Un chapitre un peu long à venir, il m'a donné du mal avec l'histoire du cadavre qui n'était pas prévue au départ mais mettez Sherlock Holmes dans une pièce et… pouf ! un cadavre ! Mais le chapitre est plus long.

Un nouveau point de vue. Qui devinera le prochain ?

Pas grand-chose à voir mais je me pose des questions sur Conan Doyle après avoir lu le monde perdu. Déjà dans les Sherlock Holmes, on peut se poser des questions sur les véritables relations entre Holmes et Watson (et la série joue là-dessus) mais dans le monde perdu, il n'y a vraiment pas beaucoup à imaginer !

Merci à tous mes reviewers et bonne lecture !

Chapitre 4 :

Harry avait reçu l'appel de son frère dix jours avant le mariage. Bien sûr, elle savait qu'il allait se marier, elle lisait son blog, mais elle ne s'était pas attendue à être invitée. Elle pensait que John aurait une simple cérémonie, dans l'intimité, et comprenait parfaitement que John n'eût pas cru bon de l'inviter. Leur relation était compliquée.

Harry qui avait été le prototype même de l'enfant puis de l'ado à problèmes en avait voulu à son frère de donner l'apparence du fils parfait d'une famille parfaite. L'apparence, le mot était là. Leur famille n'avait jamais été parfaite. Leur mère, Lauren Watson avait à peu près autant d'instinct maternel que les requins des velléités végétariennes et avait élevé l'égoïsme au rang d'art. Elle ne s'était jamais soucié d'eux que quand cela pouvait la mettre en valeur et les aurait laissés se vider de leur sang sans sourciller pour ne pas tâcher ses vêtements.

Leur père, Peter Watson, petit juge de province rigide à l'extrême et avec autant d'humour qu'une porte de prison, n'avait jamais exprimé le moindre amour à leur égard et croyait aux vertus des châtiments corporels et des privations. Il n'acceptait ni la désobéissance ni l'échec et avait rapidement estimé que Harry ne méritait pas qu'il s'intéressât à elle et était devenu encore plus sévère à l'égard de John en contrepartie.

Et puis il y avait eu ce jour-là. Le matin, leur père avait fichu Harry à la porte en découvrant son premier tatouage – elle avait quinze ans. Le soir, un homme était entré dans la maison. Il s'appelait Tom Marconi et avait braqué plusieurs bijouteries dans la région, tué un vigile dans l'une d'elle, blessé le propriétaire dans une autre. Trahi par un de ses complices, une partie de son butin ayant été découvert, Marconi – qui était manifestement fou – avait pensé qu'il pouvait faire pression sur le juge chargé de l'affaire, c'est-à-dire leur père, pour récupérer son butin. Il était entré alors que tous dormaient et avait réveillé leurs parents. Il avait menacé de taillader et de violer leur mère si leur père ne lui rendait pas son butin. Le juge Watson avait refusé de céder et leur mère avait alors convaincu Marconi de s'en prendre plutôt à leur fils, à John, s'il voulait que Peter cédât. La suite des événements avait toujours été un peu confuse. Mais quand Harry avait pénétré dans la maison à quatre heures du matin dans l'espoir de récupérer quelques affaires, elle était tombée sur deux cadavres et John, ensanglanté, catatonique et un pistolet dans les mains. Les policiers qui avaient travaillé sur l'affaire avaient établi que Marconi avait fait pression sur leur père en tailladant les bras et le torse de John. A un moment, leur père avait dû réussir à se défaire de ses liens et s'était battu avec Marconi. Dans la bataille, Marconi avait dû perdre son pistolet que John, malgré ses blessures, avait ramassé. Mais Marconi avait eu le temps de trancher la gorge de leur père avant que John ne lui tirât dessus. John avait onze ans. Quant à leur mère, elle avait pris la fuite avant même l'arrivée de Harry. Après cela, John et Harry avaient été séparés, chacun étant accueilli par des proches différents et ils ne se voyaient qu'en de rares occasions. Une fois adulte, John avait été pris par ses études de médecine puis par l'armée et ils ne s'étaient jamais vraiment rapprochés avant qu'elle ne rencontrât Clara. Clara avait beaucoup agi pour rapprocher Harry et John. Mais là encore, Harry avait tout gâché…

Tout cela pour dire que leur relation était compliquée, distante au mieux, difficile quand Harry buvait. Aussi avait-elle été plutôt surprise de l'invitation de John à son mariage. Elle le lui avait dit et John, probablement à bout de nerfs, lui avait tout raconté. Il lui avait expliqué à quel point ce mariage ne leur ressemblait plus, à quel point il ne se sentait pas à sa place. Et Harry avait accepté de venir et de montrer que la famille Watson existait. Son frère avait l'air plutôt déprimé aussi Harry n'avait pas fait dans la dentelle.

