Chapitre 4, avec un petit euh... bon, n'allez pas dire que c'est un vrai retard, car je n'ai pas arrêté de travaillé dessus. Tout doucement. Vouiih, et il se passe pas mal de choses dans ce chap, tadam ! Par contre, il y aura un peu moins de scènes Harry-Voldy. Je maintiens ce que j'ai dit quant à mon rythme de publication pour les chapitres à venir (rappel : aléatoire) mais je veux rassurer tous mes lecteurs - que j'aime - jamais je n'abandonnerai cette fic. Là, côtents ? Elle me tient à cœur, j'ai toute la trame dans la tête, et à peu près les scènes finales, donc, aucun souci - il faut juste écrire ce bordel.

Sur ses petites esplications, l'auteur vous laisse à votre lecture.

Petit, chapitre 4

Une erreur, c'était cela, une erreur qu'il avait commise ; l'Erreur, l'unique, la grande,

qui avait été de penser qu'il avait un rôle à jouer dans la vie du gamin.

(Chapitre 7)

-Gloubi ?
-Je vous serais reconnaissant de cesser de me donner cette ignoble appellation, cher et acariâtre ami.

Harry pouffa.

-Allez, dit-il, fais pas ta mauvaise tête et sors de ta cachette.
-Tss...
-Vu !

Harry s'élança dans les ombres de la cour, agréablement fraîche en cette journée d'accablante chaleur de fin septembre. Sur son passage il heurta de plein fouet le jeune Bartemius et lui jeta un 'Excuses !' volatile, courant à la poursuite de son Gloubi, tandis que derrière le nouveau favori de Lord Voldemort se retenait de piquer une crise de nerfs enfantine. Yiiiiiaaak ! Zzzen. Après tout, ce n'était que la soixante-douzième fois que l'Héritier le bousculait depuis le matin.

-Croupton.
-Malfoy !
-Il y a une réunion, le Maître souhaite ta présence. Par ailleurs... je te suggère d'être très respectueux envers le jeune Seigneur.

Bartemius renifla d'un air guère convaincu et ne vit pas le demi-sourire sadique que profilait son supérieur abhorré.
En principe - en théorie - tous les mangemorts s'appelaient par leurs prénoms. Dans le cas contraire, c'est qu'il y avait une mésentente. ...Bartemius n'était prénommé que par son Maître. De quoi situer tout de suite le personnage.
Bartemius se fichait pas mal de ce qu'un môme de sept ans pouvait avoir à faire avec le plus grand des mages noirs modernes. Son ineffaçable problème était sa dégoulinante jalousie à la simple idée que le Maître puisse faire d'avantage confiance à Harry qu'à lui.
Le mangemort chassa ces idées de son esprit et se réjouit d'être convié à la petite réunion du Lord, ce qui voulait indubitablement dire qu'il faisait, ne l'a-t-on pas assez dit, partie des favoris. Les lèvres du fils Croupton s'incurvèrent en un mauvais sourire satisfait.

Hp-LV-HP-LV

-Qu'en penses-tu ?
-De ce gars ? demanda Harry en quittant des yeux le mouvement hypnotique de la baguette de Voldemort tournoyant entre Ses longs doigts blancs. Mmh... il est à ton service depuis longtemps ?
-Je l'ai marqué il y a deux ans, un peu avant sa sortie de Poudlard. C'est le fils du Ministre de la Justice.
-Eh bien eh... je pense qu'il ne te décevra jamais. Il croit trop en toi...et en ce que tu fais...

L'enfant parut sur le point d'ajouter quelque chose mais ne dit plus rien.

Ce n'était pas la première fois qu'Harry donnait à la demande de Lord Voldemort, son avis d'héritier sur l'un de Ses hommes. Le Mage écoutait, attentif, et ne faisait jamais de commentaires. Pensait-il que l'avis de l'enfant ait une quelconque valeur ? Harry ne s'en souciait pas, il donnait simplement son point de vue aussi sincèrement que possible, et espérait par là satisfaire le Seigneur des Ténèbres.

-Je ne l'avais pas vu, avant cet été.
-Des missions à l'extérieur... répondit Voldemort d'un ton évasif.
-...Personnellement, j'aime pas trop être près de lui. Il... m'agace.

Le capuchon noir hocha imperceptiblement en signe de compréhension.

-Mais c'est un bon élément.

Il y eut un moment de silence tranquille avant que le tueur ne laisse glisser d'un ton plein de promesses les mots suivants :

-Harry, tu as sept ans et demi. Je pense à t'emmener lors d'une attaque, avant ton prochain anniversaire...

Harry sortit de la salle en se retenant de crier, chanter, faire la roue, euphorique comme jamais. Et fier, oui fier.

-Gloubi ?
-Ttsss...oui ?

Harry s'accroupit prés du lézard, le visage radieux, et lui fit part des projets de Lord Voldemort.

-Mmh... Et vous pensez être à la hauteur dans une telle situation, je présume ?
-Sale bête. T'es jaloux voilà tout. Je t'emmènerai si tu veux.
-A qui parles-tu ?

Harry se retourna vivement.

-C'est à ce lézard que tu parles ? fit Voldemort sur une tonalité indéfinissable. (Et comme Harry approuvait de la tête -'Il s'appelle Gloubi' -'Ttsssss') ... ... ... Comprends-tu ce que je dis ?
-... ? Bin oui.

-Tu... I-Il y a un problème ? s'inquiéta Harry.
-Aucun. Je te laisse. J'ai des... recherches à faire.

HP-LV-HP-LV

Severus allongea le pas. Non pas qu'il fut spécialement pressé d'annoncer ce qu'il avait à annoncer à la personne à qui il devait l'annoncer, mais il longeait présentement le territoire de Treelawney et ne se sentait absolument pas dans l'état d'esprit adéquat pour se sortir d'une entrevue avec l'hystéro-mystificatrice sans avoir de sang sur les mains. Ce qui, justement, retirerait du crédit à ce qu'il annoncerait dans quelques minutes, et Severus n'avait jamais autant eu envie d'être cru. Disons que sa vie en dépendait, mais bon, pour ce que la valeur de la vie avait perdu ces derniers temps, était-ce encore une raison valable...

-Le tigre est en toi.(1)

Severus se dit vaguement qu'en cas de doute sur un désastre planétaire, on pouvait toujours aller trouver Dumbledore, et si le mot de passe pour accéder au bureau du Grand Manitou était aussi débile que celui d'aujourd'hui par exemple, l'espoir était permis. Tant que le vieux fou serait fou, le monde tournerait rond. L'optimisme à la Severus Snape. C'était dans ces rares instants de déprime que le maître des potions se sentait le plus désarmé.

L'escalier mouvant le déposa finalement devant l'imposante porte de son supérieur. Severus inspira en fermant les yeux, se recomposa un visage impassible et frappa deux coups secs. Sa décision était très mûrement réfléchie.

