Merci à tous mes reviewers.
Je suis contente que le chapitre vous ait plus. J'espère que celui-ci vous plaira autant. C'est un de mes chapitres préférés avec le suivant. Il devrait expliquer une petite phrase prononcée par Gibbs à la fin du premier chapitre… J'attends vos avis.
Bonne lecture !
Chapitre 4 :
S'il voulait être parfaitement honnête avec lui-même, ce n'était pas à cause du miracle en question qu'il s'était intéressé au gamin. Ça, c'était arrivé probablement dès le premier instant où il l'avait vu. Il lui avait juste fallu un moment pour le comprendre. Et encore un certain temps pour le reconnaître.
Franchement, s'il avait râlé de devoir travailler avec le gosse, il n'aurait voulu travailler sur ce cas avec aucun des autres inspecteurs ni même ses agents. Le gamin n'avait pas peur de lui, était intelligent et doué, au moins aussi borné que lui, à la fois incroyablement insupportable et, en même temps, à chaque fois qu'il lui criait dessus, Gibbs avait l'impression d'être le genre d'homme qui donne des coups de pied aux chiots abandonnés… Qu'il fût persuadé que le chiot en question en profiterait pour lui arracher la jambe était juste un bonus. Gibbs secoua la tête. Même après toutes ces années, Tony le rendait toujours aussi cinglé et lui faisait éprouver une marée d'émotions contraires qu'il avait pourtant crû définitivement prises dans les glaces depuis de longues années…
« Que s'est-il passé ensuite ? demanda Ziva. »
Ducky sourit doucement.
« Un petit miracle… »
***
Vingt-deux décembre, dix-sept heures. Les événements s'étaient accélérés toute la journée. Bien que leur dernier suspect eût été innocenté – encore que le terme convenait mal – des morts des deux policiers, du pompier et du marine, d'autres indices les avaient menés vers un autre proche du dénommé Berny, Carl Marzetan, une autre sorte d'homme de main, bien connu de la police pour son sadisme et sa folie, deux caractéristiques qui pouvaient expliquer l'état dans lequel on avait retrouvé les cadavres mais qui avait toujours réussi à échapper à la justice. On pensait qu'il s'agissait d'un mercenaire d'Europe de l'Est qui avait pu se faire la main dans les guerres qui avaient secoué la région des Balkans.
Un appel anonyme – probablement venu d'un indic au vu de ses connaissances du commissariat, qui avait jugé plus prudent de rester discret en raison de la manière particulièrement horrible avec laquelle on avait tué les victimes – les avait conduits devant un entrepôt, à l'écart de la ville, où était censé se trouver Marzetan.
Les problèmes de circulation dus à la neige et la nécessaire rapidité d'intervention les avaient contraint à préparer un assaut dans l'urgence avec les seules forces du commissariat central de Baltimore et les trois agents du NCIS.
Ils s'étaient répartis tout autour de l'entrepôt et Gibbs avait perdu son insolent partenaire. L'urgence se faisait sentir, la neige continuait de tomber, rendant la visibilité et les communications radio difficiles. Si on ajoutait le manque de préparation et le fait qu'une bonne partie de leurs informations n'avaient pu être clairement vérifiées, cela sentait vraiment mauvais. Gibbs sentait que tout cela allait mal se finir. Il n'était pas homme à croire aux pressentiments, aux prédictions ou autres choses de ce genre mais il se fiait à son instinct. Et son instinct lui hurlait que quelque chose n'allait pas.
Gibbs se trouvait sur un léger promontoire boisé, à une vingtaine de mètres au nord de l'entrepôt, accompagné par Bloch, l'un de ses agents, et par une dizaine de policiers dont deux inspecteurs qui ne travaillaient pas sur ce cas et qui avaient donc laissé les rênes de leur petit groupe à Gibbs, et un jeune tireur d'élite.
Gibbs ne réussissait qu'à peine à comprendre les propos des autres groupes à travers les grésillements du talkie-walkie.
« Là ! s'exclama soudain un des policiers qui fixait l'entrepôt avec une paire de jumelles. On a un visuel ! »
Gibbs lui arracha presque les jumelles des mains et les pointa sur l'une des fenêtres de l'entrepôt. Malgré la crasse et la neige, il pouvait clairement distinguer une silhouette humaine qui se déplaçait précautionneusement dans l'entrepôt. Il s'agissait sans le moindre doute d'un homme mais il était impossible de dire autre chose en raison des éléments et de la nuit.
Le plus âgé des inspecteurs avait saisi le talkie-walkie et tentait de communiquer avec les autres groupes pour savoir s'ils avaient une meilleure visibilité. Les phrases arrivaient hachées et apparemment, plusieurs voix se mêlaient. Ils reçurent cependant l'assurance que le dénommé Marzetan se trouvait dans l'entrepôt.
Personne ne semblait prendre de décision. Il était étrange que l'homme fût seul. Il devait forcément y avoir quelque chose. Quant à intervenir, c'était difficile avec aussi peu d'informations et de visibilité.
