Bonjour, bonsoir !
Oui, ce n'est plus du retard, malgré vos reviewtages très encourageants. J'ai eu un gros passage à vide côté écriture, et puis, je me suis réorientée sur des écrits plus personnels, toutefois, cette fic me tient vraiment à cœur, donc j'ai décidé de la terminer. Je vais y arriver. Promis, juré.
Réponse au reviews, au cas où j'aurais oublié quelqu'un (ce qui est très probable)
Aelin : deux ans plus tard (voire plus ?), la suite, pas plus facile à écrire. Incroyable comme c'est difficile de rester à peu près dans l'esprit du manga (et pourtant c'est un à peu près très approximatif) et garder la trame d'une histoire complètement différente. Bref, la suite, je suis désolée pour ton impatience qui a dû être bien mise à mal.
H. : Mon Bambinou ! Merci pour ta lecture et tes encouragements au moins hebdomadaires si ce n'est quotidiens, je crois que tu n'es pas tout à fait étrangère au fait que je reprenne ces vieux écrits, d'ailleurs.
Sanashiya : Oui, « moi qui est » c'était pas français du tout. On change un peu d'atmosphère dans ce chapitre, j'espère que ça te plaira toujours, Ashura et tout ça vont continuer à t'ennuyer pendant un moment, mais au moins, Kuro va se mettre à parler ! Enfin si je coupe pas le chapitre avant histoire de lui dédier le prochain.
Silinde-kun : Merci de tes encouragements. Tu n'as pas encore vu toute l'étendue de la folie de Fye, mais ce n'est pas la seule chose intrigante de l'histoire, je pense.
Misi-chan : merci beaucoup pour tous ces encouragements, commentaires positifs. Si tu ressens mes écrits comme ça, je suis plus que satisfaite et je vais essayer de continuer, en espérant ne pas avoir régressé avec le temps. Je ne te raconte pas la fin, puisque c'est elle qui m'a décidé à adapter la pièce en fanfic.
EstrellaYYa : Si si, j'avais bel et bien abandonné. Mais je reprends. Faut que je m'y tienne cette fois. En tous cas,voilà au moins un chapitre supplémentaire. Je ne sais pas combien suivront, mais vraiment, je compte finir (un jour, et pas d'ici quatre ans).
Et sur ce, au travail pour moi, bonne lecture pour vous je l'espère. Je n'ai pas de béta donc je croise les doigts pour ne pas avoir semé trop de fôôtes un peu partout ;-) Je me suis relue mais pas à froid donc aucune garantie !
Ah, j'oubliais : j'ai changé de pseudo, hein, mais c'est toujours le même auteur ^^ Et je signe toujours Eva.
Disclaimer :
Les paroles sont de la chanson « L'Aigle Noir » de Barbara.
Les personnages de Tsubasa Reservoir Chronicles et Chobits appartiennent à CLAMP.
La trame de l'histoire appartient à Jean Cocteau.
Le personnage de Romance m'appartient.
Chapitre 3 : Un nouvel espoir
Venant de nulle part,
Surgit un aigle noir,
Lentement, les ailes déployées,
Lentement, je le vis tournoyer,
Près de moi, dans un bruissement d'ailes,
Comme tombé du ciel,
L'oiseau vint se poser,
Il avait les yeux couleur rubis,
Et des plumes couleur de la nuit,
A son front brillant de mille feux,
L'oiseau roi couronné,
Portait un diamant bleu...
