Chapitre 4
Deux autres heures passèrent avant que le groupe n'atteigne les limites de la cité. Vers midi, ils avaient fait une pause pour dîner car tout le monde commençait à avoir faim. Selenn s'en était plainte à son père qui avait fait passer le mot et ordonné une halte, malgré les avertissements du Capitaine Pratt qui pensait que l'Ombre était trop docile depuis qu'ils l'avaient capturés. Il était sûr qu'elle mijotait quelque chose. Quand ils stoppèrent, il s'approcha d'elle et lui demanda :
- Dites moi, que mijotez-vous, l'Ombre ? Je trouve que vous êtes trop facile à surveiller depuis que nous vous avons trouvé…
Avant de répondre, Tiana le regarda pendant un long moment. Elle essayait de se rappeler où elle avait entendu cette voix. Alors que son examen minutieux se prolongeait, Pratt commença à se sentir mal à l'aise. Le regard perçant de l'Ombre avait la capacité de le mettre à nu, semblait-il. Enfin, elle lui répondit froidement :
- Ce que je mijote, comme vous dites, ne vous regarde en rien. Votre voix m'est familière, cependant. Se serait-on déjà rencontrés ?
- Je ne crois pas que nous nous soyons jamais rencontrés. En tout cas, je m'en souviendrais, si c'était le cas. Je commande le Malice depuis longtemps et je sais que nous ne vous avons jamais croisé.
- Nous nous sommes déjà rencontrés, Capitaine Pratt. Elle ricana en voyant l'air éberlué du Capitaine. Elle ajouta : Je suis sûre que le Lieutenant Mallik vous enverrait ses salutations s'il savait que vous étiez ici.
À ces mots, elle vit la compréhension se faire dans son regard et elle ricana de plus belle. Il se renfrogna en se remémorant le déplorable incident, qu'il avait sagement décidé de ne pas enregistrer dans le journal de bord, et lui rétorqua :
- Je m'en rappelle, maintenant. Vous m'aviez traité d'idiot, à cette occasion, si je me souviens bien.
- Et ça n'a pas beaucoup changé, à ce que je vois.
Le gouverneur, qui était assis un peu plus loin, en compagnie de sa fille, et les écoutaient depuis un moment, fut surprit par les allégations de l'Ombre. Son ami ne lui avait jamais mentionné ce petit incident. Pendant que Selenn pouffa en entendant l'Ombre traiter son oncle Allec d'idiot, il se rapprocha et s'immisça dans la conversation. Il lui demanda, curieux :
- Que s'est-il passé exactement ? Et pourquoi aviez-vous traité Allec d'idiot ?
- Et bien, nous avons réussi à lui enlever un des meilleurs craqueurs de la galaxie, qui n'était alors qu'un simple technicien qui servait à bord du Malice. Il nous a été d'une grande utilité pour déchiffrer les plus complexes de vos codes depuis près de huit mois.
- Ha, d'accord, je vois… Hé bien, mon pauvre Allec, on dirait que toi aussi, tu t'es fait avoir par l'Ombre. Il semblerait que vous êtes aussi doué qu'on le dit.
- Attendez, vous n'avez encore rien vu, Gouverneur.
Le ton décidé et très sérieux qu'elle utilisa lui fit clairement comprendre qu'il aurait à faire face à des ennuis dans l'avenir. Il lui faudrait sans doute la faire surveiller de beaucoup plus près, mais il craignait de ne pas avoir suffisamment d'hommes pour assurer une sécurité parfaite. Après tout, ils n'étaient qu'une petite planète située non loin de la bordure extérieur et ils ne recevait que rarement les troupes qu'il demandait. Cela mit fin à leur conversation et, une demi-heure après, le groupe se remit en marche. Peu de temps après, ils arrivèrent enfin dans la ville et les habitants, assez nombreux dans les rues à cette heure de la journée, regardèrent avec curiosité cette troupe importante en parcourir les rues en encadrant un groupe de Rebelles. Comme on pouvait s'y attendre sur une planète pro impérial, une troupe de bedeaux peu amicaux commença à se former de part et d'autre des rues et des huées commencèrent à fuser. Les rangs les plus proches reculèrent un peu quand le wookie poussa un grondement impressionnant. Il leur disait tout simplement de se la fermer en des termes crus et assez vulgaires. L'un des autres Rebelles lui dit :
- Salporin, soigne ton langage ! Peut-être bien qu'eux, ils ne comprennent rien, mais nous, oui, et c'est suffisant. Tu ne veux pas te faire blâmer par ton patron pour ton langage, non ?
Dans la foule, l'agitation augmentait peu à peu et la situation risquait de dégénérer. Voyant cela, les commandos resserrèrent les rangs autour des prisonniers pour les protéger de la foule. L'un d'eux, peut-être un peu plus téméraire, un peu plus idiot ou tout simplement un peu ivre, lança d'une voix tonitruante et insultante au possible :
- Et il est où, votre chef ? Il n'ose pas se montrer, c'est ça ? Il préfère rester caché derrière les commandos ?
Salporin se mit alors à insulter l'impoli de toute sa voix, ce qui eut pour effet de faire taire le malotru, qui n'en demeura pas moins sur ses positions. Une voix surgit alors du milieu du groupe et vint interrompre la diatribe du wookie. Elle dit, d'un ton parfaitement calme et légèrement amusé :
- Laisse tomber, Salporin. S'ils veulent me voir, je vais leur faire ce plaisir.
Une petite silhouette en cape verte se fraya alors un chemin à travers le groupe de Rebelles et vint se planter juste devant les commandos, prouvant ainsi qu'elle ne craignait absolument pas une foule de bedeaux en colère. Elle toisa la foule, et en particulier l'impoli, de son regard froid et perçant, pendant plusieurs minutes, pendant lesquelles un grand silence se fit, rompu au bout de quelques temps par des murmures incrédules. L'Ombre les écouta quelques instants avant de dire :
- Vous vouliez voir le chef, le voici. Avez-vous quelque chose à ajouter, « monsieur » ?
- Heu… Ben… Dit l'impoli, soufflé. Il posa finalement la question que tout le monde se posait : Êtes-vous l'Ombre ?
- Bien, je vois que vous êtes moins idiot que vous en avez l'air ! Quoique, avec la foule qui vous souffle la question dans votre dos, ce n'est pas très difficile. Mais peut-être avez-vous besoin d'une preuve ?
- Heu… Non, ça va ! Continua le bonhomme d'un ton un peu moins sûr de lui en reculant vers l'arrière de la foule.
- C'est bien ce que je pensais… Ricana l'Ombre d'un ton lourd de sarcasme. Elle jeta alors un regard circulaire sur la foule et ajouta, menaçante : Quelqu'un d'autre veut essayer de faire le malin ? Non ? Quel dommage…
Ensuite, elle eut un dernier regard pour la foule, qui était maintenant calme et silencieuse, puis tourna les talons et retourna auprès de ses hommes, qui la considéraient avec un grand respect. Le Gouverneur et sa fille, qui avaient eux aussi assistés à toute la scène avec un air éberlué, regardèrent ensuite la petite silhouette avec une sorte de respect. En voila une qui savait de toute évidence s'imposer, se dit le Gouverneur. Quant à la fillette, elle lui demanda, impressionnée :
- Comment vous avez fait ça ? Ils étaient prêts à vous tuer !
- Je les ai juste intimidés. Je me suis servie de mes dons naturels pour inspirer le respect ou la crainte chez les autres. C'est comme ça que les galons se gagnent dans l'armée Rebelle et non pas à cause de l'argent, de ta famille ou d'un lien avec un haut gradé de l'Empire. Dans notre armée, les galons se gagnent par le respect que l'on inspire à ses troupes ou à ses supérieurs.
- Quel est votre grade, à vous, dans l'armée Rebelle ?
- Je n'ai pas vraiment de grade car ma position est un peu particulière, mais si on devait un jour m'en donner un, il se rapprocherait de celui de Général.
