Disclaimer: MFB ne m'appartient pas.

Chapitre 4:

Ginga regardait ses amis s'entraîner en contrebas sans réellement les voir. Ses yeux fixaient le vide. Il avait l'esprit ailleurs.

Il croisa ses bras sur la rambarde de la fenêtre et posa sa tête sur eux. Madoka avait raison. Il le savait. Il s'en était rendu compte bien avant qu'elle n'évoque le sujet. Il avait remarqué depuis longtemps qu'il n'aimait pas Kyoya comme il aimait ses autres amis. Comme il aimait ses amis en fait. Ça n'avait pas été une révélation soudaine. Ça s'était fait petit à petit, grâce à certains détails. À travers toutes les situations qu'ils avaient traversé ensemble. Il...

Ginga se redressa en secouant la tête. Ça ne servait à rien de s'appesantir là-dessus. Normalement, il parvenait à ne pas y penser. Mais ça l'avait perturbé que Madoka lise en ses sentiments aussi facilement. Il ne les pensait pas aussi visibles. Il les gardait dans un coin de son esprit, sachant que les dévoiler ne servirait à rien. Kyoya ne les partageait pas. Il le considérait comme son plus grand rival, comme un objectif à atteindre, et, malgré ce qu'il prétendait, il lui faisait confiance. Ginga ne pouvait pas briser ça. Au mieux, Kyoya se vexerait et lui dirait d'arrêter ses niaiseries. Il était sûr qu'il réagirait ainsi. C'était dans sa nature de penser en priorité à leur rivalité – quitte à laisser le monde se faire détruire.

Il soupira. Pourquoi restait-il fixé là-dessus? Il devait penser à autre chose. À une chose utile de préférence. Comme la manière de mettre hors d'état de nuire ceux qui l'avaient attaqué.

Ginga décida de sortir. Après tout, aller dehors ne lui avait pas été formellement interdit. Ça lui ferait du bien de se promener un peu, d'être à l'air libre.

Il quitta sa chambre, descendit les escaliers et traversa le salon. Le tout, sans se presser malgré son envie grandissante d'être dehors. L'immobilité et le calme forcés ne lui convenaient vraiment pas.

Dès qu'il fit un pas hors de la maison, le soleil et l'air frais glissèrent sur sa peau. Il savoura cette sensation une seconde avant de reprendre sa route. Il rejoignit Hyoma à quelques mètres de là. Son ami d'enfance était assis dans l'herbe, non loin de Yû et de Kenta qui s'entraînaient. Leur niveau augmentait à une vitesse folle. Il devrait vite se remettre à l'entraînement s'il ne voulait pas se faire distancer.

Il n'y avait personne d'autre qu'eux. Madoka devait être dans son bureau en train de travailler – ce qui, en ce moment, signifiait réparer Leone. Ça lui prendrait beaucoup de temps. Kyoya et Benkei vadrouillaient certainement dans la ville ou la nature aux alentours de la propriété. Quant à Tsubasa, il avait déjà disparu quand il s'était réveillé ce matin. L'AMBB l'avait sûrement appelé pour partager des informations avec lui voire pour l'envoyer en mission. Ils risquaient de ne pas le revoir avant plusieurs jours.

Ginga s'assit à côté de Hyoma. Être simplement installé dans l'herbe, comme ça, ça lui avait manqué. C'était si agréable.

-Tu vas bien?

Le bruit des toupies s'entrechoquant et les exclamations des enfants couvraient presque sa voix douce.

-Oui. Jouer au Beyblade me manque mais ça va.

Ginga étira ses jambes et les garda étendues. Il regardait le match d'entraînement avec intérêt. Le Beyblade, voilà qui changeait bien les idées. Les coups, les esquives et les stratégies se succédaient et se répondaient dans un ballet fascinant. Pas une seule attaque spéciale ne fut utilisée durant toute la session d'entraînement. Tsubasa les avait sans doute réprimandé à propos des dégâts qu'ils avaient causé la veille. L'espace n'était ni assez solide, ni assez stable pour supporter des combats intenses.

Une ombre se projeta sur lui. Ginga releva la tête machinalement et son cœur manqua un battement. Kyoya était revenu.