Le ciel ce matin était d'un bleu pur. La tempête de la veille semblait n'être qu'un mauvais souvenir, et seuls quelques arbres en piteux état et l'épaisse couche de neige pouvaient encore en attester. Les lourds rideaux avaient été tirés, les volets rouverts et la salle de tir à l'arc était inondée d'une lumière blanche et froide qui révélait dans ses rayons la poussière en suspension dans l'air. Autant d'innombrables grains qui piquetaient les raies claires qui tombaient des fenêtres hautes sur le parquet mat et sombre. Le roi avait ordonné que l'on prépare la vieille salle de tir de Kranz, car il était d'humeur à toucher quelques cibles, mais certainement pas à se mêler avec les gardes et les nobles qui ne tarderaient pas à arriver et qui n'auraient, face l'épais tapis blanc qui recouvrait routes, forêts et campagnes, rien de plus divertissant que quelques tournois d'habileté à organiser. De fait, cette salle, bien plus longue que large, n'était à l'origine pas une salle de tir à l'arc d'intérieur, mais une salle d'escrime. On voyait encore, par intervalles réguliers, de vieilles lignes peintes délimitant les pistes pour les combattants. Mais, mal orientée, sombre et glaciale, cette salle avait été abandonnée jusqu'à ce que Fye ne se l'approprie comme il l'avait fait de l'ancienne bibliothèque.
Et, comme la pièce où il avait trouvé refuge la veille au soir, ce recoin esseulé du palais de Kranz respirait, transpirait l'influence du roi fou. Peu importe qu'on y soit seul ou un millier, les murs lambrisés de planches de bouleau peintes à la chaux illuminaient la pièce de froideur, de solitude. Pas une cheminée n'aurait pu chauffer cet espace bien trop haut sous plafond, où les minces vitres aux vitraux bleus, or et blanc laissaient passer autant de froid que de lumière.
Deux serviteurs battaient les rideaux de velours bleu nuit pour qu'ils libèrent toute cette saleté qu'une année de négligence avait accumulée sur leur sombre et onctueuse couleur. Deux autres récuraient le sol à grand renfort d'eau et de savon. Ils savaient qu'Ashura ne tarderait pas à venir inspecter les lieux avant que Sa Majesté ne les investisse, et personne ne souhaitait mécontenter le tyrannique chambellan du Roi. Car si cela n'avait tenu qu'à Fye, les domestiques savaient bien qu'il aurait tiré l'arc dans le noir et la poussière pour peu qu'il se soit mis en tête de reprendre la pratique de cet art dans lequel, ils le savaient tous, il excellait. Les gens simples aimaient ce roi fou, débilitant, qui n'exigeait jamais rien d'eux plus que strictement nécessaire. Mais Ashura-ou... c'était une autre histoire. Comme un dragon qui garde son trésor, il veillait sur le souverain avec jalousie au point de faire courir parmi les maisonnées des palais royaux des bruits certains sur l'étendue de son affection pour Son Altesse, et la déception qu'il devait en concevoir de ne jamais se la voir retourner.
L'arrivée de la Djinn réduisit les quelques commérages au silence. Une précaution inutile face à une sourde-muette, mais Romance était annonciatrice de la présence d'Ashura-ou et le Dame Freya, et eux n'étaient absolument pas sourds. En un clin d'œil, comme si de sa seule présence Romance leur rappelait le temps qui passait, les domestiques finirent le ménage sommaire et laissèrent la Djinn seule. Les hommes en douce regardaient la perfection de ses courbes, son visage de femme-enfant, et le désir et la crainte se mêlaient. Les boucles rose et la peau mate, les yeux couleur de l'or liquide, et pourtant cette absence totale d'expressions, de sentiments qui émanait d'elle la rendaient aussi attirante qu'une démone et aussi effrayante qu'un monstre à leurs yeux. Mais Romance n'en avait cure, et avec nonchalance elle se dirigeait vers le placard où étaient entreposées les flèches quand Freya entra.
« Ah ! Te voilà, immonde créature. »
Le dégoût plein de crainte que lui inspirait la Djinn n'était aucunement feint, et sans doute empreint d'une certaine jalousie. Comment le Roi pouvait-il faire une confiance aveugle à cette créature dépourvue d'émotions, sourde et muette, et n'avoir de cesse de craindre quelque trahison de sa part ?
Romance ne l'entendit pas, et si elle perçut sa présence, elle n'en montra rien. Les bras chargé de vieux carquois, elle les posa sur une table et en sortit chaque flèche pour les vérifier.