- Vous pourriez commander une armée ?
- Oui, mais ce n'est pas ma spécialité. Tu poses de bonnes questions pour quelqu'un d'aussi jeune, Selenn. Ne laisse pas les rouages de l'Empire étouffer ton intelligence.
- Oui, Monsieur !
- Allons, pas besoin d'être aussi formelle, mademoiselle !
Finalement, le Gouverneur s'immisça dans leur conversation et l'Ombre n'eut pas l'occasion de questionner la jeune fille sur l'étrange voix qu'elle avait entendue au cours du combat, ce matin-là. Elle se doutait cependant un peu de ce dont il s'agissait et, pour en avoir le cœur net, elle tenta un légère sonde mentale. C'était le première fois qu'elle le tentait consciemment mais elle y réussi assez bien et elle sentit en effet quelque chose d'assez fort chez la jeune fille, mais assez chaotique, aussi. Selenn tourna alors la tête vers elle, comme si elle avait senti quelque chose, elle aussi. Ils recommencèrent leur marche dans les rues de la ville et la foule s'écartait sur son passage, tendant le cou pour tenter d'apercevoir l'Ombre. Peu de temps après, ils arrivèrent enfin au cœur de la cité et l'Ombre et ses hommes furent emmenés en cellule. Ils n'avaient cependant pas assez d'hommes pour les enfermer dans des cellules séparées alors seule l'Ombre fut mise à part et eut droit à sa propre cellule. Avant d'entrer dans les bâtiments de la prison, elle avait pût apercevoir une navette posée sur l'aire d'atterrissage devant le bâtiment.
*
* *
Elle décida d'attendre le milieu de la nuit pour agir, car ce serait sans doute le moment où il y aurait le moins de gardes et de personnel. Elle avait donc plusieurs heures devant elle pour penser à un autre problème. Comment pourrait-elle prévenir la jeune Selenn pour ses pouvoirs ? La petite devait apprendre à les contrôler et à les cacher. Si elle n'y arrivait pas, elle serait arrachée à son père et conduite sur Coruscant pour être éduquée par l'Empereur, ou pire encore. Elle décida alors de faire quelque chose qu'elle n'avait jamais tenté. Cela ne lui prit pas de temps pour s'endormir et se retrouver dans le lieu où elle avait souvent rencontrée son grand-père. Une fois sur place, elle s'observa quelques instants et changea sa tenue pour une nouvelle. La même, en moins défraîchie, que celle de Clarisse. Son sabrelaser était visible à sa taille. Elle avait maintenant l'air d'une Jedi. C'était parfait puisque Selenn n'avait jamais vue son visage. Quand elle fut prête et que Selenn se soit endormie, elle l'appela d'une voix douce. Une silhouette apparut peu à peu et la fillette se matérialisa devant elle. Elle semblait légèrement perdue et ne semblait pas savoir où elle était. Tiana parla alors d'une voix douce :
- N'aie pas peur, Selenn. Je ne te veux aucun mal, au contraire. Je veux te prévenir d'un danger potentiel.
- Qui êtes-vous ? De quel danger voulez-vous me prévenir ?
- Je m'appelle Larenne et je suis une Jedi. Pour ce qui est du danger, je veux juste te mettre en garde de ne pas utiliser tes pouvoirs dans la Force près de Vador ou de son Empereur. Si tu le fais, tu seras arrachée à ta famille et tu seras forcée de travailler pour l'Empire.
- Vous voulez dire que j'ai des pouvoirs moi aussi ? Des pouvoirs comme ceux des Jedi ? Comme ceux de l'Ombre ?
- Oui, tu possèdes des pouvoirs de Jedi, mais prends garde. De grands pouvoirs entraînent cependant de grandes responsabilités. Il faut savoir faire face à tes responsabilités. Il ne faut surtout pas que tu en parles, à personne, même pas à ton père. Ce serait trop dangereux. Il faut aussi que tu apprennes à les contrôler, je ne peux cependant pas t'y aider, mais écoute toujours la petite voix qui parle. Ses conseils sont toujours bons. Tu comprends ? Tu dois aussi apprendre à ne jamais utiliser ces pouvoirs par colère. C'est dangereux. Si tu le fais, tu ressembleras à Vador ou à l'Empereur. Est-ce ce que tu veux ?
- Absolument pas !!! D'accord. Je vais faire comme vous dites. Est-ce que je vais vous revoir ?
- Peut-être. Cela dépend de toi. Si tu as des problèmes, appelle-moi. Je vais essayer de t'aider.
La fillette hocha la tête et se réveilla. Elle se retrouva dans son lit et se frotta les yeux sans être sûre qu'elle avait bien rêvée de cela. Était-ce réellement un rêve ? La Jedi était très belle et elle semblait avoir son bien-être à cœur. Elle décida de faire ce que la Jedi lui avait conseillée. Elle se recoucha et se rendormit alors très vite. De son côté, Tiana s'éveilla et sourit sous sa capuche. C'était plus facile qu'elle se l'était imaginée. Elle pourrait peut-être aider Selenn tout compte fait. Il fallait malgré tout qu'elle reste prudente. Sa connexion ne passerait pas longtemps inaperçue si la distance entre elle et la petite fille était trop grande. Elle remit cette considération à plus tard et consulta sa montre. Il était près de minuit et le temps de s'évader était arrivé. Elle prit son sabrelaser et découpa une partie du plafond dans le coin. Elle se glissa ensuite par le trou et remit les tuiles du plafond en place. Elle chercha ensuite ses compagnons de voyage. Elle les trouva assez rapidement en les cherchant au moyen de la Force. Elle découpa les tuiles du plafond et ses élèves purent se glisser dans le trou pour la rejoindre dans les conduits de ventilation. Comme partout ailleurs, ceux-ci n'étaient pas surveillés. Les impériaux n'apprenaient donc jamais à mieux surveiller leurs conduits de ventilation.
Le groupe se mit en route vers la sortie. Tiana espéra que la navette qu'elle avait vue en entrant y était encore. L'évasion serait encore plus difficile si elle ne s'y trouvait plus. L'Ombre et son groupe errèrent un peu dans les conduits avant de trouver une sortie. Celle-ci était surveillée par deux commandos qui semblaient s'ennuyer ferme. Les Rebelles attendirent le changement de garde avant de quitter le conduit et de se glisser dans la navette qui était encore là. Tiana pensa alors qu'ils étaient très chanceux, ils pourraient s'enfuir avant que les impériaux ne découvrent qu'ils n'étaient plus là. Ils se glissèrent dans la navette et Khaled entra dans le poste de pilotage pour amorcer la séquence de décollage. Les sirènes d'alarmes partirent au moment où la navette s'élevait dans le ciel. Les Rebelles quittèrent la planète et passèrent sous le nez du Malice sans que ceux qui étaient à bord ne puissent réagir. Elle entra dans l'hyperespace avant que les rayons tracteurs du destroyer ne les atteignent.
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* *
L'alerte réveilla toute la ville au beau milieu de la nuit. Tous se demandèrent anxieusement ce qui arrivait car c'était la première fois qu'une telle alerte était lancée depuis très longtemps. Le Gouverneur, qui bondit de son lit presque immédiatement, se précipita vers le communicateur le plus proche pour demander ce qui se passait à la sécurité de la ville.
- Qu'est-ce qui se passe, bon sang ?! Est-ce que nous sommes attaqués ?
- Non, Monsieur. Lui répondit une voix énervée. C'est une évasion de prisonniers ! Ils se sont enfuis avec la navette du Capitaine Pratt, Monsieur !
Fermant les yeux un moment, il poussa un soupir excédé. Il se doutait bien de l'identité des prisonniers enfuis et cela ne le surprenait pas du tout. Dommage… Il aurait bien aimé avoir une conversation privée avec l'Ombre. Il dit enfin :
- Laissez-moi deviner. L'Ombre et son groupe se sont échappés, c'est ça ?
