DANS UNE CAGE, OU AILLEURS

Chapitre 4

Black is the colour

Un petit hommage à l'Ecosse, j'espère que vous apprécierez ce chapitre ^^

Je vous invite à découvrir « Black is the colour » par Clara Dillon sur ma page fb !

Clamart, 7 septembre, 16h

Lily trottine vers moi sur ses petites jambes potelées, ses cheveux blonds dans le vent. Son sourire me rassure, c'est la rentrée des classes et elle n'a pas pleuré, ouf. Pas comme l'année dernière, un vrai déchirement. Mais cette fois elle est grande, c'est différent. Esmée a passé plusieurs jours à lui expliquer qu'en moyenne maternelle on ne pleure plus, je crois qu'elle a gobé le truc. Elle est fière dans son blouson en jean de marques agrémenté d'une petite dentelle blanche sur les poches et ses mini converse, chaque jour je suis épaté d'avoir donné naissance à une beauté pareille.

« Ma beauté, ma merveille » je lui souffle à l'oreille alors qu'elle s'accroche à mon cou, feignant d'ignorer les regards curieux des mères. En ces moments là j'aimerais ne pas être connu mais elles ne sont jamais agressives, plutôt émues. Lily glisse sa main dans la mienne, nous redescendons la petite colline qui mène chez nous, tout à l'heure on s'arrêtera chez le pâtissier pour une brioche ou des chouquettes –alors que je jure à Esmée qu'elle ne mange qu'un yaourt bio et des fruits, à 4 heures. Je sais que la boulangère me glissera « Vous en avez de la chance, M. Delacour, de pouvoir chercher votre fille à l'école tous les jours » « Presque tous les jours » je rectifierai avec un sourire alors que Lily me tirera sur la manche pour une sucette.

C'est mon privilège de pouvoir grappiller quelques heures avec elle, en semaine, puisque je travaille principalement le week-end. Mais ça personne ne le réalise, les voisins, le crémier et la boulangère croient que je suis bien payé à ne rien faire –un journal de temps en temps, facile- alors que mes semaines approchent les 50 heures, mais en décalé. Les travailleurs du week-end passent pour des paresseux, c'est comme ça, je m'y suis fait. Personne ne se doute des heures de travail à la maison, en semaine, ou même la nuit quand tout est tranquille. J'aime ces instants volés où je n'entends que le bruit de mes doigts sur le clavier alors que de rares faisceaux de voitures font des traînées lumineuses sur les murs, tard le soir.

Et le matin, quand j'ai terminé mes mails, le babillage de Tara dans la salle à manger, juste en dessous, après son bain. C'est là que je descends pour enfouir mon nez dans son cou grassouillet et odorant, et que je propose à Mme Dios, sa nourrice, de la garder pendant qu'elle fait les courses. La brave dame accepte toujours, à son âge on ne contredit pas les patrons, même si on les trouve un peu zinzins. Je suis fou de mes filles, je l'avoue, mes rayons de soleil, mes princesses, mais je le cache car ça fait de la peine à Esmée, parfois.

Le fait de travailler en décalé nous permet une présence alternée auprès de nos filles mais pour notre couple, c'est plus compliqué. Alors parfois elle pose un lundi et on s'échappe en Normandie, c'est notre dimanche à nous.

Lily sautille sur le trottoir, ne foulant qu'un pavé sur deux, langue tirée, concentrée sur son effort quand je sens mon portable vibrer dans ma poche. Flûte. Je décide de l'ignorer, je ne suis pas taillable et corvéable à merci, pas question. Dans la vraie vie les gens ont des week-ends, moi j'ai mon lundi. En principe.

Tout à l'heure il y aura les devoirs –capital, en maternelle- les jeux et le bain, j'ai du boulot moi. Mes confrères ne comprennent pas que je m'occupe autant d'elles, ça ne me dérange pas. Pendant qu'ils courent les hôtels avec des actrices je lis « Dora l'exploratrice » à Lily alors que Tara tape comme une sourde sur ses legos, je suis heureux. C'est presque physique, ça ne s'explique pas.