Soudain, un cri parvint distinctement à travers le talkie-walkie.
« Une bombe ! Il a une bombe ! »
Gibbs se glaça. L'entrepôt avait contenu des bouteilles de gaz et bien qu'il fût abandonné depuis plusieurs mois, il y avait de fortes chances qu'il resta encore quelques bouteilles. Si le mercenaire faisait sauter la bombe, personne ne serait assez loin pour échapper à la déflagration. Et d'après tout ce que Gibbs avait pu apprendre sur l'homme, il aurait parié qu'il était tout à fait le genre d'homme à tout faire sauter s'il risquait d'être pris. Une intervention était plus que risquée mais ils ne pouvaient pas pour autant simplement se retirer. Non seulement, ils risquaient d'être découverts mais surtout, il était inadmissible de penser laisser ce fou libre avec une bombe !
« On a un assez bon angle de tir d'ici, dit le policier en s'adressant à un interlocuteur invisible par talkie-walkie. »
Gibbs observa le coup d'un œil expert. Le policier avait raison. L'angle était bon et avec l'arme du tireur d'élite, le tir aurait même pu être considéré comme assez simple s'il n'y avait eu la nuit, la neige et le vent.
Le jeune tireur d'élite ne semblait pas assuré.
« Il n'y aura pas de seconde chance, disait la voix dans le talkie-walkie.
_ Je ne pense pas que j'y arriverai, murmura finalement le jeune tireur. »
Gibbs lui jeta un regard étonné. On ne devenait pas tireur d'élite en étant timoré mais le jeune homme avait au moins l'intelligence de reconnaître ses limites dans une situation extrêmement délicate et dangereuse.
Dans le talkie-walkie, la discussion continuait, l'inquiétude parfaitement perceptible. Dans l'entrepôt, l'homme semblait occupé à une sinistre besogne.
« J'étais tireur d'élite à l'armée, finit par dire Gibbs. J'ai fait des tirs plus difficiles que celui-là. »
Tous les regards se tournèrent vers lui avant de revenir sur l'entrepôt. Il était difficile de savoir avec certitude ce que faisait Marzetan mais si quelqu'un avait pu s'approcher suffisamment pour distinguer une bombe, il y avait de fortes chances que Marzetan fût en train de travailler dessus.
Dans le talkie-walkie, les discussions reprirent, plus pressantes.
« Il demande si vous êtes sûr de vous, dit l'inspecteur au talkie-walkie. Est-ce que vous êtes sûr de pouvoir réussir ce tir ? »
Gibbs observa à nouveau les lieux. Les conditions étaient clairement mauvaises mais il avait vu pire. Il se fit passer l'arme du tireur d'élite et l'examina. C'était une bonne arme. Elle conviendrait parfaitement.
« Certain. »
Après de nouvelles et interminables discussions, il entendit clairement la voix à l'autre bout du talkie :
« Laissez-nous dix minutes que nous puissions nous éloigner le plus possible puis tirez dès que vous le pouvez. Je répète… »
Gibbs hocha la tête et se prépara. Il s'agissait de ne pas rater son coup. Une minute passa. Puis une seconde…
« Il a disparu ! »
Gibbs jura alors que la silhouette venait de disparaître de son champs de vision. A ses côtés, le policier qui avait repris les jumelles fixaient désespérément la fenêtre vide.
« Que fait-on ? »
L'inspecteur chercha à joindre son interlocuteur mais la ligne était définitivement brouillée. Ils ne pouvaient plus entendre que des grésillements, Gibbs n'était même pas sûr que quelqu'un les eût entendus à l'autre bout de la ligne. Et évidemment, il n'y avait pas un téléphone portable qui passait. Les hommes hésitaient sans savoir quoi faire.
« Il est revenu ! »
Gibbs se reconcentra immédiatement sur sa cible. En effet, une silhouette était à nouveau discernable dans l'encadrement de la fenêtre.
« Que fait-on ? demanda Gibbs.
_ Vous pouvez l'avoir ? demanda l'homme au talkie-walkie. »
Gibbs hocha la tête.
« Les dix minutes sont passées… »
L'inspecteur sembla hésiter quelques instants.
« Tirez dès que vous le pouvez. »
Gibbs ne répondit pas et prépara son tir, l'arme clairement braquée sur la tête de sa cible.
Il y avait quelque chose qui n'allait pas.
Dans le talkie-walkie, rien d'autre que des grésillements.
« Allez-y, répéta l'inspecteur. »
Malgré son instinct qui lui hurlait qu'il y avait un problème, Gibbs prit une profonde inspiration et tira… au moment précis où une silhouette apparaissait sur la colline, semblant jaillir d'entre les arbres.
« Ne tirez pas ! hurla-t-elle. »
Gibbs se gela en reconnaissant Sean Dailor, son autre agent, qui s'écroula presque devant lui, manifestement essoufflé par sa course.
