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Chapitre IV

Je savais que quelque chose du genre allait se produire. Mais comme d'habitude, j'avais pris une décision tout à fait stupide. Link allait m'en vouloir pour toujours à présent. Si au moins je pouvais lui expliquer pourquoi j'avais agi ainsi ! Tout mon être voulait en finir avec le démon, l'envoyer hors de ce monde à tout jamais, mais une petite parcelle de mon esprit me criait de le sauver, de le garder en vie. La Déesse Hylia ne m'avait prêté qu'une petite partie de ses souvenirs, seulement ce qui était nécessaire. Pourtant, elle continuait d'agir sur moi, m'obligeant à me plier à ses exigences. J'en devenais folle de rage, mais je ne voulais pas lui désobéir, ou plutôt, je ne pouvais pas m'opposer à ses désirs, qui devenaient peu à peu les miens. J'arrêtai de résister et m'avançai vers Link, laissant Ghirahim derrière moi. Ce dernier avait de la difficulté à tenir debout sans mon support, mais se refusait probablement de montrer sa faiblesse devant son ennemi.

- Link ! Arrête-toi s'il te plaît !

À ma demande, il s'immobilisa, mais garda tout de même une main fermement ancrée sur son épée, prêt à la brandir au moindre mouvement de Ghirahim.

- Qui est-ce ? s'enquit-il.

Je ne répondis pas, réfléchissant à toute vitesse. J'avais oublié que Ghirahim était à présent méconnaissable. Il avait subi de grandes transformations physiques et ne ressemblait plus du tout à un démon. On aurait même pu croire qu'il était normal, malgré ses vêtements déchirés et sa coupe de cheveux étrange, comme s'il venait d'une autre époque. Tout ce qui restait de son ancienne apparence était les traits de son visage, bien qu'ils ne soient plus aussi pâles ni aussi inquiétants.

Une idée me vint soudain à l'esprit, si folle et désaxée que j'avais peine à croire que Link puisse en gober un seul mot. Je tentai tout de même le coup, manquant de m'étouffer sous le poids du mensonge que je m'apprêtais à lui servir.

- C'est… un ami à moi ! Je l'ai rencontré par hasard dans la forêt…, croassai-je en tapotant le dos de Ghirahim avec une vigueur qui ne me ressemblait pas, manquant de le briser en deux.

Link regardait à présent l'homme avec des yeux ronds comme des soucoupes, comme s'il s'était miraculeusement transformé en mammouth laineux pendant que j'avais le dos tourné. Je devinais que Ghirahim était probablement aussi surpris que lui. Je continuai mon histoire, à deux doigts de la crise de nerfs.

- Il s'apprêtait à retourner à Célesbourg pour voir… euh… Hergo! Ce bon vieux Hergo ! m'écriai-je, moi-même surprise par ma soudaine inspiration. En fait, ils sont des cousins éloignés... très éloignés. C'est pourquoi ils vivent très loin l'un de l'autre…

Je repris mon souffle quelques instants, sentant le rouge me monter aux joues.

- Et puis, voilà… Il est tombé de son Célestrier et s'est retrouvé au beau milieu de la forêt ! Je ne pouvais quand même pas le laisser là-bas tout seul, n'est-ce pas ?

Nouveau silence, si lourd qu'on aurait pu entendre une mouche voler. Link sortit finalement de sa transe et reprit la parole. Sa voix était crispée, comme s'il ne savait pas comment réagir après des révélations aussi abracadabrantes.

- D'accord… Et c'est quoi son nom ?

- Son nom ? Je… en fait… c'est que…, commençai-je avec hésitation, n'ayant pas du tout pensé à ce petit détail.

Alors que je m'apprêtais à le baptiser de nouveau, Ghirahim sembla finalement se libérer de sa torpeur. Il se tourna d'un bond vers moi, les traits déformés par l'incompréhension.

- Mais c'est quoi ce bordel ? D'où tu sors avec tes histoires ? Et c'est qui ce Hergo ?

Je le foudroyai du regard, contrariée qu'il ne suive pas le plan, qu'il réduise tous mes efforts à néant, bien que mon histoire fût probablement vouée à l'échec dès les premières syllabes.

