Un autre destin – Chapitre III : Changement de décor
Un jardin, des enfants, de la chaleur. Il faisait bon, sur le banc où Luna s'était posée. Elle regardait distraitement un enfant en particulier. Il était blond, un blond de blé, et les yeux verts, verts comme une émeraude. Il était jeune, entre 7 et 10 ans. Il jouait à la balançoire avec un groupe de petits. Il leva la tête et adressa un regard rempli de joie et d'amusement à Luna qui lui rendit. Elle ne savait pas pourquoi, mais son cœur se remplissait d'amour lorsqu'elle posait son regard sur lui.
Mais le bonheur ne dura pas. Le ciel, auparavant si bleu, prit un violente teinte rouge sang, le paysage devint sombre et angoissant. Il n'y avait plus d'enfants, plus de joie. Simplement le blond, debout, la tête basse. Il regarda Luna avec des yeux brillant de noirceur. Il hurla et ce fut fini.
Luna se réveilla en sueur dans son lit, dans sa chambre. Tout en passant une main dans ses cheveux, elle repensa à son rêve. La plupart du temps, elle dormait et ne pensait à rien Ni rêve, ni cauchemar. Des fois, elle tombait dans un de ces sommeils où l'on peut faire tout ce que l'on souhaite. Tout devient possible décrocher les étoiles, explorer l'univers… ou alors, tout simplement aller acheter une pizza de 5 mètres au restaurant du coins qui nous sert en petite tenue à dentelle. Bref, nous sommes les maitres absolu. Luna aimait s'évader de la réalité, pour faire que l'impossible soit possible à l'aide de ses pensées. Exactement comme dans Flash.
Il était 10 heures lorsqu'elle se décida à sortir du lit. Mettant un pull et s'attachant les cheveux à la va-vite, elle descendit pour prendre le petit-déjeuner, oubliant totalement son rêve.
Il n'y avait que Charlie en bas, il prenait son petit déjeuné. Rosalina et son père était partit à la bibliothèque et sa mère… Sa mère devait sûrement être dans sa chambre.
Luna s'approcha de lui et lui fit une tape sur la tête.
« - Salut mocheté.
- Bonjour sorcière. »
Depuis qu'ils étaient petits, ils se donnaient des surnoms de ce genre, une façon comme une autre de manifester leur affection l'un pour l'autre. Lorsqu'ils étaient seuls, bien sûr. Maria ne supportait pas la moindre affection dans cette famille. Du moins, c'était l'impression que Luna avait.
« - Bien dormis ?
- A merveille. Et toi ? Tu as encore fait pipi au lit ? Demanda Luna tout en s'asseyant pour déjeuner avec lui.
- Encore là-dessus, je ne le fais plus depuis que j'ai 8 ans, tu le sais ? »
Luna rit à l'évocation de se souvenir. En effet, Charlie avait eu de sérieux problème pour arrêter de se soulager dans son pantalon, ce qui rendait sa mère folle. C'était l'époque où tout se passait bien entre elles.
Elle finit son déjeuner tout en discutant de tout et de rien avec son grand frère, et la matinée passa rapidement. Elle fit un brin de toilette et se plongea dans ses livres sans sortir de sa chambre, Charlie partit rejoindre des amis. Quant à Robert et Rosalina, rentrèrent juste avant le repas. Maria était finalement descendu manger mais ne fit aucun commentaire tout au long du repas, et Luna ne s'en plaignit pas. Robert essaya de faire parler son épouse, mais sans effort concluant. La petit Rosalina par contre, raconta beaucoup de chose à sa sœur. Celle-ci l'écouta d'une oreille attentive et lui répondit d'un hochement de tête que oui, c'était vraiment injuste que Julien lui ait pris son crayon rose et lui ait rendu le lendemain en guise de cadeau.
Luna décida d'aller prendre l'air après le repas. Elle sortit avec un pull et des bottes, la flemme de monter s'habiller plus chaudement.
Elle marcha sans vraiment savoir où elle allait, pour juste profiter, et les rares rayons de soleil lui firent un bien fou. Finalement, ses pas la menèrent à son ancienne école primaire. Elle regarda avec nostalgie la cour de récréation que l'on pouvait voir à travers les barreaux, autre fois bleu ciel.
Rien n'avait changé, si ce n'est que la peinture du bâtiment avait l'air encore plus vieille.
Elle se souvint de tous les moments de joie et d'amusement qu'elle avait passés ici. Elle aurait tellement aimé que cette période ne s'arrête.
Elle flâna encore un peu dans la ville avant de rentrer chez elle, vers 18 heures.
Elle aida Rosalina à mettre la table et elles regardèrent la télé, attendant impatiemment le moment de diner.
C'est Robert qui vint les chercher une heure plus tard, les informant que leur mère ne viendra pas manger.
Ils s'installèrent donc tous autour de la table. Ce fut Charlie qui servit du gratin à tout le monde. Il en profita pour partager son mécontentement quant à la final de coupe de monde de foot qui avait été annulée. Luna n'écouta pas les raisons, elle s'en fichait royalement. Le foot -ou n'importe quel sport- ne l'intéressait pas du tout. Ayant un corps de flemmarde, c'était compréhensible, à la plus grande déception de son père.
