Titre : Gleex-men
Auteurs : neufvies et lacebird
Fandom : Glee
Genre : UA, X-men, super-héros
Personnages : tous ou presque
Pairings : Klaine (à venir) et d'autres
Rating : PG
Commentaires : Merci pour tous vos commentaires (notamment à Tonksinette et Sassy Klaine qui commentent à chaque chapitre, ça fait bien plaisir ^^), vos abonnements à la fic et à ceux qui lisent de loin sans mot dire :) J'essaye de plus en plus de répondre aux commentaires mais j'en oublie peut-être, pardon !

Un chapitre pour Noël ! J'espère que ça vous fera plaisir ! Je vous souhaite donc d'excellentes fêtes à tou(te)s, une bonne lecture et promis, Blaine est dans le prochain chapitre ;D Gros bisous.


Rory


« Aïe ! »

Des cris fusent autour de moi alors que je m'allonge sur le dos en me tenant l'épaule. Je suis mal tombé. Quelques secondes après, je vois plein de jeunes visages au-dessus de moi. Ils semblent curieux, sceptiques, voire amusés, certains ont peur, peut-être.

« Est-ce que ça va ? demande une femme d'une quarantaine d'années.

-Euh… oui, ça va réponds-je en me relevant.

-Tu es un mutant ?! s'exclame un jeune garçon d'une dizaine d'années.

-Comment t'as fait pour venir ? demande une petite blonde du même âge.

-Tu viens d'où ? »

En regardant tout autour de moi, je vois que je suis dans une classe de primaire. Je me mets debout en prenant appui sur ma bonne cheville. J'ai la tête qui tourne méchamment.

« Avez-vous besoin d'aide, jeune homme ? demande la dame qui est très probablement la maîtresse.

-Oui, est-ce que vous pouvez me dire où je suis ?

-Vous êtes à Flint, dans le Michigan.

-Le Michigan ?! m'écrié-je. J'ai réussi ! »

Je fais un petit bond de victoire, mais ça me donne le tournis et m'oblige à poser un genou à terre.

« Duncan, va chercher l'infirmière, demande la maîtresse à un de ses élèves, alertée par mon état.

-Non ! Ça va aller… rétorqué-je.

-Mais enfin regardez-vous, vous ne tenez pas debout ! »

J'ai envie de répondre mais je sens que je suis sur le point de m'évanouir. Juste avant de perdre connaissance, je la supplie :

« N'appelez pas les hôpitaux… s'il vous plait. »


Kurt


J'ai attendu quelques jours que Finn se remette de sa rupture avec Quinn. C'est un garçon sensible, mine de rien. Mais après, je n'ai plus eu de patience. Les voir, Rachel et lui, se regarder de loin avec leurs yeux de chiots battus, c'était trop. J'ai donc invité Rachel à venir passer l'après-midi avec moi pour regarder/chanter Les Misérables. Puis j'ai invité Finn à me rejoindre dans notre chambre après son entrainement pour tester les gâteaux que j'ai faits en cours de cuisine. Bien évidemment à la même heure. Et bien évidemment je ne suis pas allé aux rendez-vous. À la place, j'ai décidé de les espionner dans la chambre de Mercedes. Par espionner j'entends que Mercedes écoutait la conversation et me racontait tout, et cela un bol de pop-corn entre nous.

« Tu es merveilleuse, ma petite Radiostar, lui ai-je dit alors qu'elle répétait les déclarations romantiques de Rachel.

-Je sais, » a-t-elle répondu avec un grand sourire.

Ce n'était peut-être pas très correct de les écouter, mais d'un, nous avons arrêté à partir du moment où nous avons été sûrs que tout allait bien (même très bien), et de deux, c'est grâce à moi s'ils en sont là, alors j'ai bien le droit d'être au courant. Même si, bien, sûr, j'aurais fini par être au courant de toute manière.

Après que nous avons fini d'écouter nos deux tourtereaux, j'ai décidé de sortir me balader en ville. Ça fait longtemps que je n'ai pas fait de shopping. Mercedes décline mon invitation, j'y vais donc seul.