-Tu sais où est Madok a? demanda-t-il avec une certaine hargne.

-Pourquoi? s'étonna-t-il.

Kyoya leva les yeux au ciel, ne cachant pas son agacement – en même temps, il ne le faisait jamais. Il devait trouver sa question complètement stupide.

-Je veux récupérer Leone.

-Elle a fini de le réparer?

-Elle devrait. Ça fait longtemps qu'elle l'a.

Le longtemps en question correspondait en réalité qu'à quelques jours mais Ginga se voyait mal faire cette remarque. Il savait trop bien à quel point c'était pesant d'être longuement séparé de son compagnon d'aventure.

-Je suis sûr qu'elle te préviendra quand elle aura fini de le réparer.

Kyoya fit claquer sa langue contre son palais. Cette réponse ne lui convenait pas, évidemment. Ginga l'observa. Son impatience et son agitation étaient palpables. Il trépignait presque. Il voulait sûrement reprendre son entraînement, chose que Ginga comprenait parfaitement. Lui aussi mourait d'envie de jouer au Beyblade. Sauf que ça devait être pire pour lui. Au moins, Ginga pouvait profiter de la présence et de la compagnie de ses amis. Des présences constantes qui devaient particulièrement irriter Kyoya et lui donner le besoin de se défouler.

Ginga fouilla dans sa sacoche et en sortit Pegasus. Il leva le bras pour pouvoir le montrer à Kyoya.

-Elle fait du beau travail. Ça vaut le coup d'attendre.

Même si Kyoya lui avait à peine jeté un regard, Ginga savait qu'il avait remarqué l'état magnifique dans lequel se trouvait à présent Pegasus. Ginga ramena son bras contre lui et admira sa toupie. Elle se portait merveilleusement bien. D'ici quelques jours, ils formeraient de nouveau l'équipe parfaite.

-C'est frustrant de ne pas jouer au Beyblade mais ça vaut mieux si ça permet de jouer au maximum de ses capacités plus tard, tu ne crois pas?

N'entendant pas de réponse, Ginga releva la tête. Kyoya était plongé dans un silence songeur. Il finit par opiner et par murmurer:

-Remet-toi vite.

Puis il s'éloigna si rapidement que Ginga n'eut rien le temps d'ajouter. Kyoya partait vers la maison, suivi par Benkei. Ils passèrent près des deux enfants qui récupéraient leurs toupies. Ils avaient eu le temps de finir leur session d'entraînement pendant leur bref échange.

-Salut Yoyo!

-Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler Yoyo!

-Je sais Yoyo!

Kyoya se contenta de grogner une réponse avant de reprendre sa route. Alors qu'il disparaissait dans la maison, Yû murmura quelque chose à Kenta avant de se lancer à sa poursuite en riant. Ça faisait au moins quelques heures qu'il ne l'avait pas embêté.

-Il n'en démord pas, commenta Hyoma.

Ginga eut un sourire. S'il y avait bien une chose qu'on ne pouvait pas reprocher à Kyoya, c'était sa persévérance. Depuis les deux ans et quelques qu'il connaissait l'enfant, il ne cessait de lui répéter de ne pas utiliser ce surnom. Tout comme, depuis trois ans, il n'avait de cesse de vouloir prendre sa revanche sur lui. C'était un aspect de sa personnalité qu'il admirait beaucoup. Même si, dans certains cas, il s'obstinait inutilement.

-Il espère convaincre Yû un jour.

-Ça n'arrivera jamais.

Le sourire de Ginga s'accentua. Il partageait entièrement son avis. Yû adorait utiliser ce surnom et embêter Kyoya.

Kenta se laissa tomber de l'autre côté de Ginga en soupirant.

-Ce combat m'a épuisé.

Hyoma se pencha pour pouvoir lui parler.

-Yû ne t'a pas proposé de l'accompagner?

-Si mais j'ai pas envie de le voir pousser Kyoya à bout.

-Ça doit être divertissant pourtant.

-Pas quand on en a l'habitude, le contredit Kenta. C'est normal avec eux deux.

Ils discutèrent encore un peu quand Madoka arriva dans le jardin.

