Chapitre IV
La nuit s'était peu à peu installée, plongeant le salon dans une obscurité presque totale. La faible lueur de la lune filtrait avec difficulté au travers des nuages.
Victime d'un sommeil agité, Winry ne cessait de bouger, roulant sur le côté, elle tomba du canapé sur lequel elle dormait.
- Nom d'un chien, pesta-t-elle en se redressant.
Elle tenta de prendre appui sur la table basse, en vain. Cette-dernière avait été déplacée. Elle essaya de s'aider du canapé lui-même, cependant elle ne disposait pas d'assez de force pour s'y hisser. Elle retomba sur le sol telle une loque. Si Envy était là il... Où était-il d'ailleurs? Ses yeux firent le tour de la pièce, malgré l'obscurité elle était capable de distinguer les formes des meubles, mais pas la sienne.
- C'est pas le moment de me laisser seule, grommela-t-elle.
Winry renversa sa tête en arrière et le regretta aussitôt. Sa plaie avait frotté contre le tissu râpeux des coussins. « Merde! », jura-t-elle intérieurement. Lentement, elle amena une main au niveau de la blessure. Elle doutait d'avoir arraché les fils, elle les sentait toujours tirer sur sa peau, mais elle savait qu'elle ne serait pas tranquille avant d'avoir vérifié. Lorsque sa main entra en contact avec son crâne, elle poussa un cri de surprise.
- C'est pas vrai! C'est pas vrai! Un trou! Il y a un trou! J'ai un trou dans les cheveux! paniqua-t-elle.
Elle jura quelques secondes avant de se calmer. Bien sûr qu'il y avait un trou, autrement comment aurait-il pu recoudre les chairs? Malgré la logique de son raisonnement elle ne pouvait s'empêcher de grimacer. « Qui sait combien de temps ils vont mettre pour repousser », pensa-t-elle amèrement.
- Qui sait combien de temps je vais rester là, murmura-t-elle en laissant retomber sa main. Ed et Al doivent se faire un sang d'encre.
Elle serra les poings. Il ne fallait pas qu'ils viennent la chercher, cela pourrait être dangereux et puis, pour le moment, elle n'était pas dans une situation si désagréable. Le comportement du jeune homme l'intriguait. Il n'était pas humain, elle en était presque sûre, mais il n'y avait pas que ça. Il semblait perdu, comme si lui même ne savait pas ce qu'il était. Elle pouvait le dire rien qu'en observant ses yeux. Bien qu'il soit loin d'être aimable avec elle, ses yeux trahissaient un certain intérêt à son égard. Un intérêt qui lui sauverait peut-être la vie. Elle devait rester forte. C'était son seul moyen de découvrir la vérité sur son enlèvement et son geôlier. Quoi qu'il soit, qui qu'il soit et surtout...
- Où qu'il soit, lâcha-t-elle à haute voix.
- Juste là, lui répondit une voix monotone.
Winry sursauta. Elle tourna la tête sur sa droite et le vit, tranquillement assis sur l'accoudoir du canapé. Un sourire narquois gagna les lèvres du jeune homme. Winry fronça les sourcils.
- Depuis longtemps?
- Assez pour voir ton visage faire de drôles de grimaces, annonça Envy. Tu es trop facile à déchiffrer.
- Excuse-moi d'être humaine. Et puis... et puis tu es quoi toi?
Son rictus s'étira.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Oh ne te fiche pas de moi! Je t'ai vu faire ce trou dans le plancher, et mettre à sac le cabinet médical, un humain n'aurait pas eu la force de tout casser, du moins pas comme tu l'as fait, pas aussi vite, pas en faisant aussi peu d'efforts!
Elle aurait peut-être dû se taire, mais elle voulait savoir. Elle espérait juste qu'il ne s'énerve pas.
Envy passa ses bras sous ceux de la jeune fille afin de la hisser à ses côtés sur le canapé.