- Oui, Monsieur. Ils sont hors de portée de nos rayons tracteurs, maintenant.
- Avez-vous avertis le Malice ?
- Oui, Monsieur. Ils ont la navette sur leurs écrans, mais elle s'éloigne rapidement. Attendez… Ils disent qu'elle vient de passer en hyperespace, Monsieur. Elle s'est enfuie.
Il ne fut pas du tout surprit par la tournure des évènements. Quant à lui, il se demandait comment il allait annoncer à Allec qu'il allait devoir se faire envoyer une autre navette pour regagner son vaisseau. Il raccrocha en poussant plusieurs jurons et, quelques minutes plus tard, il reçut un appel de son vieil ami, qui était déjà au courant de l'incident. Il semblait plutôt en colère et pestait contre le manque d'efficacité de ses officiers. Il finit par se calmer un peu et dit :
- Ils n'ont pas eu le temps de calculer son vecteur d'entrée dans l'hyperespace. De toute façon, cela aurait été inutile vu que les Rebelles ont pour habitude de faire plusieurs sauts imprévisibles avant de rejoindre leur destination finale. Il soupira d'agacement avant de reprendre, excédé lui aussi : Cette Ombre est une véritable peste ! Évidemment, il ne faudra pas longtemps pour que cet incident atteigne Coruscant et là, les ennuis vont vraiment commencer.
- J'espère juste que ce ne sera pas trop rapide. J'ai déjà suffisamment de soucis pour le moment sans m'inquiéter en plus de voir débarquer ici le Seigneur Vador en personne ! Car je ne doute pas une seconde qu'il va se déranger lui-même pour quelqu'un comme l'Ombre.
- Il est fort possible qu'il décide de te mettre le blâme de son évasion sur le dos, mon pauvre ami. Si c'est le cas, je te souhaite bien de la chance, tu vas en avoir besoin. Tu connais la réputation du Seigneur Vador en ce qui concerne l'échec…
- Tu aurais put éviter de me le rappeler, Allec, je n'ai vraiment pas besoin de ça ! Il ne faudrait pas que Selenn se retrouve sans père si tôt après avoir perdu sa mère… Elle ne s'en remettrais jamais… Il se reprit alors et dit, après un moment de silence : Que vas-tu faire concernant ta navette ?
- Appeler le Malice pour qu'il m'en envoie une autre, bien sûr. D'ailleurs, excuse-moi, je vais m'en occuper immédiatement.
- Oui, d'accord. Je te verrai avant ton départ.
Ensuite, Denys ferma la connection et, quand il se retrouva de nouveau seul dans ses quartiers, il commença à se demander comment il allait pouvoir expliquer ce léger fiasco en haut lieu. Il secoua la tête en pensant que ses ennuis ne faisaient en effet que commencer et que, si Allec avait eu raison, il aurait des nouvelles dans moins d'un mois. Peut-être devrait-il faire les premiers pas et annoncer lui-même cette nouvelle plutôt que de laisser la rumeur l'emmener jusqu'à Coruscant…
*
* *
Sur Larrdan, Mon Mothma était très inquiète. Non seulement, les négociations stagnaient mais l'Ombre avait trois jours de retard, ce qui n'était pas dans ses habitudes. Elle l'avait habituée à plus de ponctualité par le passé. Elle aurait voulu appeler la base centrale mais son conseiller personnel le lui avait déconseillé, disant que ce ne serait pas prudent et que sa transmission pourrait être interceptée et décodée. Il termina sa recommandation en disant :
- Faites confiance à l'Ombre, Madame. Elle est très débrouillarde et l'a toujours démontré par le passé. Elle arrivera bientôt, j'en suis persuadé.
- Vous avez sans doute raison, Conseiller Kataran. J'attendrai encore trois jours.
- C'est tout ce que je vous demande, Madame.
Le lendemain matin, le chef de l'Alliance se rendit à nouveau à la table des négociations, où rien ne se passait à part d'éternelles disputes. Un garde arriva alors en courant et dit qu'une navette impériale venait de sortir de l'hyperespace et approchait de leur secteur. Un groupe parti vers le lieu où la navette allait atterrir et attendit qu'elle se pose pendant qu'un autre suivait son approche sur le radar. Quand la navette se posa enfin, ils attendirent que la rampe s'abaisse et que les passagers en descendent. Quand une silhouette en cape verte en sorti, tous furent surprit à l'exception de Mon Mothma, qui poussa un soupir de soulagement. L'Ombre était enfin arrivée ! Elle se tourna alors vers le Président de la planète et lui dit :
- Escortez cette personne et ceux qui l'accompagnent jusqu'ici.
- Vous êtes sûre ? Ce sont tout de même des impériaux.
- Pas du tout, il s'agit de l'Ombre et ses gardes. Je les attendais depuis trois jours.
À cette réponse, la plupart des autres personnes présentes dans la pièce eurent l'air surprit mais on ne discuta pas plus avant la demande de Mon Mothma. Les gardes escortèrent alors l'Ombre et sa troupe vers le lieu secret où les négociations étaient menées. Dès qu'elle fut sur place, elle remarqua immédiatement que Mon Mothma et ses assistants l'attendaient de pied ferme, accompagnés de quelques Larrdans à l'air intrigués. Dès qu'elle entra, le chef de l'Alliance lui dit, légèrement réprobatrice :
- Où étiez-vous donc passé, l'Ombre ? Il y a trois jours que vous devriez être ici.
- Acceptez toutes mes excuses, Madame. J'ai eu quelques problèmes techniques avec ma navette et j'ai dut emprunter celle-ci sur Borleias. Le Capitaine du Malice a aimablement accepté de me prêter la sienne. Ajouta-t-elle d'un ton sarcastique.
- Ha vraiment ? Vous me raconterez tout ça en détail plus tard, l'Ombre, nous avons une autre tâche qui nous attend ici.
- À vos ordres, Madame.
Après ce petit interlude, les négociations reprirent et, pour le reste de la journée, elles se firent plus calme. La présence de l'Ombre, qui était assise à la droite de Mon Mothma, y était sûrement pour quelque chose. Son aura de mystère semblait intimider les politiciens Larrdans, qui lui jetaient de fréquents regards de biais, semblant chercher à percer le masque derrière lequel elle se cachait. Malgré cela, les négociations n'avancèrent pas vraiment et, le soir venu, on en était presque au même point. Après que l'Ombre le lui eut demandé, Mon Mothma lui expliqua la situation politique de la planète actuellement.
- Il y a un petit groupe de conseiller Larrdans qui appuient notre cause, mais ils sont peu nombreux et n'osent pas trop se mettre de l'avant. On ne peut pas le leur reprocher quand on sait ce que l'Empire fait à ceux qu'ils soupçonnent être des sympathisants à la cause Rebelle. À l'opposée, il y ceux qui soutiennent l'Empire mais qui ont accepté de négocier avec nous malgré tout. Je suis sûr qu'on leur a un peu forcé la main sur ce point alors il faudra se méfier d'eux. Il est envisageable que l'un d'eux décide de nous vendre pour une raison personnelle. Vous devez vous douter que ce serait un énorme coup pour celui qui y réussirait.
- Je comprends sans peine, Madame. S'il arrivait à livrer non seulement ma petite personne mais également le chef Suprême de l'Alliance, toute l'organisation s'écroulerait. Moi, je ne suis qu'un pion, mais vous, vous êtes trop importante pour que l'on vous perde.
- Ne sous-estimez pas votre importance, l'Ombre. Moi, j'aurais bien du mal à me passer de vos précieux conseils.
- C'est tout de même une possibilité qu'il vous faudra envisager, Madame. Je ne suis ni invincible, ni omnisciente. De toute façon, j'ai bien formé mes étudiants. N'importe lequel d'entre eux peut me remplacer au pied levé.
