Bonsoir ! Je suis désolée pour cette longue attente... je ne sais pas s'il y a encore des gens qui attendaient ce chapitre, je le poste dans le doute xD Mais je répète que cette mini-fic se terminera quoi qu'il arrive, pour la simple et bonne raison que ma bêta adore Marcus et que je tiens à la vie (le truc c'est qu'elle sait où j'habite...). D'ailleurs, je vous remercie pour vos gentilles reviews, et j'en profite pour te remercier ici, Sorenza, vu que tu n'as pas de compte... je me demande si tu verras un jour que j'ai posté la suite, d'ailleurs ._.'
Bref, j'espère au moins qu'il vous plaira :)
Bonne lecture !
Chapitre 3 : Ruth
Greg poussa un soupir triste en retirant une touffe de poils de la brosse pour ce qui lui semblait être la énième fois. Allongée sur le flanc devant lui, Ruth jeta un coup d'œil au tas de poils qui s'amoncelait à la droite de son compagnon d'âme – ses poils.
- Ma pauvre vieille, marmonna Greg, tu ressembles à un coyote hirsute.
Ruth émit un rire étranglé, bref et sans joie. Elle s'en voulut aussitôt de ne pas mieux réussir à faire bonne figure car l'inspecteur lâcha la brosse et enfouit son visage entre ses mains.
- Oh, Ruth... si je savais comment... si seulement je savais quoi faire pour que tu ailles mieux...
Après s'être redressée, la louve posa sa mâchoire sur l'épaule de Greg et le laissa l'étreindre. Elle ferma les yeux.
- Tu n'y peux rien ; tu es aussi impuissant que moi. Laisse faire le temps, Greg.
Ruth recula et se coucha avec une ostensible lassitude.
- Laisse faire le temps...
Le lendemain et comme chaque jour, Greg et Ruth prirent la voiture et ne patientèrent guère longtemps devant l'appartement de Mycroft Holmes. Celui-ci salua l'inspecteur d'un hochement de tête puis, après une brève hésitation, salua Ruth de la même façon.
- Bonjour, messieurs, répliqua Lestrade, indéchiffrable.
Mycroft sourit d'un air mi-figure mi-raisin et entra dans la voiture, suivi par Marcus qui – une fois n'est pas coutume – s'était mis à ronronner de plaisir. Le chef des services secrets n'arrivait pas à s'habituer à l'entendre faire, mais il devait reconnaître que ce son avait un étrange effet apaisant sur lui.
- Où allons-nous, monsieur ?
Mycroft lui tendit un papier où il avait inscrit l'itinéraire un peu plus tôt.
- J'ai rendez-vous avec Irène Adler pour quelques négociations, précisa-t-il sans réfléchir.
En vérité, Mycroft n'était pas homme à parler de son travail, et encore moins à son chauffeur, peu importe si l'intéressé était quelqu'un de confiance ou même l'un des rares amis de Sherlock. Il ne savait pas ce qu'il lui avait pris.
- Je vois.
Et bien évidemment, il s'était exprimé sans se démunir de son sourire bruyant.
L'humble serviteur de sa majesté sourit à son tour en se souvenant à quel point la renarde de la Femme mettait Marcus mal à l'aise, quand il eut une révélation au moins aussi surprenante que désagréable : il ne pouvait pas se « souvenir » de ça, tout simplement parce que Marcus ne le lui avait jamais dit. Il ne se rappelait pas l'avoir seulement deviné.
Il expira longuement par le nez. Même si elle n'était pas pour lui plaire, sa décision était prise.
- Lestrade... nous allons faire un détour par Baker Street.
Une fois n'est pas coutume, Sherlock jouait du violon dans son fauteuil lorsque Mycroft et Marcus arrivèrent dans l'appartement. Le frère aîné patienta le temps que Sherlock termine son morceau, laissant Marcus et Benedek se jauger en silence. Considérant qu'avant ils avaient tendance à s'ignorer royalement, on pouvait voir cela comme une amélioration.
- Laisse-moi deviner, commença Sherlock après un dernier coup d'archet. Tu veux savoir pourquoi j'ai incité Lestrade à devenir ton chauffeur, c'est ça ?
Mycroft esquissa un sourire.
- Plus vraiment, non.
Il s'avança dans la pièce mais il n'avait pas l'intention de s'asseoir. Il s'arrêta devant la cheminée, les yeux rivés sur le crâne de son frère – enfin, celui que son frère possédait et avec lequel il avait apparemment l'habitude de s'entretenir.
- Je n'ai pas beaucoup de temps. J'aimerais te poser une question concernant un domaine où tu t'y connais mieux que moi, cher frère.
- Hmm... tu peux préciser ?
- Ne te fais pas d'illusions, Sherlock. Il n'y a qu'un seul domaine où tu me surpasses.
- Abrège.
- Comment communiques-tu avec Benedek ?
Sherlock mit tellement de temps à rassembler ses pensées que Mycroft eut bien du mal à ne pas lui rappeler qu'il était relativement pressé. Enfin, le détective consultant prit une courte inspiration.
