Severus sortait des cuisines de Poudlard avec une discrétion qui démontrait une certaine habitude. Son bras le faisait toujours souffrir mais au moins il avait pu grignoter un peu, tout en évitant la grande salle et donc Sirius et sa bande.
Pourtant, il était plutôt soulagé. Pour l'instant, il n'avait eu droit à aucune plaisanterie sur la blague de Sirius. A vrai dire l'absence totale d'intérêt de James à son égard, le conduisait presque à croire que Lily avait raison et qu'il n'avait rien dit à personne. Ce qui était pour le moins surprenant…
Mais il n'était pas naïf, d'une manière ou d'une autre, Sirius attendait surement le bon moment pour lui rappeler son humiliante victoire. A moins qu'il garde le secret pour faire pression sur lui ? Cette idée était probablement la plus terrifiante d'entre toutes, car il n'était pas sur de savoir jusqu'où il était capable d'aller pour l'empêcher de répandre la nouvelle. Beaucoup plus loin que ce que sa dignité pourrait supporter en tout cas… L'angoisse serra sa gorge et dans sa poche il agrippa encore un peu plus fort le manche de sa baguette.
Qu'importe ce qu'il avait l'intention de faire, il était bien décidé à ne plus jamais laisser quiconque avoir la joie de le voir s'humilier de la sorte. Personne ne le verrait plus jamais avec ne serait-ce qu'un soupçon de tristesse dans les yeux. Plus jamais.
Il s'échappa un instant de ses pensées pour se concentrer sur le chemin à prendre. Encore un escalier et il devrait traverser le grand hall pour prendre le couloir qui menait au cachot.
Il scruta la grande pièce et constata avec soulagement qu'elle était encore déserte ce qui signifiait que les autres étaient encore à table. Prudemment, il s'avança à découvert, ses mouvements ralentis par la douleur qui ne lui laissait aucun répit.
D'ordinaire, il était assez rapide pour éviter de croiser le plus de monde possible, et à force d'entraînement, il était devenu tellement discret que la plupart des élèves ne se rendaient même plus compte de sa présence. Les seuls moments risqués demeuraient ceux des rassemblements, comme les repas ou les temps d'attente entre deux cours. C'était le plus souvent là qu'ils l'attaquaient, mais ça restait supportable, les profs n'étant jamais loin.
Les vrais problèmes survenaient toujours quand ils arrivaient à l'attraper loin des regards : au détour d'un couloir, dans une salle déserte,…
Dans les vestiaires de Quidditch…
Il en avait tiré deux grandes leçons : ne jamais baisser sa garde et avoir sa baguette à portée de main et s'il avait su respecter ses propres règles rien de tout cela ne se serait produit.
« Severus, attend moi s'il te plait ! »
Le jeune homme se contracta brusquement. Pas maintenant… Il pouvait reconnaitre cette voix entre mille et c'était précisant sa propriétaire qu'il craignait le plus de croiser. Il accéléra autant que possible le pas en espérant la dissuader de le suivre, mais Lily le rattrapa en courant et passa devant lui pour l'obliger à s'arrêter. Il pensa bien un instant à forcer le passage mais finalement il n'osa pas, de peur de passer pour un lâche.
Il avait tellement honte et se sentait si misérable que sa colère revint immédiatement à la charge. Elle ne voyait pas qu'il n'avait pas la moindre envie de la voir ? Est-ce qu'elle était vraiment obligée de remuer le couteau dans la plaie en lui rappelant que si elle s'intéressait soudain de nouveau à lui c'était parce qu'il s'était écroulé sous ses yeux ? Est-ce qu'elle ne pouvait pas comprendre que la savoir si près de lui ne faisait que lui rappeler combien il ne la mériterait plus jamais après ça ?
La jeune fille sembla un court moment vouloir dire quelque chose, mais elle hésita et finalement murmura seulement d'une voix gênée:
« Est-ce que ça va ? »
Cette question, pourtant dépourvue de la moindre trace de mépris ou moquerie, le mit définitivement hors de lui. Il n'était pas une petite chose fragile et il n'avait absolument pas besoin de sa pitié ! Surtout pas de la sienne !
Une colère froide l'envahit. Il savait ce qu'il avait à faire pour qu'elle tire un trait sur ces événements. Il releva la tête pour lui crier les pires horreurs qui lui viendraient à l'esprit, mais quand il croisa les yeux verts inquiets et anxieux, il se figea.
Comment avait-il pu oublier ?
Elle était là. Devant lui. Elle le regardait, lui. Elle attendait Sa réponse.