« La mer ?
-Oui, j'aimerais voir la mer. »

-Monsieur, j'aimerais vous parler.

Hp-LV-HP-LV

-I was dancing when I was twelve
(A douze ans je dansais)
Is it strange to dance so soon?
(Est-ce que c'est normal de danser si tôt?)
I danced myself right out the womb
(Je suis né en dansant)
Is it strange to dance so soon?
(Est-ce que c'est normal de danser si tôt?)
I was dancing when I was eight
(A huit ans, je dansais)
Is it strange to dance so late?
(Est-ce que c'est normal de danser si tard?)

-Monseigneur, le Maître vous attend.
-Oui, dîtes lui que j'arrive, répondit Harry en lissant une dernière foi sa robe.
I danced myself into the tomb
(J'ai rejoint ma tombe en dansant)
Is it strange to dance so soon?
(Est-ce que c'est normal de danser si tôt ?)
I danced myself into the tomb
(J'ai rejoint ma tombe en dansant) (2)

Harry entra dans la salle du trône et s'inclina devant le Seigneur des Ténèbres, avant de se tourner vers l'assistance qui s'agenouilla respectueusement. Il se dirigea ensuite vers son propre trône, à la droite de celui du terrifiant Maître des lieux. Ce dernier se leva et d'un mouvement ample de sa cape noire rétablit un silence de mort. S'ensuivit ensuite un discours ténébreux dont le jeune héritier but chaque mot avant d'en entendre enfin la délicieuse conclusion.

-Aujourd'hui Harry nous accompagnera. (Le garçon affichait très dignement une magnifique banane) Ce n'est pas une attaque particulièrement dangereuse... la seule résistance qui devrait nous être opposée sera celle de moldus hurlant de peur.

Les mangemorts éclatèrent de rires gras.

-Maintenant Harry je voudrais que tu viennes me rejoindre, dit Voldemort avec un geste du bras.

L'Héritier se leva. Le Lord lui avait parlé de cette cérémonie sans en préciser exactement les termes et il se sentait pris d'une indicible curiosité - accompagnée d'un peu d'excitation et d'angoisse.

-Puisque tu commences à participer aux attaques, tu auras besoin, de la même manière que mes fidèles serviteurs, d'être averti de mes intentions.

Les longs doigts fins saisirent délicatement le bras gauche du garçon, relevèrent la manche noire et glissèrent jusqu'à un endroit précis de l'avant-bras.

-J'ai pensé à te marquer, commença la voix d'un ton caressant, cependant... (Le Seigneur noir se tourna vers l'assemblée encapuchonnée) Il me semble important de souligner que tu n'as pas le même statut que mes mangemorts.

La manche de Harry retomba. Lord Voldemort leva son bras au ciel et prononça une incantation complexe dont Harry ignorait la signification de la première à la dernière syllabe - mais il s'agissait visiblement de magie noire, très noire. Une lumière noire - une lumière noire - apparu autour de la main du Dark Lord et s'étendit, terrible représentation du chaos, jusqu'à ce que le mage énonce une courte formule dans une langue affreuse. Le trou noir sembla alors se convulser, protester puis finalement ployer sous la puissance de l'invocation, avant de se stabiliser en une petite sphère sombre autour des doigts du Seigneur des Ténèbres.

-Morsmordre.

Il ne se passa tout d'abord rien. Lord Voldemort répéta le sortilège d'un ton menaçant. On attendit quelques secondes puis la sphère consentit à délivrer un minuscule éclair argenté. Avant de produire un gigantesque déferlement orageux dans la pièce, tel qu'Harry cru réellement sombrer dans le chaos. Un tourbillon noir semblait pulser violemment contre le Seigneur des Ténèbres, se gorgeant d'on ne sait quelle puissance apocalyptique tournoyante, prêt à dévaster peut-être le monde entier. Le jeune garçon ne se sentait pas fier et en même temps, fasciné...

D'un coup tout disparu. La sphère menaçante avait été raspirée par son néant originel. L'assistance en avait froid dans le dos et se demandait bien quel était le sens de tout ceci.

Le Lord souriait. Dans sa main toujours levée brillait la cause de l'éclair argenté.

-Une boucle d'oreille, forgée par les démons majeurs de l'Autre Lieu, dit-il en présentant le bijou à Harry. Elle a entre autres les même fonctionnalités que la Marque. (3)

Harry prit la boucle d'oreille entre ses doigts. Elle représentait la sinistre tête de mort à langue de serpent, souriant cruellement, que tous ici connaissaient bien. Elle brillait, semblant faite d'argent pur - ce que l'Héritier savait impossible car l'argent pur est bien trop mou pour en faire des bijoux sans le mélanger à d'autres métaux - mais après tout, si elle était fabriquée par des démons - et elle pulsait doucement contre la peau du jeune garçon. Cette petite chose devait contenir une quantité fabuleuse de puissances mauvaises. Vraiment puissantes. Vraiment mauvaises.

-Merci.

On aurait difficilement pu faire plus sincère.

Harry enfila le bijou et abaissa son capuchon. Les mangemorts se couvrirent de leur cagoule.

-Allons-y.

HP-LV-HP-LV

-Vous nous aviez dit qu'il ne participait jamais aux attaques !
-C'était vrai, répondit sèchement Severus.
-Pourquoi devrions-nous croire la parole d'un mangemort ! cracha son interlocuteur.
-Alastor ! Je vous remercie. Je vous demanderai de sortir, maintenant.

Le vieil Auror jeta un regard haineux à la nouvelle recrue de l'Ordre du Phoenix et quitta le bureau. Le claquement de la porte fit place à un bref silence.

-Severus, commença Dumbledore par-dessus ses lunettes en demi-lune, j'espère que vous vous rendez compte de l'importances des informations que vous nous rapportez.
-Oui.
-Je vous le demande une dernière fois, après quoi je vous ferai définitivement confiance si votre réponse est positive. M'avez-vous dit la vérité ?
-Oui.

Silence.

-...Ainsi, Harry commence à participer aux attaques... (le vieux sorcier poussa un profond soupir) Il va nous falloir avancer la date de notre projet.

Severus pensa que s'il était honnête avec lui-même, Dumbledore dirait plutôt qu'il fallait cesser de la reculer, cette date.

-Vous devrez nous fournir un plan détaillé du Château d'Albanie.

Severus hocha la tête avec un rictus :

-Il est incartable.
-Ah ! ...Oui, bien sûr... Dans ce cas, vous conduirez les troup- non vous ne pouvez pas... ... ... Il faudra donc que vous donniez le maximum d'indications aux membres de l'Ordre.
-Je le ferai. Je voudrais cependant qu'il soit bien clair que si vos hommes ne tiennent pas compte de mes indications, je ne serai pas responsable des conséquences.
-Vous pensez à...
-Je pense à certains déplacements dans le Château, qui pourraient leur paraître profitables mais que je vais leur déconseiller. Libre à eux ensuite de courir à leur mort. C'est à ça, que je pense.
-Je comprends. Il ne faut cependant pas trop leur en vouloir de leur méfiance, pour eux, vous êtes toujours un mangemort... j'espère que leur vision des choses changera au fil du temps.