« C'est ça, vérifie, et que les empennes soient bien comme il faut pour le Roi, » grommela-t-elle en allant chercher plusieurs arcs longs. « Astique-moi ça aussi. Et assure-toi de la qualité des cordes. »
Freya râlait. Ce qui était peu courant. Elle avait plutôt bon caractère, se montrant douce et compréhensive. Mais face à cette créature... Pourquoi elle, Dame de cour, dévouée au Roi qu'au fond elle adorait, devait travailler et même parfois obéir à... ça : un être qui n'était même pas humain, et que son propre peuple de démons séducteurs avait rejeté à cause de son handicap. Et le Roi tolérait cela, l'encourageait, disant qu'au moins Romance avait le bon sens de ne pas s'attacher à des futilités ! Et le Roi, Fye, son beau-frère, n'était que masques souriants et faux avec elle, mais montrait sa vraie figure, sa vraie personnalité à la Djinn !
Pourtant, de gestes rageurs en regards noirs, Freya ne perturbait pas du tout Romance, et sursauta un peu en apercevant Ashura-ou dans l'embrasure de la porte. Le prince, silencieux, comme souvent, l'observait avec un demi-sourire qu'elle devinait narquois.
« Vous me semblez de fort méchante humeur, Dame Freya, » observa-t-il d'un ton seulement à moitié étonné.
Freya plongea dans une révérence sommaire mais polie, ses gestes reprenant leur grâce coutumière.
« Je profite de l'agréable compagnie de Romance pour laisser tomber bas les masques et penser tout mon saoul, rétorqua Freya mi-figue mi-raisin.
- Méfiez-vous, on dit des Djinns qu'ils entendent jusqu'à vos pensées les plus intimes.
- Celle-ci n'entend même pas les paroles exprimées à voix haute. »
Ashura s'avança, son costume d'hiver, au pourpoint de velours noir brodé d'argent et de minuscules perles de Lapis-Lazulis mettant en valeur sa prestance et sa stature. C'était un homme comme on n'en croisait peu, ne put s'empêcher de songer Freya, un homme qui n'avait pas besoin d'un miroir pour se savoir beau et qui dont il émanait, de ce fait, une aura assurée et calme que seules les folies répétées de Fye arrivaient à troubler. Il n'était guère étonnant que la plupart des femmes non mariées de la cour soient à ses pieds, et heureusement, les bonnes mœurs réprimaient la pensée pourtant bien présente de toutes celles qui, bien que mariées, agissaient comme les premières. Et pourtant, malgré un âge sans doute avancé -voilà au moins cinquante ans que les pas de cet homme hantaient la cour royale- Ashura-ou demeurait un cœur, ou du moins un parti à prendre. Étrange.
« Peu importent vos sentiments, le roi exige qu'elle soit respectée, lui rappela-t-il.
- Mais je la respecte, non seulement je ne lui dit nulle méchanceté, qu'elle puisse ou non m'entendre, mais encore suis-je reconnaissante du travail qu'elle effectue, » répondit la blonde, agacée.
L'orage de la nuit dernière l'avait empêché de dormir, et son teint naturellement pâle trahissait ce manque de sommeil. Levée à l'aube pour répondre aux désirs de Fye de pratiquer le tir à l'arc dès ce matin, elle n'avait pas pris le temps de manger et n'était guère d'humeur à ce qu'on la taquine comme le chambellan ne cessait de le faire depuis ces quelques vingt longues années. Mais ce n'était pas les seules ombres au tableau de la matinée, et elle se doutait que le mage de glace allait lui en apprendre plus sur ce qu'elle soupçonnait.
D'un geste sec et d'une révérence qui n'était courtoise que par son sens intrinsèque, elle renvoya la Djinn sans guère de ménagement et s'occupa de regarnir les carquois des seules flèches encore en bon état, laissant les autres de côté pour qu'elles soient réparées. Ses petites mains graciles tremblaient, la sur-robe de velours noir qu'elle portait ne la réchauffant pas assez pour qu'elle puisse s'empêcher de grelotter tout à fait.
« Vous savez ce qui se passe, n'est-ce pas ? Demanda Ashura-ou une fois Romance disparue derrière la porte de service.
- Je sais que le Château est sans dessus-dessous à cause d'un homme qui aurait échappé à la police de Sa Majesté. On ne l'a donc pas trouvé ?
