Une semaine exactement avant les vacances de Noël, James reçut une nouvelle lettre de ses parents, amenée par Snowy. Au début de l'année, il en avait reçu trois par semaine, puis il avait cessé de leur répondre, faute de temps. Il était trop occupé et n'avait pas beaucoup pensé à ses parents, ces derniers temps. Il s'était habitué à vivre à Poudlard, et sa maison ne lui manquait pas. Cependant, lorsqu'il vit la lettre, il eut un pincement au cœur en pensant à sa famille. Il déchira l'enveloppe.
« Cher James,
Nous n'avons pas eu de nouvelles de toi depuis un moment et nous espérons que tu vas bien. J'ai appris pour ton admission dans l'équipe de Quidditch, et que tu lui as permis de gagner le match. Je suis si fière de toi, et ton père aussi.
Je voulais savoir si tu avais décidé ce que tu faisais pour Noël : tu peux rentrer à la maison ou rester à Poudlard. Choisis ce qui te feras le plus plaisir. Nous attendons ta réponse. Tu nous manques beaucoup.
Ta Maman. »
James se sentit un peu honteux et se rendit compte que, maintenant qu'il y pensait, il avait envie de revoir sa famille. Avant d'aller en cours, il écrivit rapidement une réponse à sa mère, pour lui dire qu'il rentrait à la maison pour Noël.
-Tu en as de la chance… souffla Emma, l'air triste.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-De retourner chez toi à Noël.
-Oh ! Tu ne rentres pas chez toi ?
-Non. En réalité, j'ai envoyé une lettre à mes parents récemment, et ils m'ont répondu… ils…ils n'ont pas très bien accepté l'idée que je sois une sorcière. Je préfère donc rester à Poudlard, le temps qu'ils s'habituent…
-Je suis désolé… je ne peux pas te laisser seule, Emma. Je vais dire à mes parents que finalement je reste et…
-Elle ne sera pas seule, trancha Marguerite.
-Mais, continua Emma, tu ne rentres pas chez toi non plus ?
-Non, mon père reste ici pendant les vacances, comme tous les professeurs.
-Et ta mère ?
-Elle pourra venir nous rendre visite au château pendant les vacances. Et elle passera Noël avec nous.
James se sentit un peu triste de ne pas rester à Poudlard alors qu'Emma et Marguerite passeraient Noël ensemble. Mais il ne pouvait pas décevoir ses parents une fois de plus, et il ne revint pas sur sa décision.
Le sentiment de triomphe qu'il avait éprouvé après le match de Quidditch était toujours présent, et la perspective de bientôt revoir sa famille le réjouissait, malgré lui. Rien n'aurait pu être plus parfait. James s'endormit avec un sentiment d'immense bonheur. Le cœur léger, il plongea dans le monde des rêves.
Tout autour de lui était sombre. Il commençait à faire froid. La neige ne tarderait pas à arriver, et il devait absolument trouver la pierre avant qu'elle ne soit recouverte. Mais tant d'années avaient passé… y avait-il encore la moindre chance que la pierre n'ait pas été enfoncée dans le sol par le temps, la pluie, ou le sabot d'un centaure.
Les créatures qui peuplaient la forêt ne lui faisaient pas peur. Cependant, il préférait ne pas en croiser. En particulier l'autre imbécile, l'ami de Harry Potter, son filleul adoré. Il leva le nez et vit entre le feuillage une sphère argentée briller dans le ciel.
Le sol grouillait de petites araignées. Il était donc sur la bonne piste. La fosse aux tarentules ne devait pas être loin. Le garçon était passé par ici. Forcément. Il sortit sa baguette de sa longue cape noire et murmura :
-Accio Pierre de Résurrection.
Bien entendu, ça ne fonctionna pas. Ca aurait été trop facile. Beaucoup trop facile. La pierre était forcément protégée par de puissants maléfices. Elle résistait donc à tous les sortilèges mineurs.
- Incendio !
Autour d'elle, la forêt s'embrassa. Toute la végétation au sol se transforma en cendre en quelques minutes. Au centre des flammes, un petit objet reflétait la lueur orangée du feu.
Finite !
Le feu disparut subitement. Il n'y avait plus un seul brin d'herbe par terre, juste de la terre nue. Et un petit objet brillant, noir, était à moitié enfoncé dans le sol. Il se baissa et prit la pierre dans sa main, un sentiment d'intense satisfaction, de jubilation. L'heure de la vengeance approchait. Harry Potter ne serait bientôt plus qu'un souvenir. Ses parents seraient de retour et le monde des sorciers allait changer une bonne fois pour tout.