Severus resta impassible. Il se foutait royalement de la vision des choses de ces courageux Gryffondors étroits d'esprit - même s'il voulait bien admettre qu'Albus Dumbledore différait un tant soit peu de ces abrutis congénitaux. Ce n'était pas pour eux qu'il faisait tout cela. Ce n'était même pas pour lui, car depuis longtemps l'idée d'être mangemort jusqu'à son dernier souffle s'était fait sa place dans son esprit. C'était pour Harry.

Il avait d'abord songé, tête baissée parmi les rangs de mangemorts, en entendant les hurlements de douleur de ce serviteur quelconque, que l'enfant était un monstre. Qu'il aimait réellement ce monde de Ténèbres, que déjà, il avait choisi sa voie, celle de la tuerie, celle de Lord Voldemort. Et cette constatation avait amené une sourde angoisse à l'idée d'avoir à présent deux Maîtres terribles à ne pas décevoir. Pas de tristesse parce que c'était un enfant : ce n'en était dès lors plus un aux yeux de Severus.

Il aurait pu en rester là de ses réflexions. Mais le sourire radieux que le garçon avait adressé au Seigneur des Ténèbres, attendant un assentiment, des félicitations après cette séance de torture meurtrière, avait bousculé profondément le Maître des potions. Ainsi...lors de leurs rencontres suivantes il s'était montré particulièrement attentif au comportement de l'enfant, et la conclusion en était que Severus ne pouvait pas dire d'Harry qu'il était sombre ou cruel. Le garçon était joyeux. Peut-être pas innocent de la même manière que l'étaient d'autres à son âge, mais il se dégageait de lui une sorte de pureté.

Severus s'était pris d'affection pour ce gosse. Il ressentait le besoin de le rendre heureux. Tout le monde sait - du moins une majorité de personnes - qu'il n'est de plus terrible besoin que celui de rendre quelqu'un heureux. L'horreur de la chose prend une dimension tout à fait angoissante quand la personne en question est encore un enfant - cela implique énormément de temps et d'attention.

Harry savait ce qu'il faisait, pourtant. Il savait qu'il tuait, il savait ce que ses actions impliquaient. Mais sa nounou, comme Avery aimait à surnommer son collègue dans le passé - il avait cessé suite à la perte d'un doigt - sentait que le petit cherchait par ces actions avant tout à faire plaisir à Lord Voldemort et à lui ressembler, pris de cet amour inconditionnel qu'ont les enfants pour leurs parents. C'était exactement ça. Harry aimait Lord Voldemort - Severus ne voulait absolument rien savoir sur les sentiments du Mage Noir, si celui-ci était toutefois capable d'en éprouver.
Et Severus se prenait parfois à se dire qu'il en avait déjà marre, avant de commencer, de se poser toutes ces questions connes aux réponses douteuses sinon inexistantes ou tellement nombreuses, et qu'il devenait fou à disserter mentalement sur le sujet de l'héritier de Voldemort, et par-dessus tout qu'il s'en voulait de s'y intéresser. Mais au final... il le faisait quand même.
Si Harry n'agissait pas par idéologie - on laisse de côté la question de la possibilité d'avoir une idéologie à seulement bientôt huit ans - il y aurait nécessairement un moment où il remettrait en question les actions du Seigneur des ténèbres, Severus en était persuadé. Sans doute vers l'adolescence, période de contestation par excellence. Peut-être un peu avant, connaissant la précocité du gamin. Et quand la contestation arriverait, il y aurait obligatoirement confrontation entre les deux terreurs noires.

Le Maître des Potions se le promettait, il verrait Harry heureux. Alors hors de question de prendre le risque que Voldemort doive faire du mal à l'enfant.

C'était ce long raisonnement douloureux qui avait soumis Severus Snape, mangemort de son état, à Albus Dumbledore, sorte de Chevalier blanc du monde moderne. Sauver Harry.

-Monsieur, que comptez-vous faire du garçon, si le plan réussit ?

Dumbledore parut songeur quelques instants.

-Dans un premier temps, le mettre en Sécurité, entouré de gens aimants qui sauront lui faire dépasser les atrocités de sa petite enfance...

Severus faillit littéralement vomir ce discours mièvre. Bouf. Les Gryffondors resteraient des gryffondors.

-...et, le plus vite possible, le faire entrer à Poudlard, en ayant au préalable travaillé au corps le choixpeau pour qu'il fasse de son mieux pour éviter Serpentard à Harry. Il serait peu délicat de le replonger dans l'univers Salazard Serpentard, du moins pas si vite, et pas avant qu'il ait pris un peu de recul.

Faire entrer Harry à Poudlard. L'idée fit son chemin dans la tête du Maître des Potions. Pourquoi pas... Poudlard avait de tout temps épanoui toutes les ambitions, et il n'était pas difficile d'imaginer que le petit serait ravi d'évoluer dans le vieux château. En revanche, lui interdire Serpentard semblait à Severus la pire des idioties.

Par ailleurs, le mangemort se demandait de quel droit Dumbledore appelait Harry par son prénom, lui qui ne le connaissait de nulle part, mais il garda évidemment sa réflexion pour lui. Et puis il voyait mal au nom de quelle nation il pourrait interdire l'appellation au vieux sorcier.

-Il me semblait que le jugement du choixpeau devait prendre en compte le candidat, et uniquement le candidat lui-même. Il me semblait, répéta-t-il, que c'était un principe fondamental de cette école, finit Severus d'un ton neutre.
-J'en suis aussi désolé que vous, même si être désolé ne sert à rien. Et sachez, si cela peut vous consoler, que je risque d'avoir un mal fou à convaincre ce vieux parano de chapeau de Godric.

Du haut de son étagère le choixpeau, les plis tirés, semblait déjà avoir une opinion bien arrêtée sur le sujet. Dumbledore soupira.

HP-LV-HP-LV

Harry crevait d'envie. Les mangemorts s'encapuchonnaient comme à l'accoutumée, l'ambiance un rien tendue pré-attaque soufflant doucement les dernières réflexions paillardes de Goyle, la dernière blague stupide d'Avery, les derniers sarcasmes des nobles Lestranges et Malfoy. Bon, l'ambiance était un rien tendue car exceptionnellement - ce qui portait à son comble l'horrible jalousie du jeune héritier -, le Maître accompagnait ses troupes. Mais l'attaque était trop importante - Je suis important ! pensa Harry excédé - pour un novice : il y aurait des Aurors.