Les six dernières heures lui avaient donné le temps de réfléchir – et de nettoyer le sol, mais ceci n'est que secondaire. Cela faisait quelques temps déjà qu'il se posait des questions sur le but qu'il poursuivait. Il suivait et exécutait les ordres qu'il recevait, visant un but qui n'était depuis longtemps plus le sien, mais que pouvait-il faire d'autre? Il était un homonculus, non un humain. Il aimerait, parfois, vivre comme eux, être bercé d'illusions, considérer importantes des choses futiles, savoir faire autre chose qu'envier ces faibles créatures et leur ignorance. Oui, l'ignorance était sûrement ce qu'il enviait le plus chez eux. Ils n'avaient pas connaissance de tout ce qui les entourait, des réels dangers, et surtout de leur propre insignifiance. Certains de valoir leur pesant d'or dans ce monde, ils n'étaient pas capables de se rendre compte de leur véritable place dans l'univers, une place égale à celle que pourrait occuper un grain de sable. Même lui, même avec ses capacités inhumaines, même avec sa capacité de réflexion supérieure à la moyenne, il ne méritait pas une place plus importante. Son existence ne possédait pas plus de sens que la leur. Et le but pour lequel il œuvrait n'était pas le sien. A quoi cela lui servirait-il que Père obtienne les pouvoirs d'un dieu? Il serait alors au service d'un être encore plus puissant, toujours obéissant, toujours esclave d'une volonté autre que la sienne.
Malgré son envie de tout envoyer balader, il ne pouvait pas se le permettre. Il avait besoin d'en savoir plus sur ce qui se tramait, même lui n'était pas au courant de tout, et d'assurer ses arrières. De plus il voulait d'abord savoir s'il serait capable de se mêler aux humains s'il décidait de mettre sa fierté de côté en vivant avec eux. Winry semblait être un parfait cobaye pour commencer.
Winry cligna des yeux plusieurs fois, surprise par son geste. Il affichait un air suffisant, satisfait de voir que son geste avait eu le mérite de la faire taire.
- Tu comptes me répondre un jour?
Du moins l'espace d'un instant. Son sourire vacilla un peu.
- Tu ne t'inquiètes pas pour toi? s'enquit-il.
- Hein?
- Ta situation n'est pas des plus brillantes, tu t'en fiches? Tu es mon otage, et tu n'es pas dans un très bon état, ça ne te fait rien?
Winry ne savait pas comment s'expliquer, pouvait-elle seulement formuler clairement ce qu'il se passait dans sa tête. Non, elle en doutait. Elle aurait dû être terrifiée, en larmes, sans être à l'aise elle ne se sentait pas menacée outre mesure. Elle aurait dû le craindre, le haïr, à la place elle essayait de le connaitre. Elle aurait dû souhaiter que quelqu'un vienne à son secours le plus vite possible, or tant qu'elle était l'otage, personne d'autre ne prendrait sa place. Elle ne pouvait définitivement pas le lui expliquer. Elle se contenta de hausser les épaules.
- Ce n'est pas de moi qu'on parle pour le moment.
- Je n'ai pas dit que je voulais parler de moi non plus, répliqua-t-il.
- J'ai quand même le droit de savoir qui m'enlève, non?
Il haussa un sourcil.
- Depuis quand les otages ont-ils des droits? demanda Envy d'un ton moqueur.
- Et pourquoi pas?
Winry fut surprise par sa propre audace. Etrangement, elle n'arrivait pas à craindre le personnage assis avec elle. Il pouvait la tuer d'une seconde à l'autre, mais quelque chose lui disait que ce n'était pas dans ses projets. Le syndrome de Stockholm la toucherait-elle déjà?
- Tu es sûre de vouloir savoir?
Winry hocha lentement la tête. Si les nausées ne l'embêtaient plus, les vertiges ne la laissaient pas en paix.
- L'alchimie, tu connais? Bien sûr, Fullmetal a dû te dire certaines choses. Beaucoup?
- L'échange équivalent, j'ai vu les dégâts que cela peut causer, je n'en sais pas vraiment plus, avoua-t-elle.
Envy décida de partager certaines de ses connaissances avec la jeune fille, les bases de l'alchimie, gardant pour la fin la création des homonculus. Il la vit plisser les yeux lorsqu'il atteignit cette dernière partie.
