- Résidence des McFloy, minuit -

La lumière était déjà éteinte lorsqu'elle alla se coucher. Elle se faufila discrètement sous les draps. La chambre était silencieuse, bien trop silencieuse. N'ayant aucunes confirmations de la présence de son mari, elle tendit une main vers son côté. La lumière s'alluma brutalement, et son cœur fit un bond dans sa poitrine.

- Bon sang, Peter ! Ne refaites jamais ça.

- J'ai cru que vous ne me rejoindriez jamais.

Le reflet de la lampe accentuait ses traits. Il pouvait presque faire peur sous cet angle.

- Je suis là maintenant. Vous n'aviez pas à m'attendre pour dormir.

Il ne répondit pas. Alors qu'elle se se pencha pour embrasser sa joue, il la retint contre lui et prolongea leur étreinte en faisant glisser ses mains sur ses hanches.

- Non, chuchota-t-elle, pas ce soir.

- Pourquoi, gémit-il en continuant ses caresses, Chris dort déjà.

Il l'embrassa encore une ou deux fois puis sans prévenir, la souleva et la retourna sur le dos.

- Peter, suffoqua Julia, maintenant oppressée sous son poids, je suis fatiguée.

Cette situation devenait ridicule. Ses gestes étaient bestiaux, maladroits et violents tout ce qu'elle détestait de l'amour. Une main se faufila sous sa nuisette et atteint sa poitrine. C'en était trop ! Elle le repoussa comme elle put mais il continuait de s'agripper à elle. Pire encore, ses plaintes ne faisaient que l'encourager. Elle fit ce qu'elle n'aurait jamais cru avoir besoin de faire, elle le gifla. La claque dut faire son effet car il s'arrêta net. Ils se regardèrent plusieurs secondes, puis il retourna de son côté du lit.

- Ne le prenez pas comme ça, soupira-t-elle. Ça n'a rien avoir avec vous.

Elle le vit sourire. Qu'il pouvait-être pénible lorsqu'il faisait ça.

- Que vous arrive-t-il, pourquoi ce soir ? Nous n'avons plus étés intimes depuis des mois.

- Justement...

- Je suis désolée mais ce n'est pas le bon moment. Je suis fatiguée, répéta-t-elle.

Il marqua une pause.

- De toute évidence, M. Wells est un homme très prenant.

- Je suppose que oui, répondit-elle sans voir de rapport.

Elle caressa sa joue. La marque de sa main était toujours visible et elle s'en voulut d'avoir réagi si violemment.

- C'est un homme charmant, continua-t-il. Saviez-vous qu'un grand nombre de femmes le trouve fascinant ?

Elle lui sourit.

- Vous semblez bien sensible aux charmes de M. Wells.

- Vraiment ? Il repoussa sèchement sa main. Vous me prenez pour un imbécile ?

Elle le regarda bouchée bée. Cette fois elle en était sûre, ce n'était pas la lampe qui assombrissait son regard.

- Je vous demande pardon ?

- Vous pensiez pourvoir flirter sous mon toit avec le premier venu, sans que je m'en aperçoive ?

Elle frissonna.

- Je ne vois pas de quoi vous voulez...

- Vos interminables œillades, votre conversation sur le perron... Je continue ou vous allez me dire par vous même où est passée la dignité que j'admire tant chez vous ?

- Je n'ai pas à m'expliquer, il ne s'est rien passé.

- Pas à moi, Julia !

Elle refusait d'entendre ça. Elle se pencha et éteignit la lampe.

- Cette conversation est terminée.

- Elle le sera lorsque je l'aurais décidé, dit-il en la rallumant presque aussitôt.

- Pour qui vous prenez-vous ?

- Pour votre mari ! Pour l'homme qui fait tourner cette maison, et vous avec.

Elle hocha la tête en retenant sa colère.

- C'est pour ça, dit-elle calmement, que vous vous comportiez bizarrement. Pour prouver quoi, que je vous appartiens toujours ? Que vous avez toujours de l'emprise sur moi ?

- Il n'y a rien de bizarre à ce qu'un mari attende de sa femme qu'elle ouvre les jambes quand il le lui demande.

Elle voulu le gifler à nouveau, mais il attrapa sa main au vol. Il la serra fermement.

- A quoi pensiez-vous ?

- Vous me faîtes mal...

- Si vous êtes malheureuse, dîtes moi ce qu'il vous manque et je vous l'achèterai.

Bien sûr, l'argent pouvait tout résoudre.