En passant devant le portail, je me sens tout à coup projeté en avant et je m'étale de tout mon long quelques mètres plus loin. Une fois sur pieds, j'époussette mes vêtements en pestant, ne sachant que trop bien qui est derrière cette farce. Je fais comme si de rien n'était et poursuis mon chemin. Je ne laisserai pas à Santana le plaisir de me voir misérable.

D'autant plus que ses bêtises ont commencées à devenir moins fréquentes. Je ne sais pas si c'est parce qu'elle se lasse ou parce que j'ai récemment réussi à utiliser mon pouvoir. En de rares occasions, certes, mais j'essaie, du moins. Je ne suis pas encore convaincu de son utilité et encore moins par le fait de réussir à le faire marcher mieux un jour, mais pour le moment, je n'ai pas grand-chose à faire d'autre. Si je suis venu ici, c'est bien pour être parmi les autres mutants, et je l'avoue, j'aime autant rester près de mes amis. Mon père me manque, je n'avais jamais vécu dans un internat avant. Cela dit, comme je suis avec Finn, je reste en famille. Et nous téléphonons assez souvent à nos parents.

Je crois que si je persiste c'est aussi en partie pour démontrer à Sue Sylvester qu'elle se trompe. Après m'avoir brutalisé, elle a été suspendue pendant deux semaines. Il est impossible de la renvoyer, car le personnel à la Gleex n'est pas monnaie courante. Ils ont peu de professeurs, quasi pas de surveillants ni de personnel de cantine, et ne parlons pas des autres professions nécessaires à un lycée. C'est logique il n'y a pas encore beaucoup de mutants et peu de personnes non-mutantes prêtes à venir travailler ici. On ne peut donc pas se priver facilement des rares personnes compétentes. Car, malgré tout, Sue est compétente. Elle maîtrise son pouvoir, et elle est très engagée dans le droit des mutants. Peut-être même trop, elle est assez extrémiste… C'est sans doute pour cela qu'elle ne veut pas de moi ici. Quoique… je me demande de plus en plus sérieusement si au contraire elle ne me provoque pas – car elle continue, même si elle ne me frappe plus et se contente de me faire peur – pour m'obliger à développer mon pouvoir. Il y a quelque chose dans son regard qui me dit qu'elle ne me méprise pas réellement.

Je roule jusqu'à la ville la plus proche pour aller faire les magasins. La Gleex académie n'est pas une école cachée, même si nous sommes assez loin dans la forêt. La plupart des gens sait qu'elle se situe dans le Maine, mais rarement plus. C'est surtout que nous ne divulguons pas facilement son emplacement précis, pour éviter les visites d'anti-mutants. C'est donc par bouche à oreille que l'on en apprend plus.

Je ne suis pas sûr de ce que j'en pense. Je me dis que certes, les mutants ne sont pas suffisamment acceptés par la société, et ils ont peur de subir des violences comme on a déjà pu le constater à de nombreuses reprises, mais je suis sûr que ça bloque l'information à des tas de mutants qui auraient bien besoin de venir ici. Il doit y avoir des tas de jeunes aussi paumés que moi qui ne savent pas du tout qu'une telle école existe.

Tout à coup, je vois une silhouette sur la route. J'appuie sur les freins de toutes mes forces en poussant un hurlement. Je jurerais qu'il n'y avait rien il y a quelques secondes. Une fois la voiture stoppée, je prends un instant pour reprendre ma respiration, le cœur battant à cent à l'heure. Etait-ce un cerf, ou un sanglier ? Ça n'en avait pas l'air, mais je fais tout pour refouler l'idée que c'était un être humain et que peut-être il gît là, devant, si ce n'est sous mes roues. Paniqué au plus haut point, je me demande si je dois téléphoner à quelqu'un, pleurer ou appeler tout de suite la police pour me rendre. Je claque mon visage entre mes deux mains en me répétant « Respire, Hummel, tout va bien… »

Tremblant, je sors du véhicule, et je contourne l'avant pour découvrir ce que je craignais : un garçon, qui a l'air d'avoir le même âge que moi. Il est vêtu d'un jean, d'un sweat-shirt noir et d'une paire de baskets. Sans me rassurer, j'arrête de culpabiliser à la seconde où je vois qu'il se trouve à plus d'un mètre des phares. Si je l'avais heurté, il aurait été projeté beaucoup plus loin. Et puis d'ailleurs, j'aurais senti le choc, mais cette évidence ne m'apparait que maintenant. Pourtant il est en sale état. Est-il… ?