-Salut les garçons! lança-t-elle joyeusement.

-Tu n'étais pas dans ton bureau? s'étonna Ginga en écarquillant les yeux.

Madoka plaça ses poings sur ses hanches et se pencha en avant.

-Je n'ai pas arrêté de travailler depuis qu'on est arrivés ici. J'ai bien le droit de m'accorder une pause et d'aller me promener!

-J'ai pas dit le contraire, se défendit Ginga.

-Fiche-moi la paix! s'énerva Kyoya en sortant de la maison.

-Allez Yoyo, sois sympa, insista Yû, sur ses talons.

Kyoya allait répliquer quand son regard se posa sur Madoka.

-Qu'est-ce que tu fais là?

-Je me promène.

-Et Leone?

-J'ai presque fini de le réparer.

-Presque?

-Tu ne vas pas me le reprocher?

-Je ne t'ai jamais demandé de prendre Leone. C'est toi qui a insisté. La moindre des choses, c'est que tu te dépêches.

L'attention se reporta sur Ginga. Son regard passa de Kyoya à Madoka. Un profond malaise s'empara de lui à cause de leur présence combinée. Il voulait ajouter quelque chose mais il renonça. Il se tourna vers Hyoma et changea de sujet, décidant de les ignorer.

XXX

-C'est quoi ton problème?

Ginga se figea puis releva timidement la tête. Kyoya se tenait à quelques pas du canapé sur lequel il était assis. Les bras croisés, il posait un regard brûlant de colère sur lui.

-Comment ça? demanda-t-il même s'il savait de qui son rival voulait parler.

Il avait fait de son mieux pour l'éviter les trois derniers jours. Depuis qu'il les avait vu, Madoka et lui, en fait. Il craignait que Kyoya devine aussi bien que la technicienne ses sentiments. Il se voyait mal évoquer franchement le problème. Il n'avait aucune envie de perdre son amitié. Enfin, ce qu'il y avait entre eux. Leur rivalité. Kyoya n'avait pas d'amis.

-T'es bizarre depuis quelques jours.

Ginga baissa les yeux et pianota sur le dossier du canapé. Il avait envie de partir, d'esquiver cette discussion. Mais, s'il agissait ainsi, Kyoya aurait plus de raison de se méfier.

-Je n'ai aucun problème.

-Ginga! s'énerva son rival.

L'agressivité et la colère présentes dans son ton lui firent relever la tête. Il déglutit. Si Kyoya avait semblé énervé jusqu'alors, il paraissait furieux à présent.

-Ce n'est rien, répéta-t-il pour l'apaiser. Je... je suis juste... triste de ne pas pouvoir pratiquer le Beyblade.

Ginga avait l'impression que cette demi-vérité lui arrachait la gorge. Il ne comprenait pas comment les gens faisaient pour mentir, surtout à leurs proches. Lui, ça le rendait malade. La culpabilité commençait déjà à lui nouer les entrailles et la vérité lui brûlait la langue. Il se mordit les lèvres pour s'empêcher d'ajouter quoi que ce soit.

-À d'autres.

Ginga restait fixé sur le parquet, sans mot dire. Ses doigts se replièrent pour former un poing et ses ongles s'enfoncèrent dans sa paume.

Une main s'agrippa à son écharpe et le força à relever la tête.

-Regarde-moi quand je te parle! ordonna Kyoya.

Ginga entendit des bruissements à sa droite.

-Arrête ça, dit Hyoma. Tu ne te souviens pas qu'il est blessé?

Il ancra son regard dans celui de Kyoya. Il était furieux et complètement perturbé. Il posa sa main sur la sienne.

-Je vais bien, affirma-t-il.

Tu n'as pas à t'inquiéter autant, acheva-t-il en pensées pour ne pas l'énerver davantage. Malgré sa précaution, il vit la flamme de colère croître dans le regard de son rival. Kyoya le lâcha si brusquement que cela sembla plus violent que lorsqu'il l'avait attrapé. Il fit un pas en arrière et se détourna de lui. Ses yeux se fermèrent, comme si le simple fait de le voir l'écœurait. Ginga sentit des griffes lui enserrer le cœur à cette pensée.