- Ne parlez pas ainsi, voyons ! Les impériaux n'ont pas réussi à vous capturer en trois ans, je ne vois pas pourquoi ils y réussiraient davantage aujourd'hui.
- Les impériaux ne sont pas tous des idiots finis, Madame. Certains sont redoutables et je peux vous assurer qu'eux ont appris de leurs erreurs. Je ne voudrais pas sentir à nouveau la présence maléfique de Vador dans mon dos si, d'aventure, il me mettait de nouveau la main dessus. Cette fois-là, je ne réussirais certainement pas à lui échapper, j'en ai la certitude.
- Espérons que ce jour-là n'arrivera jamais…
- Oui… espérons… Elle eut ensuite un moment de silence avant de demander : Et qu'en est-il des autres conseillers Larrdans ? Ceux qui ne sont ni pour l'Empire, ni pour l'Alliance ?
- Ils restent sur leurs positions de neutralité, bien que certains aient des tendances vers l'un ou l'autre camp. Les conseillers qui tendent à vouloir soutenir notre cause sont les moins nombreux, malheureusement.
- Quelles sont les exigences pour lesquelles ils sont tous d'accord entre eux ? Que demandent-ils pour rejoindre notre camp ?
- Il n'y en a qu'une, mais elle est irréalisable ! Ils veulent les plans de l'Étoile Noire !
- Ridicule ! La galaxie n'est pas prête pour une nouvelle Étoile Noire et elle ne le sera jamais ! Ils devront trouver autre chose !
- C'est bien ce que je leur ai dit mais certains sont plus bornés que tout un troupeau d'âne ! Elle soupira et ajouta, d'une voix où perçait la fatigue : Je commence à me demander si nous ne devrions pas tout simplement laisser tomber…
- Attendez, Madame, ne laissez pas tomber trop tôt. Il y a toujours un moyen, en tout cas, c'est ce que mon Grand-père ne cessait de me dire…
- Et que nous proposerait-il dans la situation présente ?
- Attendre. C'est parfois la meilleure chose à faire. C'est une vieille technique Jedi qui veut que, si on laisse les choses aller, une situation complexe puisse finir par se dénouer d'elle-même. Ils appelaient cela l'action au moyen de l'inertie. Il suffit d'attendre, de voir et d'être patient. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je vais vous laissez. Vous avez l'air épuisée et je vais essayer de voir si je peux tenter de raisonner certains de ces « troupeaux d'ânes », comme vous dites.
Mon Mothma eut alors un petit rire et lui fit signe qu'elle pouvait partir. Après l'avoir saluée, elle sortit et décida d'aller voir à la cantine temporaire installée pour la période des négociations uniquement, espérant y trouver, à cette heure, quelques conseillers Larrdans. Quand elle y entra, elle put voir que la majorité des politiciens engagés dans les négociations s'y trouvaient encore et qu'ils avaient une discussion assez animée. Elle s'approcha d'eux et peut surprendre la dernière phrase, que l'un des tempérés venait de lancer :
- Vous avez perdu la tête, ou quoi ? Demander les plans de l'Étoile Noire, n'est-ce pas un peu exagéré ? Jamais ils ne nous accorderons une telle demande ! Ils ne sont pas fous, vous savez !
- C'est là l'idée, justement, tu ne comprends donc pas ? Nous ne voulons pas nous allier à l'Empire, d'accord, mais nous allier à l'Alliance Rebelle serait encore pire ! C'est notre population qui en souffrirait en fin de compte ! Alors que là, puisqu'ils ne pourront jamais accéder à cette demande, ils repartirons bredouilles et nous, nous n'en souffrirons pas !
Une voix métallique retentit alors derrière eux, les faisant sursauter. Ils étaient si concentrés sur leur débat qu'ils n'avaient pas vu l'Ombre s'approcher. Elle dit donc, sur un ton froid :
- Si vous vouliez rester neutres, il vous suffisait de le dire. Nous ne sommes pas l'Empire, nous aurions compris. Et il me déplait de voir que vous nous prenez pour des idiots, messieurs. Je suis sûre que mon supérieur serait du même avis. Sachez qu'elle comprendrait parfaitement votre point de vue.
- Nous ne savions pas que vous étiez là, désolé.
- Évidemment, je ne suis pas Vador, je n'ai pas une respiration qui annonce mon arrivée à cent mètres. Sinon, j'imagine que vous n'auriez pas été aussi franc, Conseiller.
Le politicien se sentit cloué sur place par le regard désapprobateur et froid de l'Ombre. Il avait maintenant une idée de la raison qui faisait en sorte que l'Empire la redoutait tellement. Après les avoir tous pareillement toisés, elle tourna les talons sans rien ajouter et quitta la pièce, plantant là les politiciens qui, pour la première fois de leur vie, n'avaient pas de réponse toute prête à fournir.
*
* *
Le lendemain, les négociations se débloquèrent enfin, à la grande surprise de Mon Mothma et de ses conseillers. La planète affirma donc sa neutralité mais signa plusieurs traités commerciaux qui permettraient à l'Alliance de se fournir en certains matériaux dont les prix furent abaissés. Ils paieraient donc moins cher que l'Empire pour la même marchandise, ce qui était un énorme pas en avant. En fin de compte, au bout de quelques heures, ils terminèrent ces pourparlers et les Rebelles purent repartir avec ces ententes fructueuses en poche.
Mon Mothma insista pour que l'Ombre soit à bord de sa navette pour le voyage de retour afin qu'elle lui raconte ce qui était arrivé sur Borleias. L'Ombre lui raconta alors ce qui était arrivé dans les détails. Quand elle eut terminé, elle eut droit à un regard incrédule de la part de la majorité des assistants et Mon Mothma hocha la tête, loin d'être surprise. Elle s'attendait vraiment à tout de sa part. Elle profita de l'occasion pour lui demander :
- Et, pendant que nous parlons du Malice, vous vous souvenez de ce jeune Lieutenant qui m'a sauvé la vie il y a environ huit mois ? Quand pourrais-je enfin avoir des vaisseaux pour me rendre sur Illom ? J'ai une dette envers lui et je n'aimerais pas apprendre qu'il est mort quand je m'y rendrai enfin.
-Dans environ trois semaines, une flotte sera réunie pour être placée sous votre commandement.
- Je ne suis pas habilitée à commander une flotte, Madame.
- Pourquoi pas, l'Ombre ? Vous avez un excellent sens tactique, il vous suffit de le mettre à l'épreuve. Voilà l'occasion rêvée de prouver à l'Empire que vous êtes aussi capable de faire ça.
- À vos ordres, Madame, et merci. J'espère ne pas trahir votre confiance.
- Je suis sûre que vous vous en sortirez à merveille. Pour l'instant, j'aurais bien aimé voir la tête du Capitaine du Malice après que vous lui ayez « emprunté » sa navette. Il devait fulminer, le pauvre !
Tous les autres passagers éclatèrent de rire à cette remarque, ce qui détendit l'atmosphère, qui s'était un peu tendue ces dernières minutes. Le reste du voyage se passa sans encombre et, une fois à destination, l'Ombre s'empressa d'aller voir Mallik pour prendre des nouvelles d'Allan. Comme d'habitude, quand elle entra dans son « antre » remplie d'ordinateurs jusqu'au plafond, elle le trouva le nez devant ses écrans, plongé dans un travail qui lui parut complètement ésotérique. Avant qu'il ne la remarque, elle dut se racler bruyamment la gorge, ce qui le fit sursauter et se retourner.
- Bonjour, Mallik.
- Bonjour, Chef, ça faisait longtemps que je ne vous avais pas vu.
- Oui, c'est vrai. J'ai été… occupée, ces derniers temps…
- J'ai cru comprendre que vous avez été malade dernièrement. Est-ce que vous allez mieux ?