Elle avait emprunté la moto à un vieux pote, s'était teint les cheveux en rose fuchsia avec une teinture temporaire, avait retrouvé ses piercings et une tenue qu'elle mettait quand elle avait seize ans, fréquentait les bars et commettait tout un tas de larcins et d'atteintes aux bonnes mœurs. Harry avait failli éclater de rire en voyant son image dans le miroir mais en même temps, elle était assez fière. Il n'y avait pas beaucoup de femmes qui, à plus de quarante ans, rentrait encore dans leurs fringues d'ado !

Son arrivée dans la famille Holmes avait fait sensation et John avait failli s'étouffer, d'abord de surprise après, à force de retenir ses rires. C'était la première fois qu'elle rencontrait Sherlock Holmes, le fiancé de son frère. Elle ne l'avait pas franchement trouvé brillant : anorexique, anémique et fils à sa maman mais elle ne s'était pas montrée trop désagréable avec lui. D'abord parce que c'était l'homme qui épousait son petit frère, John je-ne-suis-pas-gay Watson, ensuite parce que c'était l'homme qui était parvenu à garder son frère en Angleterre quand Harry était persuadée que si John ne pouvait pas réintégrer l'armée, il rejoindrait les médecins sans frontière dans un pays en guerre – certes, on pouvait considérer que chasser des criminels à Londres était dangereux, mais statistiquement ça l'était moins que d'être un humanitaire en Syrie ou en Afghanistan – et enfin parce qu'en dehors des préparatifs du mariage, Sherlock Holmes rendait son frère heureux et ça, c'était le plus important.

Ecraser sa cigarette sur le parquet avait été une véritable épreuve. D'abord parce qu'elle était une fumeuse compulsive – oui, en plus d'être une alcoolique encore un défaut que lui reprochait John et il épousait un ancien drogué, ancien fumeur qui multipliait les patchs… quel hypocrite ! – mais surtout parce qu'il s'agissait d'un parquet en bois de rose pré-victorien, une merveille de la décoration d'intérieur. Oui, Harry était une experte en histoire de l'art. Après sa jeunesse débridée, elle avait conjointement mené des études de droit et d'histoire de l'art. Et pourquoi pas ! Son frère avait bien mené de front des études de chirurgie et l'entraînement militaire ! Ils n'étaient peut-être pas des génies mais ils étaient loin d'être des imbéciles. Enfin bon, cela avait été difficile mais qu'est-ce qu'elle ne ferait pas pour son petit-frère… Et puis, future belle-maman de John et ses airs de lady lui avait offert un cigare…

Sa prestation lui aurait valu un oscar si les acteurs des films pornos pouvaient en recevoir. Harry n'aurait jamais imaginé qu'il était possible d'arriver à un tel degré d'obscénité avec un cigare. En fumant un cigare. L'assistante du frère du fiancé de son frère – bon sang, cela commençait à devenir compliqué – avait été incapable de la quitter des yeux. Cela tombait bien, Harry la trouvait renversante et avait décidé de la séduire. Ce qu'elle entreprit une fois arrivée dans le lieu du mariage.

Harry n'avait pas vu John depuis la veille quand des amis – apparemment des militaires – étaient venus le chercher pour son enterrement de vie de garçons. Ils étaient huit donc trois filles – belle-maman en aurait fait une attaque – et ils étaient venus chercher John et devaient ensuite passer chercher leur dernier ami ou quelque chose comme ça. Et ils étaient tous habillés en commando.