Kyoya commença à s'éloigner.

-Qu'est-ce que tu fais? s'inquiéta Ginga.

-Je ne vois pas l'intérêt de rester si ça se passe comme ça.

Ginga sentit sa gorge s'assécher.

-Tu ne peux pas partir!

-Et pourquoi pas?

Malgré son esprit vide, Ginga chercha désespérément une raison qui pourrait le pousser à rester. Même s'il était un peu mal à l'aise en sa compagnie, il ne voulait pas le voir s'éloigner. Il se sentait terriblement égoïste pour ça mais il ne pouvait s'en empêcher. Il adorait l'idée d'avoir Kyoya à ses côtés.

-Leone. Il n'est toujours pas réparé.

Tant de soulagement perçait sa voix qu'il était certain de se faire démasquer.

-Madoka me l'a rendu de matin, déclara Kyoya avant de sortir en claquant la porte.

Un éclair d'énergie traversa Ginga qui se leva d'un bond, au mépris de ses blessures.

-Attend! cria-t-il.

Et de se précipiter à sa suite. Il courut jusque dans l'entrée où il ouvrit la porte.

-Ginga! l'interpella Hyoma.

Il se retourna et fit signe à son ami d'enfance de s'arrêter. Ce dernier obtempéra, l'air sérieux, un peu à contrecœur.

-Je vais lui parler. Je reviens tout de suite.

Il referma la porte derrière lui pour s'assurer qu'il ne le suivrait pas puis il reprit sa route. Il courut jusqu'au portail entrouvert et avança sur la route. Il tourna la tête à gauche puis à droite où il aperçut la silhouette de Kyoya. Il avait eu le temps de s'éloigner pas mal. Ginga se lança à sa poursuite.

-Attends! Je vais t'expliquer. Ne pars pas s'il te plaît!

Son rival s'arrêta enfin et il put le rejoindre. Il lui désigna la maison d'un signe de tête.

-On peut y retourner?

Les sourcils de Kyoya se froncèrent un peu plus.

-Je t'expliquerai. Promis. Tu viens?

Ginga fit un pas puis le regarda. Kyoya attendit une poignée de seconde – qui parut une éternité au rouquin – avant de lui emboîter le pas. Ginga se permit d'avancer, en lui jetant tout de même des coups d'œil pour s'assurer qu'il ne repartait pas. Des points noirs se mirent à danser devant ses yeux et un poids comprima ses côtés mais il décida de ne pas y prêter attention. Il venait de promettre à Kyoya de lui dire la vérité, alors qu'il voulait à tout prix l'éviter. C'était une promesse. Il devait la tenir. Quoi que ça lui coûte. Kyoya ne se mettrait pas à le détester pour si peu. Tant qu'il continuait d'être aussi bon au Beyblade et qu'il continuait de le traiter en rival, Kyoya n'aurait aucune raison de lui en vouloir.

Ginga continua de positiver en se disant que, en avouant la vérité à Kyoya, il aurait des préoccupations en moins et pourrait se concentrer sur autre chose.

Ils franchirent le portail et s'enfoncèrent dans le jardin.

-Alors? s'agaça Kyoya.

Ginga s'arrêta. Les points noirs s'étendirent.

-On peut s'asseoir? Je ne me sens pas très bien...

Sa voix était pâteuse et il se sentait étourdi. Il dut perdre conscience quelques secondes parce qu'il se retrouva assis, sans savoir comment. Une prise sur son bras et une pression au bas de son dos lui firent prendre conscience que Kyoya le tenait. Il se tourna. Son rival, agenouillé à côté de lui, ne le lâchait pas. Ses yeux le fixaient, comme s'il s'attendait à le voir défaillir de nouveau.

-Merci, souffla-t-il.

Kyoya prit cela comme une confirmation qu'il allait mieux et le lâcha. Il ramena ses bras et s'assit à côté de lui.

-Alors?

Ginga entortilla ses doigts dans les brins d'herbe et commença à les arracher un par un. Occuper ses mains l'aidait à éclaircir ses idées.

-Je serai bientôt guéri.

-Ce n'est pas un problème ça.