Quand nous entrons chez nous Mme Dios donne le goûter à Tara qui bat des mains en me voyant. Avec un sourire la nounou se tourne vers moi et me dit :

- Maintenant qu'elle vous a vu, vous êtes bon pour continuer à ma place…

- Je sais, c'est mon charme naturel, aucune femme ne résiste, elles se battent toutes pour goûter avec moi.

- Papa, tu m'aides pour mes devoirs ? demande Lily avec de grands yeux innocents –trop pour l'être vraiment.

- Ecoute, je termine de donner sa compote à ta sœur et après je vais vérifier tes devoirs. Commence déjà à les faire avec tatie Françoise –leur nourrice- et après je jouerai avec toi, promis. Tu as quoi à faire ?

- Un dessin à colorier, maugrée-t-elle, déçue.

Tous les soirs ou presque c'est pareil, Lily est jalouse de sa sœur –elle a plusieurs fois menacé de la jeter à la poubelle- il paraît que c'est normal mais je déteste la décevoir. Ou entendre Tara hurler quand je joue avec Lily. La quadrature du cercle, ou un truc comme ça. Je finis en général par battre en retraite dans mon bureau alors Mme Dios les accompagne au parc, hurlantes.

Dès que j'entre dans mon bureau, je vois clignoter le répondeur. Merde. Je me doute que ma boîte mail regorge de messages, c'est ce qu'on appelle un jour de repos. Je rêve de partir et de tout laisser en plan, portable, ordi, ces chaînes invisibles, pour quelques jours.

En soupirant je m'installe devant mon écran, les yeux rivés sur les photos de mes filles. Je dois terminer mon émission hommage à Gainsbourg et les femmes, depuis un mois je n'écoute plus que lui, en boucle. Ma femme prétend que je suis mono maniaque, j'aime me plonger dans l'univers d'un artiste, ne faire plus qu'un, et la musique m'aide toujours.

Je relis mon texte, encore quelques peaufinages et il sera terminé. Les extraits d'interview sont au montage, je harcèle la fille de l'artiste pour quelques mots, en vain. Une photo de Bardot sur une moto me laisse rêveur, même si je sais que c'est du cinéma. Gainsbourg et Bardot, mon époque favorite. La naissance du mythe. Bien sûr il y a eu Jane mais j'adore sa période BB, brève mais fructueuse. Elle était mariée avec un séduisant milliardaire et couchait avec Gainsbourg, moche et peu connu à l'époque.

La revanche d'un laid, un beau sujet.

Mon téléphone sonne, je jette un œil. Merde. Gérard, le producteur de l'émission.

- Salut Carlisle, tu vas bien ?

- Moui…

- J'arrête pas de te laisser des messages, tu fous quoi bon dieu ?

- Je te rappelle que le lundi est mon jour de repos, Gérard. Je suis chez moi avec mes enfants, là. Comme toi le dimanche.

- Oh moi les mioches, quand je peux les éviter… ils me cassent les pieds, « papa on va au foot, au ciné, au tennis… » Epuisant. Oui, je sais, on a rendez-vous demain pour faire le point mais j'ai une nouvelle géniale, là, et il faut être réactif : Alfred Mortimer accepte de nous recevoir chez lui, en Ecosse, pour une semaine. C'est pas great, ça ?

- Quoi ? Si !

Je sens une vague d'excitation monter, le réalisateur vit retiré dans son château depuis plusieurs années, il ne répond pratiquement à aucune interview. Je suis sidéré qu'il ait accepté, je pensais devoir me contenter de vieux extraits de reportages, pour ma prochaine émission. Incroyable.

- Allo ? T'es toujours là ? Je t'entends plus.

- Oui, oui, je suis toujours là. C'est fou, je n'en reviens pas. Comment t'as fait ça ?

- Ah ah ! Ca, c'est mon secret. J'ai le bras long moi mon gars, je bosse à la télé.

- Arrête… Qu'est ce qui l'a convaincu ?