Un gémissement me fait sursauter autant que pousser un soupir de soulagement. Je me jette à ses pieds pour lui venir en aide. Qu'est-ce qui a bien pu lui arriver ?

« L… la… geint-il.

-Quoi ? Non, n'essaye pas de parler ! crié-je. Je dois appeler une ambulance.

-Non ! » crie-t-il.

Tous les films d'action avec des serial-killers qui ne veulent surtout pas qu'on prévienne les autorités ou les hôpitaux me viennent en tête et je m'en veux presque d'être cinéphile quand il parvient à dire :

« La Gleex académie…

-Hein ? Tu cherches la… Tu es un mutant ?

-Oui. Peux-tu me dire où elle est ? »

Il se met en position assise, et je vois qu'il veut se mettre debout, mais je remarque qu'il a une cheville doublée de volume, une épaule tombante ainsi que des bleus sur le cou et probablement d'autres cachés par ses vêtements. Mais surtout une mine à donner à un squelette l'air bronzé.

« Je veux bien t'y emmener, mais tu dois d'abord te soigner, » marchandé-je. Je ne peux pas décemment le laisser dans cet état.

« Non, je n'ai pas le temps…

-Pas le temps de quoi ? »

Il me fait peur. Est-il en train de mourir, ou quoi ? Les mutants n'ont pas de remède contre ça, à ce que sache, alors pourquoi les cherche-t-il ?

« Je vais disparaître… » me dit-il.

Je vois le désespoir dans son regard et il me semble soudain moins présent. Pas pâle mais… transparent. Oui ! Il clignote on dirait un écran de télévision endommagé qui menace de s'éteindre.

« Non ! » gémit-il.

Est-il comme Tina, capable de se rendre invisible ? Mais ça ne le paniquerait pas à ce point… Je sers sa main fort et le regarde droit dans les yeux.

« Ne disparais pas ! Je vais t'aider ! Je suis là. »

Je veux vraiment l'aider. J'ai de la peine pour ce garçon qui a les yeux d'une bête blessée, effrayée. Quel que soit son pouvoir, il n'est pas facile à maîtriser et ça doit faire de sa vie un sacré bordel. Je vois de la reconnaissance dans ses yeux, mais il me redemande de l'emmener à l'école.

« Je t'en prie. Tout ce que je veux c'est aller là-bas. Il faut que j'y aille. Je suis si près du but. »

La Gleex académie a bien une aile médicale à elle seule, mais je suis plus près de la ville donc le réflexe naturel serait de l'y emmener. Mais je vois bien que c'est important pour lui, alors j'abdique. Je remarque également qu'il a cessé de clignoter.

« Alors avant que je ne…

-Regarde, le coupé-je. Tu es là, tu ne vas pas disparaître. Garde ton calme, je te conduis à l'académie.

-Merci. »

Il n'a pas l'air de comprendre pourquoi il ne disparait pas, mais cela le calme. Je l'aide à s'installer côté passager et fais demi-tour en direction de la Gleex académie.

« D'où viens-tu ? lui demandé-je.

-D… d'Irlande… »

Sa tête dodeline sur son cou, je vois qu'il lutte pour rester éveillé. J'entame la conversation pour l'aider.

« Je m'appelle Kurt, et toi ?

-Rory.

-Parle-moi de toi, continué-je pour qu'il ne sombre pas dans le coma à côté de moi.

-Et bien… J'ai seize ans. Je… » Sa voix est basse, ses yeux complètement éteints.

-Quel est ton pouvoir ? Es-tu un homme invisible ?

-Je me… téléporte.