Elle avait reçu un appel de John le matin même lui disant qu'elle n'avait pas besoin de l'attendre et qu'il se rendrait à la cérémonie par ses propres moyens. Aussi Harry était-elle arrivée seule. Elle avait fait le tour du bâtiment afin d'en admirer l'architecture – bâtiment dont les parties les plus anciennes devaient dater du douzième siècle mais qui avait subi de nombreuses modifications au cours des siècles. La décoration intérieure, elle, était très victorienne. C'était un bâtiment exceptionnel et Harry ne put s'empêcher de se demander comment empêcher John de repartir aussitôt arrivé. Ce n'était pas du tout le mariage de ses rêves – pour peu que John eût jamais rêvé de son mariage…

Harry discutait avec l'assistante canon quand un homme s'écroula. Il fut rapidement établi qu'il s'agissait d'un meurtre. Harry soupira de soulagement. Tout n'était peut-être pas perdu…

Harry s'occupa de maintenir les invités à distance du cadavre pendant que les deux inspecteurs de Scotland Yard et la légiste – tous trois des invités – étaient agenouillés à la recherche d'indices et qu'Anthéa – un nom plein de promesses – était allée chercher son patron.

Les deux frères arrivèrent rapidement. Si Mycroft Holmes était tiré à quatre épingles – mais avait les traits tirés aussi – Sherlock portait sa cravate de travers et un immense sourire aux lèvres.

« Sherlock ! s'écria belle-maman que l'attroupement autour du cadavre et les cris avaient fini par attirer. Tu ne peux pas rester là, ton futur mari ne doit pas te voir avant la cérémonie… »

Drôle de préoccupation alors qu'un cadavre – et un membre de la famille qui plus est, éloigné certes – gisait sur le plancher. Mais les Holmes, d'après John, étaient réputés pour l'étrangeté de leurs priorités.

« Mais… commença à répliquer Sherlock. »

Harry ne lui laissa pas le temps de plaider sa cause et vola à son secours.

« John n'est pas là.

_ Comment ça, pas là ? s'inquiéta Sherlock. »

Pour ce qui était de voler à son secours, c'était raté. Il paraissait particulièrement angoissé désormais.

« Il n'est pas encore arrivé, rectifia Harry. Je l'ai eu quand il prenait la route. Il devrait être là d'ici moins d'une heure. Ça devrait te laisser le temps de résoudre ce meurtre, non ? »

Sherlock hocha la tête lentement et se pencha sur le cadavre.

« Cause de la mort ? demanda-t-il ou plutôt ordonna-t-il. »

La légiste grimaça.

« Il y a le choix, répondit-elle d'une petite voix, comme pour s'excuser. »

Sherlock leva un sourcil et la jeune femme poursuivit :

« La couleur et les boursouflures du visage peuvent être le signe d'un empoisonnement avec une substance inconnue, ce que semble indiquer l'éruption cutanée sur le dos des mains, mais pourraient aussi être des signes d'étouffement comme les marques sur le cou et les pétéchies le démontreraient. Mais ce pourrait aussi être dû à un coup sur le crâne avec un objet contondant… »

Elle souleva la tête du mort, montrant un crâne largement enfoncé, les cheveux pris dans la blessure et une trace de sang sur le parquet.

« Je ne pourrais pas répondre avant d'avoir autopsié le corps. Il faudrait appeler la police et la morgue pour qu'on nous envoie un fourgon…

_ Des policiers, des scientifiques et des légistes maintenant ? s'horrifia belle-maman. Ils empêcheraient le mariage de se dérouler ! »

Harry dut réfréner une furieuse envie de répliquer que des policiers, scientifiques et légistes étaient déjà présents sur les lieux. Comme invités.

« Un homme est mort ! répliqua-t-elle cependant. Que voulez-vous ? Qu'on le range dans un coin pour laisser le mariage se dérouler selon vos plans ? La rapidité de l'action des forces de police compte énormément dans la résolution d'une enquête. Si on attend la fin du mariage, il ne restera rien de la scène de crime…

_ Elle est déjà compromise ! râla Sherlock. »

En effet, les invités se pressaient autour du corps, partagés entre morbide curiosité et dégoût devant le cadavre, le sang et les différents fluides qu'il avait relâchés, piétinant allégrement les éventuels indices.

« Tu n'as qu'à faire l'autopsie ici, Molly, proposa l'inspecteur Lestrade qui fréquentait manifestement trop les Holmes.

_ Ici ! s'horrifia madame Holmes. Cela va ruiner le parquet !