- Aucune idée. Je crois qu'il t'a vu au journal une fois qu'il était de passage à Paris, ça l'a favorablement impressionné. Et puis il prépare –en toute discrétion- un nouveau film. Son dernier, vu son âge. Un peu de pub ne lui fera pas de mal, j'imagine.

- Un nouveau film ? Il avait juré d'arrêter, il disait que le milieu du cinéma était pourri…

- Je sais mon vieux, je sais mais on ne va pas se plaindre, non ?

- Non. C'est clair que c'est une aubaine, un coup de chance pure.

Mon cœur bat à tout rompre, pour la première fois depuis longtemps.

- Et c'est pour quand ?

- A priori mi-octobre, il n'est pas dispo avant. Je te réserve un billet, tu pars avec Georges et Steph ?

- C'est pas pendant les vacances de la Toussaint au moins ?

- Putain ! Tu rigoles ou quoi ? Je t'offre un monstre sacré sur un plateau et tu me parles de tes gamines. T'es cinglé ?

- Je… j'avais promis à Esmée… OK. Oui, Georges et Steph seront très bien. Mais tu me files du bon matos, hein ? Je veux des super images de l'Ecosse, qu'on n'ait pas l'air d'avoir tourné ça en deux jours en studio à la plaine Saint Denis.

- T'inquiète. Ca roule, ma poule.

Je raccroche, excité et inquiet. C'est mon rêve qui se réalise, rencontrer le créateur « Army games », « Check Point Charly » et « M. Teddy et friends », les chefs d'œuvre absolus du cinéma. Je les connais par cœur, en français et en V.O. Une vision affutée de la société, un esthétisme absolu et un désespoir qui ne l'est pas moins. Fantastique.

En bas j'entends les voix des filles qui rentrent du parc, bientôt Esmée sera là aussi.

Merde, je lui avais promis.

oOo oOo oOo

Dundee, 2 octobre, 19h.

L'aéroport est presque désert, nous récupérons un 4X4 de location à l'agence du coin, j'ai mal à la tête. Georges et Steph engouffrent le matériel dans le coffre, je grimace :

- On pouvait pas louer une voiture locale, genre Range ? On va se faire remarquer, avec une BMW.

- Le chef a signé le bon de location, c'est l'essentiel. Si on peut pas avoir de petits plaisirs en déplacements… se justifie Steph, moqueur.

Soit. Nous démarrons, direction l'hôtel de luxe réservé par la production, à la sortie de la ville, à une heure du château du réalisateur. Je rêve d'une vieille bâtisse en pierres avec un donjon et des fantômes, nous nous arrêtons devant un immeuble en verre ultra moderne. Flûte.

- Très typique l'hôtel, les gars. Bon choix.

- Oh mais t'as pas fini de râler, Ben ? Si t'es pas content tu t'en occuperas la prochaine fois. Et puis ta secrétaire a dit que tu étais allergique à la poussière, au moins dans ce genre de blockhaus il n'y en a pas un gramme.

- Tu parles, tout est climatisé, c'est un vrai bouillon de germes. Et j'aime pas quand on m'appelle Ben, tu le sais.

Ils échangent un regard éloquent –oui, je sais, je joue à la star mais j'ai autre chose à faire que m'occuper de l'intendance, moi- puis on s'installe dans les chambres aseptisées du Hilton, les mêmes partout dans le monde. Tu parles d'un dépaysement. Je jette ma valise dans un coin, il faut que je me dépêche d'appeler les filles avant qu'elles aillent au lit, il y a école demain. La perspective d'une semaine sans elles me déprime un peu mais heureusement j'ai pu avancer les dates pour ne pas rater les vacances scolaires, toujours ça de pris.

Je fouille pour trouver mon portable dans ma poche quand je lève les yeux vers la fenêtre. Le paysage est sublime, un coucher de soleil orangé sur la rivière locale –la Tay, si je ne m'abuse. Une mélancolie soudaine me prend, née de la beauté presque irréelle des couleurs. Il faut que je me pose, que je prenne le temps de regarder un peu autour de moi, au lieu de courir d'un point à un autre, stressé. Dans ma tête je suis déjà demain, quand je rencontrerai Alfred Mortimer, je suis déjà la semaine prochaine, quand je commencerai le montage des images, je suis déjà le mois prochain, à la diffusion du reportage. Une fuite éternelle, inutile.