Sa première attaque, deux semaines auparavant, s'était déroulée comme sur des roulettes. Le souvenir de ces moldus terrorisés soumis aux pires atrocités arracha au garçon un sourire nostalgique. Ah...que ne donnerait-il pour accompagner Lord Voldemort, encore... Le Seigneur des Ténèbres entra justement dans le grand Hall. Passant à côté de Harry, il lui accorda à peine un regard, déjà plongé dans les activités auxquelles lui et ses hommes se livreraient d'ici quelques instants, l'enfant s'en rendit bien compte. Il afficha une mine boudeuse. Le regard rougeoyant dit quelque chose comme 'T'en fais pas, toi aussi tu viendras bientôt t'éclater' - bien que Lord Voldemort ne se serait jamais exprimé en ces termes. De multiples « Crack » se firent entendre et, la mort dans l'âme, Harry se dirigea vers le labo. Ou plutôt non, songea-t-il avec un vague regain d'intérêt, vers les salles de tortures, expérimenter de nouvelles méthodes pour faire avouer les prisonniers - deux ou trois slovènes plutôt coriaces mouraient dans les cachots depuis une bonne semaine, et le but de l'exercice était de choper avant leur mort les informations qu'ils détenaient sur la puissante famille d'assassins qui établissait son règne en Orient.

Les Slovènes hurlaient comme des cochons qu'on égorge - cependant le sort des cochons était peut-être plus enviable. S'étant la veille coincé le petit doigt dans une porte, Harry mettait à profit l'idée lumineuse que son expérience lui avait apportée : un sort qui retournait phalange par phalange les doigts des victimes. Personne ici ne parlait slovène - l'interprète était sur une mission temporaire au sein du ministère - mais bien que le jeune héritier ne comprit nada de ce qui s'échappait de la gorge des prisonniers il l'interprétait à peu de choses près comme 'Espèce de petit en de p de fils de s !' suivis, dès le troisième doigt, par des hurlements ininterrompus sans grand intérêt politique. Finalement perturbé par les cris de souffrance (4), et poussé par la faim, Harry finit par quitter ses camarades de jeu pour gagner les cuisines.

-Monseigneur, salua bien bas le maigrichon mangemort - une formation de mangemort est généraliste, il s'agit de pouvoir dans n'importe quelle situation satisfaire tous les désirs du Maître : aussi la plupart d'entre eux savent à peu près cuisiner, la qualité de la nourriture dépendant de l'enthousiasme du chef.

L'engouement général voulu que l'on nomme le maigrichon cuisiner titulaire - à son grand damne.

-Monseigneur s'ennuie ?
-J'ai faim, gargouilla Harry en sautant sur un banc.

Ses jambes se balancèrent un moment dans le vide puis sa petite main s'abattit sur la table, décidée.

-Je veux que tu me fasses un gâteau au chocolat.
-Bien.
-Mais attention, je veux pas que tu le fasses cuire, je veux juste la pâte au chocolat dans le plat.
-Vos désirs sont des ordres.
-Je le sais bien. Et tu me passeras ta spatule.

HP-LV-HP-LV

Albus Dumbledore fronça les sourcils, regarda autour de lui et reçut une forte bourrasque de vent dans la figure, qui dispersa sa longue barbe argentée. Ses yeux bleus firent le tour de la petite troupe.

-Tout le monde est là ?

Le silence lui répondit ; certains hochèrent gravement la tête peut-être pour le rassurer, peut-être pour se rassurer, mais la plupart se tournèrent simplement vers la gigantesque, sombre bâtisse qui s'élevait à un petit kilomètre de là. Suivant leur doyen, ils se mirent en route.

Dumbledore arrêta le petit groupe devant les portes.

Maugrey sortit sa baguette. On entre, on attrape le gamin, on sort, on fuit la zone anti-transplanage, on rentre à la maison. Snape leur avait assuré que le gros des mangemorts serait absent - etVoldemort aussi, point non négligeable. Normalement, le Petit serait là, lui, et peu protégé. Dumbledore cru bon de rappeler les indications de son Maître des potions.

-En aucun cas on ne dépasse les cachots du sous-sols ; on ne monte au premier que si cela s'avère vraiment nécessaire ; on évite l'aile droite du rez-de-chaussée. Harry sera sûrement au laboratoire, qui se situe au sous-sol. Les premiers qui le trouvent envoient le signal aux autres. Allons-y.

Les portes s'ouvrirent d'un sort de Dumbledore et les membres de l'Ordre du Phoenix s'y engouffrèrent. Par deux ou trois, ils se dispersèrent silencieusement.

HP-LV-HP-LV

Harry fit une dernière fois le tour du plat avec sa spatule et se barbouilla un peu plus la bouche de chocolat. Puis posant délicatement la spatule impeccable sur la table, il redressa ses manches et avec une figure de psychopathe en puissance, leva ses deux petites mains bien propres. Le cuistot maigrichon ferma les yeux en se détournant, préférant ne pas assister au massacre. Harry plongea les doigts dans le plat.

-Mmmh - ech-qu'il en rechte ? demanda cinq minutes plus tard le garçon, dont seuls les grands yeux verts ne disparaissaient pas derrière du chocolat.

Devant lui pleurnichait le plat vide, qui n'avait peut-être jamais été aussi propre.

-Mmmh (Harry lécha une énième fois ses doigts collants), pourquoi tu n'es pas d'attaque avec les autres ?
-Les effectifs étaient suffisants.
-Ch'est bon le chocolat. Encore.

La mort dans l'âme, le mangemort prépara à son jeune maître un deuxième gâteau, destiné à ne jamais connaître le four.

-Vous ne préféreriez pas seulement du chocolat fondu ? Monseigneur ?
-Bonne idée, fais aussi ça.
-Vous allez vous faire du mal.

Harry accueillit cette remarque d'un air hautement perplexe.

-Bon, ça vient ?

HP-LV-HP-LV

Albus descendit précautionneusement les dernières marches de l'escalier. Derrière lui, Remus Lupin nota son attitude. Sans doute le repaire de Voldemort, même vide, était-il un lieu où se montrer prudent était de mise, tant pour les animaux du voisinage que pour...Albus Dumbledore. Remus pensa fugitivement que ni lui ni ses compagnons n'avaient d'idée exacte quant au nombre de mangemorts présents dans le château, et qu'il suffisait que deux d'entre eux se fassent repérer... qu'un seul de ces chiens alerte son Maître pour qu'ils se retrouvent eux dans une situation dramatique.

L'escalier débouchait sur un couloir du sous-sol menant, à gauche à un couloir encore plus sombre, et à droite à une batterie de bruits de ferrailles et de bougonnements. Ils s'agissaient là de bruits de cuisines mais nos deux intrus étaient bien trop à la fois angoissés à l'idée de se faire repérer et complètement hors d'atteinte mentalement de l'idée que Voldemort mangeait, qu'ils tournèrent à gauche, espérant trouver là le laboratoire. Et Harry.