- Il ne s'est rien passé, insista-t-elle. Même si c'est bien la dernière chose que j'ai envie de vous dire, je n'aime que vous. Ne me le faîtes pas regretter.

Il relâcha sa main, l'air stupide. Ils se regardèrent plusieurs secondes avant qu'elle ne se mette sur le dos, le regard dans le vide.

- Je ne m'approcherai plus de M. Wells si c'est ce que vous voulez, dit-elle finalement.

Il haussa les épaules.

- Faites ce que vous voulez. Nous savons tous les deux qu'au bout du compte, vous n'en ferez qu'à votre tête.

Peter éteignit la lampe et lui tourna le dos. Son regard restait fixé au plafond. Au moins pouvait-elle à présent réfléchir calmement à tout ce qui venait d'arriver.

- Résidence des Pendrick, 18h -

Pour la deuxième fois en moins d'une semaine, William avait revêtu son unique costume. Il espérait juste que personne ne le remarquerait. De temps à autre, certaines personnalités l'interpellaient, lui serraient la main dans l'espoir dans savoir plus sur l'affaire en cours. Il ne put s'entretenir que quelques secondes avec la famille du défunt, car l'entrée tant attendue de M. Wells retint toutes les attentions. Une main le tira vers l'avant. Il reconnut le dos de Mme Pendrick qui l'entraînait vers l'estrade. Il se retrouva coincé entre elle et son mari, avec qui il partagea un hochement de tête, une situation dont il se serait bien passé.

Après un discours qu'il trouva fascinant bien qu'interminable, il se tourna vers M. Pendrick.

- L'attente valait le coup, lui dit-il ravi, cette soirée est une réussite.

- Ne parlez pas trop vite Murdoch. Dieu sait ce qu'il peut encore arriver.

- Je doute qu'un nouveau membre humain vienne encore perturber vos plans.

Il acquiesça gravement.

- On m'a dit que les restes de ce pauvre Linus venaient d'être ré-assemblés.

- C'est exacte.

- Quelle horreur, soupira Sally.

Elle attrapa un serveur au vol et se servit une coupe, elle la proposa à William qui la refusa poliment.

- Si vous avez besoin d'assistance, reprit M. Pendrick.

- C'est bien aimable à vous. Je voulais justement savoir si le Dr Alger était là se soir.

- Je ne l'ai pas personnellement vu, mais normalement oui, il est sur notre liste.

- J'imagine que ce n'est pas par courtoisie que vous voulez lui parler, lui sourit Sally, je vois que votre enquête avance... de manière intéressante.

- Pour l'instant, je veux juste m'entretenir avec lui. Aucune condamnation n'est à l'ordre du jour.

- Sa femme est ici en tout cas, dit-elle en désignant un groupe de femme près du buffet. Je peux vous conduire à elle si vous le voulez.

- Avec plaisir.

Il salua M. Pendrick et se laissa à nouveau guider par Sally. Elle attrapa une nouvelle coupe qu'elle lui tendit.

- C'est vrai, sourit-elle, vous êtes en service.

Il se racla la gorge, et murmura tout bas.

- Est-il au courant ?

- Au courant de quoi ?

- De... enfin vous savez.

- Voyons William, dit-elle en se mettant à rire, vous connaissez James.

Il acquiesça bien que cette réponse ne le satisfit pas. Parmi les trois femmes qu'ils rejoignirent, il reconnut Claire Alger, mais également Mme McFloy dont il gardait de leur dernière entrevue un étrange souvenir. Elles le dévisagèrent à tour de rôle. Que pouvaient-elles bien penser de lui ? Sûrement pas la même chose à en juger par leurs regards.

- Mesdames, laissez-moi vous présenter l'inspecteur William...

- Oh, nous nous connaissons, la coupa Mme Alger. L'inspecteur nous a chacune fait déplacer dans ses derniers retranchements. Et un dimanche en ce qui me concerne... M. Murdoch, sachez que c'était la première fois que je m'étais les pieds dans une gendarmerie.

- C'est tout à votre honneur, répondit poliment William.

- Inspecteur, lui dit Mme McFloy en lui serrant la main, j'espère que votre enquête ne vous fatigue pas trop.

Il lui sourit. Y avait-il une pointe de sarcasme dans sa voix ?

Il s'excusa et prit Mme Alger à part.

- Que se passe-t-il, demanda-t-elle, manifestement agacée d'avoir été écartée de ses amies.