Il avait passé les dix derniers moi à attendre d'elle autre chose qu'une indifférence glaciale et maintenant elle était là. Pour lui. Il existait de nouveau à ses yeux.
Elle était là.
Pris au dépourvu, il resta sans voix et sa réaction rendit la jeune fille encore plus soucieuse.
Dans un état second, il réalisa qu'elle attendait toujours sa réponse et il ne trouva rien d'autre à faire que de répondre à ses attentes :
« Oui…ça va. »
Mais elle ne sembla pas convaincue et son inquiétude perplexe le toucha plus qu'il n'aurait voulu l'admettre.
« Je t'assure, je vais bien », répéta-t-il avec plus de conviction.
Le regard de la jeune fille s'adoucit, rassurée par ses paroles qu'elle savait fausses. Parce qu'au final ce n'était pas tant la réponse, que le fait qu'il lui parle qui était important. Un sourire soulagé se dessina sur son visage d'ange et le cœur du jeune homme rata un battement. Ce sourire ne lui avait pas été adressé depuis si longtemps qu'il avait presque oublié l'effet qu'il lui avait toujours fait.
« Est-ce que ça te dirait si on se rejoignait à la bibliothèque ce soir pour que je te passe mes notes ? »
Son regard s'attarda ostensiblement sur son bras droit, mais sans même réfléchir au fait qu'effectivement il n'avait pas pu prendre les cours normalement, il s'empressa d'accepter. Un nouveau sourire éclaira les traits de la jolie rousse et son cœur s'emballa cette fois-ci dangereusement, le laissant presque étourdis.
Finalement, le brouillard opaque qui avait investi son cerveau ne consentit à se dissiper qu'une fois Lily partie rejoindre sa classe.
Qu'est-ce qui s'était encore passé ?
Le cours de potion avait commencé depuis presque 20 minutes et il n'arrivait toujours pas à comprendre comment il en été arrivé là. Il était sensé lui hurler dessus, pas lui répondre docilement en se trémoussant comme un écolier timide ! C'était une catastrophe !
Enfin…ça devrait être une catastrophe…
La vérité c'est qu'il avait du mal à penser qu'il ait eu tort.
Lily avait toujours été la seule personne qui comptait, s'il n'avait pas été si perturbé par Sirius, il n'aurait jamais oublié qu'il s'était promis de tout faire pour la convaincre de lui accorder une deuxième chance. Alors, peut-être que c'était mieux comme ça…
Son orgueil, pour ce qu'il en restait, ne valait probablement pas le sacrifice.
Bien sur, elle ne l'aimerait surement jamais, du moins pas comme il le souhaiterait, mais il pourrait peut-être de nouveau la voir, lui parler… partager une infime partie de sa vie. Il n'avait pas eu conscience de sa chance à l'époque, mais s'il ne la saisissait pas maintenant, il ne la mériterait plus jamais.
Et il avait besoin d'elle…
Pris dans ses pensées, il sursauta brusquement quand quelqu'un toqua à la porte de la classe, le ramenant brutalement à la réalité et son cortège de problèmes. Pendant un instant, il avait réussi à oublier que récupérer Lily était loin d'être son seul souci.
Andrew Dickins, entra dans la classe. C'était l'un des rares préfets de Serdaigle qu'il était capable de reconnaitre tant ce type pouvait être désagréable avec son petit air supérieur qui ne l'avait pas quitté depuis sa nomination à ce poste :
« Bonjour professeur Slughorn, Severus Snape est demandé dans le bureau du Directeur.
- -Ça ne peut pas attendre la fin du cours?, s'enquérit le corpulent Directeur de Serpentard en lançant un regard curieux au fautif.
- Je ne crois pas, Monsieur »
L'homme haussa les épaules et indiqua d'un geste indifférent à son élève qu'il pouvait partir. De son côté, Severus était loin de partager sa désinvolture. Dumbledore n'avait pas de raisons de demander à le voir… Ou plutôt il n'avait qu'une seule raison de vouloir le voir. Sa gorge se serra alors que l'inquiétude le gagnait, priant intérieurement tous les plus grands sorciers pour que le vieux Directeur lui reproche simplement ses résultats désastreux en Métamorphose.
Tremblant un peu malgré lui, il ramassa ses affaires en vitesse et suivit le préfet dans le couloir. Un silence lourd s'installa alors que le jeune homme l'observait du coin de l'œil, mettant Severus encore plus mal à l'aise. Finalement, il se décida à parler:
« Je sais pas ce que t'as encore fait mais il avait l'air furieux… »
Au regard curieux qu'il lui lança, il était clair qu'il aurait aimé savoir pourquoi mais Severus était trop inquiet pour s'y intéresser.