-Waoh. » C'est sorti tout seul et je reste bouche-bée un instant. J'imagine pouvoir me téléporter en un clin d'œil de ville en ville, pour voir mon père quand je veux, visiter le monde, être devant les meilleurs magasins aux premières heures de soldes. « Tu en profites pour visiter des tas d'endroits, alors ? »

Il a un petit rire et tourne la tête vers moi. Dans ses yeux, il y a quelque chose de très lourd. Il sourit.

« Non. C'est la première fois que je voyage. J'ai toujours rêvé de venir aux Etats-Unis.

-J'espère que tu pourras y rester un moment.

-Moi aussi… »

Nous arrivons à l'académie. Je me gare et cours vers la porte côté passager pour l'aider à sortir. Je hurle :

« Mercedes ! Demande de l'aide à l'entrée ! Appelle l'aile médicale et M. Shue. Appelle aussi Finn si tu le trouves ! »

Je répète mon message, en espérant qu'elle le capte au plus vite. Je ne suis pas déçu. Au moment où je parviens à passer la porte d'entrée avec Rory à bout de bras, Finn est devant nous. Instinctivement, il prend le nouveau venu dans ses bras comme s'il s'agissait d'une plume. Il repart en sens inverse vers l'équipe médicale qui est à l'autre bout du couloir.

Je pousse un long soupir. Je ne suis pas encore tranquille, parce que je ne sais pas ce qu'il a, ni s'il va aller bien, mais au moins maintenant, il est entre de bonnes mains. Mercedes et Rachel, qui suivaient Finn, me pressent de questions. Je leur explique rapidement ce qu'il s'est passé.

« J'ai appelé M. Shuester, me dit Rachel, il devrait arriver d'une minute à l'autre. »

Quand on parle du loup, le voilà qui accourt vers nous.

« Rachel, qu'y a-t-il ? demande-t-il d'un ton alerte.

-Kurt a ramené un nouveau mutant.

-C'est vrai ? Où est-il ?

-A l'infirmerie, expliqué-je. Il était très mal en point quand je l'ai trouvé.

-Que lui est-il arrivé ?

-Je ne sais pas… j'ai l'impression qu'il s'est fait agresser… »

Rachel plaque ses mains sur sa bouche, horrifiée.

« Mais il ne voulait surtout pas aller dans un hôpital, il avait l'air terrorisé à cette idée, continué-je. D'ailleurs, je vais aller à l'infirmerie. S'il se réveille là-bas et que ça ne lui plait pas, il risque d'avoir peur à nouveau et de partir.

-De partir ? s'étonne M. Shuester. S'il est en aussi mauvaise forme que tu le dis, ça ne va pas être facile.

-Il se téléporte. »

Le professeur et mes amies ouvrent la bouche silencieusement puis hochent la tête. Je décide d'aller rejoindre Rory auprès des médecins. M. Schuester me suit pour être mis au courant de la situation. Une fois là-bas, j'explique au personnel médical qu'il vaut mieux que je sois là quand il se réveillera et ils se montrent compréhensifs, m'autorisant à rester dans le coin, mais je n'ai pas encore le droit d'entrer dans la chambre.

Ce que nous ignorons encore, c'est que Rory ne se réveillera pas avant quatre jours.

La rumeur du nouvel arrivant s'est répandue comme une traînée de poudre, à tel point qu'il a déjà un surnom de mutant. Brittany, apprenant qu'il est irlandais et qu'il se téléporte, en a conclu que c'était un leprechaun. Donc, ça, c'est fait…

Heureusement, il a fini par se réveiller. Je n'étais pas présent à ce moment-là, parce que je devais bien aller en cours, mais il n'a pas trop paniqué, surtout à partir du moment où on lui a expliqué qu'il était bien à la Gleex académie.

Il a pu s'inscrire en tant qu'élève, c'est tout ce qu'il demandait. La présence ni l'autorisation des parents n'est nécessaire ici. Ça peut paraître étrange mais il vaut mieux qu'il en soit ainsi. Certains parents, qui n'acceptent pas la différence de leur enfant mais ne veulent pas les abandonner, sont bien contents de les voir loin d'eux, tout en se donnant une bonne conscience du fait que leur progéniture reste dans le système scolaire. Quant à ceux qui ne sont pas d'accord, mais dont les enfants fuguent pour venir ici, ils ne sont jamais venus s'en plaindre pour autant.