- Savez-vous où se trouve actuellement votre mari ? J'aimerais discuter d'un sujet très sérieux avec lui.

- Il vient juste de partir. Elle lui sourit. Croyez-moi, j'aimerais pouvoir vous dire où. Ce sont ses recherches - à ce qu'il paraît – elles lui prennent chaque seconde de son temps. Je peux toujours transmettre un message...

- Je crains de devoir le voir en personne.

- Un sujet sérieux vous dîtes... et pourquoi chuchotez-vous ? Elle s'arrêta et haussa le ton. Vous ne pensez tout de même pas que Dryus ait quoique ce soit à voir avec votre boucherie ?

- Mme Alger, s'il vous plaît...

- C'est un homme honnête, qui apporte beaucoup à la société ! Vous ne manquez pas d'air de vouloir l'interroger ici, devant tous ses rivaux. Si c'est son interrogatoire qui vous a déplu, sachez qu'il était stressé. Il a dut vous dire n'importe quoi.

- Ça n'a rien à voir, réussit-il à placer. Certaines sources nous ont...

- Des sources ? Quelles sources ?

- Mme Alger, calmez-vous.

- Je suis sure que c'est cette mauvaise langue d'Estelle Malling. Son père n'a jamais approuvé les travaux de mon mari.

Il essaya de la raisonner mais elle remonta sur ses grands chevaux.

- Bien sûr, il est plus facile de croire une jeune orpheline qu'un scientifique renommé, surtout lorsqu'on en est pas un !

Elle chercha Mlle Malling des yeux. Sa colère la consumait chaque seconde davantage, elle devenait incontrôlable. Il n'eut pas le temps de la retenir, c'était trop tard, elle avait déjà disparue dans la foule.

- Vous n'y êtes pour rien, chuchota-t-on dans son dos.

Il se retourna et vit que Mme McFloy l'avait rejoint. Décidément, il ne s'habituerait jamais à son sourire, ce sourie ambiguë, à la limite de l'ironie et de la compassion.

- Claire a toujours excellé dans l'art de l'exagération.

Il lui sourit à son tour.

- Je présume que vous vous connaissez depuis longtemps.

- Longtemps, oui, c'est le terme exacte.

- Et le Dr Alger ?

Il ne trouva pas sa question particulièrement drôle mais elle se mit à rire.

- Laissez-moi vous simplifier la tache. Je ne connais pas assez le Dr Alger pour vous dire avec certitude si c'est bien l'homme que vous chercher.

Il se racla la gorge. On pouvait désormais entendre les éclats de voix de Mme Alger et certainement ceux de Mlle Malling résonner à l'autre bout du salon.

- Claire est une vielle connaissance que j'avais perdue de vue, reprit-elle. J'ignore tout de sa vue post-université, son mariage en fait partie.

- Je vois.

- C'est étrange, dit-elle distraitement, c'est comme si nous ne nous étions jamais quitté. Elle n'a pas changé... enfin je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça.

- C'est toujours agréable de retomber sur quelqu'un avec qui nous avons partagé de bon souvenirs.

Son visage s'assombrit. Avait-il dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Elle lui sourit à nouveau, mais il sentait que quelque chose s'était brisé en elle.

- Tout ça remonte à très loin, je ne veux pas vous ennuyer davantage. Vous avez sûrement beaucoup à faire.

Il acquiesça sans réfléchir. Il s'en voulut aussitôt, bien sûr qu'elle ne le dérangeait pas.

- Comment avez-vous trouver le discours de M. Wells, demanda-t-il pour se rattraper.

- Intriguant. M. Wells est un homme qui sait utiliser son imagination comme il faut.

- J'imagine, oui.

- Je trouve ça fascinant cette idée d'améliorer notre espèce. Imaginez, si nos ancêtres avaient eu recours à ces méthodes des années plus tôt, peut-être qu'aujourd'hui la criminalité n'existerait plus.

- Dans ce cas, je n'aurais plus de travail.

- C'est exacte, dit-elle confuse.

- Cela dit, je ne suis pas contre la priver à nos futures générations.

- Pensez aussi toutes ces petites maladies qui n'en empoisonne gentiment l'existence. Les allergies, l'inévitable rhume des foins...

- Et les plus sérieuses.

- Les plus sérieuses persisteront. Si l'homme du future devient plus résistant, le monde microbien le sera aussi, c'est inévitable. Tandis qu'un pollen restera un pollen.

