DISCLAIMER : —The Dark Knight, le Joker, et Batman (…) appartiendront toujours aux DC Comics & à C. Nolan. « CLOCKWORK » appartiendra toujours à HoistTheColours, (qui m'a donné son autorisation pour traduire sa fanfiction) ainsi que son univers, et ses OC. Je ne suis qu'une humble traductrice.
NDT : Tout d'abord, je tenais à présenter mes plus plates excuses concernant le grand retard pris quant à la publication de CLOCKWORK. Ce n'est pas dû à un défaut de temps, ni à un manque d'engouement de ma part, loin de là. L'auteur, HoistTheColours, m'avait demandé lors de la publication de la traduction d'attendre ses directives : elle voulait en effet retaper ses chapitres au fur et à mesure afin qu'ils collent un maximum avec son style actuel. Cependant, elle est très prise avec ses autres histoires en cours et j'ai donc choisi de publier quand même et d'uploader les chapitres dès qu'ils seront corrigés et modifiés. Les changements ne sont pas radicaux, mais ne sont l'affaire que de quelques passages au fil des chapitres. Cela ne devrait pas rendre la lecture de la traduction plus affreuse.
Les publications, à partir de maintenant, seront donc plus rapides.
Je m'excuse encore du retard et vous souhaite une bonne lecture !
CHAPITRE IV
Le Joker se déplaça plus loin dans le salon, puis s'arrêta sur le seuil de la cuisine. Sa mâchoire se serra et il fronça un peu plus les sourcils en baissant les yeux sur le corps étrangement immobile de Taylor.
Elle saignait abondamment, c'était tout ce qu'il pouvait dire. Ses yeux étaient fermés et ses bras reposaient à côté d'elle. Pendant que le Joker la regardait, il vint à la conclusion qu'il ne pouvait pas la laisser se vider de son sang, pas maintenant. Pas après tout ce qu'il avait fait pour elle. D'ailleurs, il aurait besoin d'elle un peu plus tard, alors il faudrait la garder vivante un peu plus longtemps. Il avait de grands projets et il n'était pas prêt de tout laisser tomber parce qu'il refusait de l'aider quand elle allait visiblement mal. Bien que l'idée d'aider quelqu'un le faisait presque rire il ne faisait pas… des choses comme ça. La seule personne dont il se souciait, c'était de lui-même. Et de Batman, mais bien sûr, c'était différent.
Dans une vaine tentative pour ne pas rouler des yeux face à l'absurdité de tout ça, il les plissa et referma son cran d'arrêt pour le ranger dans sa poche en avançant un peu plus loin dans la cuisine.
Il s'accroupit à côté de Taylor et son regard balaya sa forme apparemment sans vie pendant que le clair de lune éclairait la saleté qui souillait ses joues. Ses longs cheveux blonds emmêlés étaient encore noués en queue de cheval, mais ils étaient à présent collés par le sang. Sa tête était entourée par une grosse flaque de substance noire. Lentement, et quelque peu incertain, il tendit la main pour évaluer les dégâts à l'arrière de son crâne, le souleva du sol pour passer doucement les doigts le long de celui-ci. Sa peau devint instantanément cramoisie.
Ses longs cils noirs commencèrent à bouger lentement. Le Joker la regardait alors qu'elle ouvrait ses yeux verts et ils se remplirent instantanément de larmes. Un petit gémissement de douleur et de panique s'échappa de l'arrière de sa gorge, alors qu'elle écarquillait les yeux, son visage déformé par la souffrance.
Il s'agenouilla et plaça les paumes de chaque côté de sa tête, puis se baissa lentement vers son visage. Elle avait du mal à garder les yeux ouverts, clignant sauvagement les paupières et il étudia attentivement ses prunelles, fronçant les sourcils en remarquant que le noir autour de ses iris était anormalement grand. Ce n'était sans doute pas une bonne chose.
Ses yeux étaient maintenant ouverts et ils roulaient dans leurs orbites fouillant la pièce sombre autour d'elle, à la recherche de quelque chose auquel elle pourrait s'accrocher. Le Joker supposa qu'elle était désorientée et étourdie et elle continuait à cligner des yeux comme si la pièce était trop éclairée alors qu'au contraire, elle manquait vraiment de source de lumière.
En remarquant tout à coup que le Joker était penché sur elle, ses yeux s'agrandirent et en poussant un gémissement rauque elle essaya de s'éloigner de lui. Elle ne pouvait même pas bouger ses jambes sur le sol.
Elle a toujours peur de moi. Le Joker réalisa ce détail immédiatement. Même dans son état actuel, elle se souvenait encore de ce qui s'était passé entre eux le matin même, quand il avait pointé une arme sur elle.