_ Et avec la décomposition du corps accélérée par la chaleur, l'odeur va être sympa, ajouta Harry que la situation amusait plus qu'il n'était moralement acceptable.

_ Il y a les chambres froides, proposa l'autre frère Holmes, celui qui semblait toujours avoir un bâton dans le c… enfin plutôt un parapluie ! »

Sherlock acquiesça avec une joie parfaitement perceptible même pour le néophyte en attitudes holmesiennes.

« Pas avec la nourriture. Mélanger un cadavre et de la nourriture, ce n'est pas sain ! »

Sherlock lui adressa un long regard étrange. Harry haussa les sourcils et les épaules dans une demande muette d'explication mais son futur beau-frère lui tourna le dos pour observer les serviteurs qui peinaient à emporter le corps vers les cuisines.

« Faites cela rapidement, finit par déclarer belle-maman. La cérémonie commence dans moins de deux heures… En attendant, si vous voulez bien me suivre, une collation est servie dans le patio… »

Et elle entreprit d'attirer la fine fleur de l'aristocratie britannique loin du cadavre.

Harry, elle, suivit son futur beau-frère vers les cuisines. Entre se colleter avec les pairs du royaume et observer son beau-frère dans son environnement naturel et l'activité qui produisait des cris d'admiration chez son frère… il n'y avait pas de quoi hésiter !

Elle retrouva dans la chambre froide les deux frères Holmes, les policiers de Scotland Yard et la légiste.

Et Sherlock Holmes commença à jeter ses déductions en rafales de mitraillettes.

« Quarante et un an, travaille dans une banque, marié, trois enfants, une maîtresse de moins de vingt-cinq ans, un amant encore plus jeune…

_ Facile ! C'est un de tes cousins ! cracha presque la femme de Scotland Yard. Tu parles de déductions…

_ Cousin ? répéta Sherlock avec un air d'incompréhension.

_ Il était l'un des fils de grand-tante Clarissa, soupira son frère. »

Harry dut retenir ses rires. On se serait cru dans un sketch.

La légiste profita du silence qui suivit la déclaration de l'aîné des Holmes pour commencer à énoncer les différentes informations concernant la victime dans un dictaphone qu'elle sortait d'on ne savait où. Puis elle commença à ouvrir le cadavre avec un scalpel aimablement fourni par l'assistante du « gouvernement britannique », la belle Anthéa. Harry regarda avec une fascination horrifiée la fameuse incision en Y qui permettait de soulever la peau comme un couvercle pour accéder aux organes en dessous. Si belle-maman avait prévu de la viande rouge pour le repas de mariage, Harry était persuadée qu'elle allait vomir. La légiste poursuivit son travail en utilisant un sécateur pour sectionner les côtes. Le bruit était atroce mais Harry était incapable de détourner les yeux. Et c'était la vie de son frère. Et il y avait des gens qui croyaient que John était sain d'esprit !

L'autopsie se poursuivit avec l'examen de la tête. La légiste décida d'ouvrir pour observer les marques sur l'os crânien. Harry vit le regard de son futur beau-frère.

« Je doute que John pense qu'un cerveau dans un bocal soit un cadeau de noces acceptable, dit-elle, recevant des regards incrédules d'une bonne partie des personnes présentes et le même regard étrange que précédemment de la part de Sherlock. Harry haussa les épaules. Famille de dingues.

_ Il y a trois assassins, poursuivit Sherlock après s'être secoué.

_ Visiblement, répondit son frère.

_ La femme, la maîtresse et l'amant ? proposa Harry. Crime passionnel. Ça paraît plutôt commun… »

Sherlock lui adressa à nouveau le regard. Harry était très tentée de lui tirer la langue. Mais elle s'était débarrassée de son piercing lingual – en forme de sexe masculin, oui c'était trash, c'était le but – aussi cela manquait d'intérêt.

« Mummy n'aurait jamais permis que Percy vienne avec quiconque en dehors de sa femme légitime, la contredit Mycroft Holmes.

_ La poupée blonde ? Sa femme légitime ? Pourquoi a-t-il une maîtresse avec une femme pareille ? s'étonna la femme flic. »

L'aîné des frères Holmes haussa les épaules.

« Elle peut toujours être l'un des assassins, tenta Harry. »