Ils se sourirent poliment. Ils étaient arrivé au bout de leur conversation. Elle s'apprêtait à partir, il le sentait. Pourquoi fallait-il absolument qu'elle reste?

- Je ne vous ai toujours pas remercié pour la dernière fois.

Elle lui sourit.

- Si, vous l'avez fait, inspecteur.

- Laissez-moi vous redire que votre aide nous a été précieuse. Sans vous, Mlle Malling n'aurait jamais pu commencer son deuil.

Elle acquiesça modestement. Elle continuait à lui échapper...

- Votre mari n'est pas avec vous ?

Elle sembla surprise par sa question.

- Nous n'avons pas l'habitude de rester collés l'un à l'autre, mais si vous voulez absolument lui parler, il doit certainement fumer avec ses pairs dans le salon d'à côté.

- Non je ne souhaite pas l'interroger. Je voulais juste...

Sa présence l'agaçait. Bien sûr qu'elle l'agaçait, elle était bien trop polie pour le lui dire.

- Passez lui mon bonjour, dit-il finalement.

Elle acquiesça et le salua. Il la regarda disparaître en soupirant, il n'avait pas l'habitude de passer pour un imbécile. Il n'eut pas le temps de reprendre ses esprits qu'un agent, sorti de nul part, le prit à part et le pria de le suivre.

- Résidence des McFloy, minuit -

Julia posa les clés sur le buffet, exténuée. Raccompagner Claire chez elle n'avait pas été de tout repos, l'écouter se plaindre et proférer des menaces de mort contre l'inspecteur Murdoch, et ce largement sous l'effet de l'alcool, l'avait d'autant moins été. Étant d'avis qu'elle avait mérité une collation, elle se dirigea vers la cuisine et se servit à boire. Alors que seul le bruit de ses gorgées perturbait le silence de la cuisine, elle s'adossa contre le comptoir et ferma les yeux pour l'apprécier. Le simple fait de se retrouver seule dans sa maison à cette heure, et dans la pièce la plus froide, la fit frissonner. Elle se détendit. Sa présence n'était pas passée inaperçue, car les marches de l'escalier craquèrent et Peter la rejoignit quelques secondes après. Il était toujours habillé, et manifestement contrarié.

- Je n'étais pas avec M. Wells, si c'est ce que vous voulez savoir, dit-elle alors qu'il restait immobile devant la porte.

- Je n'ai rien dit.

- Vous étiez sur le point.

Il s'avança vers elle, et alors qu'elle crut qu'il allait l'embrasser, il se pencha pour attraper la bouteille et se servit, sans la regarder. Aucun doute, il lui en voulait, mais pour quoi cette fois-ci ? Pour être partie sans l'avoir prévenu ou était-ce encore son comportement d'hier qu'il n'avait pas digéré ?

- Je m'inquiétais pour vous, il est presque minuit.

- Je suis désolée de pas vous avoir appelé. Je pensais rentrer plus tôt.

Il ne posa aucune question. Sa principale préoccupation à l'instant semblait être de faire tourner le vin le plus vite possible dans son verre. Il finit par s'asseoir et la regarda dans les yeux.

- Comment va-t-elle ?

Ainsi donc il savait.

- Bien, au vue des circonstances. Autant qu'on peut l'être lorsque son mari vient d'être arrêté. Elle s'assit en face de lui et lui caressa la main. Je l'accompagnerai au poste dès que les visites seront permises.

- Pourquoi faîtes-vous ça ?

- Quoi donc ?

- Vous impliquer dans une affaire qui ne vous concerne pas.

- Je le fais pour Claire.

Il se mit à sourire. Pourquoi fallait-il toujours qu'il la remette en question ?

- Qu'y a t-il, soupira-t-elle.

- Je ne comprends pas pourquoi vous faîtes ça. Il est évident qu'elle n'aurait pas fait pas la moitié de ce que vous faîtes si vos rôles étaient inversés.

- Comment pouvez-vous dire ça, vous ne la connaissais pas...

- Le peu que j'en ai vu ne m'en fait pas douter. Il se leva et vida son verre dans l'évier. Il n'en a plus été question depuis quinze ans, continua-t-il en lui tournant le dos - Il s'était mis à laver son verre, une initiative qui en temps normal l'aurait certainement surprise, mais qui la laissa de marbre ce soir - Et il suffit d'une semaine pour que vous vous pliez en quatre pour elle ?

- Je l'ai juste raccompagnée chez elle...