« Patron, ne tirez pas ! »
Trop tard, pensa Gibbs, persuadé que la suite allait être terrible.
Les policiers s'étaient précipités vers Dailor pour l'aider à se relever et lui demander ce qui se passait. Gibbs était incapable de bouger et refusait d'imaginer ce qui pouvait expliquer le cri de son agent alors que tout autour de lui, bruissaient les questions des policiers.
« Marzetan est parti, ahana Dailor. Un inspecteur est entré dans l'entrepôt pour voir où il est passé… On n'arrivait pas à vous joindre… »
Non, fut le seul mot auquel pouvait penser Gibbs. Pas ça ! Non !
« Qui… Quel inspecteur ? bredouilla-t-il. »
Dailor hésita, adressant à Gibbs un regard entre la pitié et la terreur. Non.
« Dinozzo, laissa-t-il échapper dans un soupir. Votre partenaire, ajouta-t-il comme s'il pensait que Gibbs n'avait pas retenu son nom. »
Non.
Gibbs laissa tomber son arme. Il était blême.
Non.
Il fut debout en un instant.
Non.
Sans se préoccuper des appels et des policiers qui essayaient de le retenir, il dévala la colline.
Non.
Il savait qu'il avait réussi son tir. Il avait visé la tête. A travers la lunette de son arme, il avait vu la fenêtre éclater et la silhouette disparaître à sa vue.
Non.
Il n'avait jamais couru aussi vite de sa vie.
Non.
Il passa devant des policiers sans même les voir et pénétra dans l'entrepôt, toujours courant, ralentissant à peine pour essayer de retrouver la pièce qui était visible du haut de la colline.
Une main l'agrippa, l'arrêtant dans sa course. Il se retourna, prêt à envoyer son poing dans la tête de l'homme.
« Eh ! Vous avez essayé de me tuer ! »
Gibbs eût l'impression que sa mâchoire s'était écrasée au sol. Le gamin était vivant. Il était vivant et il le regardait d'un air de reproche. Gibbs était paralysé. Ce n'était pas possible…
« Vous m'avez raté ! se moqua le gamin, un sourire insolent plaqué sur le visage. Je vous l'avez bien dit qu'à moins de me tirer dessus à bout portant, vous ne m'auriez pas ! »
Quoi ?! Gibbs cilla. Le gamin avait une assez profonde coupure à la tempe, probablement due aux éclats de verre, et du sang imbibait son blouson en cuir au niveau de l'épaule droite, clairement déchirée.
« Tu es blessé, murmura Gibbs, presque étonné d'entendre sa propre voix. »
Le gamin suivit son regard.
« Merde ! Mon blouson ! Vous savez combien il m'a coûté ?! »
Gibbs finit par péter les plombs. Il arracha presque le blouson du jeune inspecteur pour examiner la blessure. Il ne l'avait pas totalement raté – quoique, après tout il avait visé la tête – la balle avait apparemment traversé l'épaule de part en part et le sang coulait à flots de la blessure.
Dans un état que Gibbs qualifierait plus tard de second, il traîna littéralement le gamin à l'extérieur de l'entrepôt, passant devant les policiers et ses agents qui les regardaient tous d'un air halluciné, et le colla presque dans les bras de Ducky.
« Sauve-le ! Et appelez une ambulance !
_ Vous voulez me faire soigner par un médecin pour les morts ?! s'exclama le gamin qui, en dehors du sang et de sa pâleur, ne semblait pas différent de la dernière fois que Gibbs l'avait vu. Marrant. J'avais encore jamais essayé… »
***
« Ce fut la première fois, mais pas la dernière vous vous en doutez, que je devais soigner Anthony, déclara Ducky.
_ Tu as tiré sur Tony ! s'écria Abby. »
Gibbs blêmit alors que tous les regards étaient tournés vers lui. Abby était clairement en état de choc et McGee et Ziva avaient à peine l'air mieux. Seul Ducky et Gusman semblaient relativement sereins.
« C'était un accident. »
Pourquoi ce souvenir le rendait-il toujours aussi malade ? Il savait pourtant que Tony avait survécu. Il savait aussi pourquoi les choses avaient merdé à ce point ! Gibbs laissa échapper un soupir. Il y a des choses qu'on ne peut jamais se pardonner.
« Tu as tiré sur lui, Gibbs ! répéta la jeune gothique. »
Décidément, il y avait beaucoup d'épisodes qu'ils avaient oublié de raconter à Abby. Peut-être qu'oublier n'était pas tout à fait le mot.
« Tu l'as manqué ! s'exclama Ziva. »
Gibbs lui jeta un regard noir, regrettant de n'avoir plus de café pour faire passer sa nausée.
« Tu aurais préféré que ce ne soit pas le cas ?! grinça Gibbs, clairement pas d'humeur à supporter cela plus longtemps. »
La jeune femme blêmit.
« Non. Non, bien sûr ! Mais je n'aurais jamais crû… »
Gibbs soupira. Pourvu que Tony revînt vite.