Harry, repus, s'en fut des cuisines avec dans l'idée de sortir prendre l'air. Il monta tranquillement l'escalier qui menait au grand hall, inconscient des deux silhouettes inquiètes qui quelques mètres plus loin s'immobilisèrent à ses pas. Déboulant tout chocolaté dans la Salle du trône, le jeune garçon s'horrifia en voyant de petites gouttes de pluie tomber sur le grand vitrail bleu. Il ne supportait pas la pluie. Il était certain que cet état de fait avait été influencé par la sainte horreur que le Seigneur des Ténèbres avait lui-même de la pluie, toujours fut-il qu'Harry rejeta illico l'idée de quitter les murs agréablement imperméables du château. Il resta planté debout sur le marbre froid de l'esplanade du trône, à se demander à quoi il pourrait bien s'occuper lorsque deux hommes surgirent de la porte d'accès à l'aile gauche du rez-de-chaussée. Deux hommes habillés de robes bordeaux, qu'Harry reconnut immédiatement comme des uniformes d'Aurors.

Il y eut un moment de battement, pendant lequel les tueurs de mages noirs parurent le reconnaître, tandis qu'Harry tentaient de mettre en forme dans son esprit une pensée cohérente.

Puis beaucoup de choses se déclenchèrent en même temps. Les deux hommes firent simultanément apparaître des filaments rouges et or qui partirent en crépitant dans plusieurs directions au travers des murs. Harry hurla :

-Intrus !

A quoi firent instantanément écho des jurons et des bruits de pas précipités dans les plus proches couloirs. En quelques secondes cependant, et avant qu'un seul mangemort n'est pointé sa cagoule, une quinzaine d'hommes et femmes, dont la moitié portaient des robes d'Aurors, peuplèrent la Salle du trône.

-A moi Mangemorts ! cria Harry paniqué. Des intrus ! L'Ordre ! hurla-t-il encore quand il reconnut la barbe argentée.

Harry était loin de se douter du but de l'intrusion des ennemis de Lord Voldemort ; il reprit haleine et se campant bien sur ses deux pieds, tendit sa baguette.

-Allez vous-en, dit-il à ses opposants qui formaient une ligne éparse devant lui.

Personne ne prêta attention à ses paroles et des tas de capes semblèrent fondre sur la petite silhouette de l'Héritier. On lui arracha sa baguette, qui n'avait eu le temps que de cracher un petit Expelliarmus - qui avait manqué sa cible. Des bras tentèrent de se saisir de lui, et c'est à ce moment que les quelques mangemorts du château débarquèrent. Harry entrevit deux masses expulsées contre un mur et, sentant ses alliés près de lui, se débattit avec d'avantage d'acharnement, envoyant coups de pieds, de poings et de griffes à ses agresseurs. Sa précieuse baguette restait, malgré ses Accio désespérés, apparemment retenue par une puissance étrangère. Il donna un violent coup de coude sous le menton d'un homme qui poussa un juron et bascula tête en arrière. Harry allait se précipiter vers les mangemorts ; mais il s'avéra que l'Ordre du Phoenix était mieux entraîné, plus efficace : en quelques sorts il envoyèrent leurs hôtes au tapis.

Dumbledore saisit Harry à la taille, et la troupe d'envahisseurs commença à reculer au pas de course vers la porte du château.

-Lâchez-moi ! Au secours ! Lâchez-moi ! paniquait le jeune garçon en se débattant comme un beau diable. Lord Voldemort ! LORD VOLDEMORT ! Au secours s'il te plaît ! Ils m'emmènent !
-Alastor ouvrez la porte, vite ! Vous la refermerez derrière nOUAÏE !

Son petit prisonnier venait de méchamment tirer sur les poils de sa barbe.

-Ça s'est pas trop mal passé, dit une voix.
-C'est pas encore fini, grogna une autre bien identifiable. Je ne serais rassuré que quand nous aurons regagné Londres.
-Londres ? Au secours, je veux pas aller à Londres ! cria de plus belle Harry, commençant à sérieusement paniquer.

Il se débattait en appelant d'un ton suppliant à fendre l'âme le nom de Lord Voldemort. C'est alors qu'au milieu de ses larmes il pensa à sa boucle d'oreille. Prenant une nouvelle bouffée d'air il saisit le bijou d'argent entre son pouce et son indexe, et pressa, en songeant de toutes ses forces à un signal d'alerte. Une violente brûlure se fit sentir dans son oreille, redonnant espoir à Harry. Jamais il n'avait tenté de communiquer avec le Seigneur des Ténèbres dans ce sens, mais il faisait confiance au Maître du château et aux prévisions qu'il avait indubitablement dû faire lors de la conception de cette boucle.

« Crack »

-Qu'est-ce qui se pa-
-Vous-Savez-Qui ! C'est Lui ! souffla McGonagall. Vite !

La haute silhouette venteuse de Lord Voldemort se tenait dans le grand hall.

-Je...je suis là ! cria Harry, mortifié de la situation.

Il n'avait pas su se défendre contre ses adversaire, mais il songerait à se morigéner plus tard, en cet instant, il souhaitait simplement se sortir de ce guêpier.

-Dumbledore !

Le ton furieux de Voldemort fit redoubler d'allure les ravisseurs, et Harry se rendit compte avec horreur qu'ils approchaient à grand pas de la limite de la zone anti-transplanage. Il donna un très grand coup de genoux entre les jambes de Dumbledore et se contorsionna comme un fou pour s'échapper. Malheureusement le vieil homme, contrecarrant toutes les espérances du petit sorcier, resserra même sa prise. Son visage ridé était blême - de rage ou de douleur, Harry s'en contrefichait - mais sa poigne resta solide.

Il y eut un grésillement nasillard dans l'air, tous les membres de la troupe arrêtèrent leur course et l'enfant prisonnier des bras du plus grand sorcier du monde moderne - le deuxième - le plus vieux en tous cas -, tout collant de chocolat, sentit ses entrailles se vider en prévision de ce qui suivrait peut-être. Qui suivit.

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Tout son être compressé, qui se déliait lentement avec un équilibre incertain, les bras qui le lâchèrent, Harry écarta les bras pour contrer le vertige, sentit confusément son oreille le brûler et sa cheville droite céder, avant de s'écrouler sur le parquet. Autour de lui des soupirs de soulagements fusèrent, et des rires heureux, heureux d'en avoir réchappé.

-Qui a sa baguette ?
-C'est moi, c'est moi.
-Ah, Albus...
-Minerva, nous allons installer Harry dans une chambre à l'étage.
-Albus, je vais renforcer les protections parce qu'avec ce foutu gamin... vigilance constante, vigilance constante...
-Moi je trouve que c'est de mauvais goût de l'avoir amené à Godric's Hollow, je ne remets pas en doute vos décisions, Albus, mais...
-Je sais Molly, je sais. Nous n'avions pas d'autre endroit en tête. Vos enfants sont ici ?
-Oui, dans le salo-
-Tenez-les éloignés s'il vous plaît.

Le vertige reculait petit à petit. Un ongle d'Harry glissa dans l'un des interstices du parquet et une écharde se ficha dans son doigts. Par réflexe, le garçon porta la blessure à sa bouche.