Pensant qu'il allait essayer de lui faire mal, elle fut immédiatement prise de panique. Les yeux remplis de larmes, elle se mit à sangloter, d'abord parce qu'elle avait peur qu'il la frappe et ensuite parce qu'elle avait mal.
Il fit courir sa langue le long de l'intérieur de sa joue en la contemplant et il commença vaguement à réaliser qu'il devait la relever. La douleur allait sans doute s'aggraver à partir de cet instant. Hésitant pendant un moment, il glissa un bras dans le bas de son dos et l'enroula autour de sa taille minuscule. Le sang coula un peu plus sur le plancher à cause du mouvement brusque et il plaça son autre main à l'arrière de sa tête, la soutenant pendant qu'il la soulevait du sol.
Elle laissa échapper un cri perçant et son dos se voûta, ses deux mains volant instinctivement vers l'arrière de sa tête afin de maîtriser la douleur qui battait furieusement là-bas.
Le visage du Joker était resté vide et inexpressif et ses yeux tombèrent sur le sol ensanglanté. Il remarqua la présence d'un objet coupant dans la mare de sang et en observant de plus près, il vit que c'était un morceau d'une des assiettes qui se trouvait dans l'évier.
Parfait, songea-t-il sarcastiquement. Il espéra immédiatement que Taylor n'avait pas besoin de points de sutures. Une commotion cérébrale, il pouvait parfaitement gérer, mais il était moins doué quand il s'agissait d'aiguilles qu'il fallait glisser à travers la peau des autres, sans parler de sa propre chair.
Effectivement, il y avait d'autres morceaux de porcelaine cassée sur le sol à quelques mètres de l'endroit où Taylor se trouvait. Elle devait l'avoir eu dans les mains lorsqu'elle était tombée de la chaise, en essayant sans doute d'attraper une part de pizza.
La petite fille poussa un autre cri de douleur et d'autres larmes coulèrent de ses yeux. Ses petits doigts s'enroulèrent autour de ceux du Joker qui se tenaient à l'arrière de sa tête.
En décidant de ce qu'il devait faire ou pas, il tourna les talons et pénétra dans le salon, le sang coulant goutte à goutte sur le sol pendant qu'il se déplaçait. Il glissa sa langue sur sa lèvre inférieure, ses yeux parcourant l'étendue de la pièce avant de tomber tout à coup sur le vieux canapé abîmé. Il la porta jusqu'à cet endroit tandis qu'elle sanglotait bruyamment dans ses bras, le visage crispé en une grimace douloureuse. Le Joker se pencha et la coucha soigneusement sur le canapé, retirant son bras de derrière son dos pour qu'il puisse se redresser. Mais avant qu'il n'y parvienne, Taylor poussa un cri aigu et ses mains jaillirent pour saisir les revers de sa veste, l'empêchant de se tenir droit.
Le Joker roula des yeux, frustré et il commença à détacher les petits doigts qui le tenaient. La tâche semblait infiniment plus difficile qu'il ne le pensait, parce qu'elle tenait le tissu bien serré. Avec un petit soupir agacé, il se pencha un peu plus laissant tomber son visage directement au-dessus du sien, la regardant dans les yeux, menaçant.
— Qu'est-ce que tu veux, hm ?
Ses yeux étaient froids et sombres et sa voix nasale envoya milles frissons sur les avant-bras de Taylor. Elle déglutit et ferma un instant les yeux, avant de les rouvrir laissant tomber de lourdes larmes sur ses joues. Elle serra encore plus fortement la veste du Joker, ses jointures blanchirent sous l'effort et ses paumes devinrent moites de sueur et de sang.
— Ça fait mal, gémit-elle faiblement.
Elle ferma une fois de plus les yeux, en essayant d'oublier la sensation de brûlure qui envahissait ses sens et la douleur lancinante de son crâne.
— S'il te plaît ne pars pas, supplia-t-elle.
Le Joker fit une pause et la regarda en silence pendant un moment, la fixant pendant que ses yeux le plaidait désespérément de ne pas la quitter, ce qu'elle pensait à tort qu'il allait faire. Plissant les yeux, il fronça les sourcils. Il ne comprenait rien à cette gamine. Pendant une minute, elle avait peur de lui et la suivante elle ne voulait pas qu'il la laisse. Pouvait-elle se décider, finalement ?