James tomba de son lit et se cogna brutalement la tête. Il eut l'impression de s'être fendu le crâne en deux, et, chancelant, il descendit les escaliers du dortoir. Arrivé dans la salle commune, il alla poser son front sur la vitre glacée et regarda par la fenêtre. La lune était une sphère argentée, et de la fumée se dissipait lentement au dessus des arbres de la forêt interdite.
Ce n'était pas un rêve. Ca n'avait pas pu être un rêve. Ils vont tuer Harry Potter. Ils vont tuer mon père, pensa James, paniqué. Mais qui le croirait ? Même Emma avait du mal à admettre qu'il puisse faire des rêves qui soient réels. Et il ne pouvait pas la réveiller ainsi en pleine nuit. Il ne pouvait même pas monter dans le dortoir des filles. Il fallait qu'il fasse quelque chose, pourtant. Il devait y aller seul, il n'y avait pas d'autres moyens. Il se dirigea vers le trou du portrait, quand soudain :
-Tu vas où comme ça ?
James se retourna, surpris, et vit que Marguerite était assise dans un fauteuil, face à la cheminée.
-Je… c'est compliqué. Mais toi, qu'est-ce que tu fais là à une heure pareille. Les préfets nous ont dit d'aller nous coucher.
-Tu n'es pas non plus dans ton dortoir.
-J'avais besoin d'air. Un mauvais rêve, grommela-t-il.
-Tu as sûrement rêvé que tu te faisais poursuivre pas un gang de vifs d'or enragés, non ?
-Marguerite, s'il te plait, ce n'est pas trop le moment de parler de Quidditch. Et toi que fais-tu ici ?
-Besoin d'air aussi. Pour réfléchir.
-Ok, super. Eh bien continue à réfléchir, moi j'ai plus important à…
Elle se leva d'un bond et l'attrapa par le bras avant qu'il ne sorte de la salle commune.
-Dis-moi où tu vas, James Sirius Potter !
A ce moment-là, quelqu'un apparut en haut des escaliers du dortoir des filles. C'était Emma. Elle leur lança un regard perplexe et Marguerite lâcha précipitamment le bras de James.
- Qu'est-ce que vous fichez, tous les deux ? Vous faites un de ces boucans !
-Emma ! soupira James, soulagé. Ca a recommencé. Le rêve. Il faut qu'on parle. Seuls, ajouta-t-il en jetant un regard en coin à Marguerite.
-Le rêve ? Quel rêve ? demanda cette dernière. Le cauchemar que tu as fait cette nuit ? Tu l'avais déjà fait auparavant ?
-S'il te plait, Marguerite. Retourne te coucher et laisse-nous tranquille !
-C'est hors de question ! Je veux savoir ce que vous manigancez tous les deux.
-Dis-lui, James. Elle a le droit de savoir.
-Bon. Très bien, soupira James en s'affalant sur un fauteuil.
Emma et Marguerite firent de même.
-Je pense que tu devrais d'abord lui raconter ton premier rêve, sinon elle ne comprendra pas ce que…
-Non Emma ! Le temps presse, il s'est passé quelque chose de grave.
-James, je t'en prie !
-Oh ! D'accord.
James raconta donc une nouvelle fois son rêve à Azkaban, la rencontre du loup-garou Greyback. Il révéla aussi le contenu de la lettre adressée à Gatelov à Marguerite. Puis il passa à l'essentiel : son dernier rêve. Emma parut horrifiée quand elle apprit que Gatelov avait retrouvé la pierre.
-Alors cela signifie qu'elle va faire revenir ses parents. Le Seigneur-des-Ténèbres…
-Et mon père sera sa cible prioritaire. Il voudra forcément se venger.
Marguerite ne disait pas un mot. Elle avait le teint blême.
-Marguerite, ça ne va pas ? s'inquiéta Emma.
-Mon père m'a raconté, comment c'était lorsque le Seigneur-des-Ténèbres était au pouvoir. S'il revient, nous sommes fichus.
-Ne dis pas ça !
-Il n'y a qu'un seul espoir, trancha James. Nous devons reprendre cette pierre à Gatelov. Elle est peut-être encore dans la forêt à l'heure qu'il est. Ou en train de revenir au château.
-James ! Nous ne sommes pas de taille à lutter contre un professeur, s'indigna Emma. Il faudrait mieux envoyer un hiboux à ton père et…
-Nous n'avons pas le temps. Snowy mettrait plusieurs jours à apporter la lettre. Alors, il sera trop tard. « Tu-sais-qui » sera sûrement déjà ressuscité. Si nous devons agir, c'est maintenant ou jamais.
-Bon. C'est d'accord, on n'a pas le choix, annonça Emma.