« Je crois que c'est parce qu'ils ont peur que les mutants ne leur fassent du mal », m'a expliqué un jour M. Shuester en riant jaune.

J'ai du mal à croire que la situation puisse durer ainsi éternellement, mais la direction de la Gleex académie préfère se concentrer sur ses élèves que sur des problèmes qui n'existent pas encore. Qui peut les blâmer ?

C'est grâce à cette liberté d'action que Rory peut être des nôtres. Car si un garçon a des parents à l'encontre de sa nature, c'est bien lui.

Quand je suis allé lui rendre visite après son réveil, il m'a juré une reconnaissance éternelle. Il m'a dit que j'étais son sauveur et qu'il ferait n'importe quoi pour me remercier. Aussi, quand je lui ai demandé de me raconter son histoire, il a accepté. Je ne sais pas comment il a fait, d'ailleurs, peut-être qu'il avait besoin d'en parler, mais ce ne sont pas des choses qu'on avoue facilement.


Rory


J'ai découvert mon pouvoir à l'âge de neuf ans. Ça a surpris tous mes camarades à la Gleex académie quand je leur ai raconté cela. On m'a demandé pourquoi je n'étais pas venu plus tôt, s'il existe une école en Irlande, comment ça se fait que je ne maîtrise pas encore mon pouvoir après tant de temps. Ce dernier point est facile à révoquer : le temps n'y fait pas grand-chose, c'est l'entraînement qui joue, et je n'avais pas l'enseignement nécessaire. Non, il n'existe pas d'école en Irlande… si seulement c'était possible. Pour ce qui est de ma venue tardive, j'ai pu prétexter ne pas connaître l'académie avant très récemment. C'est vrai, ce n'est pas un mensonge. Mais ce n'est pas tout à fait la vérité.

Je n'ai raconté la vérité qu'à Kurt, parce que je lui dois la vie. Ça m'a aussi fait du bien d'en parler, je dois bien l'avouer.

A neuf ans, donc, j'ai disparu en plein repas de famille. Il était très ennuyeux et j'ai souhaité tellement fort pouvoir aller jouer dans ma chambre que c'est arrivé. Evidemment, au lieu de rester jouer à l'étage, j'ai dévalé les escaliers pour revenir vers mes parents, tout excité que j'étais d'avoir fait une chose aussi extraordinaire. Ma mère m'a donné la plus grosse gifle que j'ai jamais reçue. Mes grands-parents pleuraient, mon père a tapé du poing sur la table en serrant les dents, et mes oncles et tantes ont regardé dans leur assiette d'un air sombre. Mon frère avait quitté la table. Je me suis mis à pleurer et j'ai demandé ce que j'avais fait de mal. Mes parents m'ont sommé de ne jamais refaire « ce que je venais de faire ». Ils n'ont jamais pu exprimer avec des mots mon pouvoir. Verbaliser la téléportation était au-dessus de leurs forces, comme si cela lui donnait un aspect plus concret.

Après ce repas, le petit garçon que j'étais ne pouvait pas raisonnablement se contenter d'obéir à un ordre aussi injuste qu'incompréhensible. J'ai réessayé de me téléporter. J'allais dans les bois, dans le parc quand il n'y avait pas beaucoup de monde, et j'essayais d'aller dans des endroits proches. Ça marchait assez souvent, même si je n'étais pas très à l'aise et que parfois je me retrouvais dans des lieux insolites, comme l'arrière-boutique d'une boucherie ou dans la piscine municipale. Je me faisais souvent mal parce que je ne sais pas atterrir correctement, mais jamais rien que je ne puisse expliquer par une partie de foot un peu animée. Fort heureusement, je n'ai pas été repéré par les voisins ou les autres habitants locaux. Mais mes parents m'ont surpris. J'ai vu du dégoût et de la déception dans leurs yeux. Je ne comprenais pas pourquoi ils ne trouvaient pas ça cool comme moi. J'ai cru qu'ils allaient me frapper mais au lieu de ça, mon père m'a traîné dans la voiture et nous avons roulé jusqu'à l'hôpital. Il les a supplié de me « guérir ».