Tournant la tête loin d'elle, il leva les yeux vers le plafond pendant qu'il faisait travailler sa mâchoire, frustré. Il croyait à peine ce qu'il allait faire. Il glissa une nouvelle fois son bras en dessous d'elle, et replaça sa main à l'arrière de son crâne. Il la souleva du canapé, puis y prit place pour l'asseoir sur lui, il la tenait maintenant dans ses bras. Il commença alors à glisser doucement ses doigts dans ses cheveux emmêlés, touchant son cuir chevelu pour s'assurer qu'aucun bout de porcelaine errant n'était encore plongé dans la blessure. Son action envoya une douleur fulgurante qui battit à l'arrière de sa tête et Taylor sanglota, toussant à travers ses larmes. Le Joker continua à passer ses doigts sans ses cheveux blonds, déjà raidis par le sang séché et ils se couvraient d'une couche fraîche de sang. Il avait besoin de quelque chose pour arrêter l'hémorragie.
Il balaya rapidement la salle du regard, à la recherche de quelque chose qu'il pourrait utiliser pour éponger le sang. La pièce était encore très sombre, à l'exception des minces lueurs de la lune qui se déversaient à travers la baie vitrée, mais elles ne pouvaient pas atteindre les sombres recoins.
Il se tordit sur le côté et regarda par-dessus l'accoudoir, repérant un mince drap en lambeaux qui se trouvait sur le sol.
Ça fera l'affaire.
Ses sanglots continuaient à gâcher le silence de la pièce, il attrapa le tissus sur le sol, le roula en boule dans sa main libre tandis que l'autre soutenait toujours sa tête. Il posa le drap sur l'accoudoir, et posa délicatement la tête de Taylor dessus, le reste de son corps fatigué reposant toujours sur ses genoux. Elle gémit de douleur en changeant de position et elle tenta faiblement de tourner la tête sur le côté, en essayant d'enterrer son visage dans sa veste. Le Joker se raidit immédiatement, peu habitué à avoir quelqu'un aussi intimement proche de lui.
La tenir dans ses bras ne lui paraissait pas… vrai… mais il se serait menti à lui-même s'il avait dit qu'il ne se sentait pas étrangement bien. Parce que c'était agréable. C'était agréable parce qu'elle ne le combattait pas. Elle ne le repoussait pas en criant à l'aide et ne cherchait pas à l'éviter. Il n'arrivait même pas à se souvenir à quand remontait la dernière fois où il avait volontairement tenu quelqu'un dans ses bras, si ce moment avait déjà existé dans sa vie.
Les sanglots de Taylor le sortirent de ses pensées et le Joker ne pouvait s'empêcher de la regarder fixement, un peu intrigué par la manière dont ses yeux brillaient de larmes et comment ses longs cils humides touchaient ses pommettes quand elle clignait des yeux. Avant même de comprendre ce qu'il faisait, il entoura un bras sur sa taille et la serra doucement, timidement contre lui.
— Hé… hé, sh sh sh, murmura-t-il en essayant de la calmer.
Au son soudain de sa voix, les yeux de Taylor se précipitèrent instantanément vers son visage et ses pleurs ralentirent. Elle pouvait à peine le voir à travers le flot de larmes et elle les essuya faiblement du revers de la main, son autre main serrant encore le revers de sa veste. Le visage strié, elle plissa le nez en reniflant bruyamment et cligna des yeux. Elle laissa échapper un soupir chancelant et elle continua à sangloter en silence, en évitant le regard du Joker. Les larmes continuaient à couler sur ses joues alors qu'il la tenait maladroitement dans ses bras. Il l'observa d'un air absent en réalisant soudain à quel point c'était fou. Il était fou. Il n'était pas censé faire ça. Tout ça, c'était faux. Vraiment, vraiment, vraiment faux.
Le Joker se souvint qu'il essayait juste de la maintenir en vie. C'était la seule raison pour laquelle il prenait soin d'elle, mais il se rendait compte que cela n'amortirait pas le choc qu'était la réalité. La vérité c'était que, lui, un monstre, un meurtrier de masse, un psychopathe… berçait une petite fille dans ses bras… et il ne cherchait pas à la tuer.
Il pensa que c'était vraiment très drôle et faillit éclater de rire.
Il tourna la tête et il se résolut à regarder fixement le mur de l'autre côté de la pièce, en se demandant ce que la chauve-souris penserait de tout ça. Il pouvait l'imaginer faire irruption dans l'appartement et de le trouver lui, le Joker, avec une petite fille qui pleurait dans ses bras. Oh, les conclusions le feraient sans doute sauter au plafond. Batman pourrait se demander si la gamine était sa fille— comme si !—, mais il abandonnerait rapidement cette idée et passerait à autre chose. Le Joker pouvait parfaitement l'imaginer en regardant calmement la scène pour s'emparer des informations, ébranlé intérieurement, muet et confus. Son masque cachait ses véritables émotions, mais le Joker avait appris à les déchiffrer en se plongeant dans le regard des autres. Les yeux de Batman étaient comme une histoire que le Joker pouvait parfaitement lire.