Marguerite, toujours sous le choc, ne répondit rien, mais le suivit. Tous les trois descendirent les étages en regardant de tous les côtés, un peu inquiets. Ils avaient de la chance, songea James, le concierge, Rusard, commençait à se faire vieux, et pour lui permettre de se reposer un peu, c'étaient parfois les professeurs qui devaient se charger des rondes de nuits. Avec un peu de chance, un des professeurs avait oublié que c'était son tour. Ou bien c'était Gatelov, mais vu qu'ils la cherchaient, ce serait plutôt une bonne chose de lui tomber dessus. James s'inquiéta cependant un peu, car il n'avait aucune idée de comment lui prendre la pierre. Elle les punirait sûrement pour être hors de leur dortoir en pleine nuit, la seule solution serait de la neutraliser. Mais comment faire une chose pareille ? Ils risquaient d'être renvoyés !
Pourtant, ils ne croisèrent personne, et lorsqu'ils arrivèrent dans le hall, Emma prit un couloir à gauche.
-On peut savoir où tu vas ? demanda James.
-La porte principale ne sera pas ouverte. Tu comptais sortir par où ?
-Je… je n'y avais pas pensé.
James fut heureux de ne pas être venu seul, finalement. Il se serait retrouvé bloqué derrière la grande porte en bois de chêne, comme un idiot. Cependant, il aurait bien aimé qu'Emma lui explique son plan si brillant.
Elle entra dans une salle de classe vide, et James se demandait vraiment ce qu'elle comptait faire. Il la vit se diriger vers une fenêtre et l'ouvrir.
-Allez-y ! Sortez !
James ne se le fit pas dire deux fois. Ils étaient au rez-de-chaussée, mais la fenêtre se trouvait tout de même à presque deux mètres du sol, et il dut se laisser tomber dans l'herbe fraîche du parc du château.
Marguerite passa à son tour, glissa dans l'herbe humide et se releva chancelante, suivie d'Emma qui poussa la fenêtre sans la refermer.
Ils coururent en direction de la forêt. Ils avaient déjà perdu beaucoup de temps. Il fallait arriver avant que Gatelov n'ait regagné le château. Pourvu qu'il ne soit pas trop tard, pourvu qu'il ne soit pas trop tard, se répétait James. Ils arrivèrent enfin à la lisière de la forêt. Aucune lumière ne provenait de la cabane de Hagrid. Lui aussi devait dormir. Cependant, ils firent attention de ne pas faire de bruit en passant devant.
-On… on doit vraiment entrer là-dedans ? bafouilla Marguerite qui grelottait, en montrant la pénombre de la forêt.
-Je crois que nous n'avons pas vraiment le choix, trancha James. Allez, suivez-moi !
Mais dès qu'ils s'enfoncèrent dans les bois, ils furent engloutis par l'obscurité.
-Attendez, murmura Emma. Lumos !
Sa baguette projeta une lueur qui éclaira un peu les alentours. Au moins ils se voyaient les uns les autres, et savaient où ils mettaient les pieds.
Le silence était pesant, mais par moment ils entendaient des craquements, ou un souffle rauque. Ils sursautaient à chaque fois, puis se ressaisissaient en se persuadant que ce n'était que le vent qui produisait ce murmure, et qui faisait craquer le feuillage des arbres. Ils commençaient presque à se rassurer, quand un hurlement déchira le silence.
-Que… qu'est-ce que c'était ? balbutia Emma.
-Chut ! murmura James. Ne bougez pas ! Ne faites aucun bruit.
Il n'y avait plus rien. Le silence était revenu.
-C'est bon, souffla James. Je crois qu'on peut y aller…
-James, je crois qu'on devrait rentrer au château…
Mais il ne l'écoutait pas. Il continuait à avancer et les filles lui emboîtèrent le pas. Il stoppa net lorsqu'il entendit un bruissement dans les fourrées. C'est alors qu'ils l'aperçurent, sortant de derrière un arbre.
Il était légèrement plus grand qu'un homme, et se tenait debout. Pourtant, ce n'en était pas un. Il avait le museau allongé, des membres fins mais puissants. Son corps était recouvert de poils et il était doté d'énormes griffes acérées. C'était un loup-garou.
Il resta un moment à regarder les trois jeunes élèves, puis bondit, les crocs prêts à mordre ses victimes. Marguerite recula d'un pas et tomba sur le derrière, trébuchant sur une racine d'arbre. James sortit sa baguette de la poche de son jean et visa le loup-garou.
-Petrificus Totalus ! s'écria-t-il.