Le ton de Kyoya lui indiqua qu'il recommençait à s'énerver. Ginga hocha lentement la tête.

-Bien sûr. Je suis heureux de pouvoir reprendre le Beyblade et de ne plus être un poids pour vous tous.

Kyoya ne le contredit pas. Ce qu'il y avait de bien, avec lui, c'était qu'il disait franchement ce qu'il pensait. Qu'importe que ce ne soit pas du goût des autres. Il ne ferait rien pour le réconforter.

-Je veux régler cette histoire. Mais... on...

Il hésita avant d'approcher sa main de celle de Kyoya.

-On s'entend bien, n'est-ce pas? Je veux dire: c'est la première fois qu'on passe autant de temps ensemble. Ça compte.

Il jeta un coup d'œil à Kyoya. Voyant qu'il ne réagissait pas, il osa poser sa main sur la sienne. Kyoya le fixait toujours.

-Et? s'agaça-t-il.

Tous ces détours devaient l'énerver, lui qui aimait tant la franchise.

-Peut-être...

La voix de Ginga se bloqua dans sa gorge. Il se força à reprendre courage. Il valait mieux tout dévoiler d'un coup. Les hésitations ne servaient à rien.

-Je t'aime. Pas comme un ami et pas seulement comme mon rival.

Car ils resteraient toujours rivaux, quoi qu'il puisse arriver.

Ginga avait ancré son regard à celui de Kyoya, attendant la réponse. Contrairement à d'habitude, il ne parvenait pas à lire son regard. Il ne savait pas s'il s'agissait d'un bon ou d'un mauvais présage. Le peu d'assurance qu'avait acquis Ginga s'effrita tandis que le vert ne disait toujours rien.

-Tu veux bien répondre? Tu es silencieux et ça fait un peu peur.

En fait, ça l'inquiétait énormément quant à la suite. La réaction de Kyoya ne se fit pas attendre: il dégagea vivement sa main de celle de Ginga et se leva.

-C'est pour ça que tu te comportes bizarrement? cracha-t-il avec mépris.

Ginga se pétrifia. Il ne pensait pas que ça lui ferait aussi mal. Il regarda son rival s'éloigner, sans tenter de le rattraper cette fois. Il en avait suffisamment fait.

Il vit avec surprise Kyoya se diriger vers la maison. Il se leva doucement, faisant bien attention à ses blessures cette fois, puis suivit le même chemin que lui. Il entra avec hésitation dans la maison et se posta près de Hyoma qui, à côté du canapé, suivait Kyoya des yeux. Ce dernier ôta son sac et le laissa tomber avec fracas sur le sol. Il fit demi-tour et repartit à grands pas.

-Tu restes finalement? s'étonna Hyoma.

-Je vais entraîner Leone.

Ginga s'appuya contre le canapé, soulagé. C'était tout ce qu'il voulait. Kyoya restait. Il aurait aimé qu'il partage ses sentiments bien sûr mais il ne l'avait pas trop espéré.

-Tu as réussi à le convaincre finalement.

Ginga opina. Par contre, il n'avait aucune idée de la manière dont il avait réussi un tel exploit.

XXX

-J'ai gagné! s'exclama Yû une fois de plus.

Benkei et Kenta poussèrent un soupir et se penchèrent en arrière. Les sourcils de Madoka se froncèrent. Le sourire de Hyoma s'était légèrement crispé, seul signe extérieur de sa confusion. Ginga se pencha en avant et regarda les cartes étalées sur l'herbe. Ce qu'il vit confirma les paroles de Yû. L'enfant avait une chance incroyable aux cartes. Ils jouaient depuis près d'une heure et il n'avait pas perdu une seule fois.

-Hé Yoyo! Tu veux nous rejoindre?

Ginga sursauta. De l'autre côté du jardin, son rival avançait à grands pas.

-Non! répondit-il hargneusement avant de disparaître.

-Oh la la, marmonna l'enfant. Pas la peine de te mettre en colère.

-Ce n'est pas contre toi, répondit Hyoma. Il est comme ça depuis tout à l'heure.

-Et tu sais pourquoi?

-Non.