« Est-ce qu'il t'a dit quelque chose d'autre ? », demanda-t-il en essayant de paraitre nonchalant sans parvenir à maitriser la tension de sa voix.
Le jeune homme haussa les épaules avec un petit sourire sur les lèvres, comme s'il trouvait sa nervosité particulièrement amusante.
« Non, mais ce type, le copain de l'attrapeur de Gryffondor, était dans son bureau et il n'avait pas l'air bien. J'imagine que tu lui as encore joué un tour. »
Severus pâlit brusquement alors que le préfet s'était lancé dans un discours moralisateur de circonstance.
En tant que serpent il aurait du anticiper ce coup bas…la manœuvre était si évidente. Pourtant, il lui semblait que jamais le monde ne lui avait parut aussi injuste, ni aussi dénué de moral.
Sirius avait du avoir peur qu'il le dénonce alors il avait pris les devants. Si le Directeur le pensait coupable d'une attaque contre le Gryffondor, il ne le croirait jamais s'il avouait ce qui s'était réellement passé. Toute dénonciation passerait pour une vengeance sans aucune crédibilité.
Il ne voyait vraiment pas comment la situation aurait-pu être pire…
Il se sentait tellement las… qu'il n'avait même plus la force d'être en colère.
Ils arrivèrent bien trop vite à son goût devant la vieille gargouille qui gardait le bureau du Directeur et Dickins le laissa dans l'escalier de pierre qui l'emmena en tournant devant la lourde porte de chêne qu'il commençait à trop bien connaître.
Il se figea, essayant de reculer encore un peu le moment d'affronter la confrontation. Il pouvait entendre le résonnement sourd des battements effrénés de son cœur, alors que la tension dans sa poitrine commençait à devenir douloureuse.
Dumbledore ne l'aimait pas. Il ne savait pas pourquoi mais le vieil homme, pourtant si prompt à pardonner les autres, ne lui passait aucune de ses erreurs et ne lui accordait aucune confiance. Chacune de leur brève rencontre avait été un condensé d'injustice en tous genre et il craignait ses réactions plus encore que Black et sa bande. Car lui, avait le pouvoir de le renvoyer. Alors comment peut-on se préparer à une telle entrevue quand on ne sait même pas de quoi on va être accusé ? Il en était réduit à espérer que Sirius n'ait pas inventé une histoire trop violente et il détestait devoir attendre quoique ce soit de qui que ce soit.
La mort dans l'âme, il prit une grande respiration et frappa très discrètement l'imposant montant de bois. Mais manifestement pas encore assez discrètement, puisqu'on lui répondit d'entrer. Il obéit à contrecœur et pénétra dans le bureau.
Un coup d'œil nerveux sur la pièce lui permit de voir que Sirius n'était plus là. L'intense soulagement qui l'envahit le surprit lui-même mais disparut aussi sec quand son regard croisa celui du Directeur. Il n'avait jamais vu l'homme aussi contrarié, il semblait encore sous le coup d'une colère rare que l'éclat dangereux de ses yeux trahissait.
« Bonjour, Mr Snape, asseyez vous. »
Le contraste entre son attitude et la voix neutre qu'il avait utilisé était surprenant et…inquiétant. Severus ne put s'empêcher de penser au vieil adage : le calme avant la tempête. Il le salua à son tour d'une voix un peu nouée et prit place dans un des fauteuils, en évitant soigneusement de croiser le regard perçant du sorcier.
Le silence s'installa. Dumbledore scrutait le jeune homme avec attention alors que Severus fixait avec obstination le petit encrier sur son bureau. Finalement, il commença à parler avec la même voix calme.
« Sirius est venu me voir tout à l'heure… »
Il s'interrompit pour voir sa réaction, mais il resta muet. Le vieil homme poussa un soupir las:
« Je dois dire que je n'aurais jamais imaginé que vous en arriveriez là. »
Jamais Dumbledore n'avait eu l'air aussi fatigué devant lui et sa phrase abattue sonnait comme un aveu d'impuissance. Mais l'accalmie fut de courte durée et le Directeur reprit d'une voix soudain plus ferme et inflexible :
« Un tel comportement est intolérable et sera puni en conséquence, je peux vous l'assurer.»
Severus rentra la tête dans ses épaules. C'était encore pire qu'il l'avait imaginé, quoique que Black ait raconté Dumbledore semblait sur le point de le dévorer vivant.
Le regard toujours fuyant, il ne vit pas l'éclair de tristesse que son attitude avait provoqué dans les yeux du Directeur. Il soupira une fois encore :
« Bien sur vous devez comprendre que le fait qu'il soit venu de lui-même se dénoncer joue en sa faveur. »
Quoi !
