4.

Toujours tremblant comme une feuille, chaque pas en avant lui rappelant les sévices infligés par Murhie quand elle fouillait son esprit, Alérian avait néanmoins repris sa progression, explorant à infime mesure la Ruche Originelle.

« Et je ne sais même pas à quel endroit de la Ruche je… Comme si cela avait de l'importance après tout, il n'existe pas le moindre relevé architectural d'une Ruche de l'intérieur ! J'ai tellement peur, j'ai juste envie de vomir encore et encore, bien que je n'aie rien dans l'estomac depuis quelques heures… Mais, est-ce dû à la téléportation ou ma terreur pure ? Aucune réponse ne m'ira tant que je serai ici… Dire que je pensais que le croquemitaine inventé par mes Tuteurs pour me faire obéir était le pire fantôme à me faire quasi pisser dans mon slip, et surtout filer droit ! ? ».

Le jeune homme s'arrêta au bout de la salle aux dimensions presque interminables où il avait retrouvé ses esprits peu avant.

« Ascenseur ? Mode de déplacement ? Mais, si je m'en sers, que chaque mouvement est répertorié, je risque d'attirer l'attention… Je dois pourtant filer d'ici ! Je dirais que ce sont les bas-fonds de cette Ruche ici, et que je suis dans les pires enfers possibles… Mais si enfers de ce dont il s'agit, ce serait le lieu où on garderait des prisonniers… Si tant est que mon papa est toujours en vie, qu'on ne s'est pas juste servi de lui comme modèle, avant de le… ».

Alérian soupira, examinant encore la pièce.

« Aucune commande, nulle part… Comment cet univers de folie peut-il bien fonctionner ? Dire que les Drakkars et les Erguls conquièrent mondes après mondes depuis des années, qu'ils sont des monstres incarnés, et que nous n'avons pas la moindre idée de la façon dont leur porter le plus petit coup vraiment marquant ! ? ».

Il tâta un long moment son pendentif en forme de rose.

« Tu m'as aidé, plus d'une fois. Mais ces derniers temps, tu es trop absente… Et si c'est encore possible, j'ai à trouver mon père dans ce labyrinthe ! ».

Le jeune homme hoqueta, main devant la bouche, l'estomac soulevé de renvoi, une saveur désagréable au bord des lèvres.

« Papa, je voudrais tant te rejoindre ! ».

Epuisé, vidé de ses forces par l'anxiété, Alérian avait tâté les murs presque vivants, d'une espèce de végéto-métal, trouvant enfin une sorte de renfoncement qui lui avait ouvert une issue vers ce qui ressemblait à des escaliers de secours !

Alérian fronça les sourcils.

« Les Erguls ont beau être immenses, d'une force démesurée, c'est comme si ce lieu répondait davantage à une intention télépathique… Murhie est une télépsychopathe, rien d'étonnant à ce qu'ils se soient rabattues sur elle… Oh, par les Dieux, tout se mélange dans ma tête, je n'arrive pas à séparer vérité de mes délires de phobie… ».

Mais après avoir monté les premières marches de l'environnement de roches et d'espèce de végétaux durs, Alérian retomba à genoux.

« Je dois poursuivre, un point c'est tout ! ».

Le jeune homme se releva et repartit dans ses investigations.


Rei et Yattaran échangèrent un regard préoccupé.

- Mais il faut bien faire quelque chose !

- Non, le capitaine s'est résigné, soupira la jeune femme blonde. On lui a tout pris, il ne lui reste rien… On a tué son fils !

Rei soupira.

- Ma grande sœur de Kei m'a raconté tant… Mais jamais on avait fait tant de mal à ce héros de la liberté ! Le capitaine de ma Kei a perdu l'amour de sa vie, mais il est parti en guerre folle ensuite… Sauf que là Albator a été privé de l'enfant issu de l'amour de sa vie ! Je n'ose imaginer la détresse de notre capitaine… Je voudrais tant pouvoir… Il est désespéré, il a cédé en tout, il n'opposera plus aucune résistance…

Néanmoins, Yattaran s'approcha d'Albator.

- Si le timing est respecté, on devrait nous apporter à manger, pour tenir, encore un peu, capitaine !

- Il faut de l'alcool, pour Clio !

- Mais toi aussi tu dois te nourrir, capitaine ! se révolta Rei, affolée, désespérée.

- Non… Je n'ai plus aucune raison… Cette liberté pour laquelle Alie m'a déterré, j'y ai cru, je l'ai même aimée… Mais je n'ai plus rien, Alérian a été assassiné !

- Désolé, murmura Rei.

Albator leva la main.

- Ne me demande plus rien ! rugit le grand brun balafré. J'ai tout perdu et je refuse de tout risquer pour rien !

Et, oubliant quasi ses deux lieutenants, Albator étreignit plus encore le corps quasi inanimé de Clio.