Vaguement, le Joker se rendit compte que les sanglots de Taylor avaient cessés et il la regarda, surpris de voir qu'elle le fixait attentivement, ses petites lèvres s'entrouvrirent de peur.
Mais quand son regard vide rencontra le sien, elle rougit, la chaleur montant lentement jusqu'à ses joues et elle tourna à nouveau la tête, enfouissant son visage dans le creux de son bras.
Le Joker passa sa langue sur sa lèvre inférieure en sentant un sourire tirer le coin de ses lèvres, amusé de la voir si timide. Personne n'avait jamais été timide face à lui. Nerveux et hésitant, oui, mais pas timide et gêné. C'était quelque chose qu'il trouvait presque mignon, mais là encore, c'était juste une gamine. Les enfants avaient tendance à être intimidés face à n'importe qui.
Dès qu'elle sentit l'embarras la quitter, elle tourna à nouveau la tête et regarda le Joker, presque déçue de voir qu'il ne lui prêtait plus attention. Elle tira légèrement sur sa veste qu'elle tenait toujours entre ses doigts. Il regarda immédiatement vers elle et ils fixèrent un moment.
Taylor avala difficilement, se rendant tout à coup compte que sa gorge était très sèche et irritée à force de pleurer. Elle ouvrit la bouche pour parler mais aucun son n'en sortit. Le Joker continua à la fixer en attendant qu'elle se prononce et elle laissa échapper une quinte de toux qui secoua son corps :
— J'ai soif, murmura-t-elle doucement en hésitant un peu, par peur de la manière dont le Joker pouvait réagir.
Il ne leva pas la main sur elle, comme elle s'y attendait et ne lui lança pas un « débrouille-toi » comme sa mère le faisait d'habitude. Il soupira simplement, un peu agacé et se lécha les lèvres, retirant Taylor de ses genoux pour la reposer sur le canapé.
Il pouvait sentir le regard de Taylor sur lui alors qu'il se dirigeait vers la cuisine, ses yeux errant sur le comptoir à la recherche d'un verre ou n'importe quoi d'autre. Il y avait un biberon en plastique, qui devait appartenir à la petite fille et il avança dans la pièce en contournant la mare de sang, dévissant le bouchon. Il tourna le robinet en attendant que l'eau coule enfin, gargouillant dans les tuyaux rouillés et congelés. Il fallut un certain temps, mais finalement, le robinet cracha un mince filet d'eau. C'était probablement l'eau du quartier Narrows, qui n'était pas très propre, mais il fallait faire avec. Après avoir rempli la bouteille, il vissa la tétine et la porta dans le salon.
Taylor l'entendit revenir et releva la tête de l'accoudoir, mais elle cria de douleur et la laissa retomber sur le drap roulé en boule sous elle.
— Ne fais pas ça, marmonna-t-il d'un ton agacé en s'approchant du canapé.
Il s'agenouilla à côté d'elle et elle suivit tous ses mouvements des yeux. Il laissa tomber le biberon à côté d'elle et elle le prit faiblement dans ses mains, sans jamais le quitter des yeux pendant qu'elle portait la tétine à ses lèvres buvant avidement.
— Bonne fille, murmura-t-il d'une voix rauque.
Il se redressa alors et cessa de la regarder, se dirigeant vers la baie vitrée pendant que les yeux de Taylor le suivaient.
Il neigeait encore, le port était recouvert d'une épaisse couche de glace et les flocons blancs continuaient de tomber du ciel noir, recouvrant le tout d'une couverture blanche.
Soudain, le Joker sentit qu'on tirait son pantalon et il baissa la tête par-dessus son épaule. Taylor se tenait derrière lui, une de ses mains collées derrière sa tête. Il fronça les sourcils en attendant qu'elle parle et elle se racla la gorge, mal à l'aise.
— Je…
Elle hésita, grimaçant de douleur quand la douleur s'empara à nouveau de sa tête, puis elle reprit :
— Mes cheveux sont tout sales, finit-elle d'un ton gêné et légèrement désolé.
Il haussa simplement les sourcils et secoua la tête comme pour lui dire : qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? Il se détourna, mais elle tira à nouveau sur son pantalon :
— Quoi ? demanda-t-il sèchement.
Taylor recula face au ton de sa voix et mâchouilla nerveusement sa lèvre inférieure pendant une seconde :
— J'ai besoin de prendre un bain.
— Un quoi ? les yeux du Joker s'étaient considérablement rétrécis.
Elle se balança légèrement d'avant en arrière, en se méfiant toujours de lui et de ses possibles intentions :
— J'ai besoin de prendre un bain, répéta-t-elle d'une petite voix.