Il n'y avait pas de parquet dans le château. Des dalles seulement. Harry se releva brusquement et se précipita à...cette fenêtre. Il pleuvait. L'eau ruisselait lentement sur la vitre, le long des feuilles de l'énorme arbre qui aveuglait à demi l'ouverture, entre les brins d'herbe de la petite zone verte qui s'épanouissait hors béton, et à environ huit-cent mètres, l'eau ruisselait sur les toits de Londres. Harry se déchira en un râle d'impuissance, ces mains crispées sur le rebord de la fenêtre. Londres ! Il savait pour avoir quelques notions rudimentaires de Géographie, qu'il était à des kilomètres et des kilomètres, et des kilomètres, et encore des kilomètres... Harry éclata en sanglots. L'Albanie se situait juste au-dessus de la Grèce, et à des miles et des miles de l'Angleterre ; ces distances semblaient soudain bien cruelles, à le séparer si franchement de Lord Voldemort...

-Harry, viens, calme-toi, tu es en sécurité ici...
-Ne me touchez pas !

Harry se recroquevilla dans son coin de mur et de fenêtre, un œil rivé sur l'extérieur, comme si ce simple fait le rapprochait de l'austère château d'Albanie.

-...
-...Ne me touchez pas !

-...Ne me touchez pas...

-...Ne me touchez pas...

Dumbledore observa d'un air soucieux le garçon glisser lentement contre le mur, les yeux embués, la lèvre tremblante, ses petites mains agrippées au vide, répéter cet ordre dans une litanie perdue.

Le vieux sorcier resta debout devant lui dansant d'un pied sur l'autre, puis finalement s'éloigna à pas feutrés, ferma doucement la porte et rejognit les membres de l'Ordre du Phoenix dans l'ex-salon des Potter.

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-Honnêtement... personnellement, quand on m'a parlé de cette histoire, je ne m'attendais pas à voir un gamin barbouillé de chocolat, et appelant sa maman,
-Vous auriez préféré qu'il vous tranche la tête ?
-Alastor ce que veut dire Kingsley, coupa un ton sec, enfin - personne ne s'attendait à ça !
-C'est comme si vous étiez partis capturer un Magyar à pointes, pour ramener un Norvégien à crête à peine sorti de l'œuf.
-Charlie ce sont des conversations d'adultes, va jouer avec tes frères.
-Minerva, Molly... Kingsley, commença Dumbledore, vos réactions sont tout à fait normales, et le jeune Charlie a raison : nous attendions un tueur, nous avons trouvé un enfant. Harry est un enfant. Et même s'il a eu une éducation assez originale, je pense qu'on peut considérer le fait qu'il aime le chocolat comme une bonne nouvelle.

Des sourires amusés mais un peu fatigués lui répondirent.

-Où est-il, là ?
-Dans le petit salon, il n'a pas bougé. J'ai réessayé de lui parler mais il m'a jeté des regards assez terrifiants. Et je crois qu'il est encore perdu. Laissons-le seul.
-Ce petit a besoin de réconfort, se scandalisa Molly Weasley.
-Je vais le réconforter, moi, vous allez voir ça...
-FOL'ŒIL ! hurla la femme rousse. Je vous défend de lever la main sur cet enfant !
-D'après vous, je passe ma vie à frapper des gosses ? - Pas l'envie qui m'en manque parfois, mais... - Je parlais de le secouer un peu. Le faire sortir de sa léthargie. Pour l'instant, il est d'un inintérêt total...

Mrs Weasley parut chercher quelque chose à hurler aux oreilles du vieil Auror mais ne sembla pas trouver de termes assez forts pour exprimer sa furie et se contenta de le regarder d'un air où menaçait à chaque seconde un réglage de comptes manuel. Minerva sépara les deux fous.

-Bon, moi, je ne peux pas rester...
-Allez-y Remus.
-Je serais bien resté... dit-il d'un ton un peu triste. Je repasserai. J'aurais aimé le voir... j'aurais aimé...
-Je comprends, Remus. Repassez quand vous voulez.

Le quartier Général de l'Ordre du Phoenix - le lieu avait gardé sa fonction malgré la tragédie qui l'avait frappé - se vida progressivement. Ne restèrent plus que quatre ou cinq personnes, dont Albus Dumbledore, Kingsley Shacklebot et un autre Auror. Ils tentèrent à tour de rôle d'engager le dialogue avec leur jeune 'prisonnier' sans résultats plus concluants que l'explosion du pot de fleur du petit salon sous le regard polaire de Harry. Le directeur de Poudlard, ayant donné quelques directives à son adjointe pour les jours suivants - on était en Juin ; l'année scolaire n'était pas encore terminée - fit un nouvel essai quand la nuit tomba, tentant de persuader le garçon, au moins, de s'installer sur le canapé de la pièce adjacente, ou, s'il voulait, il y avait une chambre pour lui à l'étage, en face de l'escalier, celle avec la poignée bleue. Harry serra les dents et le glaça par en-dessous de ses yeux verts parfois si froids. Il ne répondit rien et passa la nuit dans une position inconfortable au coin du mur, à demi assis à demi à genoux, à ruminer sa situation difficile.

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Le jour se leva et le soleil vint lentement réchauffer le parquet au pieds du jeune garçon, qui retira ses chaussures et écarta les orteils sur les planches tièdes. Vers six heures, quelqu'un descendit les escaliers, bien qu'Harry ait entendu les premiers bruits de pas au-dessus depuis deux bonnes heures. Ce fut Dumbledore qui pointa son nez aquilin au coin du petit salon, paré dans une magnifique robe de chambre bleu nuit avec des lions dansants dans des tons argentés. Les yeux bleus pétillants du vieux sorcier transpercèrent Harry de part en part.

-Bonjour.
-Bonjour, coassa l'Héritier de Lord Voldemort.
-Tu as bien dormi ?
-Je dormais mieux chez moi.
-Sais-tu que tu es ici chez toi ? Godric's Hollow est la demeure des défunts Lily et James Potter, tes parents. C'est ici que tu as vécu jusqu'à tes deux ans.

-Je pense que tu dormirais mieux la nuit prochaine si tu dormais dans le lit qui est à l'étage.
-Je ne serais peut-être plus là la nuit prochaine.
-Peut-être, sourit Dumbledore. Petit déjeuner ? Que manges-tu pour le petit déjeuner ?
-Une tranche de fesse de moldu, dit Harry d'un ton neutre.

Dumbledore n'apprécia pas la plaisanterie.

-...du pain trempé dans du chocolat. Chaud.

Dumbledore gagna le salon et Harry consentit à se lever.

-Le chocolat est tiède, dit Harry. Kingsley, fais-le chauffer.

Le concerné allait s'exécuter quand Dumbledore tapa sur la table d'un coup sec, faisant sursauter tout le monde, sauf Harry.

-Kingsley n'est pas ton serviteur, tu n'es plus chez les mangemorts, et dorénavant, tu vouvoiera tout le monde et portera à chacun le respect que tu estime toi-même mériter.