Le babillage des filles me rassure, elles sont là, tout contre mon oreille, elles ne m'oublient pas, ça fait du bien. Tara gazouille et Lily essaie de négocier ½h de plus avant de se coucher, je sens Esmée un peu lasse au bout du fil. Je lui ai promis une escapade en Corse, juste tous les deux, à mon retour, j'imagine ses cheveux tortillés en chignon et les mèches qu'elle remonte machinalement- son geste préféré au téléphone.

Je regarde ma montre, merde, déjà 20h, je dois rejoindre ma fine équipe en bas. Ca fait plusieurs années qu'on se connait, ils s'occupent de l'image et du son sur mes reportages, on est comme un vieux couple –trio plutôt- toujours en train de s'engueuler mais s'adorant. Ils connaissent mon meilleur profil, je ferme les yeux sur certaines notes de frais, au bar. Quand je les rejoins ils sont déjà installés sur les banquettes en cuir, devant des verres ambrés.

- 18 marques de whisky différentes, c'est pas le bonheur, ça ?

- Va falloir qu'on les essaie toutes, hein chef, c'est notre devoir de journaliste d'investigation, pas vrai ?

- J'aimerais pas voir l'état de votre foie, à vous deux, dis-je en m'installant à leur table.

Je jette un coup d'œil à la carte et opte au hasard pour un « Glenmorangie », hommage à un vieux titre de Françoise Hardy que j'adorais, ado. Un pur fantasme.

VIP most important person to me

VIP bienvenue à Paris Orly

VIP première classe, accueil garanti

VIP like a glass of Glenmorangie

Il paraît qu'il est frais et doux, aux arômes de miel, c'est parfait.

Les gars commencent à essayer de décrypter le menu, je pense au doudou de Tara, un nounours blanc aux oreilles roses qu'elle serre contre elle le soir. Petit bouchon, elle me manque. L'alcool fait son effet dans mes veines, la mélancolie me submerge à nouveau, inexplicable. Bon, faut que je me secoue ou je vais pleurer et ça va pas faire sérieux. Un air de musique traditionnelle – ou une BOF- accroit mon spleen, putain, j'adorais voyager, avant. Avant les filles.

En grappillant dans ma « lobster and crab salad » je regarde mes compatriotes attaquer un énorme steak accompagné de pommes de terre, bonjour le régime. J'essaie de faire l'impasse sur la mayonnaise luisante mais elle est si bonne… je ne dois pas oublier que l'écran vous file 5 kgs de plus, donc méfiance. Pour rien au monde je n'avouerais que j'envie les techniciens qui ne se privent de rien, je prétends adorer les salades et les légumes, pieux mensonge. Parfois j'arrive à y croire aussi. Parfois.

Un dernier coup d'œil sur la baie, le soir, avant de me coucher, j'avale une petite pilule, juste une, pour dormir. Demain je rencontre une de mes idoles de jeunesse, j'ai 15 ans ce soir.

oOo oOo oOo

Après un copieux petit déjeuner –œufs, saucisses, toasts et marmelade maison- nous partons vers le Briard Castle, quelque part dans les collines avoisinantes, Sidlaw je crois. C'est toujours Steph qui conduit –il adore les bagnoles- mais il ne peut s'empêcher de jurer à chaque fois qu'il doit tenir sa gauche, c'est-à-dire presque tout le temps. Georges est devant, à côté de lui, une immense carte dépliée sur les genoux, qu'il retourne régulièrement. Ca ne m'étonnerait pas que ce soit une carte de l'Irlande –il est un peu tête en l'air-, il aboie des ordres contradictoires, j'essaie de me calmer en me disant qu'on est partis bien en avance, heureusement. Alfred Mortimer n'est pas réputé pour sa charmante compagnie, j'ai bien compris que son temps est compté. Le mien aussi, anyway.