Mais le regard qu'il avait posé sur Ginga n'échappa pas à tout le monde. L'attention se porta petit à petit sur lui. Les questions vibraient dans l'air même si aucune ne fut formulée à haute voix.

-Il y a eu un problème? s'étonna Yû, brisant l'étrange silence.

-Non... enfin, il voulait partir mais il a changé d'avis.

-T'as encore réussi à le convaincre de rester? Trop fort!

Ginga opina doucement. Cette discussion commençait à le mettre mal à l'aise. Il prit les cartes, les battit puis les distribua.

-Tu devrais lui parler, intervint Madoka.

-Ce n'est pas une bonne idée. Tu vois ce qui a été la conséquence la dernière fois?

-Il faut que quelqu'un le convainque de se calmer. On n'a pas à supporter ça pendant plusieurs jours.

-Comment ça «supporter»?

-Kyoya peut déjà se montrer désagréable en temps normal. Nous n'avons pas envie de le côtoyer alors qu'il est énervé. Finalement, c'est pas plus mal qu'il parte quand il en a assez d'être avec nous.

Ginga se crispa. L'idée de laisser Kyoya partir l'attristait. Il aimait passer du temps à ses côtés. C'était une des raisons qui l'avait incité à accepter de venir ici. Pouvoir rester avec lui. Mais cette façon de penser était égoïste. Il le savait. Il devait le libérer de sa promesse et le laisser partir.

Yû se leva d'un bond, attirant l'attention sur lui.

-J'ai qu'à aller le voir, moi. Je lui rendrai sa bonne humeur. Enfin, je ferai en sorte qu'il se comporte comme d'habitude, ce qui est très différent quand on y réfléchit.

-Euh... Je vais y aller finalement.

Il ne tenait pas à ce que Kyoya s'énerve encore plus. S'il devait partir, il voulait que ce soit dans les meilleures conditions possibles.

Yû se rassit en faisant la moue tandis que Ginga se levait doucement. Il leur sourit malgré son appréhension et reçut en retour des sourires d'encouragement. Décidé, il partit vers la maison. Il jeta un coup d'œil dans chaque pièce du rez de chaussée. Kyoya ne se trouvait ni dans le salon, ni dans la salle à manger – ça l'aurait surpris, en même temps. Il ne restait plus qu'un endroit où il pouvait être.

Ginga monta les escaliers et s'arrêta devant la porte de sa chambre. Il leva le poing pour frapper. Il le figea à quelques millimètres du battant puis le laissa retomber contre lui. Il actionna la poignée et ouvrit timidement la porte.

-Kyoya?

-Qu'est-ce que tu me veux encore?

Prenant cela comme une invitation à discuter, Ginga entra dans la chambre. Kyoya était nonchalamment étendu sur son lit, les bras croisés derrière la tête.

-Juste savoir comment tu vas.

-C'est pour ça que tu m'as suivi jusqu'ici?

-Tu avais l'air énervé.

-Et t'as pensé que ce serait une bonne idée de venir me parler?

-Non. J'ai pensé que tu en avais marre d'être ici et que tu serais heureux si je te libère de ta promesse. Alors voilà. Tu n'as plus besoin de rester ici.

Kyoya roula sur le côté et, la joue appuyée sur sa main, le fixa.

-Sérieusement?

-Oui.

Il leva les yeux au ciel avec agacement.

-Quoi? Ça devait te faire plaisir, non?

Kyoya se mit debout.

-Tu crois vraiment que je suis resté à cause de cette promesse ridicule? Tu es un vrai imbécile. J'en ai rien à faire. C'est juste que t'es pas en état de te défendre et que tes amis ne valent rien au Beyblade.

Malgré son ton acerbe, un sourire étira les lèvres de Ginga.

-Qu'est-ce qui t'amuse?

-Rien. Merci de t'inquiéter pour moi.

Kyoya croisa les bras.

-De quoi aurai-je l'air s'il arrive quelque chose à mon rival sans que ce soit de ma faute?

Le sourire de Ginga s'élargit et se fit plus authentique. Il était ravi que sa déclaration n'ait rien changé entre eux. Ça lui convenait parfaitement ainsi. Il s'en serait voulu toute sa vie d'avoir tout gâché.