On m'a fait tous les examens possibles et imaginables. Depuis lors, je ne supporte pas les hôpitaux, ni même l'évocation d'un médecin. Sauf ceux de la Gleex académie. Ils sont mutants eux-aussi, alors je leur fais confiance. Quand les médecins ont dit à mes parents qu'ils ne pouvaient rien faire, mes parents sont allés voir un prêtre et ils ont décidé de m'exorciser. Pour eux, j'étais l'incarnation du mal, d'une manifestation de Satan. Nous avons procédé à l'exorcisme, qui reste un souvenir pour le moins traumatisant et que je ne raconterai pas plus en détails. Après cela, j'ai fait semblant que ça avait fonctionné. Mes parents étaient fous de joie et m'aimaient à nouveau.

Ça n'avait bien sûr rien fait, mais j'avais peur non seulement d'être détesté et puni, mais aussi de mon pouvoir. Après tout, d'où venait-il, comment avais-je eu cela ? J'étais le seul à être bizarre, comme ça. C'était peut-être bel et bien une malédiction.

Jusqu'à douze ans, je n'ai rien osé faire. C'est alors que j'ai appris l'existence d'autres mutants, grâce à internet. J'ai lu des articles, j'ai vu des documentaires et j'ai enfin compris que je n'étais pas bizarre mais seulement sujet à l'évolution. Que c'était dans mes gênes et que personne n'y pouvait rien. Je me suis inscrit à des forums, j'ai discuté avec des mutants et j'ai appris l'existence de la Gleex académie. Je rêvais d'y aller plus que tout au monde.

Je n'ai pas osé en parler à mes parents tout de suite. J'ai tenté une approche progressive, en commentant les informations à la télé quand il s'agissait de mutants, en mettant sur la table du salon des journaux ouverts aux pages qui en parlaient et ainsi de suite. Ils ont fait comme s'ils ne voyaient ni n'entendaient rien. J'en ai parlé à mon frère, qui m'a ordonné d'arrêter mes conneries, pour reprendre ses paroles.

Je me suis décidé à leur parler de l'académie, et en retour, mon père m'a roué de coups. A partir de là, j'ai décidé que leur avis ne comptait plus. Je me suis entraîné de plus en plus dur à la téléportation, même si j'étais battu à chaque fois que j'étais pris sur le fait. Plus rien n'avait d'importance. Mon but : me téléporter jusqu'aux Etats-Unis et rejoindre la Gleex académie. Mais c'était très dur. J'ai tout d'abord réussi à aller en Angleterre, puis en Espagne, mais cela me fatiguait énormément. J'ai quand même continué à m'entraîner.

Il y a une semaine, ma mère m'a encore surpris réapparaissant dans ma chambre après un rapide voyage vers le bord de mer. Elle a pris son visage entre ses mains, a appelé mon frère, qui est venu et a voulu m'emmener quelque part. J'ai demandé où mais ils n'ont rien dit. Mon père nous attendait dans la voiture. J'ai compris que je retournais à l'hôpital quand j'ai vu la valise sur le siège arrière. J'ai essayé de m'enfuir mais mon frère m'a frappé. J'étais endolori et à moitié assommé, ma cheville me lançait et je les sentais me tirer vers la voiture. La peur qui me tenait le ventre était incomparable. J'ai poussé un hurlement qui encore maintenant me surprend, tant il était inhumain, et je me suis téléporté.

J'ai réapparu pour la première fois de l'autre côté de l'océan, dans le Michigan, dans cette salle de classe de primaire. L'institutrice semblait sympathique, mais elle a appelé une ambulance alors que je l'avais prié de ne pas le faire. Je me suis réveillé sur un brancard et j'ai cru faire une crise cardiaque. Les infirmiers ont dû en faire une à leur tour car j'ai disparu en un clin d'œil, me retrouvant cette fois-ci en Pennsylvanie.