Winry l'écouta sans l'interrompre. Elle buvait littéralement ses paroles. Les frères Elric la tenaient toujours à l'écart de leurs histoires, ne lui procurant que certaines pièces du puzzle, non seulement Envy lui en apportait de nouvelles, mais il lui permettait également de mettre de l'ordre dans celles qu'elle possédait déjà. Elle attendit qu'il se taise pour prendre la parole. Un sujet l'avait particulièrement interpellée.
- Les homonculus sont donc créés à partir d'une émotion, vivant grâce à une pierre philosophale, créée à l'aide de nombreux sacrifices humains.
Il l'observa froncer les sourcils en silence. Il tenait à entendre le reste de ses réflexions.
- En fait, les homonculus possèdent seulement des... des capacités que les humains n'ont pas, en plus d'une grande longévité. Ils ne sont pas vraiment immortels puisque ce Père peut les détruire et puis, tu ne crois pas que s'ils épuisent les ressources de la pierre qui leur sert de cœur ils meurent aussi simplement que lorsque le cœur d'un humain cesse de battre? Pour guérir après de graves blessures, ils doivent puiser dans la pierre, donc dans les âmes qui la composent. Moins d'âmes, moins de puissance. Imagine qu'il ne reste qu'une âme dans la pierre, l'homonculus, certes ne devient pas humain, mais possède la même durée de vie qu'un humain, non?
Il écarquilla les yeux, surpris par ce raisonnement. Il ne la soupçonnait pas capable d'une telle perspicacité. Elle haussa un sourcil.
- Quoi? demanda-t-elle.
- Tu as d'autres théories?
- J'ai faux? s'étonna-t-elle.
Il ne daigna pas la regarder en face, ni lui répondre. Winry serra les poings. Elle ne connaissait que trop bien ce comportement, celui qu'Edward adoptait dès qu'il voulait lui cacher quelque chose.
- Depuis combien de temps vis-tu?
Elle ne lui avait pas demandé directement s'il était un homonculus. Elle avait soupçonné, réfléchi, et compris. Il la considéra un instant avant de parler. Cela ne servait à rien de nier.
- Assez longtemps.
- Tu ne veux pas être plus précis?
- J'en ai déjà trop dit.
- Justement, un peu plus un peu moins, ça ne va pas te tuer, maugréa-t-elle.
Elle se tourna afin de le regarder droit dans les yeux. Elle eut beau insister, il resta silencieux, les yeux rivés sur la cheminée. Elle agita les mains devant lui, secoua son bras, mais ne gagna rien d'autres que de violents vertiges. Lentement elle se repositionna contre le dossier, inclinant la tête du côté opposé au jeune homme – homonculus ou humain, il n'en restait pas moins un homme. Son ventre se mit à grogner, enlevée durant la nuit précédente, elle n'avait pas mangé depuis la veille au soir. Elle grimaça, voilà d'où venait ses vertiges.
- Tu vas encore vomir? grogna-t-il.
- Non, dit-elle doucement, je crois que j'ai trop faim.
Envy fut soulagé, au moins il n'aurait pas à nettoyer à nouveau. Il prit une profonde inspiration et prit la direction de la cuisine. Il n'était plus à un rôle près après tout, cuisiner n'était pas si désagréable.
Winry entendit ses pas s'éloigner. Elle rit légèrement lorsqu'une image d'Envy vêtu d'un tablier rose lui traversa l'esprit. Elle espérait qu'il ne mettrait pas une éternité pour lui préparer quelque chose, elle mourait de faim. « Je me demande ce qu'il va pouvoir faire...»
- … sans cuisinière, gémit-elle.
To Be Continued
Je suis désolée pour le retard. J'espère que ce chapitre vous a plu. Je pense qu'à partir de celui-là, je m'éloigne plus de l'histoire originelle, et surtout du caractère des personnages, mais bon, j'espère que ça vous plaira quand même =) Dites-moi ce que vous en pensez ^^
