Ceci est la traduction en français de la fiction Swan Song, par Amanda1 (barhaven. livejournal. com). Si vous aimez, n'hésitez pas à le lui faire savoir !
Si une partie de Léa Mundis était plus irritante que les autres, c'était bien les Souterrains. Ce dédale de places et de rues enfouies reliait entre eux les différents quartiers de la ville, la carrière de chaux abandonnée, des tunnels à l'origine prévus pour l'évacuation de la ville et maintenant bouchés par les éboulements, et la Forêt des Lucioles. Léa Mundis était une merveille architecturale, sous la surface comme au-dessus. A l'apogée de la ville, le passages grouillaient de vie alors que les gens allaient d'une place marchande à l'autre pour acheter nourriture, vêtements et produits importés à des commerçants à la langue bien pendue. "Venez trouver ici les meilleures épices de tout Valendia !" "Voyons, c'est une misère pour des joyaux pareils !" "Du tissu de première qualité, tout droit sorti des plus grands ateliers du sud !" Mendiants, saltimbanques et détrousseurs côtoyaient les honnêtes marchands dans les souterrains. Un marché sans cesse animé pour une ville sans cesse animée.
Les petits détails étaient à eux seuls admirables. Les lampadaires en étaient le meilleur exemple. La magie qui les alimentait était ancienne, même pour Léa Mundis. Ils éclairaient les places le jour, puis quand venait la nuit, leur lumière se tamisait, mais sans jamais s'éteindre complètement. Ils donnaient un éclat joyeux aux souterrains, et comptaient au nombre des merveilles de Léa Mundis.
Mais tout ceci appartenait désormais au passé. Les tunnels et les places avaient été abandonnés et s'effondraient lentement mais sûrement. Le vif éclat des lampadaires avait cédé la place à une lueur bleue fantomatique, vacillant comme un millier de feux follets. Les légendes disaient après tout que les feux follets étaient les âmes d'enfants morts, et de fait, il y avait dû y avoir beaucoup d'enfants parmi les milliers de morts du tremblement de terre. Ou peut-être étaient-ce simplement les Ténèbres qui avaient corrompu la magie des lampes. Léa Mundis réservait un tout autre sort aux morts.
Les murs bleutés des Souterrains chantaient leur propre chanson, où se mêlaient les hurlements des âmes à l'agonie et de lointains rires d'enfants. Chaque partie de la ville avaient sa propre mélodie. Les âmes criaient toutes, mais jamais la même chose.
Grissom n'avait pas trouvé l'endroit si irritant quand il y était passé pour la première fois, avec un groupe de Crimson Blades. Mais à présent, il se sentait très vulnérables, et le fait d'être désarmé ne le rassurait pas le moins du monde. Il n'avait plus qu'à s'en remettre à Dieu si quelque chose venait à l'attaquer ; tout ce qui lui restait pour se défendre, c'étaient ses sorts, et il ne savait pas s'ils étaient vraiment fiables alors que sa concentration pouvait lui faire défaut à tout moment. Le brouillard n'avait pas quitté son esprit. Étrange situation que la sienne. Il faisait le signe de croix d'une main et lançait des sorts de l'autre.
– Hypocrite.
Grissom s'arrêta brusquement dans l'un des couloirs tous identiques des Souterrains. Il regarda lentement autour de lui, et écouta avec autant d'attention qu'il en était capable.
D'où cela venait-il ?
Les voix désincarnées n'avaient rien de nouveau. Tant de chevaliers avaient juré en avoir entendu à un moment ou à un autre depuis leur arrivé ici. Peut-être était-il atteint à son tour.
Mais elles semblaient si réelles, pas comme de simples fragments de son imagination. De temps en temps, il entendait des voix lointaines, qui disparaissaient quand il leur criait de se taire. Il ne savait pas encore si elles venaient de sa propre tête, de sombres maléfices de Léa Mundis ou de Blades tout juste dans sa portée auditive, mais il était presque certain que la dernière n'était qu'un fruit de son imagination. Il n'avait été appelé ainsi que trop de fois, généralement par des révolutionnaires ou des conspirateurs que l'on emmenait parce qu'ils s'étaient opposés au Cardinal.
Hypocrites, vous et votre maudite Église ! A mort le Cardinal ! Vous brûl'rez tous en enfer et je danserai sur votre tombe !