Elle baissa la tête et observa le Joker à travers ses cils. Il l'observait toujours, peu convaincu et elle continua :
— Maman a dit que quand je suis sale, je dois prendre un bain.
Eh bien, malheureusement pour elle, il ne croyait en rien ce que disait sa mère :
— Je ne fais pas de bains.
Il y eut un silence pendant un instant et Taylor se rapprocha à nouveau de lui, ignorant sa déclaration d'auparavant.
— Tu peux pas… mettre de l'eau dans la baignoire… s'il te plaît ?
Le Joker ferma les yeux et se tourna vers la fenêtre, la mâchoire se serrant de colère malgré lui. Il l'avait gardé vivante pendant tout ce temps, ne pouvait-elle pas être satisfaite et arrêter de l'emmerder ? Ne pouvait-elle pas comprendre qu'il n'était pas là pour s'occuper d'elle ? Il l'avait déjà habillée, s'attendait-elle à ce qu'il la lave aussi ? Bon sang, s'il avait su combien d'efforts ça lui coûtait de s'occuper d'un enfant, il ne l'aurait pas intégrée au plan du tout. Mais maintenant, il avait besoin d'elle. Elle était presque trop parfaite pour son plan et il ne pouvait pas se débarrasser d'elle maintenant.
Mais cela ne voulait pas dire qu'il devait acquiescer à tous ses désirs et besoins. Il remplirait la baignoire pour elle et c'est tout, pas d'autres faveurs.
Sans un mot, il se retourna et marcha péniblement vers les escaliers, ne s'arrêtant que lorsqu'il remarqua que Taylor ne le suivait pas :
— Tu viens ou quoi ?
Taylor hocha la tête et courut avec impatience pour monter les escaliers derrière lui, la main toujours posée à l'arrière de sa tête. Sa blessure ne saignait plus, mais elle lui faisait encore mal et la légère pression de sa main lui permettait de calmer un peu la douleur.
Le Joker ne l'avait pas attendue une fois arrivé en haut des escaliers et il se dirigea directement dans la salle de bain. Il alluma l'interrupteur à l'entrée et une lumière terne et jaune éclaira la petite pièce. Les murs étaient d'une couleur pêche fanée, effilochés, des coquillages déchirés ornaient le papier peint arraché. Le lavabo, le WC et la baignoire avaient connus des jours meilleurs, la porcelaine autrefois blanche était maintenant jaunâtre. Les robinets étaient rouillés et couverts de crasse et le plancher semblait être tout aussi sale. Heureusement pour Taylor, la baignoire n'était pas si mal que ça et le Joker devina qu'elle avait été utilisée récemment. Il fit tourner l'eau chaude et attendit qu'elle coule en reculant.
Taylor entra dans la salle de bain, en entendant le bruit horrible qui se dégageait des tuyaux métalliques derrière les murs. Le Joker se tourna pour la voir se couvrir les oreilles avec ses paumes en essayant de ne plus entendre le bruit strident de la pression de l'eau dans les tuyaux.
Après un long moment, le son désagréable s'arrêta brusquement laissant place au silence.
— Oh allez, gémit le Joker en espérant que l'eau n'avait pas gelé.
Il donna un bon coup de pied au robinet. Un jet d'eau puissant en jaillit presque aussitôt, et le Joker sourit, triomphant et évidemment content de lui. Il plaça le bouchon au fond de la baignoire, avant de se retourner pour faire face à Taylor.
Seulement pour découvrir qu'elle n'était pas là.
Il fronça les sourcils et sortit dans le couloir, regardant à droite puis à gauche avant d'avancer.
— Ohhhh poupée, chantonna-t-il d'une voix nasale, où es-tu?
Il n'avait pas fait couler cette eau pour lui, après tout.
La tête de Taylor émergea soudainement d'une des chambres un peu plus loin dans le couloir. Quand elle vit que le Joker l'appelait, elle sourit et se précipita vers lui, toute excitée, plusieurs bouteilles de shampooing dans ses bras.
— Pardon, dit-elle le souffle court.
Elle leva brièvement les yeux vers lui et le dépassa, serrant les bouteilles dans ses bras, pour les poser sur le rebord de la baignoire. Une fois qu'elle les avait toutes mises en place, elle se retourna. Il avait un regard étrange et il l'observait simplement :
— Tu vas y aller ?
Taylor se retourna et plongea un doigt dans l'eau :
— C'est trop froid.
Le Joker roula des yeux et passa devant elle, posant un genou sur le rebord de la baignoire et il tourna un peu plus le robinet.
— Satisfaite ?
Sans attendre qu'elle réponde, il se remit sur ses pieds et Taylor tira sa manche. Il glissa paresseusement les yeux vers elle, curieux de savoir ce qu'elle voulait.
—J'ai besoin d'aide, dit-elle timidement en tirant sur sa robe.