- Oui, merci de t'en soucier. C'est pour t'annoncer une bonne nouvelle que je suis venue. Dans trois semaines, nous allons lancer l'attaque sur Illom. Je voulais savoir si tu voulais être de la partie.
Pendant un moment, il eut l'air complètement prit par surprise et fit une tête qui arracha un petit rire à Tiana. Il se reprit enfin et répondit très rapidement :
- Quoi ?! Mais oui, bien sûr que je veux venir ! Qui va commander la flotte ? Quand partons-nous ? Combien de vaisseaux y aura-t-il ?
- Ho, minute, calmes-toi, Mallik ! Laisse-moi le temps de répondre ! Pour répondre à tes questions, d'abord, c'est moi qui commanderai la flotte, qui partira dans trois semaines, et qui sera composée d'une centaine de vaisseaux. Les chasseurs sont inclus dans ce nombre, évidemment.
- Si c'est vous qui commandez la flotte, c'est sûr qu'on va gagner ! On va enfin pouvoir sauver Allan !
- À ce propos, j'ai un autre service à te demander, Mallik. Peux-tu infiltrer les bases de données du camp de travail ? Je veux savoir s'il est toujours vivant…
- Bien sûr que je peux, Chef ! La dernière fois que j'ai été vérifier, il était vivant. Cependant, le nouveau commandant du camp à un œil sur sa petite amie et il lui fait la vie dure.
- Qui fait la vie dure à qui ? Expliques-toi un peu mieux, ce n'est pas à un ordinateur que tu parles !
- C'est le nouveau comandant qui fait la vie dure à Allan. Ça peut difficilement être l'inverse, vous ne pensez pas, Chef ?
Quand il entendit le ricanement métallique qui s'échappait de sous la capuche de son patron, Mallik comprit qu'il s'était fait avoir et rougit jusqu'aux oreilles en prenant l'air penaud de quelqu'un qui vient de se faire jouer un bon tour. Reprenant son sérieux, Tiana demanda, inquiète :
- Et quel était son état la dernière fois que tu l'as vu ?
- Pas très brillant… Il semblait tenir le coup, cependant.
- Vérifie quand même, il vaut mieux en avoir le cœur net. Même s'il est mort, l'attaque aura lieu malgré tout.
Il se retourna vers ses précieux écrans et se mit à pianoter sur les touches de manière tellement rapide que l'Ombre en perdit vite le fil. Au bout de quinze à vingt minutes environ, il put pénétrer le système de sécurité et se mit à chercher son ami à travers les caméras du camp. Comme il n'arrivait pas à le trouver aux endroits où, normalement, il devrait se trouver, il commença à paniquer un peu. Il entendit la voix de l'Ombre dire derrière lui :
- Calmes-toi, tu n'arriveras à rien si tu t'énerves. Ne te contente pas de chercher dans les endroits où tu penses le trouver mais regarde systématiquement toutes les caméras du camp une à une.
C'est ce que fit Mallik et, méthodiquement, il passa en revue toutes les caméras jusqu'à ce que, enfin, il tombe sur la bonne. C'était une des caméras de l'infirmerie et ce qu'il vit le fit presque tomber en bas de sa chaise de saisissement. Il entendit en même temps la voix de l'Ombre derrière lui, saisie :
- Mais qu'est-ce qu'ils lui ont fait ?... Sa voix se fit alors si glaciale que Mallik se dit que, si elle lui avait été destinée, il se serait transformé en glaçon et il en frissonna intérieurement. Elle dit : Celui qui lui a fait subir ce traitement le paiera au centuple, je t'en donne ma parole, Mallik.
La froideur de sa voix ne laissait planer aucun doute sur sa sincérité et Mallik plaignait d'avance le pauvre bougre qui se retrouverait alors entre ses mains. Sur l'écran, on pouvait voir Allan, couché dans un lit d'hôpital très dépouillé. Mallik ne l'avait jamais vu aussi amaigri et il espéra qu'il tiendra encore trois semaines. Et c'était sans compter les nombreuses traces de coups dont il était couvert, du moins sur la partie de son corps qu'il pouvait voir. Il entendit l'Ombre dire derrière lui, toujours aussi froidement :
- Je vais faire de mon mieux pour faire avancer l'attaque, mais j'espère que tu comprendras, Mallik, que nous ne pouvons pas agir sur un coup de tête. Une attaque de cette envergure se prépare.
- Vous devriez parce que je doute qu'il tienne trois semaines, Chef.
- Enregistre-moi ça, je vais le montrer à qui il faut.
- Ouais, d'accord.
Cinq minutes plus tard, elle repartit avec son enregistrement et la ferme intention de faire avancer le plus possible la date de l'attaque.
*
* *
Une semaine plus tard, dans un coin reculé de la galaxie, la flotte de l'Ombre se réunit en prévision de l'attaque importante sur Illom. La flotte était composée d'une cinquantaine de croiseurs lourds et du même nombre de chasseurs. Bien sûr, l'escadron Rogue, le meilleur escadron de l'Alliance participait aussi à l'attaque. Il était commandé par Wedge Antilles qui avait remplacé Luke Skywalker quand les études de Jedi de celui-ci avaient prit tout son temps. Wedge se demandait pourquoi il n'y avait qu'une cinquantaine de chasseurs alors que les croiseurs auraient pu en transporter beaucoup plus. Il voulait en parler au commandant de la flotte mais il ignorait de qui il s'agissait. Il se rendit alors sur la passerelle du vaisseau principal et demanda à voir le commandant qui dirigerait l'attaque. Il attendait en regardant les étoiles quand une voix métallique retentit derrière lui.
- Il paraît que vous voulez me voir, Commandant Antilles. En quoi puis-je vous être utile ?
Wedge se retourna et se raidit de surprise. Le commandant en chef était l'Ombre en personne. Il n'arrivait pas à y croire. D'après ce qu'il en savait, l'Ombre se concentrait uniquement sur les renseignements. Comment pouvait-elle diriger une attaque ? Non pas qu'il doute de ses capacités, mais il ne lui connaissait pas des dons de stratège. Il revint de son ébahissement et demanda, penaud :
- Heu…Je voulais juste savoir pourquoi il y avait si peu de chasseurs. Des croiseurs lourds peuvent en transporter beaucoup plus que ça.
- C'est vrai, Commandant. Mais, nous allons attaquer un camp de travail important où il y a de nombreux esclaves. Nous aurons besoin d'espace pour les ramener avec nous. Vous comprenez ?
- Oui, chef. Merci pour les explications. Je vous promets que les gars et moi, on va donner la leçon de leur vie aux impériaux et leur faire regretter ces actes ignobles.
- Je n'en attendais pas moins de votre part, Commandant. Vous pouvez retourner auprès de vos hommes, maintenant. Je vous ferai appeler lorsque nous aurons arrêté une stratégie.
- À vos ordres, monsieur.
Il salua et quitta la passerelle pour retourner au hangar. Comme tous ceux qui étaient au courant, il était persuadé qu'avec l'Ombre comme chef, ils ne pourraient que remporter une victoire décisive contre l'Empire. Après tout, la ruse de l'Ombre était légendaire. Deux jours avant leur départ, l'Ombre envoya des sondes vers leur destination finale afin de savoir à quoi ils allaient s'attaquer. Ils partiraient dès que les résultats seraient arrivés. Les Rebelles s'attendaient à rencontrer au moins quatre destroyers impériaux. La cinquantaine de croiseurs lourds étaient là pour s'occuper d'eux.
Lorsque les sondes envoyèrent leurs informations, l'Ombre eut la surprise de constater qu'il n'y avait pas quatre destroyers mais seulement deux. L'Ombre réunit ses officiers et ils décidèrent de baser la stratégie comme s'il y avait quatre destroyers au lieu de deux, juste au cas où les deux destroyers manquants feraient leur réapparition avant ou pendant la bataille. Une fois la stratégie adoptée, la flotte entra en hyperespace, prête pour une bataille décisive.