Des idiots.
Soulagé de n'avoir été victime que d'une hallucination auditive, Grissom continua son périple dans les Souterrains. Dommage qu'il n'eût pas la moindre idée de l'endroit où il allait. Être perdu commençait à se placer très haut sur la liste des choses qu'il détestait.
Cet endroit avait le potentiel pour effrayer beaucoup de gens, mais il le préférait maintenant de loin à la Forêt des Lucioles. Ce maudit bois n'était qu'une succession de mauvais souvenirs dans sa tête, le pire de tous étant son long et frustrant retour vers le Passage du Chasseur. Dix minutes lui avaient suffi pour être complètement perdu dans la végétation dense. Il avait passé un temps abominablement long à errer dans cette forêt où chaque segment de sentier ressemblait comme deux gouttes d'eau au précédent. Une chose était dorénavant certaine, il continuerait de la maudire jusqu'au jour de sa mort.
C'est un coup de chance qui l'avait ramené devant les escaliers de pierre par lesquels il était entré dans la forêt. Il pouvait toujours voir les empreintes laissées quelques heures plus tôt par Riot, Rosencrantz, lui-même et deux de ses Blades, Faemdos et Lamkin, qui avaient disparu peu de temps après s'être enfoncés dans les bois. S'ils s'étaient perdus, ils étaient morts à l'heure qu'il est. Telle était la loi tacite de Léa Mundis.
Grissom s'efforça de chasser la forêt de son esprit alors qu'il s'enfonçait plus profond dans les souterrains. A vrai dire, dès qu'il le pourrait, il serait ravi de chasser toute cette ville de ses pensées. Infestée de cadavres ranimés, d'hérétiques de Ténèbres dont personne ne connaissait la puissance réelle... Le Cardinal avait eu raison d'envoyer les Blades là-bas. Détruire la ville était le seul moyen d'en éradiquer le mal, mais la faire tomber était loin d'être chose facile. Les seuls ordres de Guildenstern étaient de détruire Müllenkamp. Grissom avait abandonné cela pour le moment. Il fallait d'abord régler le cas d'Ashley Riot, et il voulait se réserver ce plaisir. Tout le monde semblait s'être rué en même temps vers Léa Mundis. Éliminer la Ligue de la course pour la ville précipiterait l'extermination de Müllenkamp.
Sans compter qu'il allait venger le meurtre de son frère.
Et reprendre son amulette à ce maudit Riskbreaker.
La place où il venait d'arriver était, comme toutes les autres, illuminée par le bleu spectral des lampadaires. Et elle n'était pas vide. Même ceux qui auraient été incapables de voir les silhouettes des revenants se détacher à la lumière auraient pu les repérer à leurs gémissements de douleur. Grissom avait commencé à les entendre bien avant d'arriver sur la place. Il avait entendu ces créatures à l'aller, alors qu'il était avec ses Blades. Mais il n'avait jusqu'à présent jamais remarqué la douleur qui teintait leurs voix mortes. Une douleur aveugle, désespérée, d'êtres qui réclamaient plus que la demi-vie à laquelle ils étaient condamnés... Ils voulaient la vie alors qu'ils avaient besoin d'être libérés...
Grissom fronça les sourcils. Il ne savait pas pourquoi il y prêtait la moindre attention maintenant. Même Dieu ne pouvait plus sauver les revenants ; ils ne pouvaient qu'être anéantis par le fer et la magie. Mais la douleur l'atteignait depuis qu'il était revenu dans ces maudits couloirs.
Cela l'énervait presque autant que les créatures elles-mêmes. Les revenants, les "êtres froids", étaient de stupides agrégats de souffrances et de chair pourrie. Ils ne ressentaient rien d'autre que le besoin d'entraîner autrui vers sa mort. Grissom avait vu des Blades trancher leurs membres, et ils continuaient de revenir comme si un bras en moins n'était rien de plus qu'une égratignure. Ils attaquaient seuls aussi souvent qu'en meute, et avaient tué des compagnies entières de soldats. C'étaient des monstres, des démons, des créatures maudites qui ne connaissaient rien que la soif de sang.
Et à présent, quand Grissom passait parmi eux, ils semblaient à peine le remarquer.