Il ne pouvait pas croire ce qu'il entendait.
Sirius s'était dénoncé…
Sirius s'était dénoncé !
Abasourdis, il resta sans voix pendant que Dumbledore lui expliquait que le jeune homme serait renvoyé dans deux jours, le temps qu'il puisse contacter un parent, et qu'en attendant il n'irait plus en cours.
« Le reste dépend de vous Mr Snape.
- Pardon ?, s'étonna le jeune homme, émergeant brutalement de son apathie.
- Je pense que le renvoie est une punition suffisante et qu'il n'est pas forcement nécessaire d'en mentionner les raisons exactes sur son dossier, pour éviter de compliquer encore son intégration dans une autre école. Cependant, je comprends que cela puisse vous paraître injuste, alors je ferais en fonction de votre opinion sur la question. »
Severus le regarda sans comprendre. Il était tombé dans un monde parallèle. Dans son monde à lui des choses pareilles n'arrivaient jamais. Dans son monde, les gens se fichaient bien qu'il puisse souffrir de l'injustice d'une situation, qu'il puisse souffrir tout court d'ailleurs.
Cependant son silence inquiéta le Directeur qui reprit d'une voix apaisante :
« Votre réponse peut attendre, une décision aussi lourde de conséquences prend du temps. »
La sollicitude du vieil homme le laissait perplexe, mais conscient qu'il devait répondre cette fois, il hocha machinalement la tête.
Il se souvenait encore de sa colère lors de son dernier passage dans ce bureau et comment il lui avait extorqué la promesse de ne rien révéler concernant la situation de Lupin, alors voir les même yeux bleus le fixer avec inquiétude le perturbait au plus haut point.
Mais pas autant que sa décision. Est-ce que ce n'était pas un petit peu disproportionné ? Après tout, il allait bien… Il n'arrivait pas à croire qu'il puisse penser une chose pareille, mais la sensation persistait. Il ne voulait pas passer pour une victime. Ce n'était qu'une mauvaise blague après tout…
« Severus, est-ce que vous allez bien ? »
Il n'avait pas vu l'homme se rapprochait et maintenant il était accroupi, presque en face de lui, soucieux de son absence de réaction. Il comprit soudain qu'il cherchait juste à savoir à quel point les événements l'avaient affecté. Sa gêne s'accentua, tout le monde prenait ça trop au sérieux. Il s'était juste fait avoir comme un bleu… Finalement, il céda au regard insistant du Directeur :
« Oui, je vais très bien…je veux dire il ne s'est rien passé en réalité »
Le vieil homme fronça les sourcils, surpris par sa réponse.
« Que voulez-vous dire ? »
Severus sentit le rouge lui monter aux joues, absolument convaincu de ne pas vouloir avoir cette conversation. Pourtant, ce sentiment dérangeant ne le quittait pas et il ressentait le besoin de dédramatiser les événements.
« C'était juste une blague…il n'avait pas l'intention de…d'aller plus loin. Ce n'est pas si grave. »
Sa rougeur s'accentua, il se sentait mal à l'aise et honteux d'être à l'origine de tout ces dérangements et être ainsi exposé au regard du célèbre sorcier n'arrangeait vraiment rien.
Ce dernier ne savait pas comment réagir. De tout ce qu'il avait pu imaginer, voir Severus Snape quasiment défendre Sirius Black était la dernière de ses éventualités. Comment devait-il comprendre une telle réaction ?.
Sirius avait été assez explicite pour qu'il sache exactement évaluer la gravité de ses actes et le terme « pas si grave » était loin d'être le premier qui lui était venu à l'esprit.
La tristesse l'envahit. Depuis six ans il essayait de faire cesser les jeux humiliants et stupides entre le Serpentard et les quatre Gryffondors sans parvenir au moindre résultat, mais surtout toutes ses tentatives pour essayer de mettre en confiance Severus avait été des échecs sans précédent. C'était son incompétence qui avait mené à cette catastrophe.
Mais il se reprit, ce n'était pas le moment de s'apitoyer sur ce qui aurait pu être fait pour éviter d'en arriver là. Doucement, il posa sa main sur le bras droit du jeune homme :
« Severus, regardez moi. »
Il releva la tête mais son regard fuyait toujours le sien.