Le sortilège rata sa cible, et le loup-garou sauta sur Emma, qui était restée pétrifiée de peur. Elle hurla et James tenta avec espoir de mettre en pratique ce qu'il avait appris dans le cours de Teddy.
-Protego !
Un énorme bouclier apparut et le loup-garou et Emma furent projetés loin de l'autre avec force. La baguette d'Emma lui sauta des mains et la lumière s'éteignit. Ils se retrouvèrent dans le noir total.
-Tenez-moi la main ! s'écria James. Vite !
Les deux filles se relevèrent avec peine et tâtonnèrent dans l'obscurité pour trouver James.
-Maintenant lancez des sorts au hasard. On ne risque rien si on reste près les uns des autres, on ne sera pas touchés par les sortilèges.
Ils se mirent alors à lancer avec fureur des sortilèges en tout sens. Cela leur permettait d'éclairer la forêt pendant quelques instants, mais ça ne leur suffisait pas à voir si le loup-garou était encore là ou non. Il n'y avait plus aucun signe de lui, mais peut-être était-il seulement tenu à distance par leurs sortilèges.
-Continuez de lancer des sorts, annonça James.
Mais lui, s'arrêta et murmura :
-Lumos !
Emma jeta un dernier maléfice du saucisson, puis s'arrêta. Il n'y avait plus de trace de loup-garou autour d'eux. Ils étaient seuls.
-Vite ! s'exclama Marguerite. Partons d'ici !
-Emma ! Tu es blessée ?
-Ce… ce n'est rien… je…
Elle fut coupée par un gémissement qui semblait provenir d'un peu plus loin. James avança. Il savait que ce n'était pas le loup-garou. Il était certain d'avoir entendu une voix. Il y avait quelqu'un d'autre dans la forêt. Le soleil commençait à se lever, mais James garda tout de même sa baguette allumée pour mieux voir.
Il trouva alors, caché entre des buissons, un corps étendu, parcouru de tremblements incontrôlables. Ses mains étaient étonnement poilues et ses ongles pointus. L'homme se redressa péniblement et James resta horrifié. C'était Teddy.
-James ! Nom d'un hyppogriffe ! Qu'est-ce que tu fiches ici... dit Lupin d'un ton qu'il voulait sévère mais qui en réalité ne réussissait pas à cacher une certaine honte.
-Teddy ? Que…
James ne put dire un mot de plus tellement il était abasourdi. Ce qu'il venait de découvrir fit disparaître tout crainte d'être puni pour se trouver dans la forêt en pleine nuit. Car après tout, même s'il connaissait bien Teddy, il restait un professeur et ne se gênerait pas de lui donner les sanctions appropriées. Mais l'attention de Lupin fut détournée par la blessure d'Emma et il pâlit encore un peu plus.
-Vous.. vous êtes blessée Mademoiselle ? Ce… ce n'est pas moi qui vous ai fait ça ?
Emma hocha la tête et Teddy se leva d'un bond.
-Vite ! Il faut vous conduire à l'infirmerie. Oh mon dieu ! Je savais que je n'aurais jamais du accepter ce poste ! Qu'avais-je en tête ? Pourquoi McGonagall a-t-elle engagé un monstre comme moi ?
-Vous n'êtes pas un monstre, affirma James.
-Mais Teddy n'écoutait pas.
-Teddy ? demanda James. Nous allons être renvoyé, n'est-ce pas ?
-Quoi ? s'étonna le professeur qui avait en tête des choses bien plus graves. Oh… écoutez, c'est vrai que vous le mériteriez. Mais on peut peut-être s'arranger.
James regarda Emma et vit l'étonnement dans son regard. Lui non plus ne comprenait pas.
-Je risque tout comme vous d'être renvoyé, si nous dévoilons la vérité. Si vous ne me dénoncez pas, je ne vous dénoncerez pas non plus.
-Mais comment cacher la vérité ? Emma a été mordue, et vous êtes le seul loup-garou dans l'enceinte de ce château. Du moins, je suppose.
-Nous allons attendre le lever du jour avant d'aller à l'infirmerie. Vous auriez pu vous trouver dans le parc en vous rendant en cours de botanique. Vous direz que c'est à ce moment-là que vous vous êtes fait attaqués.
-Mais, et vous ? Ca ne résout pas votre problème.
-Sauf si je retourne au château maintenant. Il est sept heures et demi. Allez à l'infirmerie à huit heures en disant que vous venez de vous faire attaquer. Moi, je vais aller dans la salle des professeurs. Ils seront tous témoins que ce ne pouvait être moi qui vous ai attaqué.
-Ingénieux ! s'exclama James.
-Enfin, ce plan marche à une seule condition. Que Emma soit d'accord d'attendre une demi-heure avant d'aller à l'infirmerie.