Il s'en était déjà rendu compte dans la première salle infestée de revenants où il était passé. Il avait rasé les murs dans l'espoir de ne pas attirer l'attention, et était rentré dans une goule particulièrement nonchalante et bien cachée. Cela l'avait assez surpris pour qu'il eût été très près de lancer le plus puissant de ses sorts de foudre, avant de réaliser que le revenant ne l'attaquait pas. Il avait simplement reprit son équilibre, sans pour autant bouger de l'endroit où il se trouvait. Puis dans un audacieux moment d'expérimentation, Grissom s'était posté devant un autre revenant à moitié pourri, toujours prêt à lancer un sort si jamais il décidait de remarquer sa présence. Il était même allé jusqu'à toucher du doigt la poitrine du monstre, sans déclencher la moindre réaction chez ce dernier. Ce devait être une bonne chose, en tout cas, cela valait toujours mieux que d'affronter des revenants de tous poils à chaque coin de rue. Mais malgré cette pensée rassurante, Grissom trouvait la situation infiniment plus troublante.
Les morts-vivants de cette pièce n'étaient pas différents de ceux qui écumaient le reste de la ville. Quelques-uns traînaient leurs pieds décomposés sur la place, cherchant futilement quelque chose qu'ils avaient perdu de leur vivant. Les autres étaient par terre, étendus comme devaient l'être des cadavres honnêtes ou alors repliés sur eux-mêmes, attendant que des vivants passent à leur portée.
Grissom laissa un des revenants errants le dépasser. La chose était drapée dans les restes d'un uniforme de garde civil léamundien, et les trois doigts qui restaient à sa main droite tenaient une hachette. Elle se dirigea mollement vers un tunnel qui menait Dieu sait où, suivant sans doute son ancien itinéraire de patrouille. Grissom attendit pour entrer que le mort-vivant fût loin derrière lui. Il ne voulait pour rien au monde s'approcher des revenants, même s'ils n'étaient pas disposés à l'attaquer.
Finalement, ce fut un des cadavres ranimés qui attira son attention, plutôt que l'inverse. Une faible magie en émanait, différente des Ténèbres qui possédaient les âmes et contrôlaient les corps. Celui-ci était un sorcier, ou plutôt, il en avait été un de son vivant. Ses haillons portaient un symbole qui pouvait être celui des gardes léamundiens. Peut-être les mages de toutes sortes faisaient-ils partie intégrante des défenses de la ville.
Le mort (qui pouvait tout aussi bien être une morte, car il était trop décomposé pour que Grissom puisse déterminer son sexe) se balançait légèrement d'avant en arrière, le corps affaissé vers la droite. Il tenait entre ses mains un sceptre de jolie facture. C'était ceci qui intéressait le prêtre ; Riot lui avait volé le sien en même temps que l'amulette. Les sceptres pouvaient être utilisés comme n'importe quelle autre arme, pour porter des coups, mais leur véritable intérêt était de pouvoir amplifier la magie de leur porteur. Et Grissom avait besoin d'autant de pouvoir que possible pour affronter de nouveau Riot. Être désarmé ne faisait que le mettre sur les nerfs.
Sans surprise, le cadavre ne réagit pas alors que Grissom lui ouvrait les mains. Un doigt pourri se détacha au passage, mais aucun des deux ne le remarqua. Si les expériences passées du prêtre n'étaient pas suffisamment convaincantes, celle-ci était la preuve irréfutable que les créatures ne prêtaient strictement pas la moindre attention à sa présence. Quoi que cela signifie, ce n'était sans doute pas si terrible.
Le sceptre passa sans difficultés des mains du revenant à celles de Grissom. Il était plus lourd que le Shillelagh, son ancienne arme, étant fait de fer plutôt que d'acier. Grissom fut un peu déçu par sa prise inconfortable, mais relativisa en se disant qu'il aurait tout aussi bien pu rester désarmé. Et malgré ce petit souci d'ergonomie, sa trouvaille n'était pas dépourvue d'intérêt. Le long de sa poignée avaient été gravées des formes sinueuses, dans les méandres desquelles se nichaient de petits symboles. Sans doute quelque formule écrite dans un langage qu'il ne connaissait pas. Cela ne ressemblait en tout cas ni à aucune langue commune, ni au Kildéan.
– M'sieur, c'est pas à vous.
La petite voix aigüe parla si soudainement que Grissom faillit en lâcher le sceptre.