Soudainement, Kyoya cessa de faire la moue. Il avait l'air si sérieux... Il se pencha et posa un baiser sur le cou de Ginga avant de se redresser comme si de rien n'était. Il fallut quelques secondes à Ginga pour comprendre ce qu'il s'était passé. Il se sentit rougir violemment. Son visage, son cou et ses oreilles se mirent à le brûler. Même si Kyoya s'était éloigné, il pouvait encore sentir le contact de ses lèvres contre sa peau.

-Ma réponse pour tout à l'heure, se contenta-t-il de déclarer.

-Quoi?

-Je ne suis pas assez clair pour toi?

-Si mais...

Vu le ton qu'il avait employé et l'expression qu'il affichait, Ginga peinait à croire qu'il évoquait ce sujet. C'était d'un tel contraste avec ce qu'il avait lui-même ressenti.

-Mais quoi? s'agaça-t-il.

Quand Ginga se rendit compte qu'il était sérieux, une sensation de chaleur l'envahit. Il était si heureux. Il n'y aurait jamais cru, il n'aurait jamais osé l'espérer.

-Rien. On est ensemble alors?

-Si ça ne change rien pour notre rivalité, oui.

-Bien sûr que non. On sera toujours rivaux. Il ne faut pas tout mélanger.

Kyoya hocha lentement la tête, parfaitement d'accord avec lui. Ginga était heureux qu'ils soient sur la même longueur d'onde. Le Beyblade avant tout. Finalement, il y avait mieux qu'aucun changement. Par contre, un détail – pas très important, certes – l'intriguait.

-Pourquoi tu n'as rien dit tout à l'heure alors?

-Tu m'as énervé.

Ginga fit défiler la scène de sa déclaration dans son esprit. Il ne voyait pas ce qu'il avait pu dire ou faire qui avait pu énerver Kyoya plus que d'habitude. Il n'avait rien fait d'étrange – hormis sa déclaration, bien entendu.

-Pourquoi?

-Je t'en pose des questions moi?

-Je dis juste que ça aurait été plus simple si tu m'avais répondu dès le début.

Il ne se serait pas inquiété comme ça. Avant que Kyoya ne puisse répliquer et entamer une dispute, il le serra dans ses bras et enfouit son visage contre son cou. C'était encore plus agréable qu'il ne l'avait imaginé. Il se sentait bien là. Toutefois, il brisa leur étreinte et recula d'un pas. Ce serait suffisant pour l'instant.

-Je t'aime.

Son sourire s'accentua. Prononcer ces mots était si agréable.

-Ça n'excuse pas tes reproches.

-D'accord.

Ginga recula un peu plus, toujours souriant, puis désigna la porte d'un mouvement de la tête.

-On repart?

Kyoya se laissa tomber sur son lit et se réinstalla dans sa position initiale.

-Ça ne m'intéresse pas.

-D'accord! s'exclama Ginga.

Le rouquin quitta la chambre, bien plus léger qu'à l'aller. Il avait l'impression de flotter. Il descendit les marches puis rejoignit ses amis à l'extérieur. Ceux-ci n'avaient pas bougé. Ils le dévisagèrent tandis qu'il s'approchait d'eux et s'asseyait à sa place. Il prit ses cartes. Rien n'avait bougé dans son absence. Il savait qu'il n'était pas resté longtemps avec Kyoya mais ça avait changé tant de choses que ça le surprenait.

-Alors? s'enquit Yû.

-Tout va bien.

Malgré leur curiosité presque palpable, ils ne posèrent aucune question et recommencèrent à jouer aux cartes. Ils y passèrent une grande partie de l'après-midi. Yû gagna la majorité des parties. Les autres gagnèrent rarement et laissèrent éclater leur joie à chaque fois qu'ils réussissaient.

Le soir, comme les autres fois, ils s'installèrent devant la télévision pour regarder un film. Kyoya les rejoignit sans se faire annoncer. Il prit la place qui restait à côté de Ginga dont le cœur s'emballa. Dès que les lumières s'éteignirent, Ginga s'appuya contre lui.

La situation était quasiment parfaite.

Fin du chapitre 4