-Ne vous inquiétez pas, ça va aller.
James enleva son tee-shirt malgré le froid glacial de ce mois de décembre, et en arracha une bande. Il l'enroula autour du bras d'Emma pour stopper l'hémorragie. Teddy était reparti en direction du château, et les trois autres l'avaient accompagnés jusqu'à la lisière de la forêt. Ils restèrent à l'écart pour que personne ne puisse les voir, pas même Hagrid qui se promenait souvent dans les environs.
Marguerite n'avait pas dit un mot depuis leur rencontre avec le loup-garou. Elle semblait comme hypnotisée, enfermée dans une bulle, sous le choc.
-Je crois que nous pouvons y aller, annonça James.
Il était huit heures moins cinq lorsqu'ils traversèrent le parc. Ils croisèrent des élèves de Poufsouffles qui allaient en cours de soin aux créatures magiques et qui regardèrent d'un air perplexe la blessure d'Emma.
James avançait avec les autres, mais il n'était pas vraiment là. Il n'arrivait pas, ne pouvait pas s'imaginer que ce soit possible. Les loups-garous étaient contagieux, c'était un fait. Mais il lui paraissait impossible qu'Emma ait été contaminée, qu'elle en soit devenue un, elle aussi. Il s'en voulait énormément, il savait que c'était sa faute. Il avait conduit les deux filles dans la forêt, et c'était arrivé à cause de lui. Il avait peut-être décidé de risquer sa vie, mais il n'aurait pas du mettre en danger celles d'Emma et de Marguerite. Si seulement il les avait empêchées de venir…
Ils étaient arrivés devant la porte de l'infirmerie et James toqua :
-Pas de visite avant 10h ! s'exclama une voix à l'intérieur.
-Mme Pompresh ! C'est une urgence !
Il entendit des pas approcher derrière la porte qui s'ouvrit aussitôt.
-Que se passe-t-il ? Pourquoi venez-vous si…
Elle devint livide en voyant le bandage au bras d'Emma, imbibé de sang.
-Rentrez-vite !
Elle la poussa de force à s'allonger sur un des lits, puis déroula le bandage.
-Que vous est-il arrivé ?
Ce fut James qui raconta l'histoire, non pas la véritable histoire, mais celle que Teddy avait inventée pour leur sauver la mise.
Mme Pompresh étala une pommade sur la blessure, et la plaie cicatrisa en quelques minutes : on aurait dit qu'elle était vieille de plusieurs semaines, et Emma assura qu'elle n'avait presque plus mal. Pourtant, James n'était pas tranquille.
-Est-ce que… je veux dire… c'est un loup-garou qui l'a blessée. N'y a-t-il pas un risque que…
-S'il l'a mordue, elle n'y échappera pas. Je suis navrée. En revanche, je ne peux dire précisément s'il s'agit d'une morsure ou d'une griffure. On le saura dans un mois…
James tressaillit à ses mots. Marguerite et lui furent autorisés à rester pour tenir compagnie à Emma pendant une heure, puis ils retournèrent en cours, encore sous le choc. Tous deux restèrent silencieux tout au long de la journée, mais leurs esprits semblaient réunis comme s'ils partageaient un deuil commun. Ils revinrent à l'infirmerie après les cours, en fin d'après-midi.
-Ce qui est dommage, fit remarquer Emma, c'est que tout ça nous a empêché d'arrêter Gatelov. Elle a la pierre, désormais.
James n'avait plus repensé à la pierre depuis leur rencontre avec Teddy. Il se sentit encore plus mal lorsqu'il songea au danger que courait son père, peut-être en ce moment-même. Il envisagea de lui envoyer une lettre, mais il rentrait chez lui dans quelques jours, la lettre mettrait autant de temps à arriver, c'était inutile.
-Peu importe la pierre, assura James. Si seulement je n'avais pas fait ce rêve. Rien de tout cela ne serait arrivé.
-Ce n'est pas ta faute, lança Marguerite.
James et Emma se retournèrent en même temps et scrutèrent leur amie. Que Marguerite défende James était aussi improbable que de voir Gatelov faire une distribution de papillotes pendant ses cours.
-Moi aussi j'aurais pu vous retenir, vous empêcher d'y aller, mais je ne l'ai pas fait.
-Nous sommes tous fautifs, conclut Emma. Aucun de nous trois n'a eu assez de bon sens pour se dire que nous rencontrerions peut-être des dangers dans la forêt. Ce qui m'est arrivé, c'est entièrement ma faute. Jamais aucun de vous deux ne m'a forcé à venir.