Il n'avait aucun moyen de savoir ce qu'il pouvait trouver ici, et quelque chose venait de se glisser derrière lui. S'il se laissait si facilement prendre au dépourvu, il ne tiendrait pas très longtemps.
Il se retourna vivement, parcourant la pièce du regard à la recherche du propriétaire de la petite voix. Ce qu'il vit le fit cligner des yeux à au moins dix reprises.
Une petite fille était plantée là, et le regardait avec ses grands yeux enfantins.
A nouveau, il cligna des yeux. Un enfant. Une fillette en robe bleue. Elle tenait une poupée dans ses bras. De longues couettes blondes encadraient sa tête légèrement penchée sur le côté. Une petite fille ? Que faisait-elle ici ? Des chevaliers se faisaient massacrer par dizaines dans ces souterrains, alors comment un enfant pouvait-il survivre ici ?
En la regardant de nouveau, Grissom eut sa réponse. Ses grands yeux enfantins et curieux avaient l'éclat jaune et mat de la mort incomplète, et sa peau était d'un gris cadavérique. Quant à sa robe bleue et blanche, elle portait au niveau du ventre une affreuse tache de sang qui semblait avoir été laissée par un coup d'épée.
Cette petite fille était elle aussi une revenante. Et elle lui parlait.
Grissom fit un pas prudent en arrière, serrant bien fort le bâton. Il était tentant de déchaîner un sort sur elle et de l'anéantir. Enfant ou pas, c'était un des morts-vivants de Léa Mundis. Elle était condamnée à rester ici, sans jamais mourir... Peut-être pouvait-il la libérer de ses chaînes et envoyer sa jeune âme à Dieu. S'il savait comment faire. Il soupçonnait que la destruction des corps possédés ne faisait rien de plus que renvoyer les âmes à leur errance.
La petite rit de sa posture défensive, et serra plus fort sa poupée contre elle. Sauf que cette poupée était en réalité un couteau, une longue dague à la lame dentelée et couverte de rouille d'un bout à l'autre. Et elle le portait comme un doudou.
– Soyez pas bizarre, m'sieur. Vous avez pris quelque chose. C'est pas bien de voler, vous savez. Ma maman me l'a dit.
Malgré son état, elle se comportait jusque-là comme tous les enfants vivants que Grissom avait vus. Il se détendit un peu. Mais pas trop ; les petites mortes-vivantes armées de couteaux n'étaient pas moins dangereuses que toutes les autres créatures qui rôdaient ici.
– Ce n'est pas grave... petite... articula-t-il (parler aux monstres de Léa Mundis n'était pas très naturel pour lui). Cela ne le dérangera pas.
– Oh si, oh si, ça la dérangera beaucoup ! rétorqua aussitôt la fillette.
La. Le cadavre était donc celui d'une femme ?
La petite fille tira la langue au prêtre, ajoutant encore au baroque de la situation. Sale petite insolente.
– Je suis là pour purger cette ville du mal... alors ne manque pas de respects aux serviteurs du Seigneur, la prévint-il.
Comme si cette enfant démoniaque allait l'écouter.
C'est pourtant ce qu'elle parut faire. Restait encore à savoir si elle s'en souciait vraiment ou pas.
– Le Seigneur ? Comme le Duc ? demanda-t-elle avec une naïveté toute enfantine, ignorant le reste de sa phrase.
– Dieu.
Les petits sourcils de l'enfant se froncèrent alors qu'elle essayait de comprendre.
– Dieu... ? Les Dieux. Y en a plein, vous savez.
– Il n'y en a qu'un, répliqua fermement Grissom.
Il ne réalisait même plus l'absurdité de sa situation, ne se rendait pas compte qu'il s'était engagé dans un débat théologique au pire moment possible, et qui plus est avec une revenante miniature qui ne devait même pas savoir quoi que ce soit de la religion.
– Non, non ! Maman dit qu'il y en a beaucoup, et ils sont tous...
Elle fronça de nouveau les sourcils, sans pour autant parvenir à trouver ses mots. A la place, elle étendit les bras et commença à tourner sur elle-même. Grissom regardait avec inquiétude le couteau qu'elle serrait toujours dans sa main droite, mais elle ne semblait pas avoir l'intention de l'attaquer avec. Après avoir pirouetté tout son content, elle s'arrêta et se remit à serrer le couteau contre elle, tout en adressant à Grissom un regard impatient, comme s'il était censé avoir compris.