- Nous parlons, tout simplement, mais j'imagine que tu ne t'es pas déplacé pour entendre une réponse aussi évidente. Que veux-tu savoir exactement ?
Mycroft sourit distraitement. Son frère avait beau être un peu lent d'esprit, sa perspicacité plus élevée que la moyenne rendait leurs conversations plus supportables.
- Arrive-t-il que tu saches d'instinct certaines choses qu'elle ne te dit pas ?
- Oui.
La réponse avait fusé sans la moindre hésitation.
- Nous n'avons pas besoin d'énoncer des évidences. Ce qui lui provoque une réaction violente ne me laisse pas indifférent.
Sherlock jeta un regard amusé à l'espèce de carpette poilue qui tenait lieu de Dæmon à son frère, doutant que quoi que ce soit provoque chez Marcus une réaction – violente ou non.
- Marcus et toi n'avez jamais été très doués pour communiquer.
- Et toi, tu es remarquablement vif d'esprit, railla Mycroft. Mais je ne vous vois pas souvent parler, Benedek et toi. En est-il de même pour tout le monde ?
- En effet, tu ne nous vois pas le faire. Les Dæmons sont plus loquaces dans l'intimité, ou en compagnie de personnes avec lesquelles ils se sentent à l'aise. Enfin, tu ne pouvais pas le savoir.
Mycroft accusa l'insinuation avec une indifférence superbe qui se rapprochait de celle que Marcus servait à Benedek. Et comme Benedek, Sherlock se lassa rapidement et continua sur sa lancée :
- Les individus sont tous différents. Je sais par expérience que John parle énormément avec Martha, sous prétexte que ça l'aide à réfléchir et à être objectif. Benedek et moi sommes plus silencieux. Il est inutile de parlementer puisque nos avis divergent rarement.
Comme pour souligner leur complicité, le lynx choisit cet instant pour sauter agilement sur les genoux de son compagnon d'âme et s'y installer confortablement. Mycroft hocha la tête.
- Très bien. Merci de m'avoir répondu.
- Je t'en prie. Fais attention, par contre : tu vas nous faire battre notre précédent record de rencontres annuelles, à ce rythme.
- Je veillerai à ne pas le dépasser, sois sans craintes, répliqua l'aîné.
Marcus le suivit dans le couloir et attendit que la porte de l'appartement soit refermée pour glisser :
- Tu en es réduit à quémander des conseils à Sherlock pour savoir comment te comporter avec moi ?
Mycroft poussa un grognement.
- Tu n'as qu'à te dire que je suis prêt à quémander des conseils à Sherlock pour toi.
- Oh. Dois-je aussi être touché ?
- Plutôt, oui.
- On est obligés d'aller voir la Femme ? ajouta Marcus en baissant imperceptiblement les oreilles.
- Ça ne me réjouit pas outre mesure, mais oui.
Mycroft se composa une expression détachée avant de demander à son Dæmon s'il avait envie que Lestrade et Ruth viennent prendre le thé, en contrepartie. Marcus ricana, impitoyable.
- Tu sais très bien ce que nous voulons.
C'était peut-être lâche, mais Mycroft fit mine de ne pas avoir entendu.
Greg se retrouvait pour la seconde fois dans le living-room de son employeur. Le décor était parfaitement identique – service à thé sûrement hors de prix, une tasse de café pour lui, chocolat noir à 99%. Finalement, seule différait l'attitude de Mycroft Holmes qui l'avait fait venir, non pas pour le cuisiner, mais pour... pourquoi d'ailleurs ?
Son hôte ne disait rien et remuait inutilement sa tasse de thé. Le bruit gracieux de la cuillère contre la porcelaine rendait leur mutisme encore plus palpable.
- Bonne journée ? tenta Lestrade, comme s'il n'avait pas déjà posé la question dans la voiture.
- J'imagine. Marcus a l'air d'avoir plutôt bien supporté l'entrevue avec Lara.
Lestrade haussa les sourcils sans comprendre.
- Le Dæmon de la Femme.
- Oh, je vois. C'est une femelle ?
- En effet. Vous savez ce qu'on dit à propos des Dæmons de même sexe que leur compagnon d'âme ? s'enquit Mycroft.
Il ne savait même pas pourquoi il avait posé cette question gênante. L'inspecteur non plus, à en juger par sa manière d'éviter de fixer Marcus tout en remuant sur son siège.
- Je me suis beaucoup documenté sur les Dæmons il y a quelques temps, admit-il en regardant distraitement Ruth assise à côté de lui. Donc oui, je sais ce qu'on dit.
Mycroft suivit son regard en se demandant ce qui pouvait pousser quelqu'un à s'intéresser de près à la Dæmonologie. C'est alors qu'il la décela pour la première fois, cette méfiance dans la posture de Ruth. Elle ne se tenait pas droite par dignité, mais parce qu'elle était sur le qui-vive. Elle avait conscience de sa propre faiblesse.