Ils acquiescèrent en silence. Emma avait raison. James n'en revenait toujours pas de la réaction de Marguerite. Il semblait qu'enfin elle soit devenue un peu plus cordiale. En temps normal, James ne se serait peut être pas réconcilié si facilement avec elle. Mais là, c'était différent. Ils soutenaient Emma dans son épreuve, bien sur, mais ils se soutenaient aussi mutuellement. L'un comme l'autre éprouvaient du chagrin par rapport à ce qui était arrivé à leur amie et ils avaient besoin d'être ensemble, pour se sentir moins seuls.
Cependant, Emma ne resta pas longtemps à l'infirmerie. Deux jours plus tard, elle sortit et Mme Pompresh lui demanda de revenir dès qu'elle se sentirait mal, ce qui arriverait dans un peu moins d'un mois, si cela arrivait. Dans tous les cas, elle devrait revenir à la prochaine pleine lune, juste au cas où.
James ne passa qu'une soirée auprès d'Emma, car le lendemain était le premier jour des vacances et il devait rentrer chez lui. Ce fut une des meilleures soirées qu'il avait connues depuis qu'il était à Poudlard. Ils veillèrent jusqu'à plus de minuit dans la salle commune, ils furent les derniers à aller se coucher. Emma était là, et Marguerite et lui étaient réconciliés. Rien n'aurait pu aller mieux. James regrettait presque de devoir partir.
Emma et Marguerite se levèrent tôt le matin suivant, pour dire au revoir à James, qui devait prendre le train avec les autres élèves qui rentraient chez eux. James leur fit un signe de la main en guise d'au revoir en sortant de la Grande Salle après qu'ils aient pris leur petit-déjeuner, puis il traversa le parc en traînant ses lourds bagages et la cage de Snowy.
Arrivé à la gare de Pré-au-Lard, il monta dans le train flamboyant, et s'installa seul dans un compartiment. Le Poudlard Express n'était même pas rempli à moitié par rapport à d'habitude et beaucoup de places étaient libres. Le compartiment en face de celui de James était également vide. Il se sentit touché d'un profond sentiment de solitude, et il pensa à ses parents. Bientôt, il serait de nouveau chez lui. Même la voix piailleuse de sa sœur lui avait manqué.
Le train démarra et James ne savait quoi faire pour s'occuper. Il regarda défiler le paysage et s'éloigner le château, la gare de Pré-au-Lard. Il s'était levé tôt et était fatigué. Il roula son écharpe aux couleurs de Gryffondor en boule et s'en servit comme oreiller, appuyé contre la vitre. Il ne tarda pas à s'endormir.
Lorsqu'il ouvrit les paupières, il se demanda pendant quelques instants où il se trouvait. Tout était beaucoup plus sombre, le soleil au dehors était maintenant caché par une couche de nuages noirs qui annonçaient un orage imminent. L'intérieur du compartiment était plongé dans une semi-obscurité, mais ils n'avaient pas allumé les lumières du train, qui ne fonctionnaient que la nuit. James sortit sa baguette pour lancer un sortilège « Lumos » mais il vit une silhouette apparaître à travers la vitre du compartiment.
C'était une femme. Elle était assez grande et avait les cheveux bruns emmêlés en une tignasse et des paupières lourdes. Elle était entièrement vêtue de noir et portait un drôle de tatouage sur son bras gauche. Elle passa à travers la porte comme un fantôme, mais elle ne flottait pas, elle marchait comme un être humain. Elle s'approcha de James et pointa sa baguette sur lui.
-Tu vas mourir, dit la femme d'une voix qui résonna, comme si elle venait de très loin.
James se recroquevilla sur lui-même, attendant le sortilège, mais la lumière verte le traversa comme si lui aussi était un fantôme et la femme disparut en criant, et se dissipa comme un simple nuage de fumée.
Il se passa un moment avant que James n'ose bouger. Il était terrifié par ce qu'il venait de voir. Quelle était cette créature, trop matérielle pour être un fantôme, mais qui pouvait cependant disparaître ainsi et passer à travers les surfaces solides ? Et son sortilège avait traversé James…
Les traits de cette femme étaient familiers à James. Cette façon de s'habiller tout en noir. Il était persuadé qu'elle ressemblait à Gatelov. Et si c'était sa mère ? Et si c'était Bellatrix Lestrange, revenue grâce à la pierre ? Alors le Seigneur-des-Ténèbres était certainement revenu lui aussi. Il tarda à James d'arriver à la gare de King's Cross pour mettre en garde ses parents le plus rapidement possible. Il fut cependant rassuré par une chose : si les parents ressuscités de Gatelov ne pouvaient lancer de sorts, ils n'étaient pas très dangereux. Mais peut-être trouveraient-ils un moyen de contourner ce problème, un jour…
James sortit le premier du train, portant sa valise et la cage de son hibou blanc. C'était sa mère qui était venue le chercher et lorsqu'elle le vit, elle le sera fort dans ses bras.