- Il est dans le Château, » répondit le brun, étudiant le visage de cette petite femme qui était sa meilleure ennemie, son amie et sa rivale sur bien des sujets.
Il ne manqua pas de noter que ce teint de porcelaine avait encore plus une carnation plus blafarde et que, malgré les règles de la bienséance qui voulaient qu'une Dame ne dévisage pas autrui, Freya lui rendait un regard aussi perçant que le sien devait l'être. Elle n'était ni sotte ni aussi fragile et impressionnable que ses airs naturellement évanescents semblaient le suggérer. Elle fronça les sourcils, reprenant contenance.
« Assurément, vous vous jouez encore de moi. »
Ashura ne répondit pas. Tous deux savaient quand le brun était sérieux dans ses rapports avec la jeune femme, et ce moment en était un. Ses yeux sombres ne pétillaient d'aucune malice, fixés sur l'ex belle-sœur du roi avec gravité. Il ne prenait même pas la peine de la mettre mal à l'aise, jouant de sa prestance, de ses longs cheveux de jais et de ce sourire indéchiffrable qui était souvent le sien.
« Il est dans le Château de Kranz, l'habite, y est protégé. Telle est la volonté du Roi.
- Voilà que vous êtes devenu fou ! Soupira la blonde, cachant son malaise sous cette pique.
- Nous savons tous deux que je suis parfaitement sain d'esprit. Fye, par contre... Ce souper pour deux, seul dans cette vieille bibliothèque, seul avec le portait de son jumeau, cette solitude qu'il semble tant désirer, et pour quoi ?! Freya, cela n'était qu'une autre comédie de sa part. Toute cette nuit inquiétante, les coups de feu dans l'orage, l'angoisse de le savoir à la merci de quelque fou furieux...
- Vous vous laissez aller, Ashura-ou.
- Le croyez-vous ? Il est venu me trouver, ce matin, tout joyeux et satisfait de ce nouveau tour qu'il nous a fait. Il est venu me trouver, et il riait, moqueur comme il peut parfois l'être, comme jadis il l'était. Il disait que Kranz était sinistre et qu'il avait bien le droit de s'amuser un peu, » Ashura-ou en avait les lèvres pincées de repenser à la manière dont son ancien élève, son protégé, s'était tout bonnement payé sa tête.
Freya ne put qu'éprouver un peu de compassion pour cet homme patient qui était le jouet préféré des farces et des humeurs de Fye. Son audace alla jusqu'à poser une main légère sur le poignet couvert de dentelle du prince, mais un mouvement sec de ce dernier la chassa.
« L'homme est à Kranz, et le Roi l'y a fait entrer. Le Comte de Reed est avec la cour, et en l'absence du Régent Kyle, le chef de la police royale, un certain Syaoran, est à la solde du Roi et ne rend de comptes qu'à ce-dernier. Il avait ordre d'utiliser le couvert de la nuit et de l'orage qui menaçait depuis hier après midi pour ramener cet homme au palais. Vous savez comme cette bibliothèque de Fye donne sur un balcon recouvert de lierre centenaire. Ce soi-disant fugitif n'avait qu'à y grimper. Il a été blessé pendant ce semblant de chasse, et, comme je m'inquiétais de la sécurité du Roi, celui-ci donnait déjà asile à son nouveau protégé.
- J'avoue ne plus rien y entendre. Enfin, Ashura-ou, que veut donc Sa Majesté ? Peut-elle seulement se permettre un énième scandale ?
- Freya, il n'en a cure, et vous le savez. C'est son bon plaisir, et quand il a une chose en tête, on ne peut rien faire d'autre que s'en accommoder le temps que cela se passe. Le Roi s'ennuyait, et il s'est trouvé un nouveau maître d'armes. Étant un mage et lui-même se refusant à cet art, il estime ne plus avoir besoin de moi. Il compte même faire de cet homme son intendant personnel. Il savait ce qu'il voulait, se résigna Ashura, l'amertume dans la voix, et s'est donné les moyens de l'avoir, comme quand enfant il traversait tout le palais pour rejoindre Yuui.