Je frissonne dans ma chemise, j'aurais dû mettre un pull, il fait frais malgré le rayon de soleil. Dès la sortie de la ville le paysage change et je souris, charmé. Tout ce que j'espérais est là, comme dans une carte postale : le vert tendre des prés et la bruyère à perte de vue, le long des collines vallonnées. A la sortie de la route nationale une petite route défoncée nous conduit de village en village, tous aux noms plus improbables les uns que les autres, que traversent paisiblement des moutons en liberté. Du moins, avant notre arrivée.

« Tu comptes faire un méchoui ce soir ? » je demande alors qu'il vient d'en tondre un involontairement. « T'as vu que c'est limité à 30 dans les villages ? »

- A 30 ? Qui peut rouler à 30 avec un moteur comme celui-là ? Et puis je croyais que tu étais pressé, répond-il avec une parfaite mauvaise foi.

- Je suis pressé mais je ne veux pas avoir d'ennui avec les fermiers du coin, alors tu vas mettre la pédale douce, OK ?

- Pffff… n'importe quoi…

Le son des cloches des moutons nous parvient parfois au milieu de la house music que crachent les amplis, marotte de Georges. Désolant. Pour un paysage comme celui-là il faudrait une ballade, ou un morceau de cornemuse. Je pars dans une rêverie un peu floue, mélange « d'un taxi mauve » - qui se passe en Irlande si je m'abuse- et d'un vieux récit lu dans mon adolescence, qui m'avait enflammé l'esprit. Georges maugrée devant en se plaignant du peu de panneaux indicateurs, Steph tente la conduire sur deux roues au gré des nids de poule et je cherche vainement des yeux un garage, un commerce ou n'importe quoi où on pourra acheter un GPS.

Au coin d'une rue nous apercevons un homme en kilt, Georges glousse. Un nuage noir apparaît soudain, avant qu'on ait eu le temps de dire « ouf » il pleut à verse, je sens que les tournages à l'extérieur vont être rock'n'roll.

Au bout de deux heures et trois demi-tours on tombe sur le panneau « Briard Castle » au détour d'un virage, pure chance à mon avis, Georges lui-même a dû mal à cacher sa stupéfaction. Bon, on a quand même une bonne heure de retard, je me prépare à présenter mes plus plates excuses – ou plus.

Petit à petit les tours de pierre apparaissent, le spectacle de ce château orné de quatre tourelles est tout à fait fascinant, on se croirait revenus au Moyen Age, d'autant plus qu'il est partiellement caché par les arbres et que le chemin qui y conduit est en terre. Finalement le 4X4 n'était pas du luxe, je m'accroche à l'appuie tête avant pour ne pas tomber. Les tourelles en encorbellement se terminent par des flèches et parapets, Steph retient un juron d'admiration. Je ne sais pas à quoi ça ressemble à l'intérieur mais l'ensemble est impressionnant, déroutant.

Nous nous garons et nous échangeons un coup d'œil inquiet. Personne et la lourde porte en bois est fermée. Tout semble désert, peu accueillant. Je regrette déjà l'hôtel ultra moderne qu'on vient de quitter, je me demande comment on va tenir pendant presque une semaine là-dedans. Pas le choix, de toute façon, je ne ferais pas ce périple là tous les jours.

Alors que je frappe en vain à la porte principale une voix rocailleuse me parvient de la droite :

- Vous avez fait bonne route ?

Je me trouve face à une légende, Alfred Mortimer himself, montagne barbue aux yeux bleu dur, pipe en bouche, me tendant une main poilue et épaisse.

- Nous sommes en retard, je suis vraiment désolé, dis-je en tentant de sourire alors qu'il m'écrase les doigts de sa poignée de main virile.

- A vrai dire, je vous attendais plus tard, en général les gens ont toujours deux heures de retard quand ils arrivent. S'ils arrivent jusque là. Il y en a qui cherchent toujours je crois, même avec ces fichus espions de satellite… mais cette route n'est répertoriée nulle part, hé hé.

- Vraiment ?