Il poussa un soupir. Pourquoi parlait-il à une revenante haute comme trois pommes ?
– Tu es morte, petite, signala-t-il.
Ses grands yeux enfantins clignèrent. Puis elle rit, la lame du couteau contre sa bouche comme pour étouffer ses gloussements.
Grissom s'y attendait un peu. Morte ou pas, elle restait une petite fille, et se comportait comme telle. Et ce serait un vrai déshonneur pour les Blades que de périr des mains de créatures pareilles. Grissom fit volte-face, le sceptre toujours en main. Dialoguer avec les revenants n'était qu'une perte de temps.
Il n'avait pas fait un pas que quelque chose tira le bas de sa chemise. Il se tendit, de peur que la petite ne se décide enfin à jouer son rôle de monstre et à l'attaquer.
Mais quand il se retourna, elle ne faisait rien d'autre que ce qu'il avait senti. Elle avait attrapé d'une main un pan de son vêtement blanc, et tirait dessus. Le couteau se balançait négligemment dans son autre main.
– On joue ? demanda-t-elle avec espoir.
Cela rappelait tellement à Grissom un véritable enfant qu'il se mit à en trembler mentalement.
– Je n'ai pas le temps de jouer avec les petites filles, répondit-il froidement – il n'avait jamais été connu pour être très patient avec les enfants.
La petite tira à nouveau sa chemise.
– S'il vous plaît ? S'il vous plaît ? S'il vous plaît !
– Non.
Vexée, elle le lâcha en tapant du pied par terre, et alla s'asseoir contre le pied d'un lampadaire pour croiser les bras et bouder. Cela ne dura pas longtemps ; dix secondes à peine, et elle commençait à tracer quelque chose par terre avec son couteau.
– Ta maman n'est pas là, dit Grissom alors qu'elle s'appliquait à l'ignorer. Tu es morte. Ta maman est morte.
La fillette continua de faire crisser son couteau sur les pavés, traçant de fines lignes blanches qui pouvaient vaguement ressembler à des bonshommes.
– Maman est juste là, déclara-t-elle sans lever les yeux.
– Il n'y a que des fantômes ici.
– Idiot, Maman est juste là ! protesta-t-elle en se levant et en pointant du bout de son couteau l'un des revenants immobiles.
– Petite, elle est morte, contra Grissom, sans savoir pourquoi il tentait de raisonner avec cette petite. Qu'elle soit ou non consciente de son état, elle était morte et au-delà de toute aide.
Ayant fini sa petite comédie, elle sautilla jusqu'au revenant et alla se cacher derrière sa silhouette pourrie, ne laissant dépasser que sa tête. Et en riant, elle revint se cacher complètement. La nervosité de Grissom revenait maintenant avec force. La fillette continuait de rire alors qu'il reculait vers la porte la plus proche. Quelle erreur cela avait été de perdre du temps à essayer de sauver un mort-vivant ! Quelle que soit la forme qu'ils prenaient, ils n'étaient que des cas désespérés.
– Hé, il faut qu'on joue ! cria-t-elle alors qu'il avait atteint le pas de la porte.
– Je vais jouer avec toi... plus tard, grommela-t-il pour lui faire plaisir.
Sous-estimer les morts-vivants avait été une erreur fatale à beaucoup trop de Blades ce jour-ci.
La petite revint près du lampadaire et commença à jouer à la marelle sur les dalles craquelées. Quand elle fut directement sous la lampe bleuâtre, ses grands yeux revinrent vers lui. Elle sourit.
– C'est pas avec moi que tu vas jouer ! dit-elle en brandissant de nouveau son couteau.
La lumière était maintenant assez vive pour que Grissom se rende compte que ce qui le tachait n'était pas de la rouille, mais un liquide sombre et séché.
La pointe du couteau ensanglanté semblait n'être dirigée vers rien du tout. Juste l'air et les murs bleutés, froids et indifférents du Souterrain.
– Ils veulent jouer avec toi, murmura-t-elle comme si c'était un secret de la plus haute importante. Hein, qu'ils veulent jouer avec toi ?
Grissom quitta la pièce aussi vite qu'il le put. Seul le rire de la fille le suivit.