- Qui est cet homme ? S'enquit Freya avec quelque mauvais pressentiment.
- C'est là que vous serez surprise, et plus d'une fois. Cet homme vous est connu, comme à moi, pour être l'auteur de ce pamphlet poétique nommé « Fin de la Royauté ».
- Le Roi a fait entrer à son service un anarchiste ! Mais cet homme veut sa mort !
- C'est son caprice, je vous le répète, qu'il couvre de l'excuse lamentable de son ''bon-plaisir''. Tenez-vous le pour dit, et surveillez votre comportement, cet homme vous surprendra de bien des manières, selon Sa Majesté, car il est originaire de la province Nippone de Suwa et ressemble trait pour trait à l'assassin de vôtre sœur. »
Malgré sa relation de chien et chat avec Freya, Ashura ne pouvait pas se réjouir de l'ironie du sort. Il connaissait trop bien Fye, selon lui, pour que cela ne soit qu'une folie passagère. Le monarque était un homme qui croyait aux traits du destin, qui savait se montrer patient pour obtenir ce qu'il désirait, et l'affaire était de bien trop d'importance pour que cela en reste à quelque caprice puéril de sa part. Pas en sachant que ce nouveau maître d'armes était le portrait craché de l'homme qui tua son jumeau trente ans plus tôt. A moins que se sentant menacé, attaqué, il n'ait décidé de prendre le taureau par les cornes, pour une fois, et s'assurer lui-même de sa sécurité en faisant changer cet anarchiste de bord. Les poètes et les idéologues ne sont, après tout, que pleinement fidèles à qui les paye le plus grassement.
Et puis, Fye avait une sorte de passion pour agir en dépit du bon sens, du moins de ce que la majorité des gens considéraient comme étant le bon sens. Le comte de Reed, le Régent Kyle, lui-même à n'en pas douter auraient été autant d'obstacles à son action, et Ashura depuis qu'il avait appris la nouvelle se disait que Fye, en plus d'avoir sans doute trouvé très drôle d'agir seul et en secret, s'était surtout assuré de n'avoir personne à qui opposer son projet. Il était plus simple pour lui, étant le Roi, de mettre le reste du monde devant le fait accompli.
« Mais enfin, Ashura, le sosie du meurtrier de ma sœur ! De son frère ! Pourquoi ressusciter ce démon en faisant venir son sosie auprès de lui ?! »
Ashura haussa les épaules. Il pouvait comprendre l'étincelle de douleur dans les yeux de Freya. Sa sœur était tout son univers il y avait quelques décennies de cela, et aujourd'hui elle portait le même deuil que le Roi, mais le surmontait d'une manière bien différente. Le chambellan n'avait cessé de se poser la question. Pourquoi cet homme en particulier ? Être celui qui signait ce pamphlet insignifiant du nom d'Azraël n'était pas tout à fait suffisant, n'est-ce pas ? Que se passait-il dans la tête démente de Fye ? Le blond lui avait tout de même avoué que c'était cette incroyable ressemblance qui l'avait décidé, selon lui parce que Suwa était un guerrier hors-pair en plus d'être un assassin particulièrement efficace.
« Le roi en a décidé ainsi, Freya, et je n'ai pas coutume de juger des actions du roi. Conformez-vous à ces ordres. Tout ce que nous pouvons faire, c'est protéger le Roi de ses propres caprices.
- Parlez pour vous, Ashura-ou. Que pouvons-nous faire contre un assassin qui est avec le roi dans son privé, quand nous somme exclus des appartements de Sa Majesté ?
- Tenez votre langue, et laissez-moi agir. Croyez vous vraiment que je compte me laisser remplacer par un assassin venu de l'autre bout de l'Empire ? Nihon n'est encore dans notre pays que parce que leurs mers sont riches en vivres et leur sol pullule d'or et de pierres. Mais ce peuple est un peuple de cul-terreux arriérés.
- Vous conservez votre poste ?