*
* *
La vie au camp de travail d'Illom était devenue impossible depuis le départ à la retraite de l'ancien Commandant. Des choses qui n'étaient pas permises lors de son règne, comme de violer les femmes présentes parmi les esclaves, étaient devenues monnaie courante avec le nouveau chef de la base. Les chefs de corvée avaient désormais le droit de battre les esclaves jusqu'à ce que ceux-ci perdent conscience. L'infirmerie était presque toujours pleine. Cependant, celui pour qui la vie était la plus dure était un ancien lieutenant de la marine impériale. Les autres esclaves ressentaient beaucoup de compassion pour lui. Sa seule faute était d'être amoureux d'une femme que le Commandant convoitait. Cette femme, Lylia, était aussi très amoureuse de lui et avait toujours repoussée les avances de cet homme. Le Commandant Trelk avait alors agit avec beaucoup de cruauté, faisant battre ce pauvre Allan pour un oui ou pour un non dans le but de faire craquer sa petite amie. Il devait se dire qu'elle ne le supporterait pas longtemps et finirait par se plier à sa volonté. Il faisait en sorte, de plus, qu'elle assiste à chacune de ces séances. Allan avait dit à Lylia, quelques semaines plus tôt, qu'il se pourrait qu'il finisse par décider de se débarrasser de lui pour avoir le champ libre, et que la méthode qu'il privilégierait serait sans doute lente et douloureuse, autant pour elle que pour lui. Elle lui avait alors promis qu'elle ne lui donnerait jamais la satisfaction de la voir craquer. Pour lui, elle n'était qu'un objet dont il se débarrasserait quand il se serait lassé.
Ce moment était arrivé, finalement, comme Allan l'avait prédit, et maintenant, depuis une semaine environ, il était alité à l'infirmerie et le commandant Trelk avait donné l'ordre qu'on le laisse mourir de faim. Cependant, sa petite amie avait découvert, avec la complicité de certains autres prisonniers et d'un officier qui n'aimait pas la façon d'agir du nouveau Commandant, comment les caméras fonctionnaient et leur cycle de roulement. Elle le nourrissait pendant les quinze minutes chaque jour, durant lesquels la caméra n'était pas branchée. C'est pourquoi Allan résista aussi longtemps, ce qui éveilla aussi la suspicion de Trelk. Il en vint à la conclusion que la jeune femme avait trouvé un moyen de le nourrir et il se renseigna auprès des techniciens pour découvrir comment elle faisait. Selon l'un des techniciens, il y avait un moyen, en effet. Il lui expliqua :
- Les caméras de la base fonctionnent selon un certain cycle. Pendant quinze minutes, chaque section a un blanc. On ne voit alors rien de ce qui se passe dans la section. Elle doit profiter de ces quinze minutes pour agir mais les prisonniers ne sont pas supposés avoir ces renseignements. Quelqu'un a dû le lui dire.
- Il faut découvrir de qui il s'agit, Lieutenant. Changez le cycle des caméras, également, et donnez-moi la rotation du cycle actuel. Je veux prendre cette petite harpie sur le fait…
Dix minutes plus tard, il avait en main les renseignements qu'il désirait, sauf l'identité de celui qui avait renseigné Lylia. De cela, il s'occuperait plus tard. Comme il s'y attendait, à l'heure prévue, il vit la jeune femme venir nourrir son petit ami et en profiter pour déverser son venin. Elle utilisa des termes variés et colorés, dont certains qu'elle devait avoir inventés elle-même, pour l'agonir d'injures. Le garçon, quant à lui, abondait dans son sens et rajoutait que les Rebelles arrivent pour lui donner une leçon dont il se souviendrait. Quelques minutes plus tard, elle quitta l'infirmerie après avoir embrassé son fiancé, qui lui rendit la politesse avec toute la passion qu'il lui restait. Ce soir-là, Lylia était dans sa cellule et regardait les étoiles en priant pour que quelqu'un, n'importe qui, vienne les sortir de là. Alors qu'elle allait s'endormir après avoir pleuré pendant un moment, épuisée, des gardiens entrèrent dans sa cellule et la tirèrent brutalement de son lit. Réveillée en sursaut, elle n'eut pas d'autre choix que de les suivre, tout en se demandant ce qui avait mal tourné. Elle craignit que son plan pour aider Allan n'ait été découvert, ce dont elle eut la confirmation peu de temps après. Elle fut emmenée devant le Commandant Trelk, qui avait l'air de mauvaise humeur. Elle craignit des coups et tenta de se protéger de ses bras, mais il n'y en eut pas. En tout cas, pas pour le moment.
- Vous pensiez réussir à me berner avec votre minable petit plan, peut-être ? Pensiez-vous que je ne me rendrais compte de rien ? C'est mal me juger, ma petite ! Il se rapprocha d'elle pour la dominer de sa taille et ajouta, tout bas : Vous allez regretter d'avoir tenté de me prendre pour un imbécile…
- Je n'ai pas à tenter de vous prendre pour ce que vous êtes, Commandant ! Lui répondit-elle en se redressant sans cesser de le regarder dans les yeux.
En réponse à cette bravade, il la gifla violement. Sa tête partie en arrière et elle sentit que sa lèvre inférieure était fendue en goûtant son propre sang. Elle serait tombée à genou si on ne la retenait pas fermement par les bras. Elle se redressa et fixa un regard brûlant de haine sur Trelk, pour bien lui faire comprendre qu'il ne l'impressionnait pas et qu'elle ne lui appartiendrait jamais. L'autre sentit la colère le submerger également devant cette rébellion ouverte, et il fit signe aux deux gardiens de lui donner une petite leçon. Il observa la scène, de nouveau impassible, puis ensuite, il dit :
- Ne m'obligez pas à sévir davantage, Lylia ! Je vous averti, votre petite rébellion ne sera pas tolérée longtemps ! Je vous suggère de reconsidérer ma proposition et peut-être épargnerais-je la vie de votre petit ami. Pensez-y !
Il la fit ensuite raccompagner jusqu'à sa cellule, qu'elle partageait avec cinq autres esclaves. Dès qu'elles la virent être brutalement poussée sur le sol de sa cellule, elles s'empressèrent de l'aider à se remettre sur pieds et, quand elles virent que la malheureuse fille avait été fouettée, elles soignèrent ses plaies. L'une d'elle lui demanda :
- C'est encore cette fiente de Bantha qui vous persécute, toi et ton petit ami, c'est ça ?
- Oui, et il sait que j'ai nourri Vos depuis une semaine. Je ne pourrai plus aller le voir, maintenant et j'ai peur qu'il ne tienne pas longtemps. Si seulement les Rebelles connaissaient l'existence de ce camp, ils le raseraient jusqu'à ce qu'il n'en reste rien !
- Ce n'est pas sûr, ma pauvre petite. Il y a quatre destroyers en orbite et les Rebelles ne se risqueront jamais à attaquer si forte partie. Lui rétorqua Sora, la plus âgée du groupe.
- Je sais, mais on peut toujours espérer… Conclut Lylia tristement.
*
* *
Quatre jours après le début du rassemblement de la flotte Rebelle en vue de l'attaque sur Illom, ils étaient enfin au complet. Ils pouvaient maintenant sauter dans l'hyperespace dès que l'Ombre en donnerait l'ordre. Elle le donna dès que tous eurent signalés qu'ils étaient prêts à partir. Sur le pont du Liberté, Tiana regardait avec amusement Mallik qui faisait les cent pas à ses côtés, l'air un peu trop excité. Elle finit par lui dire :
- Lieutenant, cessez de faire des huit sur le pont, sinon vous allez vous retrouver dans la cale ! Et de plus, vous me donnez le tournis, alors arrêtez !
- Désolé, Chef, je suis un peu sur les nerfs. Vous êtes sûr que tout va bien se passer, hein ?