Trouver la Gleex académie aurait été très dur avec mon pouvoir car, si je savais où elle était, j'ignorais comment m'y transporter. Je dois connaître un endroit pour y apparaître de ma propre volonté, sinon, j'arrive dans un endroit aléatoire. Pour ne pas m'éloigner plus du Maine, j'ai décidé d'y aller sans me téléporter. J'ai fait du stop, parce que je n'avais aucun sou en poche. Ça a été un voyage long et pénible. Sans argent ni carte d'identité, rien, j'ai dû malgré tout me téléporter quelques fois pour éviter les questions de certains policiers. J'ai aussi volé de la nourriture. Je n'en suis pas fier mais je n'avais pas le choix. J'ai heureusement réussi à me téléporter près de là où je me trouvais en cas de problème. Mais ça m'épuisait de plus en plus et la fatigue rendait mon pouvoir instable. Je me téléportais sans le vouloir.

Au final, j'ai rencontré Kurt et me voilà à la Gleex académie. Les téléportations à répétitions m'ont vidé de mon énergie, surtout celles à longues distance, c'est pourquoi j'ai sombré dans un coma de quatre jours.

Je suis « Leprechaun ». Je ne l'ai pas décidé, mais ça me plait. Cela fait maintenant deux mois que je suis ici. Je suis heureux, parmi des jeunes qui sont comme moi et qui m'acceptent. Je suis triste, malgré tout, d'avoir quitté ma famille de cette manière… j'espère qu'un jour, ils comprendront.

Ce qui est fantastique, c'est que je peux utiliser mon pouvoir comme je l'entends. En m'entraînant quotidiennement, je me suis rendu compte que je progresse très vite. Je peux me téléporter de manière de plus en plus précise, de plus en plus loin et les professeurs me font tester de nouvelles choses, comme aller dans des endroits que je ne connais pas à partir d'une photo. Si je me plante, je peux toujours revenir à l'académie, alors ce n'est pas un souci.

Bientôt, je voudrais essayer quelque chose : emmener quelqu'un avec moi dans mes téléportations.


Karofsky


C'est un cauchemar. Je vais être avec tous ces losers de mutants. Dans une école spéciale. J'ai pourtant tout fait pour y échapper. Je ne l'utilise pas, je veux être normal. Je suis un mec comme les autres, je fais du foot, j'ai des notes correctes, j'ai plein de potes. Il a fallu que j'aie cette merde de gêne mutant. Comme si ça ne suffisait pas que je sois…

Ça a commencé au début du lycée, je venais d'entrer en seconde. Je rentrais du bahut, j'ai croisé un clochard chelou qui m'a demandé de la thune. J'ai rétorqué que j'en avais pas, mais il m'a bloqué la route. Il avait pas l'air violent, et de toute façon, je lui aurais pété la gueule en moins de deux, mais j'ai vu nos ombres se rejoindre et ne faire qu'une. J'ai cru à un effet d'optique. J'ai regardé en l'air pour voir si des nuages ou je sais pas quoi avaient modifié la lumière. Mais non. Du coup j'ai demandé au clochard de dégager. Il a pas voulu. Je l'ai poussé, mais il a fait la même chose, au même moment. Ça m'a foutu en rogne, j'ai brandi le poing devant lui, menaçant, en lui ordonnant de me foutre la paix. Il a aussi levé le poing, pareil. Ce connard m'imitait, en plus, le truc qui énerve bien comme il faut. Du coup j'ai posé mon sac par terre, près à lui foutre une raclée. Et là, il a fait le même geste. Celui d'enlever une besace et de la jeter près de lui. Sauf qu'il ne portait rien, et qu'il a fait ça tellement au même moment que moi que c'était bizarre. En plus, il avait les yeux fermés. Ce blaireau s'était endormi, complètement ivre. Alors comment pouvait-il m'imiter ? J'ai commencé à faire plein de gestes bizarres et rapides, et il faisait tout comme un miroir. J'ai cru que j'étais dingue, et puis j'ai compris.

J'ai réussi, je ne sais pas comment, à détacher mon ombre de la sienne et il s'est écroulé par terre comme un sac de patates, et j'ai couru jusqu'à chez moi pour m'enfermer dans ma chambre, que j'ai fracassée dans tous les sens. Ensuite, je me suis dit que c'était sans doute une erreur, une caméra cachée ou un truc comme ça. Donc, pour être sûr, j'ai testé sur un autre type bourré, à la sortie d'un bar. Il n'aurait pas fallu qu'il soit éveillé et qu'il puisse me balancer. Malheureusement, ça marchait sur lui aussi.