- Cette invention de Sa Majesté ne fera pas long feu tant elle est contraire à l'étiquette. Déjà le Régent Kyle marche sur Kranz, et il ne tolérera pas une telle fantaisie. Mais attention... »
Seuls les sens magiques d'Ashura leur avaient permis de taire leurs propos sulfureux avant que le Roi ne rentre dans la pièce. Le roi avait un pas souple et aérien, et ses bottes aux semelles de cuir, qui lui suffisaient quand il ne quittait pas le palais, ne faisaient pas le moindre bruit. Comme de coutume, il portait une chemise à jabot blanche, un pourpoint de laine bleu électrique et des chausses bleu nuit. Sa mise était rehaussée de fins motifs de branchages dorés, il avait un pic dans sa cravate blanche et ses cheveux étaient aussi coiffés qu'il était possible de le faire. Fye paraissait. La Dame de compagnie plongea immédiatement dans une révérence, imitée par Ashura-ou qui ne s'inclina pas aussi bas que la jeune femme. Un sourire brillant illuminait le visage du blond, mais son regard était aussi neutre et vide que de coutume. Le masque. Encore, toujours. Derrière lui, la Djinn, qui déplaisait tant à Freya, resta en retrait près de la porte.
« Freya, relevez-vous, mon amie, » il prit la main de sa belle-sœur et le tira à lui pour déposer un baiser sur sa joue qui eut pour effet de la faire rougir au point de devenir écarlate. La jolie blonde n'avait jamais été totalement insensible au charme de Fye. Il était, à dire vrai, très difficile de lui résister, car d'aussi loin qu'elle s'en souvienne, il avait toujours montré au monde, et à elle, les aspects les plus séduisants et charmants de sa personnalité. Mais elle savait aujourd'hui que ce n'était qu'un artifice. « Ashura, vous l'avez mise au courant, naturellement ? »
Une poignée de main pour son vieux mentor, conseiller, maître d'armes comme de magie. N'eut-il pas été pris jusqu'au cou dans les intrigues dans grands de l'empire, Ashura aurait été parfait comme ami et confident. Mais ce n'était pas le cas et Fye qui était bien plus sensible aux ramifications politiques de son pays qu'il ne voulait bien le prétendre en était parfaitement conscient. Un beau potentiel gâché par cette faiblesse qu'avait le brun pour le pouvoir, par cet orgueil qui ternissait de belles capacités.
« Naturellement, Votre Altesse, répondit Ashura, mais l'attention du Roi, un sourire de chat sur le visage, était retournée sur la jeune femme qui reculait à une distance convenable.
- Ne rougissez pas tant, Freya. Nous sommes de vieux amis, après tout. »
Mais Fye n'avait pas d'amis, et nul dans cette pièce n'était dupe. Si Romance avait droit à un statut privilégié, son handicap était à la fois ce qui lui garantissait ce bénéfice et ce qui l'empêchait d'être plus pour Fye. Elle aussi venait de loin, et aurait été jetée aux cachots, voire brûlée vive, si Fye, très jeune encore, ne l'avait pas prise sous son aile et ne lui avait pas publiquement donné le droit d'asile et la protection royale, que Yuui, alors vivant, avait garantie. Le blond entra dans la salle, prit un arc au hasard, sans même regarder ceux qui étaient disposés sur le râtelier, et fit jouer un peu la corde. Comme toujours, Romance, sous le commandement de Freya, avait fait de l'excellent travail.