Harry trempa un bout de pain dans son bol tiède, le visage serein. Salazard que ces Gryffondors étaient prévisibles...
Qu'est-ce que c'était que ce pain ? Tout plat ? Blanc ? Il essaya de repêcher la partie de sa tranche - carrée - n'importe quoi - qui s'était noyée, se retrouva avec quelque chose avoisinant le dégueuli entre ses doigts, fit une grimace et mit le tout dans sa bouche. Pouah ! C'était fadasse. Fadasse et tiédasse.

-Je déteste l'Angleterre.

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Harry ne prononça pas un mot tandis qu'une jeune femme lui présentait sa chambre - son lit, quelconque, une armoire vide qu'on lui promit de remplir prochainement de vêtements à sa taille, une chaise, un tapis richement tissé, une fenêtre. Il alla à la fenêtre, appuyant son menton contre le rebord de bois ciré poussiéreux. La fille semblait mal à l'aise de son attitude, sans doute peu habituée à être ignorée comme un veracrasse par un gamin de cet âge. Le garçon, quand il daignait croiser son regard, affichait une expression si sombre - et un peu boudeuse, mais il aurait fallu mieux le connaître pour le déceler - qu'elle battit rapidement en retraite, après avoir présenté 'Bok, et Twirty, qui satisferont à tes besoins'. Harry découvrit avec intérêt et dégoût à quoi ressemblaient - en vrai - des elfes de maison ; le premier avait une frange de poils roux crépus qui pendait entre ses deux oreilles, deux grands yeux de charbon et du papier journal autour de la taille. Harry décida de ne pas regarder le deuxième et que s'il avait besoin de quoi que ce soit de toute façon, il s'adresserait à une personne à figure humaine. Il vira les deux créatures d'un léger geste écœuré de la main, et se trouva seul. Dehors, le ciel radieux faisait un pied de nez à son humeur désolée. Mais on était en Juin, concéda le garçon, même à Londres il ne pouvait pas pleuvoir tous les jours. Il s'assit. Sa robe noire faisait drôlement insolite dans cette chambre gaie.

Harry resta cinq heures sur cette chaise. Après quoi, il se leva, très doucement, un plan et une multitude de possibilités hasardées autour de ce plan, bien accrochés au devant de son cerveau. Il ouvrit la fenêtre, et sauta accroupi sur le rebord extérieur.

Au même moment un étage plus bas, alerté par un voyant rouge sur l'une des quatre cartes étalées devant lui, Dumbledore sortit le nez de son thé et poussa un soupir à rendre admiratif les grands mistrals.

Harry fit quelques mouvements de ressorts sur ses talons, tendit les bras, leva le nez, et sauta. Il attrapa la branche du gros arbre vert de justesse - mais vraiment de justesse - et joua le cochon pendu jusqu'au tronc, qu'il enlaça comme son sauveur inattendu. Il n'avait jamais été très doué pour calculer les distances, et Severus disait en plus qu'il avait quelques problèmes de coordination des mouvements, ce qui rendait la plupart de ses sauts assez désastreux. Mais, pensa-t-il pour se remonter le moral, il restait imbattable à la course (fuite, esquive), et n'était pas mauvais au corps à corps. Il se laissa glisser - en serrant les dents, à cause de l'écorce qui écorchait les paumes de ses mains et ses genoux à travers ses robes - le long du tronc.

Dumbledore regardait par la fenêtre.

Harry courut jusqu'à la limite du domaine.

Ce fut là que Dumbledore perdit l'entendement.

Loin de chercher à escalader le portail lourdement décoré de Godric's Hollow, le garçon s'allongea à terre à plat ventre, sembla chercher dans le gazon une position assez confortable comme pour une sieste, et ne bougea plus.

Harry, prenant soin d'être discret - il ne se savait pas observé, mais on n'est jamais assez prudent - continua à gratter la terre du bout de ses ongles, puis avec les doigts de la main droite, jusqu'à ce qu'il tombe sur le bout d'une racine. L'arbre qui allait avec s'élevait une demi-douzaine de mètres plus loin. Une fois qu'il eut bien dégagé son morceau de racine, Harry se concentra, rechercha en lui cette énergie si particulière qu'il déployait lorsqu'il jetait un sort, et la fit lentement, à force de légère convulsions, converger vers sa main droite, qui tenait une partie de l'arbre.

Dumbledore se gratta le menton. Ou l'enfant était très inventif, ou un peu fou. Le vieil homme tenta de se mettre dans la peau de l'héritier de Voldemort, huit ans - oh, presque - kidnappé par l'Ordre et cherchant un moyen de s'évader, afin de comprendre pourquoi le gosse s'allongerait dans l'herbe ensoleillée pour autre chose qu'une petite sieste. Finalement, il envoya Bok s'enquérir de la santé mentale du garçon et alla se refaire chauffer un thé.

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Il y en avait assez maintenant, songea Harry, il y en avait sans doute assez. Les muscles tendus, il jeta un œil à son trou dans la terre, pour voir une sphère translucide crépiter autour de ses doigts, laissant s'échapper une petite étincelle dorée par intermittence. Oui, ce serait bon.

-Monsieur veut que Bok lui apporte un pare-soleil ?
-AAAH !

Harry reprit très difficilement son souffle.

-Oh, le jeune Maître a la main coincée dans la terre ! Bok va prévenir quelqu'un, que le jeune Maître ne s'inq-

SBOUAF.

L'elfe de maison s'écroula, carbonisé.

-Tocard.

Harry approcha précautionneusement les narines de la créature qu'une boule de feu venait de mettre K.O.

-Eurk. C'est en vie. Et miiinnnce j'ai presque tout utilisé...

Harry était épuisé. Déjà affaibli, ce qu'il faisait n'avait rien d'une sinécure et il y avait quelque chose de désespérant à savoir qu'on vient d'utiliser tant d'énergie et de concentration pour griller un elfe de maison. A la base, seul ce foutu portail était visé.

Harry regarda la ridicule boule magique autour de son poignet ; elle floutait les contours de sa paume. Minute, elle était petite certes, mais si elle floutait le décor... elle devait être relativement concentrée, non ? songea Harry en se redonnant espoir. Il se tourna vers les grilles dorées de l'immense portail garant de la propriété des Potter. Il était vachement chouette quand même. Ce serait siii dommage de l'abîmer, hm ? Harry focalisa son attention sur un point précis au pied d'un barreau, s'approcha un peu et tendit le bras, plissant les yeux pour se protéger de l'imminente explosion. Il ne savait pas exactement ce que ça allait donner...

-Desctructum !

L'explosion dégagea une violente bourrasque, mais très concentrée heureusement. Harry fut éjecté quatre pas en arrière mais il ne subit aucun dommage autre qu'une douleur aiguë à la fesse gauche parce qu'il avait atterri sur un caillou. De là, se massant l'arrière-train, il admira son travail.