Le Joker gémit intérieurement et s'agenouilla pour se rapprocher d'elle tandis qu'elle levait instantanément les bras. Voulant faire vite, il le fit sans doute un peu rudement, oubliant l'entaille sur la tête de Taylor. Elle poussa un petit cri de douleur quand la robe glissa sur sa tête. Elle la frotta doucement :
— Aïe.
Il jeta la robe sur le sol. Elle se tenait devant lui dans sa petite culotte blanche. Son regard erra brièvement sur son corps et Taylor le fixa en se demandant à quoi il pensait en la regardant. Il revint vers son visage, rencontra rapidement les yeux de la petite fille avant de tourner brusquement le robinet et de se relever.
Les sourcils froncés, elle croisa les bras en protégeant son ventre nu :
— Où tu vas ? sa voix se brisa à la fin et elle semblait nerveuse.
Il n'allait pas la laisser toute seule, non ?
— Ton bain va refroidir, répondit-il en ignorant délibérément sa question.
Il lui tourna le dos et quitta la pièce.
Taylor plissa le front en le regardant partir et elle laissa ses doigts courir sur ses côtes nues. Après un moment, quand elle fut certaine qu'il n'allait pas revenir, elle arracha son sous-vêtement et se glissa rapidement dans l'eau chaude. Elle attrapa l'une des bouteilles sur le rebord et déversa son contenu dans l'eau, agitant ses bras jusqu'à ce que la baignoire soit remplie de douces bulles savonneuses. Dès qu'elle fut satisfaite de l'odeur, couverte de mousse jusqu'aux épaules, elle commença à méditer sur le Joker.
Elle ne savait pas trop quoi penser de lui et elle se demandait pourquoi il était ici. Peut-être qu'il connaissait sa mère ?
Maman.
Où était-elle, de toute façon ? Taylor faisait de petites vagues avec ses doigts et elle se demanda pourquoi sa mère n'était pas revenue. Elle avait promis qu'elle ne partirait que quelques heures, mais cela faisait presque quatre jours maintenant. Elle n'avait jamais été seule pendant si longtemps.
« Tu ne me causes que des problèmes, tu sais ça ? Ton papa m'a quittée à cause de toi. Il ne voulait pas s'occuper de toi alors il est parti. Je l'aimais. Et à cause de toi, il ne reviendra plus. »
« Quand tu seras assez grande pour vivre seule, je ferais comme si tu n'étais jamais née. »
« Je souhaite que tu ne sois jamais née. »
Toutes les paroles de sa mère, extraites de conversations au hasard où elle marmonnait souvent pour elle-même étaient soudainement revenues à la mémoire de Taylor. Elle fronça les sourcils, confuse, pendant qu'elle réfléchissait sur les mots de sa mère.
Pourquoi disait-elle toutes ces choses méchantes sur elle ? Taylor faisait toujours de son mieux pour être une bonne petite fille et ne pas la déranger, mais même quand elle avait un bon comportement, sa mère était toujours en colère contre elle. Indépendamment de ce qu'elle disait, Taylor l'aimait encore et elle l'aimerait toujours même si ce ne serait jamais réciproque. Elle pensait que si elle travaillait durement pour bien agir, sa mère pourrait l'aimer en retour. Jusqu'à présent, elle n'avait jamais essayé, mais elle imaginait que cela fonctionnerait. Elle pouvait attendre son retour. Peut-être qu'elle était partie en vacances ? Sa mère avait toujours dit qu'elle détestait la ville et qu'elle voulait vivre à la plage. Peut-être qu'elle y était partie. Si c'était le cas, alors elle reviendrait bientôt. Taylor était sûre de ça.
Avec de jolies pensées de coquillages roses et de sable plein la tête, Taylor sourit et se coula plus profondément dans son bain à bulles. Elle frotta la mousse partout sur ses membres et ses épaules, éclaboussant un peu d'eau atour d'elle et elle fredonna doucement. Quand elle releva les yeux, elle fut surprise de voir le Joker appuyé contre la porte, les chevilles croisées, pendant qu'il la regardait en toute simplicité. Elle haleta et s'enfonça un peu plus dans l'eau. Elle se couvrit de mousse et rougit dans l'embarras.
Le Joker sourit en retour, même si ses yeux ne semblaient pas sincères :
— Rien que je n'ai déjà vu auparavant, dit-il en paraissant profondément ennuyé.