« Vous savez tous deux ce que j'espère de vous. » Il leur fit un nouveau sourire rayonnant. « Pour des raisons qui me sont propres, j'ai fait venir à Kranz un nouveau maître d'armes. Cet homme vient de Suwa, et il ne sera pas sans vous rappeler quelqu'un. Je sais à quel point sa vue peut vous faire souffrir, Freya, mais ce jeune étudiant, versé dans l'art de la guerre de son pays, n'a rien fait de répréhensible et n'a pas à subir un jugement négatif du fait de sa ressemblance avec l'homme qui votre sœur et mon frère. En un mot, il est pauvre, étranger, et n'a aucun titre, que dis-je, il a les as tous sans en avoir aucun, puisqu'il est poète sous le pseudonyme d'Azraël. Je sais, cette œuvre n'a pas le vent en poupe à la cour, aussi bien pour son fond que pour sa forme anarchique. » Il marqua une légère pause. « Telle est la jeunesse, et nous autres qui sommes bénis d'une longue vie ne devrions pas oublier que nous avons aussi été jeunes avec l'envie au corps de tout réformer, de tout transformer, de se rebeller. La différence entre lui et la majorité, c'est qu'il ose. Et oser, c'est vivre. Sa passion me plaît, et je ne doute pas une seconde qu'il saura m'instruire et me garder en forme une fois l'épée à la main. » Son regard balaya la salle, et il approuva en voyant que le placard où étaient rangées les armes était ouvert. « Je suis, en somme, un roi anarchiste, j'aime le changement, l'action. C'est pourquoi la noblesse me dénigre, c'est pourquoi on me craint, c'est pourquoi on me dit fou, et c'est pourquoi le peuple m'aime. C'est pourquoi ce jeune homme et moi nous sommes vite entendus. »
Il s'étira, fit quelques pas allègres et alla chercher un carquois qu'il noua à ses hanches.
« Je vous devais cette explication. Vous assurez tous deux mon service intime, vous ne deviez pas rester dans l'ignorance et pouvoir vous méprendre sur mes actes. Je tenais aussi à pouvoir montrer à ce jeune homme que toute bonté d'âme et toue élégance n'a pas déserté nos milieux. »
Il se mit en place, prit une flèche dans le carquois.
« Vous êtes libres, merci à vous deux.
- Sa Majesté a peut-être besoin de moi ? Suggéra Ashura en voyant la première flèche faire mouche sur le bord du cercle noir au centre de la cible.
- Non, Ashura-ou, j'ai dit : vous êtes libre. Et n'entrez pas sans sonner d'abord. J'ai besoin de me concentrer. »
Ashura fait une révérence, refrénant son élan d'étrangler Fye pour le mettre dehors de la sorte, et sortit dans un froufrou de cape noire sans accorder un regard à Freya qui lui tenait la porte. Dès que celle-ci se referma, Romance, sur un hochement de tête de Fye, disparut à son tour, mais par un couloir dérobé qui menait directement à la bibliothèque privée du Roi. Le blond, pendant ce temps, souffle, se détend, et tire, faisant irrémédiablement mouche non loin du centre. L'archerie est au fond le seul art militaire pour lequel il était indéniablement doué, depuis tout petit. Sa vision acérée et ses gestes précis, sa capacité à canaliser son énergie et à mettre de côté ses sentiments aidaient grandement.
Kurogane paraît dans l'embrasure du couloir secret. Il est seul, et une ombre de sourire effleure ses lèvres comme il observe le roi, les traits détendus de cet homme qui avait fait de sa propre vie une comédie de bas étage, la beauté aussi qui émanait de lui. Dans ce décor sobre, dépouillé, plein de poussière volant dans les rayons du soleil hivernal, Fye avait des allures d'enfant des fées, mais à la fois un charme sensuel et démoniaque. Comme ça, il devenait son maître d'armes ? Certainement que Sa Majesté se doutait que le tir à l'arc n'était pas une discipline dans laquelle il risquait de lui apprendre quoi que ce soit. Les armes à distance, ce n'était pas son cheval de bataille. Et voir le beau blond en chemise, lutter pour garder son sabre à distance serait un tel plaisir...
Un plaisir qu'il s'octroierait quand ses yeux se seraient lassés de la scène devant lui.
Et voilà, encore une fois, un chapitre de transition, la suite sera je l'espère suffisamment simple à adapter -je dois en changer tout le contexte sans trahir le mécanisme de l'intrigue- pour que je puisse poster mettons... avant la fin de l'été ? J'aimerais avant la fin du mois mais je sais que mon planning chargé IRL risque de ne pas me le permettre.
En attendant j'espère que cela vous aura plus, et que vous n'hésiterez pas à me laisser un mot. J'avoue sans honte que c'est ce qui m'a vraiment donné le courage de reprendre cette fic. Merci encore à vous d'avoir la patience de me lire. Ca se corse au prochain chapitre normalement !
La bise à vous tous !
Eva'