Pendant tout le reste du voyage, James avait été pris d'une telle panique, qu'il s'était imaginé sortant du train et courant et en hurlant à ses parents « Il est de retour ! Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom est de retour » mais il ne s'était pas attendu à ce qu'il n'y ait que sa mère. Leurs retrouvailles lui fit chaud au cœur et il ne put se résoudre à parler tout de suite de ses inquiétudes. D'autant qu'il voulait en parler à son père en priorité : après tout, c'était lui qui avait vaincu « Tu-sais-qui ». Et puis, en réfléchissant, James se rendit compte qu'il fallait fonctionner en plusieurs étapes. Premièrement, James n'était pas censé être au courant de l'existence du Seigneur-des-Ténèbres : il fallait d'abord qu'il explique à ses parents comme il avait su la vérité. Dans un deuxième temps, il fallait qu'il parle de la lettre qui traînait sur le bureau de Gatelov. Ensuite, il devrait évoquer ses rêves révélateurs, mais il se demandait comment il réussirait à persuader son père que ce n'étaient pas de simples cauchemars. Cette étape serait la plus compliquée. Enfin, il parlerait de l'apparition dans le train.
Après plusieurs mois à Poudlard, sa maison à Godric's Hollow lui apparaissait comme un lieu étranger. Lorsqu'il franchit la porte d'entrée, Lily lui sauta dessus comme un petit chien et le fit tomber à la renverse. Mais ce qui, en temps normal, aurait mis en colère James, le fit éclater de rire. Albus lui donna une tape amicale dans le dos en signe de bienvenue, et enfin James aperçut son père.
-Alors James ? Comment vas-tu ?
-Très bien, mentit ce dernier. Je peux te parler ?
Harry parut un peu surpris mais accepta. Ils allèrent dans la cuisine, loin des autres.
-J'ai appris, commença James, pourquoi tu étais si célèbre.
-Oh ! J'aurais du m'en douter. A Poudlard tout se sait, j'ai déjà pu le remarquer. Je suis désolé de ne rien t'avoir dit avant, James, mais c'était pour te préserver et ne pas…
-Ce n'est pas ça le problème. Il y a autre chose… à propos d'une de mes professeurs…
Il dévoila alors le contenu de la lettre adressée à Gatelov.
-Ce serait la fille de Bellatrix Lestrange et de Voldemort ? s'étonna Harry.
-Voldemort ? C'est le vrai nom de « Tu-sais-qui ? »
-Oui, enfin non. C'est le surnom qu'il s'est donné lui-même. Beaucoup n'osent pas le prononcer, ni même l'écrire, c'est pour ça que tu ne l'as trouvé nul part. En revanche, son vrai nom est Tom Jedusor, mais peu de sorciers le savent. Bref, venons-en au fait. Si cette Gatelov est vraiment leur fille, elle n'a peut-être aucune intention de basculer du côté des forces du mal. Et si elle a décidé de rejoindre ses parents, elle n'a aucune chance, puisqu'ils sont morts tous les deux.
-Justement, il y a encore autre chose. Mais, c'est un peu disons… étrange, et je ne sais pas trop si tu vas me prendre au sérieux.
-J'en ai déjà vu beaucoup de choses étranges, je suis prêt à t'écouter, et je pense, à te croire.
James parla alors de ses rêves, et Harry n'affichait pas du tout un air sceptique comme James s'y était attendu, mais plutôt très inquiet.
-Tu as parfaitement raison, James. Ce ne pouvait être un simple rêve.
-Comment en es-tu aussi sur ?
-Quand j'étais plus jeune, moi aussi j'avais des visions lors de mes rêves et pas seulement. Ca pouvait aussi m'arriver en plein jour. Ce qui est étrange, c'est que, tout comme toi, je voyais à travers les yeux de quelqu'un d'autre : Voldemort. Mais c'était parfaitement normal. Tu vois cette cicatrice ? demanda Harry, et bien c'est la marque du sort que m'a lancé Voldemort pour me tuer lorsque j'avais un an. Il a ainsi établi entre lui et moi un lien mental qui pouvait me permettre de voir dans sa tête, de ressentir ses humeurs, etc. Mais toi, je ne comprends pas pour quelle raison tu pourrais voir les pensées de Gatelov…
-Depuis que tu as tué Voldemort, tu n'as plus eu aucune vision ?