-Héhé.

A quatre pattes il se faufila à travers le trou formé par son explosion. Les épais barreau de métal étaient recourbés sur un peu moins de dix centimètres et un trou s'était formé dans la terre. Harry n'avait jamais eu l'intention de ne serait-ce qu'envisager s'attaquer au Portail directement, il s'était douté que celui-ci serait protégé par toute sortes de maléfices et ses coups auraient été vains. Mais tout de même ! En y mettant la puissance qu'il avait mise, Harry aurait pu - dû ! - abîmer d'avantage les barreaux... - si quelqu'un avait jamais dit que Dumbledore ne prenait pas au sérieux la sécurité, Harry était prêt à lui enfoncer les barreaux dans le nez pour le confondre). Le garçon sortit de son trou les robes salies de terre et se retrouva de l'autre côté. De l'autre côté des murs de sa prison.

-Wouhou ! cria-t-il de joie.

Il s'élança vers la ville.

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Dumbledore retourna à son bureau avec sa tasse de thé. Il n'avait pas l'habitude d'être inactif et les rares fois où il y était contraint, il faisait toujours une consommation de thé inquiétante. Inquiétante pour ses voisins de dortoir qui l'entendraient se lever dix fois cette nuit. Mais passons. Il irait se chercher quelque chose à lire sur le Chemin de Traverse, dans les jours qui viendraient...quelque chose de pas trop sérieux, il en avait sa claque des thèses sur les mages noirs, au nom de Merlin. Et tiens, il prendrait quelque chose pour Harry aussi. Lui aussi devait s'ennuyer...d'ailleurs où en était Bok de son inspection ?

-Bok ! appela le vieux sorcier.

Un corps difforme semblant avoir séjourné dans une cave à charbon se matérialisa devant lui, inerte. A cet instant l'alarme vermillon qu'il n'avait pas vue sauta aux yeux de Dumbledore, clignotant désespérément sur la même carte que tout à l'heure mais pas au même endroit... Et alors pour la première fois depuis longtemps - très longtemps - en public, Dumbledore jura.

-Bordel de merde !

Ce qui sonna, bien plus que les ordres qui suivirent en hurlements, comme une alerte aux oreilles ébahies de Kingsley et son collègue errant à l'étage.

-Harry a percé les protections du portail ! KINGSLEY AU NOM DE MERLIN QU'ATTENDEZ VOUS ? cria le vieux sorcier furieux courant déjà sur la pelouse du Parc.

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-Bonjour jeune Maître, ânonna une voix aiguë.

Harry jeta un regard meurtrier à l'elfe qui déposait le plateau du petit déjeuner sur une chaise.

-Maître-Dumbledore-a-dit-à-Bok-de-dire-au-jeune-Maître-que-Mrs-Weasley-viendrait-aujourd'hui (respiration) et-que-l'un-de-ses-fils-avait-l'âge-du-jeune-Maître-donc-le-jeune-maître-pourrait-jouer-av...

Un miroir explosa à deux millimètres de l'oreille gauche de l'elfe et il se carapata en glapissant, un mauvais goût de cramé lui revenant à la bouche.

Harry ne quitta pas les couvertures, le visage dur. Une semaine qu'il était retenu ici. Une semaine, dix-huit tentatives d'évasion, dont les deux premières avaient failli réussir. Il serra les dents. Failli. Dumbledore l'avait rattrapé en dix minutes, ramené par la taille, jeté dans 'sa' chambre et lui avait passé un savon mémorable à la suite duquel le garçon s'était enfermé dans ses pleurs, pleurant le château d'Albanie, appelant Voldemort quand il était sûr que personne de l'entendrait. Bien sûr il avait usé et abusé de sa boucle d'oreille en argent, et avait une ou deux fois senti la brûlure de l'appel du Seigneur des Ténèbres, sans que rien n'en puisse résulter. Godric's Hollow était soumis aux même lois de protection que le sombre et frais château qui lui manquait tant ; pas de transplanage, boucliers magiques tout autour des murs et en l'occurrence, du Parc également. Seul Dumbledore pouvait arriver à l'improviste au milieu du salon en court-circuitant très momentanément le maléfice empêchant de translplaner, ce que faisait également Lord Voldemort pour quitter et regagner le château lors de ses attaques. Sa baguette bien sûr ne lui avait pas été rendue. La procédure de rechange qu'il avait utilisé la première fois, se servant d'une racine d'un très vieil arbre comme d'un catalyseur en remplacement de sa baguette, nécessitait de la concentration et de l'énergie, ce qui en soit n'était pas un problème, mais également du temps, ce qui en était un. On ne le quittait plus des yeux dès qu'il faisait un pas sur le seuil de sa chambre. Harry en faisait des crises de nerfs. Les membres de l'ordre du Phoenix se relayait dans la maison pour qu'elle ne soit jamais vide, car Dumbledore et les Aurors avaient d'autres obligations, même si le vieux barbu venait très souvent lui rendre visite.

-Bonjour, Harry, lui fit un sourire bienveillant au milieu de grands poils argentés, dans l'entrebâillement de la porte. Bien dormi ? Ton chocolat est bien chaud, tu devrais le boire maintenant. Oh j'y songe,Mrs. Weasley va passer une bonne partie de la journée ici, et j'ai pensé que c'était une bonne idée qu'elle amène Ronald. Tu connais Ronald ? C'est un gentil garçon tu verras, il a ton âge, je compte sur toi pour ne pas trop l'effrayer ! Vous pourrez aller jouer dans le parc, il fait un temps splendide.

La porte se referma en face de Harry dont les yeux devenus presque noirs à force de s'assombrir faisaient des trous dans le mur. Le garçon se glissa à nouveau sous les couvertures, larguant là ses regards tueurs. Au vu du programme, dormir toute la journée lui semblait le plus raisonnable.

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Note (1) : ('Le tigre est en toi') Allez... une dédicace du prochain chapitre à celui qui retrouve d'où ça vient. Mdr. Des encouragements ? Qui se montrera le plus performant aura droit au chapitre 5 en avant première !

Note (2) : T-Rex, Cosmic Dancer, et aussi B.O. magnifique du magnifique film Billy Elliot (avec Jamie Bell, qui est extra).

Note (3) : ('...les démons majeurs de l'Autre Lieu') Clin d'œil à la superbe trilogie de Bartimeus, - dont le dénouement est aussi inattendu que réussi. Les adeptes ne m'en voudront pas, et les non-initiés iront creuser le sujet dans le premier tome... vous tomberez tous et toutes sous le charme du pitit Nat !

Note (4) : j'ai peut-être une échelle un peu étrange mais dans mon esprit, un enfant de huit ans (bientôt) serait davantage perturbé par des cris de douleurs associés aux doigts qu'il voit se briser (plus les craquements...brrr) que par la contemplation d'une séance de doloris, dont tout ce qu'il ressort est un hurlement continu. Enfin... je suis pas trop sûre non plus...

Bisou !