- Il est impossible de savoir si une bataille va bien se dérouler tant qu'on n'y est pas engagé. Vous me prenez pour qui, un Jedi ? Calmez-vous et asseyez-vous où je vous renvoie dans votre cabine, compris ?
- Oui, Chef. Fit Mallik en s'asseyant.
Elle le regarda se tortiller sur son siège pendant quelques minutes avant de lui ordonner de regagner sa cabine, il serait prévenu quand on arriverait sur le champ de bataille. Tiana ne l'aurait avoué pour rien au monde, mais elle aussi était très nerveuse. Elle n'était pas sûre que sa stratégie fonctionnerait car elle n'avait jamais eut à penser sur une si grande échelle. Elle avait besoin de méditer un peu afin de se calmer en vue de la bataille à venir. Elle voulait être au summum de ses capacités à ce moment-là et demanda à son second de la remplacer sur le pont et de la faire prévenir une demi-heure avant leur arrivé.
*
* *
Deux heures et demi plus tard, Tiana était de retour sur la passerelle, parfaitement reposée et prête pour la bataille. Elle observa les traînées de l'hyperespace se muer de nouveau en étoiles à travers la baie de la passerelle, avant de se tourner vers son second pour ordonner :
- Que tous les vaisseaux confirment leur présence et que les chasseurs se tiennent prêts à décoller. Préparez les armes et ouvrez le feu à mon ordre seulement. On va essayer de capturer un destroyer pour l'offrir à Mon Mothma. Si je me souviens bien, c'est son anniversaire cette semaine.
- Oui, c'est vrai, j'avais oublié ça… Lui répondit le Commandant Elric.
- Une des premières choses à apprendre, fiston, c'est de ne jamais oublier l'anniversaire de son supérieur ! Ça vous garde dans ses bons souvenirs.
- Les croiseurs ont tous confirmés leur présence, Monsieur ! Lança l'officier des communications.
- Très bien, dans ce cas, lancez la chasse. Et dites au Fraternité de se rapprocher. Il est trop sur la gauche, ce qui risque de l'isoler du gros de la flotte pendant le combat. Ouvrez-moi un canal vers le Commandant Antilles.
- Ouvert, Monsieur.
- Vous me recevez, Commandant Antilles ?
- Cinq sur cinq, Monsieur ! Quels sont vos ordres ?
- Les manœuvres d'encerclement vont commencer. À vous de nous débarrasser des TIE, je vous laisse carte blanche.
- Vous en faites pas, on va les avoir !
- Je vous fais confiance, Wedge. Liberté, terminé.
*
* *
Sur le pont du destroyer Intimidant, la surprise fut totale ! Il n'y avait rien du tout sur les écrans et l'instant suivant, ils étaient encerclés par 25 croiseurs lourds Rebelles. Pris au dépourvu, il appela l'autre destroyer, pour découvrir qu'il était dans la même situation. Il semblerait qu'ils subissent une attaque en règle exécutée de main de maître et il ne fallut pas longtemps pour qu'ils soient submergés par le nombre et la puissance de feu supérieure des Rebelles. Ils virent leurs chasseurs se faire détruire un par un par les aile-X, qui tournaient autour des gros vaisseaux impériaux comme des mouches autour d'un bantha, détruisant souvent les chasseurs avant même qu'ils ne quittent leur baie d'envol. Le Commandant du destroyer vit avec horreur l'Inquisiteur se faire mettre en pièce par les forces Rebelles en moins de dix minutes, puis il vit les chasseurs qui avaient participés au combat contre ce destroyer se diriger vers la planète très rapidement.
Sur la passerelle du Liberté, l'Ombre observait la bataille se dérouler avec intérêt. Elle demanda des nouvelles de la seconde flotte et apprit qu'ils avaient réussi à détruire leur cible et que leurs chasseurs se dirigeaient maintenant vers la planète. Elle ordonna aux chasseurs de détruire la tour de communication en priorité puis demanda une communication avec l'autre destroyer. Elle demanda aussi un état des dommages subis par le vaisseau ennemi.
- Il est pas mal abîmé, mais il tient le coup, Monsieur.
- Bien, je ne voudrais pas offrir à Mon Mothma un cadeau en mauvais état. Cessez le feu et ouvrez le canal de communication. Tirez seulement s'ils font preuve de trop d'héroïsme.
Sur le pont du destroyer, le Capitaine Nellys n'en croyait vraiment pas ses yeux ! La tactique employée par les Rebelles lui était complètement inconnue et il avait été incapable de la contrer efficacement. Qui que soit l'instigateur de ce plan, il était très brillant. Il finit par demander :
- Mais qui est aux commandes de cette flotte ?!
- Monsieur, les Rebelles ouvrent un canal de communication. Leur chef demande à vous parler. Voulez-vous prendre la communication ?
- Au point où on en est, a-t-on un autre choix ? Bon, ouvrez-moi ce canal…
Quelques instants plus tard, il entendit enfin la voix de son opposant, un peu brouillée, semblait-il, par le système de communication. Il réitéra sa question et il lui fut demandé s'il avait un système holographique. Il répondit que oui et ils activèrent le système. Quand il vit l'Ombre se matérialiser au beau milieu de la passerelle, il comprit enfin pourquoi il lui avait semblé que la voix de son interlocuteur lui avait paru brouillée. Il sut aussi qui avait imaginé cette stratégie hors du commun. Enfin, il dit, impressionné malgré lui :
- Je dois vous féliciter pour cette stratégie, l'Ombre. C'était parfaitement exécuté.
- Merci, Capitaine. Maintenant, puis-je me permettre de vous faire une suggestion ?
- Quelle est votre suggestion ? Quoique je me doute déjà de la réponse…
- Laissez-moi alléger vos doutes, Capitaine. Rendez-vous ou vous subirez le même sort que l'autre destroyer. Ils se sont montrés un peu trop héroïques, voyez-vous, et n'ont rien voulu entendre. Vous voyez le résultat par la baie de votre passerelle.
- Garantissez-moi une chose, d'abord, l'Ombre. Il ne sera fait aucun mal à mes hommes.
- Je crois que vous n'êtes pas en position de demander de garanties, Capitaine, mais j'apprécie votre courage. Très bien, aucun mal ne sera fait ni à vous ni à votre équipage. Par contre, nous gardons le destroyer comme prise de guerre. Je vous laisse une heure pour vider la place, est-ce suffisant ?
- Largement…
L'Ombre fit un signe de tête et la communication fut coupée. Elle observa pendant un petit moment le champ de débris qui avait été l'autre destroyer en se disant que c'était un véritable gâchis. Enfin, on ne pouvait pas tout avoir ! Sur le destroyer, le Capitaine ordonna l'évacuation et, pendant un petit moment, ce fut une sorte de chaos organisé pendant que chacun gagnait son poste d'évacuation. Il constata néanmoins, quand il quitta le vaisseau dans la dernière navette, que les Rebelles tinrent parole et laissèrent les navettes passer en hyperespace sans les inquiéter. Cependant, il savait qu'il aurait bien du mal à expliquer ce fiasco à ses supérieurs une fois qu'il serait sur Coruscant. Il se doutait bien qu'il ne retrouverait pas le commandement d'un vaisseau avant très longtemps, et ce, malgré les enregistrements de l'attaque qu'il avait conservé.
De son côté, Tiana demanda des détails sur l'attaque au sol. Celle-ci se débrouillait bien car les impériaux avaient été pris de court et n'avaient pu réagir à temps. Quand elle eut la confirmation qu'il ne restait plus aucune poche de résistance au sol, elle ordonna que l'on prépare sa navette.
- Je descends. Envoyez des techniciens et des soldats sur le destroyer pour qu'ils vérifient que les impériaux ne nous ont pas laissé de mauvaises surprises et que les moteurs hyperdrive sont intacts.
- À vos ordres, Monsieur.