« Croyez-moi, ce qui s'est passé est très grave. Même si vous étiez le monstre qu'ils décrivent, ce qui n'est pas le cas, ça ne lui aurait jamais donné le droit d'agir de la sorte. Et je peux vous assurer que le renvoie est une punition amplement méritée, peut-être même insuffisante. Si vous en faisiez la demande je pourrais perdre mon poste de Directeur pour avoir laissé une chose pareille se produire entre des élèves dont j'ai la garde. »
Les yeux de Severus étaient devenus plus humides que nécessaire. Ces mots, il les avait déjà entendus… c'étaient ceux de Lily il n'y a pas si longtemps…
Alors pourquoi étaient-ils si difficile à entendre ?
Dans un geste de réconfort, Dumbledore resserra son étreinte sur le bras du jeune homme qui poussa un grognement de douleur. Le vieil homme retira sa main immédiatement en fronçant les sourcils :
« Vous êtes blessé ?
- Non, non, ça va. », S'empressa de répondre Severus.
Le mensonge était sorti tout seul, par la force de l'habitude probablement, mais il ne fit que renforcer l'inquiétude du Directeur qui déclara d'autorité :
« Je vous emmène à l'infirmerie. »
L'homme s'était levé et attendait qu'il fasse de même pour partir. Cependant Severus hésitait. Pourtant il n'avait guère le choix et encore moins de raisons de s'opposer à une telle décision. Après tous, il y a encore une heure il aurait fait n'importe quoi pour une potion antidouleur.
Mais cela faisait simplement trop d'un coup et il avait la sensation désagréable de ne plus avoir aucun contrôle sur les événements ou même sur lui. Il avait besoin de respirer.
Le Directeur revint près de lui et planta son regard bleu dans le sien :
« Tout va bien Severus. Je vous le promets. Tout ira bien. »
Et Albus Dumbledore réussit enfin là où il avait toujours échoué : il gagna sa confiance.
Severus sortit de l'infirmerie dans le même état second d'égarement qu'il y était rentré. Fasciné, il fit jouer chaque muscle et chaque articulation de son bras droit sans ressentir la moindre douleur.
La vie réserve parfois de drôle de surprise.
Un jour, vous n'avez rien, si ce n'est des blessures douloureuses et l'angoisse de voir leur cause se reproduire, avec l'impression écrasante d'être toujours seul dans un monde regrettant jusqu'au jour de votre naissance. Et le jour suivant, des personnes dont vous n'attendiez plus rien se mettent à vous aider et une infirmière zélée fait disparaitre jusqu'à votre plus petite égratignure en vociférant contre les salopards immoraux tout en vous couvrant de gestes affectueux et protecteurs.
Il ne souvenait pas avoir déjà reçu autant de sollicitude dans sa courte vie et il sentait confusément qu'il pourrait s'habituer très vite à ce genre de marque d'attention. Cependant, passant devant une des majestueuses fenêtres du château, il remarqua soudain les rayons rasant du soleil. Merlin, il ne s'était pas rendu compte qu'il était si tard ! Il s'élança vers la bibliothèque en espérant que la chance lui sourirait encore une ultime fois pour la journée.
Alors qu'il courrait, il réalisa à quel point il pouvait être agréable de ne pas sentir quels muscles travaillent lors d'un effort, en fait il n'avait jamais autant apprécié le fonctionnement normal de son corps !
Il arriva enfin à la bibliothèque, légèrement essoufflé, et entra dans la pièce silencieuse. Quelques élèves travaillaient encore, des dernières années pour la plupart, mais au fond de la pièce, cachée derrière une lourde étagère remplie de livres de Métamorphose, il finit par trouver Lily. La jeune fille s'était installée à une table près d'une fenêtre donnant sur le parc, les derniers rayons du soleil couchant venaient frapper ses cheveux dont les reflets roux semblaient plus étincelant que jamais.
Existait-il seulement quelque chose de plus merveilleux sur cette terre que Lily Evans ? Il en doutait sérieusement.
Malgré son envie de l'aborder il resta figer à quelques mètres d'elle, craignant qu'elle lui reproche son retard ou qu'il ne parvienne pas à aligner plus de deux mots comme ce midi. Mais quand elle finit par relever la tête et se rendit enfin compte de sa présence, ses yeux ne reflétaient qu'une vive inquiétude.
« Severus ! Alice m'a dit que tu avais été convoqué dans le bureau du directeur. Est-ce que ça va ? »
Il ne s'attendait vraiment pas à ce que la nouvelle se soit déjà répandue et encore moins à devoir s'expliquer aussi rapidement, alors que lui-même avait du mal à assimiler tout les événements de la journée. Finalement il lui dit la seule chose qui lui vint à l'esprit et qu'il ressassait sans cesse depuis qu'il l'avait lui-même appris:
« Sirius s'est dénoncé. »
Il se demanda distraitement s'il avait fait la même tête devant Dumbledore.