« - Les enfants. Il faut que je vous parle de quelque chose. »
Voyant qu'aucun d'eux ne le coupa, il continua :
« - Avec votre mère, on a pensé que pour un temps. » Il prit une grande respiration. « Que pour un temps il valait mieux vous laisser chez vos grands-parents plutôt qu'ici. »
Voilà, c'était fait. Il l'avait dit d'une traite. Robert n'était pas le genre de personne à tourner autour du pot lorsqu'il fallait avouer quelque chose.
A vrais dire, la réaction qu'il redoutait le plus était celle de Luna. Il la regarda et vit qu'elle avait les yeux qui fixaient un point imaginaire. Dans ce genre de cas, mieux vaut ne pas lui parler, croyez-le !
« - Pourquoi ? »
Une voix le ramena à la réalité, et celle de son fils Charlie.
« - Votre mère… »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que Luna se leva d'un coup, le visage rouge.
« - Encore pour elle hein. »
Elle ne voulut pas entendre les protestations et les menaces de son père, elle en avait marre, et elle monta dans sa chambre en claquant la porte.
Ils ne comprenaient pas. Ils étaient décidément incapables de comprendre ce qu'elle ressentait. Mais le vrai problème dans tout ça, c'était ça mère. Elle ne l'aimait pas. Ou du moins c'était ce que Luna pensait. C'est à cause de sa mère qu'elle était partie de la maison, à cause de sa mère qu'elle ne pouvait plus voir ses amies, et encore une fois sa mère allait lui gâcher la vie.
C'est vrai quoi, merde ! Elle ne disait jamais rien quant à la crise monumentale que Luna faisait à ce sujet, elle se contentant de lui répondre « Je suis fatiguée. », et c'était son père qui lui mettait la fessée.
Plus tard, elle entendit d'autres éclats de voix, sûrement Charlie.
Son frère ne la ramenait pas beaucoup sur les choix que faisait ses parents, mais c'est clair que là il devait aussi en avoir assez…
Elle se mit au bord de sa fenêtre et attendit, comme d'habitude son père.
Lors d'une dispute, il venait toujours la voir pour lui faire la morale, et pour lui faire plaisir et feignait de l'écouter.
Environ trois quarts d'heure plus tard, son père se posta devant sa chambre. Elle pouvait l'entendre arriver avec le parquet, mais elle voyait surtout la lumière du couloir et son ombre à travers la porte.
Il se posta donc et attendit quelques minutes, mais à la plus grande surprise de Luna, il n'entra pas. Au contraire, elle l'entendit souffler et partir. Perplexe, elle se leva et à pas de loup, regarda dans la serrure pour tenter de voir quelques choses.
Elle n'eut malheureusement pas le temps de réagir, car quelqu'un ouvrit la porte, elle se la prit en plein dans la tête.
« -Désolé. »
C'était son frère Charlie, il referma rapidement la porte et Luna, quant à elle, se frotta le front.
« - Abruti.
- Mais tu faisais quoi là, toi aussi ?
- Je fais ce que je veux dans ma chambre, non ? »
Il souffla et lui ébouriffa les cheveux et s'assit sur le lit de Luna. Elle le rejoint et le regarda avec attention, mais sans rien dire, attendant qu'il prenne la parole.
« - Tu sais, des fois je ne les comprends pas. »
Elle souffla et se mit contre le mur, un coussin dans ses bras, pour plus de tenu.
« - Moi non plus... Parfois, j'ai l'impression de ne pas faire partie de la famille. Je sais que c'est faux, mais franchement, j'ai de quoi avec des doutes... S'il te plait, ne me répond pas que j'ai tort, c'est la dernière chose que je veux entendre… »
Il la regarda avec attention. Que lui dire ? D'une certaine façon, elle avait raison. Leur mère ne parlait pas de la même façon à Luna qu'à lui ou Rosalina… Depuis qu'ils étaient tout petits, Maria criait souvent sur Luna, ce qui fit qu'elle avait pris l'habitude de ne plus rien partager avec ses parents.
Mais ça ne voulait pas dire qu'elle ne faisait pas partie de cette famille, loin de là.
Au contraire, lorsqu'elle n'est pas là, cette maison est vide, sans vie, sans joie.
« - C'est quand la dernière fois que tu as parlé avec maman sans te prendre la tête ? »
Luna buta un peu sur la question, et sembla chercher dans ses souvenirs la réponse à cette question. Mais c'était une évidence pour elle, d'aussi loin qu'elle se souvienne, sa mère n'a jamais eu une parole tendre pour elle. Pourtant, elle n'était pas particulièrement chiante, enfant.
Bon d'accord, elle faisait souvent des farces, mais comme tout enfant, rien de très grave…
« - Je pense que tu connais la réponse, pas vrais.
- Et tu penses que simplement parce qu'elle est plus stricte avec toi elle ne t'aime pas ?
- Mais comment veux-tu que je pense autrement ?
- Je crois surtout que notre mère est fatiguée, mais qu'au fond d'elle, elle t'aime. Avec tes amies, tu te prends la tête mais est-ce que tu arrêtes de les aimer ? Ou même avec moi, tu te souviens ? »
Elle allait répondre mais se ravisa. Au fond, Charlie avait raison. Mais une question lui restait en tête : qu'avait-elle pu faire de mal ?
« - Bon, je pense que je vais aller me laver.
- D'accord...
- Eh, Luna.
- Oui ?
- N'y pense plus, ça va finir par te bouffer. »
Puis il se leva et quitta la chambre, laissant dernière lui, une Luna perplexe.
Après tout, pourquoi pas ?