*
* *
Sur le camp, la journée de travail était bien entamée et Lylia n'arrivait plus à penser à autre chose qu'à son petit ami. Elle s'inquiétait tellement qu'elle commit bourde sur bourde, cette journée-là, mais elle ne fut pas inquiétée malgré tout. Le Lieutenant qui avait en charge sa section était celui qui les avaient aidés, elle et Vos, depuis le début de cette déplorable histoire. Elle savait que son petit ami n'avait pas été nourri depuis trois jours maintenant et craignait qu'il ne fût déjà mort. Elle n'avait eu aucune nouvelle depuis sa confrontation avec le Commandant et le Lieutenant Trevor n'avait pas réussi à en avoir non plus. Elle en était là dans ses réflexions quand elle entendit un bruit bizarre provenant du ciel. Comme tous les autres, elle leva les yeux pour voir de quoi il s'agissait quand les sirènes de la base se mirent à hurler. Elle vit un vaisseau passer près d'elle et détruire la tour de communication, cent mètres plus loin. Elle vit aussi Sora courir vers elle.
- On dirait que tes paroles étaient prophétiques, Lylia ! Ce sont des chasseurs Rebelles !
- Comment est-ce que tu le sais ?
- Ce sont des aile-X ! C'est ce type de vaisseaux que les Rebelles utilisent ! Ne restons pas là, il va y avoir de la casse !
Elles allèrent ensuite se mettre à l'abris avec les autres esclaves en attendant que la bataille soit terminée et en espérant que ce soit les Rebelles qui l'emporte. Au cours de la bataille, ils virent une dizaine d'esclaves entrer en portant le Lieutenant Trevor, qui était inconscient. Il avait une vilaine plaie sur le côté de la tête, mais l'os ne semblait pas fracturé, heureusement. Deux heures plus tard, un grand silence s'installa, et les esclaves commencèrent à se demander ce qui se passait. Les portes s'ouvrirent quelques instants plus tard, et ils virent des impériaux entrer, les mains sur la tête, encadrés par des soldats Rebelles. Il y eut beaucoup de regards médusés avant que plusieurs ne comprenne ce qui s'était passé, et des cris de joie commencèrent à retentir. L'un des soldats s'avança vers eux et demanda :
- Il n'y a pas de blessés parmi vous ? Notre chef va venir vous parler dans quelques minutes.
- Oui, il y en a un. On ne veut pas le bouger.
Ils virent le Rebelle prendre une trousse et s'avancer entre les anciens esclaves pour s'approcher du blessé. Il regarda alors le jeune homme avec surprise avant de déclarer, un peu interloqué :
- Je ne sais pas si vous avez remarqué mais c'est un Lieutenant impérial. Je veux bien le soigner mais… Bon, c'est vous qui voyez ! Il s'assit près de lui et demanda, en l'examinant : Que lui est-il arrivé ?
- Il a reçu une grosse pierre sur la tête. On l'a sauvé parce qu'il a toujours été gentil avec nous.
- D'accord. Il a de la chance, l'os de sa tête n'est que fêlé, pas cassé. Quelques minutes et un pansement et il n'y paraîtra plus.
Le médecin se tourna alors vers les soldats Rebelles qui attendaient près de la sortie du bâtiment et ordonna qu'on transfert l'impérial à l'infirmerie et vérifier en même temps s'il y avait d'autres blessés. À ce moment, on entendit une navette qui se posait tout près et le médecin dit que ce devait être leur chef qui arrivait. Pendant ce temps, trois soldats Rebelles avaient ramassés le Lieutenant Trevor avec beaucoup de douceur et sortaient avec lui.
À l'extérieur, l'Ombre débarqua de sa navette avec ses dix gardes et regarda autour d'elle. Elle constata que la plupart des bâtiments tenaient encore debout et que les impériaux étaient réunis dans la cour centrale, assis en tailleur et entourés par les Rebelles, qui pointaient leurs armes sur eux. Au centre du cercle, il y avait un impérial qui semblait particulièrement agité. Il vociférait et exigeait de rencontrer leur chef. L'Ombre décida alors d'aller s'occuper immédiatement de cet hurluberlu, qui devait être le Commandant de cet endroit. Quant au Commandant en question, il vit un groupe composé d'une dizaine de Rebelles particulièrement bien armés se diriger vers eux. Ils semblaient faire cercle autour d'une autre personne qu'il ne pouvait pas voir pour le moment. Quand l'Ombre s'avança vers lui, quittant le cercle de ses gardiens attitrés, il eut la chique coupée pendant un petit moment, avant de reprendre ses récriminations. Excédée, l'Ombre finit par lui dire :
- Bon maintenant, vous la fermez ou bien il faut que je vous drogue pour que vous la fermiez ?
- Je ne vous permets pas de me parler sur ce ton ! C'est moi qui commande, ici !
- Pardon, « Commandant », vous commandiez ici, nuance. Maintenant, c'est moi qui donne les ordres, compris ? Un simple hochement de tête suffira.
C'est à ce moment là que l'un des gardes que le médecin Rebelle avait envoyé à l'infirmerie revint vers elle en courant. Il la salua quand il arriva devant elle, puis lui glissa quelques mots à l'oreille. Tous ceux qui étaient autour sentirent alors presque la vague de froid qui émana d'elle puis elle releva ensuite la tête et dit d'un ton tellement glaçant que tous ceux qui étaient à portée d'oreille en frissonnèrent :
- Soldats, emmenez le « Commandant » de ce camp dans ma navette. Il vient avec nous, il aura à répondre de beaucoup de choses. Je vais « discuter » personnellement avec lui…
Ensuite, elle le planta là et rejoignit les prisonniers pour leur parler. Quand ils virent l'Ombre entrer avec ses gardes, la plupart eurent l'air éberlués. Ils ne s'attendaient certainement pas à voir l'un des agents les plus redoutés de l'Alliance ! Elle jeta un regard circulaire sur le groupe et finit par parler. Elle leur dit :
- Vous êtes libres, maintenant. Ceux qui veulent nous rejoindre seront les bienvenus, quant aux autres, nous leur fournirons soins, nourriture et un moyen de rentrer chez eux, ou à n'importe quel autre endroit de leur choix. Nous vous fournirons aussi une nouvelle identité pour que vous puissiez vivre en paix. En attendant, mes vaisseaux vont se poser pour vous prendre à leur bord avant que des renforts impériaux n'arrivent. Avez-vous des questions ? Allons, ne soyez pas gênés ! Je ne mords pas !
L'une des femmes se jeta alors presque à ses pieds et lui dit :
- Mon petit ami… Commença-t-elle avant d'être coupée par l'Ombre.
- Vous êtes la petite amie d'Allan, non ? Nous nous occupons de lui en ce moment, mademoiselle. J'ai une dette envers lui que je dois rembourser.
- Quelle dette ? Demanda un homme.
- Je lui dois la vie et la liberté. Il m'a aidée à m'échapper d'un vaisseau impérial il y a quelques mois.
Sur ce, elle quitta la pièce et s'occupa de l'évacuation. Les blessés furent évacués en priorité, y compris le Lieutenant impérial que les prisonniers voulaient à tout prit sauver, disant que ce n'était pas un mauvais bougre. Le Commandant impérial fut quant à lui mit en cellule en attendant sa « discussion » avec l'Ombre. Le destroyer fut pris en charge par les croiseurs, qui le remorquèrent avec leurs rayons tracteurs pour pouvoir ensuite sauter dans l'hyperespace. En tout, l'opération n'avait durée que deux heures. Quand les deux autres destroyers revinrent de leur mission, ce fut pour constater que le camp avait été en partie détruit, les esclaves enfuis et des deux autres destroyers, il ne restait que les débris d'un seul et pas trace de l'autre. Quant à leurs camarades sur la planète, ils les trouvèrent dans les cellules des esclaves. Il ne fallut pas longtemps pour que cette débâcle arrive aux oreilles de l'Empereur, qui en conçut une grande irritation.