-Non, je ne pouvais plus voir à travers ces yeux, puisqu'il était mort. Mais venons-en au fait. Je suis persuadé que tes rêves étaient réels, car Fenrir Greyback, le loup-garou existe et se trouve bien à l'heure qu'il est à Azkaban. Tu n'en avais jamais entendu parler auparavant, n'est-ce pas ?
James secoua la tête.
-Et le plus révélateur dans tout cela, c'est la pierre. Je l'avais en effet laissée dans la forêt, et ça tu n'as pas pu l'inventer.
-Alors, tu penses que Voldemort va vraiment revenir ?
-Il y a un risque en effet. Mais ce qui me rassure, c'est que les morts ne peuvent pas réellement revenir grâce à la pierre. Ils sont un peu comme des fantômes et ne peuvent pas…
-… lancer de sorts.
-Comment sais-tu ça ? s'étonna Harry.
James raconta alors sa mésaventure dans le train.
-Ta description correspond bien à Bellatrix Lestrange, en effet. Si elle est revenue, sûrement que Voldemort aussi. Comme je le pensais, ils ne peuvent pas encore nous faire de mal, et je ne vois pas comment ils pourraient. Mais dans le doute, je vais mettre en garde le bureau des aurors.
En voyant la mine inquiète de son fils, il ajouta :
-Ne te fais pas de soucis, fiston. Tout ira bien. Grâce à toi. Tu nous as prévenu à temps, et nous serons sur nos gardes afin d'empêcher qu'il revienne. Et comme je te l'ai dit, la pierre ne permet pas de vraiment ressusciter. Jamais ils ne devraient retrouver leur corps. Il se peut qu'ils cherchent à le faire pendant des décennies sans jamais y arriver. Ne pense plus à tout cela. Tu ne crains rien.
-Je n'ai pas peur ! répliqua James. Pas pour moi.
Il hésita un instant puis ajouta :
-J'ai peur pour toi. S'il revient vraiment, tu seras sa première cible, après ce que tu as fait.
-Si jamais c'est le cas, travaillant au ministère, je disposerai de toutes les protections nécessaires pour moi-même et ma famille.
Ginny arriva dans la pièce et James ne put pas répondre. Harry lança un signe de tête à son fils, et il se comporta avec le reste de la famille comme si la conversation n'avait jamais eu lieu. James se demanda si son père voulait cacher la vérité au reste de la famille.
Harry parut très naturel et joyeux pendant le dîner, ce soir-là. Tout le monde semblait enchanté de revoir James, et il finit par oublier tous ces soucis, et savoura ces retrouvailles avec sa famille. Pour l'occasion, Ginny avait préparé sa spécialité, un gigantesque gâteau au chocolat qu'elle réussissait à la perfection –même à Poudlard James n'en avait jamais mangé d'aussi bons.
Vers neuf heures, Lily fut envoyée au lit malgré ses protestations habituelles. Une heure plus tard, ce fut au tour d'Albus, et James, qui était exténué, décida de monter également dans sa chambre.
Il fut heureux de retrouver un lieu si familier et rassurant. Il s'allongea sur son lit avec l'impression qu'ici, il était en sécurité, que plus rien ne pouvait lui arriver, désormais. Ce n'était qu'une impression, mais après tout, son père lui avait bien dit qu'il n'y avait pas à s'inquiéter, alors à quoi bon penser à tout cela ?
James eut l'impression d'avoir dormi très longtemps sans être pour autant reposer lorsqu'il fut réveillé par un coup contre la porte de sa chambre. Il était onze heures passées, lorsque Ginny entra dans la chambre de James.
-Je suis désolée de te déranger, j'espère que tu ne dormais pas.
-Non, non, mentit James.
-Ton père m'a tout raconté. Ce que tu lui as dit. Je voulais te dire, tu ne dois pas t'inquiéter pour cela. Tiens nous au courant si tu as d'autres visions, mais sinon essaie d'oublier ce que tu as vu. Nous ne risquons rien. Voldemort ne peut rien contre nous, s'il est revenu il n'est qu'un fantôme, et il va certainement souffrir de rester sous cet état et regagner le monde des morts. Les personnes qui sont déjà revenues grâce à la pierre de résurrection sont toutes reparties car elles étaient trop malheureuses sur Terre. Ce n'est qu'une question de temps.
James acquiesça en silence. Le discours de sa mère aurait pu le rassurer, si elle-même n'avait pas affiché cette mine sinistre et anxieuse. James en conclut que sa mère avait dit tout cela simplement pour le rassurer, mais qu'en réalité elle n'en croyait pas un mot. Elle sortit de la chambre en souhaitant bonne nuit à son fils, un sourire forcé dissimulant sa peur.