- Tais-toi, sifflai-je le plus silencieusement possible.

Il éclata d'un grand rire qui me glaça le sang avant de se tourner vers Link. Ce dernier se grattait la tête, ne comprenant plus du tout ce qui se passait.

- Tu ne me reconnais donc toujours pas, même après tout ce que tu m'as fait subir ?

Je m'aperçus que même sa voix était changée, plus douce, plus… humaine ?

- C'est impossible ! Tu es mort ! s'écria alors Link, reconnaissant enfin le démon.

- Je n'ai jamais été aussi vivant, sale vaurien ! Et tout ça, c'est de ta faute !

Link dégaina son épée, les yeux remplis d'une haine bestiale. Il ne s'agissait plus de l'épée céleste, à son plus grand désarroi, mais mon père lui en avait trouvé une autre, l'une des meilleures jamais conçues. On disait qu'elle pouvait fendre n'importe quelle matière, que sa lame était imprégnée d'une magie ancienne qui l'empêchait de s'émousser. Par contre, Ghirahim ne parut pas impressionné à la vue de cette arme magnifique, dangereuse et effilée. Malgré l'énorme danger qui s'apprêtait à s'abattre sur lui, il ne bougea pas d'un poil.

- Je vois que notre chère Fay t'a finalement abandonné. Quel dommage…

- Arrête de parler et prépare-toi à mourir pour de bon ! Cette fois, je m'assurerai que tu ne reviennes pas à la vie !

Ghirahim ricana doucement et se tourna vers moi.

- J'espère que vous ne teniez pas trop à cet insupportable garnement, parce que cette fois, il n'aura pas la chance de s'en sortir vivant.

- Si tu touches à un seul de ses cheveux, je te jure que je te ferai subir les pires des souffrances, crachai-je avec hargne.

- Comme vous voudrez, ma Déesse, céda Ghirahim en s'agenouillant péniblement devant moi. Si c'est ce que vous souhaitez, sa mort sera rapide et sans souffrance.

Était-il tombé sur la tête ? Comment comptait-il se défendre contre Link dans un état aussi pitoyable ? Il était si faible que ç'en faisait peine à voir. Je me tournai vers Link, bien décidée à mettre un terme à ce combat inutile.

- Link ! Ne fais pas ça ! Il est sans défense !

- Il doit mourir pour ce qu'il a fait ! Je ne le laisserai jamais te faire du mal une nouvelle fois ! s'écria-t-il en accélérant sa course.

Lorsqu'il fut à notre hauteur, il abattit aussitôt son épée sur le démon. Je fermai les yeux, dégoûtée par un spectacle aussi atroce. Je mis mes mains devant mon visage, comme un bouclier, pour me protéger des giclées de sang. Le silence se fit de nouveau, aussitôt brisé par un cri de désespoir. Je hurlais à m'en briser la voix, prise d'une telle douleur que je m'en pliai en deux.

Ce n'était pas moi qui avais poussé un tel cri. Je ne contrôlais plus mon corps. Les larmes coulaient en un flot continu sur mon visage, brouillant ma vision, à moins que ça n'ait été le sang de Ghirahim. Je me jetai sur le sol, prise d'une soudaine envie de mettre fin à mes jours. Je sentais la détresse d'Hylia. Sa peine déferlait sur moi comme une pluie de glaives. Il fallait que je quitte cette vie au plus vite. Comment avais-je pu laisser une telle chose se produire ?

- Hylia ?

- Elle a tellement mal, réussi-je à articuler entre deux sanglots.

Tout d'un coup, je me rendis compte que ce n'était pas la voix de Link qui m'avait interpellée. De toute façon, jamais il n'avait utilisé le nom de la Déesse pour me désigner. Comment était-ce possible ? J'ouvris de grands yeux stupéfaits, n'arrivant pas à croire ce que je voyais.

Ghirahim tenait la lame de Link fermement dans sa main. Sa peau était restée mystérieusement intacte. Il se releva avec lenteur, les yeux toujours rivés dans ma direction.