Et quelle faiblesse ! Elle était maigre, chose que son pelage terne n'aurait su dissimuler car il lui manquait presque des plaques de poils par endroits. Mycroft écarquilla les yeux en distinguant une blessure qui cicatrisait mal sur son museau. Comment avait-il pu passer à côté de ça ?
Il sentit son cœur se serrer quand la louve consentit à croiser son regard.
- Arrêtez, monsieur. S'il vous plaît, ajouta Lestrade d'un air gêné.
- Arrêter de... ?
- Déduire. J'ai vu Sherlock le faire assez souvent pour savoir à quoi ressemble quelqu'un lancé dans ses déductions.
- Je ne voulais pas vous mettre mal à l'aise. Je me demandais seulement comment j'avais fait pour être aussi aveugle.
Mycroft ne put s'empêcher de reporter à nouveau son attention sur Ruth, sentant une étrange colère sourde monter insidieusement en lui. C'était instinctif. Il ne pouvait lui commander de s'en aller : cette colère, c'était celle de Marcus.
- Vous donnez beaucoup de leçons sur les Dæmons, pour quelqu'un qui n'est pas fichu de s'occuper convenablement du sien.
- Vous ne savez rien de nous.
Mycroft lui décocha un sourire contredit par un regard glacial.
- Ah oui ? Vous m'avez vu déduire, pourtant. J'ai entendu dire que nous « sommes » nos Dæmons, ce qui m'invite à penser que tout ce qui observable chez l'un a un lien avec l'état d'esprit de l'autre. On ne peut enquêter sur un Dæmon et c'est bien l'une des rares lois que je me dois de respecter scrupuleusement dans ce pays, sauf que je ne me gêne jamais pour surveiller les relations de mon petit frère. Vous avez retiré votre alliance trois fois depuis que je vous connais mais vous n'avez divorcé qu'une seule fois. Vous étiez donc prêt à donner une seconde chance à votre mariage à deux reprises. Vous faites bonne figure mais Ruth a été blessée ; c'est votre femme qui est partie. Ruth dépérit ; vous l'aimez toujours. Les recherches en Dæmonologie ? Futiles. Aucun livre n'explique comment se débarrasser de ses sentiments. Conclusions ? Vous êtes un donneur de leçons et comme tous les donneurs de leçons, vous excellez en théorie, mais la pratique laisse à désirer.
Mycroft ponctua sa tirade par une gorgée de thé qui avait refroidi.
- Ai-je déjà mentionné que Sherlock est le lent d'esprit ?
Livide, Greg tentait de garder contenance alors que Ruth fixait Mycroft avec intensité. Marcus, quant à lui, s'était levé et poussait d'étranges grognements, à la façon d'un chaton qui n'en a pas l'habitude.
- Voilà exactement pourquoi vos déductions m'inquiètent davantage que celles de Sherlock. Lui, il a l'habitude de les énoncer et donne l'impression qu'elles ne l'intéressent pas. Vous... vous vous servez de vos observations comme d'armes affûtées. On dirait un chat qui s'amuse avec une souris.
- Ce n'est pas ce que je voulais vous inspirer.
Après avoir hésité, le dirigeant posa sa main sur la tête de Marcus pour lui intimer de se calmer ; la surprise du félin suffit à elle seule à le détourner de son accès de rage.
- Parfois, ce qui est tranchant peut prendre la forme d'un scalpel. Ce n'est pas nécessairement pour blesser.
Il désigna sa main toujours posée sur son Dæmon et en parut le premier étonné.
- La preuve.
- Je suis un donneur de leçons efficace, on dirait, glissa Lestrade.
- Permettez-moi de vous dire que l'état de Ruth m'est intolérable. Puisque nous sommes aussi nuls l'un que l'autre pour prendre soin de nos Dæmons, que diriez-vous de faire équipe ? Vous pourriez m'aider à comprendre Marcus, et je pourrais vous aider à soigner Ruth.
Lestrade battit plusieurs fois des cils, la bouche entrouverte. La teinte cramoisie que prenait son visage embarrassa Mycroft, tandis que Marcus et Ruth échangeaient un regard consterné.
- Enfin, jusqu'à ce que vous regagniez vos anciennes fonctions, cela va sans dire, et je ferai en sorte que cela arrive le plus tôt possible.
Cette dernière déclaration lui valut un sourire légèrement moqueur qui l'ébranla sans raison apparente.
- Vous ne savez pas de quoi vous parlez, hein...
- Je vous demande pardon ?
- Non, rien. Je suis d'accord.
Les deux hommes interrogèrent leurs Dæmons du regard.
- J'imagine que ça ne peut pas être pire, admit Marcus, ce qui tira à Ruth un... gloussement.
Pas peur fier, le puma bomba le torse. La réponse de Ruth prit une toute autre forme : elle se leva précautionneusement, s'avança vers Mycroft et posa sa tête sur ses genoux en fermant les yeux. L'homme retint son souffle.
- Laissez-la faire, chuchota Greg.
Mycroft lui caressa doucement la tête, comme par crainte de la briser avec sa grosse main. Il ne dit rien, la gorge nouée par l'émotion.
