer toutes ces plaies et ces profondes lacérations sur votre corps. Il n'est plus temps de discuter, professeur, j'attends votre consentement.

-Je suis d'accord, monsieur Potter, mais n'attendez rien de moi en retour.

-Vous ai-je demandé quelque chose là ? Depuis le temps vous n'avez pas appris à me connaître ?

-Si, et c'est pour ça que je vous fais confiance, chose que je n'ai jamais accordé à personne d'autre.

-Bon, on arrête de discuter, vous êtes à bout. On commence ce rituel, je m'approche de vous, expliqua Harry, vous me mordez et retirez le sang dont vous avez besoin pour vous régénérer. Ensuite ce sera mon tour de boire à votre poignet et nous dormirons au moins dix heures, le temps que nos corps assimilent le sang nouveau et que vous vous transformiez en vampire à part entière.

L'homme opina silencieusement tandis que Harry approchait son cou des canines de Snape.

La morsure fut douloureuse, plus que ce que Harry avait imaginé. Malgré cela il ne bougea pas et pas un son ne passa la barrière de ses lèvres. Il agrippa le maître des potions quand celui-ci le ramena brusquement vers lui pour une position plus confortable. Puis soudain, insatisfait, Snape cessa de boire et toujours sans un mot allongea Harry sur le lit, ôta la ceinture de son pantalon, baissa légèrement le boxer noir et le mordit à l'aine, ce qui arracha une grimace de douleur au jeune sorcier qui diminua au fur et à mesure que les secondes s'égrenaient.

Les blessures, lacérations et faiblesses se refermèrent et disparurent. L'homme se sentait de nouveau fort et en pleine forme avec toutes ses facultés. La puissance habitait son corps en entier, il se sentait invincible, un homme nouveau avec un état d'esprit autre. Sa vie allait changer.

Snape se retira, lécha ses lèvres avec gourmandise, remonta le boxer de Harry puis mordit son poignet avant de le placer sur la bouche du jeune homme déjà dans les limbes. Il le força à boire puis il le recouvrit et tous deux s'endormirent côte à côte dans cette pièce seulement éclairée par un rayon de soleil couchant.

Les deux hommes n'eurent pas conscience de tomber dans un coma régénérateur. Le travail avait commencé dès que Severus avait savouré le sang de Harry, en fait dès que les premières gouttes avaient atteint ses lèvres pâles. Ni l'un ni l'autre n'avait prévu que la journée se passerait comme ça, aucun n'avait prévu de finir ensemble dans le même lit.

Alfirim gardait la porte devant un Albus médusé qu'on lui tienne tête dans sa propre école. Madame Pomfresh ayant décidé de s'occuper de ses autres malades, sachant par expérience que Harry Potter allait régler cette histoire comme il l'avait toujours fait.

-Vous pouvez partir, suggéra la jeune femme en s'adressant au vieil homme. Vous devez être épuisé, non ?

-Je vais y aller, jeune demoiselle, il est trop tard je suppose pour que j'intervienne maintenant.

-Je crois bien que oui et de toute façon vous ne passerez pas, seul Harry peut ouvrir cette porte.

-J'ai bien compris, nous nous verrons très certainement demain. Je vous souhaite une bonne nuit, Alfirim, ajouta Albus en transformant un fauteuil en un confortable canapé.

-Merci, professeur, bonne nuit.

La jeune femme s'allongea mais impossible de fermer les yeux. Elle se posait trop de questions et savoir son père en danger dépassait tout le reste. Pourquoi a-t-il fallu qu'il aille là-bas dans cette maudite forêt ? Pourquoi elle n'était pas auprès de lui, elle aurait pu l'aider, ils s'en seraient sortis plus facilement, non ?

Comment il allait vivre maintenant ? Comment il allait se nourrir ? Allait-il perdre son travail ? Allait-il devoir quitter Poudlard et Pré-au-Lard ? Si c'était le cas elle partira avec lui, hors de question qu'elle le laisse seul. Et Harry dans tout ça ? Elle ne comprenait pas ses motivations. Pourquoi il sauvait son père ? Pourquoi il s'était enfermé avec un vampire qui pouvait être dangereux pour sa vie ?

Harry lui avait demandé de lui faire confiance, elle avait accepté...pour Severus, parce qu'elle voulait y croire et ne pas le perdre. Elle avait encore tant de chose à apprendre de lui et tant d'amour à lui donner.

Harry était leur sauveur et elle espérait qu'il n'allait pas en payer le prix fort, elle ne savait pas vraiment ce qui s'était passé dans la chambre, elle espérait simplement que tout allait bien et que les deux hommes ne s'étaient pas étripés.

La jeune femme finit par s'endormir, vaincue par la fatigue et la tension nerveuse. Personne ne vint la déranger pour le restant de la nuit.