- Tu es toujours aussi stupide, peut-être encore plus qu'avant. Pourquoi t'entêtes-tu à me protéger, alors que tout est de ma faute ?

- Je… Je ne comprends pas…

- Réponds-moi ! rugit-il en jetant avec emportement l'épée vers Link. Ce dernier l'esquiva de justesse, manquant de peu de se faire empaler dans un arbre.

Je me mis à sangloter doucement, sans comprendre pourquoi les paroles de Ghirahim m'atteignaient à ce point. Tout de même, je me sentais beaucoup mieux depuis que je savais qu'il n'avait rien. Une vague de soulagement se propageait dans mon corps, en même temps qu'un dégoût profond pour l'homme qui se tenait devant moi. Je reprenais peu à peu le contrôle de mon corps, à mon plus grand contentement. La Déesse Hylia s'était enfin apaisée, reprenant sa place au plus profond de mon esprit. Je la savais par contre prête à intervenir aussitôt la prochaine fois que Ghirahim se trouverait en danger. Je regrettais une fois encore d'avoir été mêlée à cette aventure. J'aurais donné n'importe quoi pour retrouver ma vie d'avant, heureuse à Célesbourg avec mon ami d'enfance.

Link s'empressa d'aller récupérer son épée, qui était profondément enfoncée dans un grand chêne. Il dut avoir recours à plusieurs essais avant de la faire sortir. À présent, il regardait Ghirahim avec une pointe de crainte, mêlée d'une frustration grandissante. Il s'élança de nouveau dans sa direction, arme au poing.

- Les humains sont des créatures tellement prévisibles. Donnez-leurs un ennemi et ils s'acharneront sur lui jusqu'à leurs propre mort, ne se doutant pas une seconde que tous leurs efforts étaient voués à l'échec.

- Tais-toi !

Link dirigea énergiquement son épée vers les côtes du démon. Ghirahim l'évita aisément, agile malgré ses blessures. Sa lame fendit l'air une nouvelle fois, tranchant un bout d'étoffe au passage, mais n'atteignant toujours pas son adversaire.

- Tu as beaucoup de chance, Link. Si la Déesse Hylia n'était pas là, je n'aurais pas hésité un instant à te tuer.

Alors qu'il évitait un nouvel assaut, le visage de Ghirahim se tordit de douleur. Un faux mouvement avait rouvert ses blessures. Au dernier moment, il attrapa la lame de Link et l'enfonça profondément dans le torse du héros, manquant de peu son cœur. Link s'agenouilla face à lui, le visage livide. Retirer l'épée de son corps aurait pu s'avérer très dangereux. En effet, cette dernière se trouvait à seulement quelques centimètres de ses organes internes. De plus, l'hémorragie aurait été presque impossible à contrôler. Jamais il n'aurait voulu en finir comme ça. N'ayant plus d'arme pour se battre, il devait donc s'avouer vaincu.

Je retins mon souffle, guettant le prochain mouvement du démon. Ghirahim ricana de nouveau, mais sa voix était maintenant secouée par la douleur.

- Comment se sent-on lorsqu'on est si près de la mort ?

- Tu devrais le savoir, démon…

- C'est une sensation tellement mystérieuse. Je l'ai ressentie à de nombreuses reprises, espérant chaque fois que la mort finirait par m'emporter. Elle m'a toujours laissé tomber, m'interdisant à tout jamais l'accès au repos éternel.

Link glissa sur le côté, la respiration sifflante. Je me jetai sur lui, prenant son visage entre mes mains. Il était secoué par la douleur et tentais désespérément de retirer la lame qui le transperçait. Je l'en empêchait, submergeant son visage de larmes. J'étais si impuissante, si inutile que j'en étais dégoûtée.

- Sache que quoi que tu aies fait, tu ne pouvais rien contre moi, Link. Sans l'épée céleste, tu n'es rien d'autre qu'un humain ordinaire. Aucune lame ne peut me blesser, souffla Ghirahim en se remettant difficilement sur ses pieds.

Link acquiesça gravement de la tête. Son teint était plus blanc que la neige.

- Je m'en rappellerai, lâcha-t-il avant de s'évanouir, inondant peu à peu mes vêtements et mes mains de son sang.


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