- Combien même. Je comprendrais votre dévouement s'il s'agissait d'une amie dont vous étiez vraiment proche... mais de ce que je m'en souviens, vous étiez celle qui ne voulait plus la voir.

Le « vous » résonnait sèchement dans sa tête. Elle but une gorgée de vin.

- C'était il y a longtemps.

- Longtemps oui, raison de plus pour laisser au passé ce qui appartient au passé. Il s'arrêta et la regarda droit dans les yeux. Ne retournez pas au poste, ne traînez plus avec les Alger.

- Quoi, parce que vous les croyez coupables ? Qu'avez-vous peur qu'il m'arrive ?

- Je n'ai pas envie que votre image soit entachée à cause...

- Mon image ou la votre ?

- La votre, répondit-il presque aussitôt. Vous êtes ma femme...

Elle lui sourit.

- Ça ne vous a pas empêché de manger avec eux hier.

- Les gens ne sont pas toujours ceux que l'on croit être. Il est préférable de rester à l'écart le temps que cette histoire se tasse.

Son comportement la décevait, elle ne le reconnaissait plus. Elle soupira et but une autre gorgée de vin.

- Je l'accompagnerai au poste, dit-elle sûre d'elle. Contrairement à ce que vous dites, Claire a été là pour moi et je n'ai jamais su la remercier. C'est la moindre des choses que je peux faire aujourd'hui.

Elle n'attendait pas de réponse. Elle s'apprêtait à partir mais il la rattrapa. Il lui caressa doucement ses bras en soupirant, le regard triste. Ils restèrent quelques secondes dans cette position, sans se parler.

- Chris est déjà couché, dit-il en caressant sa joue.

- Bien sûr, à cette heure... Elle retira sa main avant qu'elle n'aille plus loin. Inutile de préciser que je suis fatiguée, dit-elle en rejoignant les escaliers. J'aimerais pouvoir m'endormir sans heurt ce soir.

- Poste de police n°4, au même moment -

- Où allez-vous Murdoch ? Lui demanda Brakenreid alors qu'il remontait des cellules. Rentrez chez vous, vous avez assez travaillé pour la journée.

- Dans un instant, monsieur.

- Il y a intérêt. Il regarda l'heure et soupira. Profitez-en tant que vous n'êtes pas marié. Vos petites nuits blanches n'auront plus lieu d'être d'ici quelques années, croyez-moi.

Il le salua et parti.

William s'assit sur sa chaise et soupira. La voix du Dr Alger résonnait encore dans sa tête. Son arrestation l'avait épuisé, et la découverte de la nature de ses expériences, profondément dégoûté. Néanmoins, et il en était convaincu, cette homme était bien trop calme pour commettre un crime d'une nature aussi violente. Il ressortit son dossier, et le relu plusieurs fois. Alors qu'il était absorbé dans la relecture de ses interrogatoires, la photographie de l'avant bras de la victime tomba par terre. Il la ramassa et se mit à penser à elle. Poussé par la curiosité, et surtout parce qu'il n'avait rien d'autre à faire, il prit le matériel nécessaire et préleva une empreinte qui devait lui appartenait à coup sûr.

Il la regarda avec une étrange sensation. C'était comme si elle se tenait devant lui, à la différence qu'il ne se sentait pas mal à l'aise en la regardant. Il fut rapidement rapidement rattrapé par la réalité, et se sentit stupide. Ce qu'il faisait était illégale et inadmissible. Il prit un chiffon et l'effaça, tout comme il espérait effacer de ses pensés cette femme qui ne lui appartenait pas. C'est en grattant la dernière trace du passage de Mme McFloy qu'il repensa à leur discussion. La honte le gagna aussitôt, mais le temps d'un instant car un détail auquel il n'avait pas pensé retint son attention. Le rhume des foins, dit-il en se levant de sa chaise.

Il vérifia qu'il était bien seul et prit les clés de la morgue dans le tiroir de son supérieur.

Heureusement pour lui, le corps de M. Malling était toujours sorti. Il s'en approcha et leva d'un geste sec le linceul blanc. En se baissant vers le morceau qui devait autrefois servir de nez, il prit une pince et gratta délicatement l'intérieur. Il maudit le Dr Elliot pour son habituel désordre jusqu'à ce qu'il mette la main sur un récipient dans lequel contenir le mucus.

Il le mit à la lumière et regarda fièrement les particules de pollen en suspension dans le tube.

- Le pollen reste du pollen.