Taylor le regarda pendant qu'il ôtait sa veste marron et la jeta dans l'évier. Il roula ses manches sur ses avant-bras et s'approcha de la baignoire pour s'agenouiller devant. Elle l'observa avec confusion, mais il l'ignora. Il savait qu'elle n'avait probablement pas l'intention de se laver les cheveux elle-même, et il avait décidé d'en finir au plus vite. Il n'avait pas prévu de faire ça pour elle, mais il s'était rendu compte qu'elle ne pouvait pas le faire, surtout qu'une infection pouvait rapidement la foudroyer et si ça arrivait ce serait un véritable enfer. Il savait mieux que quiconque à quel point les mauvaises infections pouvaient les entraîner dans une situation merdique.
Il récupéra le cran d'arrêt dans sa poche et le porta jusqu'à la tête de Taylor, en regardant à quel point ses yeux s'agrandirent de peur :
— Tu fais quoi ? dit-elle en reculant le plus possible dans la baignoire.
Il saisit son épaule pour l'empêcher de bouger et il pointa le couteau près de ses cheveux, glissant le plat de la lame sous le caoutchouc circulaire qui retenait sa queue de cheval et n'offrit aucun effort supplémentaire pour le couper. Ses longs cheveux emmêlés dégringolèrent sur ses épaules et s'arrêtèrent dans son dos, mouillant les extrémités qui touchaient l'eau.
Le Joker tint le rebord de la baignoire d'une main et la poussa un peu pour la mettre sur le dos, sentant la chaleur rayonnante de sa peau douce et humide :
— Ne bouge pas, ordonna-t-il tranquillement tout en se concentrant sur la tâche à accomplir.
Ses yeux étaient écarquillés dans une certaine appréhension et le Joker posa une main sur son dos, et l'autre sur le ventre, la poussant vers l'arrière jusqu'à ce que sa tête soit immergée dans l'eau.
Le corps de Taylor se raidit instantanément et elle cria. Elle ferma les yeux, les larmes menaçant de tomber une nouvelle fois :
— Stop ! gémit-elle.
Elle se débattit pour s'asseoir, envoyant quelques éclaboussures autour d'elle. En l'ignorant, il trempa plus profondément sa tête dans l'eau, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que son visage.
Il la remis enfin en position assise et quelques larmes coulaient sur ses joues :
— Ça pique, geignit-elle en touchant doucement l'arrière de sa tête.
Les yeux du Joker balayèrent le côté de la baignoire, en observant toutes les étiquettes sur les diverses bouteilles qu'elle avait placé ici. L'une était du bain moussant et était complètement vide, l'autre était visiblement de la laque, et la dernière bouteille était du shampooing pour bébé.
Il attrapa la bouteille et dévissa le bouchon, en récupérant une partie de la substance dans sa paume. Il rencontra brièvement son regard avant de mettre ses mains dans ses cheveux, faisant travailler le shampooing le long de ses mèches emmêlées. Il fit en sorte d'être très prudent en atteignant la large entaille à l'arrière de son crâne, mais de toute façon, elle pleura quand même.
Il faisait soigneusement mousser le produit à travers ses cheveux humides et Taylor sanglotait doucement. Sa blessure la lançait à chaque fois que l'eau rentrait en contact avec elle, ou que les doigts du Joker suivaient de trop près sa peau à vif.
Une fois qu'il eut fini, il trempa à nouveau sa tête dans l'eau, en écoutant ses cris de protestation et il rinça enfin tout le savon dans ses cheveux.
— Mieux ? hasarda-t-il en haussant les sourcils.
Taylor acquiesça et se mordit la lèvre, en essuyant le restant de larmes du revers de la main. Elle fixa les bulles qui commençaient lentement à disparaître.
— Est-ce que mes cheveux sentent bon maintenant ? demanda-t-elle tranquillement.
Le Joker ne put s'empêcher de sourire, véritablement amusé et décida de jouer un peu en même temps. Il plaça ses paumes de chaque côté de la baignoire et se pencha un peu plus vers elle pour qu'il puisse sentir ses cheveux. Le bout de son nez frôla ses mèches humides et il ferma les yeux en inhalant son odeur. Elle sentait la vanille.
Whoa.
Cela faisait des années qu'il n'avait pas senti quelque chose de si merveilleux et agréable, et il dû s'arrêter avant d'enfouir son visage dans ses cheveux, juste pour le plaisir de sentir cette odeur. Cela lui rappelait quelque chose, quelque chose de familier, mais il ne pouvait pas mettre le doigt dessus.
— Mmm, il respira profondément, très bon.
Il ouvrit les yeux et se recula, regardant sa petite bouche recourbée en un sourire. Taylor attrapa l'une de ses longues mèches, en l'observant avec curiosité :
— Tu vas prendre un bain toi aussi ?
Il fit semblant de réfléchir à la question avant de lui répondre :
— Pas maintenant, citrouille.
Il lui donna une petite tape sur le haut de la tête, puis se leva, pour rapidement sortir de la pièce en refermant la porte derrière lui.
