Auteur : Subaru-D

Genre : Dépressif, morbide

Source : X Clamp

Titre : Abyssum

Abyssum-4

Je tiens à préciser que cette fic est morbide et risque, aux vues de mes idées actuelles, de ne pas être vraiment saine…Vous êtes prévenu(e)s…

Le Roi blanc

La nuit n'a jamais été aussi douce pour moi, elle qui n'avait été jusqu'à ce soir qu'un océan de poison, envahissant toutes les pores de mon corps, engourdissant mon esprit, m'amenant au fond de la gorge la douleur paralysante des souffrances de mon cœur.

Mais ce soir, il est là.

Le monde ne peut plus me toucher.

Le monde peut toujours m'écouter.

En cette obscurité, il est le seul qui puisse encore me percevoir, me caresser.

Douceur.

Violence, aussi. Dans sa façon de saisir mes poignets, mes hanches, mon visage, pour me forcer à faire ce que je fais mine de refuser.

Il sait pourtant que je ne lui refuse rien.

« Subaru-kun … »

Mon nom est devenu un souffle qui court sur ma peau, me faisant frissonner tout au long de la nuit.

Le matin ne fait que trouver notre indifférence au reste du monde, que nous nous insufflons par de longs baisers avec complaisance. Seishiro ne m'a pas lâché une seule fois et je sais que la force de son étreinte restera imprimée dans ma chair désormais, certainement davantage que les pentacles bleus brillants sur mes mains. J'ai le sentiment de respirer enfin.

Le soleil caresse son visage, lui donnant l'air tendre d'un homme amoureux. Comme c'est étrange. Etirant mes muscles encore brûlants, je le laisse me caresser une fois de plus, de l'extrémité de ses doigts, comme s'il se convainquait que je suis bien réel : tous deux nous sommes mutuellement dévorés comme si nous allions disparaître au lever du soleil, lueur pâle et surnaturelle pour deux êtres nocturnes comme nous.

Enfin, il se lève et tire les rideaux avant de me faire face, de nouveau triomphant, son œil unique, or et dureté, chaleur et érotisme, me fixant paisiblement.

« Tu fumes toujours ? »

« Les cigarettes sont dans la table de nuit. »

Il la place lui-même entre mes lèvres et l'allume. Retour de la politesse. Nous exhalons en même temps nos nuages de fumée, avec un infime sourire qui ne parle que pour nous. Le monde a cessé d'exister, Tokyo n'est plus qu'un bloc gris au cœur duquel nous sommes nichés.

« Cette nuit était… »

Il me fait taire d'une caresse et m'embrasse en me rejetant la fumée dans la bouche et je fais de même. Fumer a un autre goût, ainsi.

Il ne m'aime toujours pas.

Il ne sera jamais tendre avec moi.

Mais il me regarde.

Seishiro, pour la première fois peut-être, me regarde, ne se contente pas de me voir. Moi, infime parcelle de son décor, je suis devenu partie intégrante de son devenir.

D'aucun vous dirait que c'est peu. Pour moi, il s'agit de tout, d'un sens enfin réel à ma raison d'exister : je ne vis plus pour les autres. J'existe. Enfin.

Nous existons, devrais-je dire sans doute.

« Seishiro…Crois-tu que nous ayons été des hommes ? »

Je lève les yeux sur lui et nous nous considérons gravement, le regard de l'un dans celui de l'autre, le silence, enfumé par nos cigarettes, laissant planer le doux malaise qui suit les questions étranges et précède les réponses étranges.

Et le soleil, figé dans le ciel de Tôkyô, semble attendre aussi le jugement de l'homme en noir.

L'étoile de l'homme

Comme c'est étrange, Subaru-kun. Ta question m'a si souvent effleuré l'esprit. Suis-je au-dessus des hommes, es-tu au-dessous ? Est-ce l'inverse ? Pour être aussi parfaitement opposés et complémentaires, pouvons-nous considérer notre situation à une histoire d'amour ?

Bien sûr que non.

Nous le pouvons pas.

Je ne t'aime pas. Je te sais. Je te connais avant même d'avoir parcouru ton esprit.

Et toi, après ce que je t'ai fait, tu as continué à me regarder de la même manière, et tu m'as encore fait desespérément confiance pour te comprendre.

Mais il n'y a rien à comprendre. Pas plus qu'il n'y a à savoir ou à vouloir. Nous sommes. Et nous ne pouvons être que si nous sommes tous les deux.

Pour cette raison, Subaru-kun, je pourrais te répondre que nous n' avons jamais été des hommes, car nous n'avons aucune faille, ou peut-être les avons-nous toutes. Mais la vérité est que je ne sais pas et que je ne m'en préoccupe pas.

Je trouve cela terrifiant, Subaru-kun.

Terrifiant de constater que ta présence obnubile mon esprit, au point que le reste du monde devienne noir et que tu en sois le cœur, blanc et pur.

Souriant, je te caresse les cheveux et m'assois à côté de toi, qui guette ma réponse, qui demande une réponse, de tes yeux verts trop liquides, trop expressifs, trop dérangeant pour quelqu'un comme moi.

La folie m'a consumé.

Nous mourrons tous deux, dans peu de temps.

Par ce que « Kamui » ne connaît pas son véritable souhait.

Par ce que nous ne voulons plus vivre, nous n'en avons plus besoin.

Alors, quelle importance, cette réponse ? Pourquoi veux-tu si ardemment savoir, Subaru-kun ?

Par ce que tu crois que la mort de ta sœur était une bonne chose ? Ou que tu veux t'en convaincre ? Hokuto ne nous aurait jamais laissés ensemble et tu le sais.

Enfin, j'inspire l'air artificiel de la chambre et je te réponds.

« Je ne sais pas si nous avons été homme, Subaru-kun, mais je peux te dire avec certitude que nous n'aurions jamais dû être seuls. »

Le soleil a pâli derrière la fenêtre. Demain sera peut-être inexistant. Demain sera peut-être enfoui sous les larmes. Celles des autres.

Les tiennes ne couleront plus.

Les bruits de Tokyo se heurtèrent longtemps à la vitre de la chambre, mais ils ne purent nous atteindre et la capitale, dépitée de nous voir si indifférents à elle désormais, retourna à sa lente contemplation de l'orgueil qui l'avait bâtie.