J'ai paniqué, je voulais pas de ce truc, je savais pas quoi faire. On allait me prendre pour un taré, comme cette nana de mon lycée qui entendait à des kilomètres. Super, le truc pourri. Genre elle peut espionner tes conversations que tu le saurais pas. Et puis son pote le gay, là, Kurt Hummel. Lui aussi au final c'était un mutant. Ça m'étonne pas, il a toujours été différent des gens normaux. Je peux pas l'encadrer.

Ensuite, je me suis dit que c'était pas grave. J'avais juste qu'à ne jamais utiliser mon pouvoir, et personne ne verrait rien. Je pourrais vivre comme avant. J'ai vite compris que ça ne marchait pas comme ça. Ma connerie de pouvoir se manifestait parfois sans que je le fasse exprès. Un jour, ça a marché sur Hummel. J'ai chopé son ombre, d'un coup. Heureusement, on était que tous les deux dans le couloir, mais ça m'a fait peur quand même. Par contre, il a réussi à se détacher, je sais pas comment. Je l'ai pris par le col et je lui ai sommé de jamais rien dire sinon je le tuerais. J'étais trop flippé, j'ai dit ça sans réfléchir. Je le pensais pas vraiment, mais je crois que ça a marché. Putain, pourtant je voulais pas faire ça. Il m'énerve, c'est vrai, mais de là à dire ça… surtout qu'on se ressemble quelque part. C'est ça qui m'énerve le plus en fait. Lui, il s'assume. Alors je pouvais pas m'en empêcher, je le cognais. Lui et ses manières de tapette, ses cheveux trop bien coiffés, ses tenues de dandy, sa voix fluette et sa façon de tenir le coup sans flancher, ça me dépassait. Je sais pas comment il fait, je supporterais pas le regard des autres. Je pourrais plus regarder mes parents en face.

Mais en plus d'être gay, je suis mutant. Le jackpot, putain de merde. J'ai accroché l'ombre de mon père l'autre jour et c'est là que mes parents ont appris l'existence de mon pouvoir. Ils l'ont pas mal pris. Ils étaient inquiets pour moi, ils m'ont dit que j'aurais dû leur dire, tout ça. Du moins ils se sont renseignés sur un tas de trucs, ils m'ont donné des conseils, et puis ils ont décidé de m'inscrire à la Loser académie. Je veux pas aller là-bas. Je veux être normal, je veux pas être considéré comme un paria. Mais mes parents m'ont pas laissé le choix. Ils pensent que je dois pouvoir maîtriser ce pouvoir, parce que ça pourrait être dangereux ou je sais pas quoi. Peut-être… Putain, si au moins j'avais un pouvoir bien, comme Finn Hudson qui est genre Hulk sans la tronche verte, ça irait. Si quelqu'un osait me dire quelque chose, je lui ferais regretter. Mais non, j'ai ce truc de psychopathe.

En plus, il faut que ce soit un internat. Obligé de vivre avec tous les phénomènes de foire. Enfin, y aura peut-être des gars sympas dans le lot…

Nous sortons du bureau du directeur, mes parents et moi. Ça y est, je suis officiellement inscrit. Je commence lundi. On est venu un vendredi, histoire que j'ai le week-end pour me familiariser avec l'établissement.

On se dit au revoir avec mes parents, et puis ils repartent. En me retournant sur le parking pour retourner dans le dortoir, je vois Kurt Hummel. C'est peut-être le moment. Le moment de m'excuser, de lui dire que j'ai été con, et que je ne pensais pas les menaces que je lui faites. Avant de pouvoir me décider, il part en courant. Evidemment…


Kurt


Je ne peux pas rester là.

Je frappe comme un malade mental à la porte de la chambre de Rory, qui ouvre, l'air perplexe. Je le saisis par le col, désespéré.

« Tu dois m'emmener loin d'ici. »