La laissant seule pour faire tout ce qu'elle avait à faire en privé, il avança dans le couloir vers la chambre où il avait dormi la nuit dernière. Il ferma la porte derrière lui, et il changea de nouveau ses vêtements pour remettre sa tenue habituelle dans l'obscurité, sa seule source de lumière étant la clarté de la lune. En s'habillant, il rejoua la conversation qu'il avait eue avec Taylor, s'étonnant lui-même de la naïveté de la petite fille.
Dieu, elle était si ridiculement innocente que c'en était écœurant. Il avait presque envie d'être désolé pour elle. Elle avait tellement de choses à apprendre sur le monde, tellement de choses à réaliser sur les gens et la confiance, sur les nombreux dangers. Elle n'en savait rien, mais elle était destinée à y faire face.
Elle était également assez unique aussi, pour quelqu'un de son âge. Elle lui faisait parfois confiance, mais continuait à se méfier de lui. Et si quelqu'un pouvait changer ça, ce ne serait sans doute pas lui, même s'il était à la hauteur. Elle était si jeune après tout, mais elle s'était attachée à lui trop rapidement. Elle était intelligente, oui, mais il y avait tellement de choses qu'elle ne connaissait pas et qu'elle ne pouvait pas comprendre. Elle pourrait même être amusante à manipuler. Il y avait un horrible, horrible monde qu'elle ne pouvait pas imaginer et c'est là où sa naïveté entrait en jeu. Il pouvait lui faire faire ce qu'il voulait, sans aucun doute et c'était l'une des principales raisons pour laquelle elle était si importante dans son plan. Gotham ne le verrait même pas venir…
Après avoir tiré sur son pantalon, il était complètement habillé, (excepté pour le maquillage) et il alla directement à la salle de bain. Une fois dans le couloir, il pouvait voir la lumière jaune jaillir du dessous de la porte et il entendait Taylor fredonner gaiement.
Il ne prit pas la peine de frapper et il poussa directement la porte pour la voir penchée sur le côté de la baignoire, le dos tourné. Elle était déjà habillée et coiffée, portant un pyjama rouge, le genre de vêtement zippé sur toute la hauteur du dos.
Quand elle l'entendit entrer, elle ne prit même pas la peine de se tourner vers lui :
— Je n'arrive pas à faire partir l'eau ! s'exclama-t-elle.
Le Joker roula des yeux et passa devant elle, s'agenouillant pour tirer le bouchon. La baignoire commença immédiatement à se vider, gargouillant bruyamment. Taylor était fascinée. Quand il tourna la tête vers elle, elle se tenait juste à côté de lui, son visage à quelques centimètres du sien.
— Où est-ce qu'elle va l'eau ? demanda-t-elle en cherchant la réponse dans ses yeux.
Il l'étudia un moment de plus près et fronça les sourcils en se donnant un aspect douteux :
— C'est quoi cette question ?
Taylor réfléchit à sa question pendant un moment, réfléchissant sur sa propre réponse et elle étudia son visage. Soudain, elle pencha la tête sur le côté et sourit. C'était la première fois qu'il avait vu un véritable sourire sur son visage et Dieu, elle avait l'air adorable quand elle le faisait, même si ce n'était pas encore un grand sourire :
— Tes cicatrices ressemblent à des chenilles, dit-elle en riant.
Elle essaya de cacher son sourire, mais ses yeux verts brillaient de joie. Elle s'approcha de lui, voulant faire courir ses doigts sur la chair boursoufflé, tout en sachant qu'elle ne devrait pas le faire.
— Où tu les as eues ? demanda-t-elle finalement, la curiosité la surpassant.
Le Joker sentit un large sourire s'étendre sur son visage, s'imaginant déjà l'histoire parfaite pour le lui raconter. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais son élan fut de courte durée car un grand fracas assourdissant retentit en bas.
C'était quoi ça ?
Son pouls s'accéléra alors qu'il tendait le cou sur le côté, l'oreille tournée vers le couloir en écoutant attentivement. Ça ressemblait à une porte qu'on avait fait sauter de ses gonds.
En se léchant les lèvres, le Joker se releva et alla en silence jusqu'à l'évier, plongeant la main dans la poche de la veste marron qui reposait là, sortant son cran d'arrêt. Il l'ouvrit d'un geste du poignet et il se retourna vers Taylor en lui chuchotant doucement ses directives :
— Attends-moi ici.
Faites moi savoir vos impressions et vos attentes concernant la suite de cette histoire que j'aime toujours autant. Je serais ravie d'en discuter avec vous. Je vous souhaite, en retard, un joyeux Halloween et vous dis à très bientôt.
Votre Humble Traductrice.