- Oui, c'est pour ça que je vis ici, je suis tranquille. C'est tout votre matériel, là ? Je vous préviens, le bidule est tout en hauteur, j'espère que vous n'avez pas peur des escaliers, ajoute-il en nous dévisageant avec scepticisme.

Le « bidule » est en effet un vieux château humide, visiblement meublé d'époque, tout en escaliers. Nous suivons le maître des lieux jusqu'au premier où nous attend une jeune fille rousse en jean blanc, souriante. Je cherche désespérément dans ma mémoire s'il a une fille, je ne me souviens que du nom de son épouse, une actrice retirée du grand écran depuis longtemps, au regard mystérieux mauve. Charlotte, je crois.

- Aileen, la fille de mon jardinier. Elle s'occupe de la cuisine et du ménage. Méfiez-vous, c'est une sorcière… conclue-t-il avec un rire gras qui résonne le long des murs.

Steph qui était encore dans les escaliers loupe une marche et manque de s'étaler de tout son long, notre hôte reprend :

- Messieurs, je vous laisse ici, je ne monte jamais plus haut, ordre de mon médecin. Aileen vous a préparé des chambres, il y a des salles de bain à chaque étage, avec eau chaude -du moins le matin- je vous attends à midi pour le déjeuner, j'ai un script en cours.

Je reste bouche bée alors qu'il disparaît, Georges ricane et Steph se masse la cheville en grimaçant, je sens que cette semaine va être longue, très longue. Je jette un coup d'œil à mon portable, anxieux. Comme je m'y attendais le réseau ne passe pas, et j'ai promis aux filles de les appeler tous les soirs. Il y a sans doute un fixe quelque part, inaccessible ou défaillant, je m'attends au pire. Aileen nous montre ses dents bien blanches et entreprend de monter les marches en gazouillant dans une langue inconnue –sans doute un patois local. Charmant.

Je m'adresse à elle en anglais, elle ouvre de grands yeux « Oh, vous parlez comme à la télé » dit-elle avec un petit rire, j'en conclus que j'ai un bon accent d'Oxford.

- Vous ne devez pas voir grand monde ici, lui dis-je en découvrant ma chambre.

- No. Not really.

Un grand lit à baldaquin en occupe la plus grande partie, des rideaux à petites fleurs orne les minuscules meurtrières, il fait à la fois lourd et humide, un vrai bonheur. L'odeur qui flotte ne doit rien aux produits ménagers qui tentent de la masquer, je m'attends à la pire crise d'allergie de ma vie.

- C'est la chambre de Mary, dit-elle en faisant un petit clin d'œil.

- Mary, c'est qui ? La fille d'Alfred ?

- Mais non, c'est le fantôme qui loge ici, réplique-t-elle en levant les yeux au ciel, comme si j'étais un idiot. Elle est très gentille, si vous lui plaisez elle ne vous embêtera pas, et vous protégera contre Laird.

- Oh ! Et c'est qui Laird ?

- Ca, il faut le demander à M. Alfred. Bon, je dois vous laisser, j'ai encore une chambre à préparer, on a d'autres invités demain.

- Encore ? Qui ça ?

- Les futurs acteurs du film de M. Alfred, mais c'est une surprise, conclue-t-elle en tournant les talons.

Flûte, c'était pas prévu au programme, ça. Pour quelqu'un qui ne reçoit jamais, ça fait beaucoup d'invités, et j'espère que ces gêneurs ne vont pas m'empêcher de faire mon travail. Une alarme résonne dans mon cerveau, je lui fais mon beau sourire :

- Ah bon, une surprise ? Mais vous pouvez bien m'en dire un peu plus, non ?

- You won't believe it… Edward Cullen et sa fiancée, Bella. Great, no ?

A suivre...

Merci à ceux qui lisent et reviewent, et un grand merci à mes douces amies, Nico et Katy, sur qui je teste mes chapitres !

Je réponds aux non inscrits :

Katymina : Merci de me comprendre et me soutenir, c'est très important pour moi. Je suis heureuse de changer d'univers, j'espère que les habitués ne seront pas trop déçus ! Merci d'aimer mes persos, merci de ta fidélité !

BISOUS A TOUS