NA : Je sais, ça a mis longtemps pour venir, mais nous y voilà ! Merci à tous pour vos merveilleuses reviews qui donnent du courage pour continuer ! Je ferais bien un peu plus de détails, mais là je suis crevée, et je suis pas en vacances…
Bisous ! Bonne lecture !
4 – Jalousies et Mensonges…
Remus balança son sac sur ses épaules en entrant dans la Grande Salle, cherchant une meilleure position. Combien diable pouvait-il y avoir de troisième années ayant opté pour Etudes des Runes cette année ? Pourquoi le professeur Berry devait-elle se croire obligée d'imposer des devoirs de deux rouleaux de parchemin ?
Son sac n'était pas lourd à proprement parler, mais il fut heureux de le déposer à ses pieds avant de s'asseoir à la table Gryffondor.
- … Mais où étais-tu ? On a presque terminé !
Il leva les yeux vers Cathy, qui venait effectivement de se servir un énorme dessert, et s'assit avec soulagement.
- Eh bien, on m'a retenu à la fin de la classe, expliqua-t-il vaguement en commençant à se servir une assiette copieuse.
- Ah bon ? Pourquoi ?
- Détention…
En un instant, Sirius s'était redressé de toute sa hauteur dans son siège, un air faussement outré collé à son visage.
- Quoi ? C'est pas juste ! C'est toujours moi qui ai la première de l'année !
- Eh bien, désolé de te décevoir, mon cher, mais cette année, c'est moi qui l'ai… Non pas que je l'ai ardemment désirée…
- Je n'en reviens pas ! Je proteste ! Quelque soit le professeur – incompétent, à mon avis – de Runes qui t'ai mis en détention, elle ne sait pas reconnaître un vrai danger pour l'école ! Si je suis toujours le premier puni au cours de l'année scolaire, c'est qu'il y a une raison ! Ne fais pas cette tête, James, ce n'est pas parce que je suis assez stupide pour me faire prendre… C'est juste l'honneur qui convient à l'étudiant le plus dangereux…
Remus eut un petit rire et se mit à manger en écoutant l'étrange discours de Sirius. Lily, à côté de lui, riait à perdre haleine à toutes les bêtises qu'il pouvait raconter, et James… il était vrai que James faisait une drôle de tête en regardant Sirius.
- Par exemple, cette fois où j'ai mis des clous sur la chaise à Spite…
- Je ne m'en rappelle plus, s'étonna Lily entre deux éclats de rire.
- Je ne l'ai jamais ébruité… ce jour-là, c'est le professeur Flitwick qui a pris cette chaise, et il y a mis une énorme pile de coussins…
Les rires reprirent de plus belle, sauf peut-être de la part de James, qui accorda à peine un sourire à son ami.
- KYANA !
Remus s'étrangla à moitié sur la bouchée qu'il venait d'engouffrer, et les rires cessèrent net partout à la table Gryffondor. Ils se retournèrent tous d'un seul mouvement vers la table des Serdaigle, où Jasper fixait d'un œil exaspéré une Kyana rougissante et embarrassée.
La jeune fille ignora les questions de son ami pour se tourner vers Remus avec un air malheureux et coupable. Le jeune Lupin gronda intérieurement. Elle ne se torturait pas encore l'esprit sur ce cours ?
- Je suis vraiment désolée, Remus. Mais tu n'aurais pas du faire ça, ce n'est pas juste. C'est vraiment très gentil, mais injuste.
Si, elle se torturait encore l'esprit.
- Kyana ! protesta-t-il gentiment. Ce n'est vraiment pas grave, tu sais ?
- Mais… Mais… c'était ma faute ! Tu n'avais pas à me couvrir ! Je sais bien que ce n'est pas ta première détention, mais celle-là, tu ne la méritais pas.
Remus ignora tous ses amis qui étaient pendus à ses lèvres, mourant d'envie de connaître le fin mot de l'histoire. Même Lily n'arrivait pas à camoufler la lueur d'intérêt dans ses yeux.
- Tu sais, il y a beaucoup d'occasion où j'en aurais mérité une et que je ne me suis jamais fait coincer. C'est un juste retour des choses ! Et puis, elle m'a simplement ordonner de lui donner un coup de main au lieu de me le demander. Un petit travail qu'elle n'a pas le temps de faire. J'aurais sans doute le temps de le faire cet après-midi, je n'ai aucun cours. Ne t'en fais pas pour moi !
- Mais…
- Tout ce que je demande, interrompit-il doucement alors qu'un sourire tirait les coins de sa bouche, c'est de savoir pourquoi.
Le visage de Kyana passa rapidement du rose au blanc, puis au rouge vif, et Remus craignit de trop l'embarrasser.
- Je ne te le demande pas maintenant, ajouta-t-il rapidement, sans toutefois se départir de son petit sourire, mais j'ai une mémoire infaillible, et notre prochain cours est jeudi, je suis très patient.
La pauvre Kyana ouvrit la bouche, mais sembla se raviser, et la referma aussitôt. Il lui sourit gentiment avant de se retourner vers son repas en ignorant les regards avides autour de lui.
Les Gryffondor se retinrent cependant jusqu'à ce que les Serdaigle soient partis pour attaquer Remus avec leurs questions. A cette occasion, Sirius arrêta de lancer des regards bizarres à James, et James s'intéressa à nouveau à la conversation.
- Alors, demanda Sirius en se penchant autant qu'il pouvait vers Remus, qu'est-ce que Kyana a fait pour que tu prennes une détention en la couvrant ?
- Sirius ! s'indigna Lily aussitôt. Je suis sûre que c'est un malentendu ! Kyana n'est pas du genre à… faire des bêtises… comme vous !
- Je n'en suis pas si sûre, rétorqua Cathy, la seule qui était restée assez froide. Il faut se méfier de l'eau qui dort !
Remus leva les mains pour les arrêter. Il en avait la tête qui tournait.
- Premièrement, je ne suis pas sûr que cela vous concerne, les problèmes de Kyana en classe, d'accord ? Deuxio, je ne pense pas qu'elle veuille que cette mésaventure s'ébruite. Alors ce n'est plus la peine de me harceler comme cela.
- Toujours le gentleman, Remus, soupira Lily.
- Ben, et moi, alors ? demanda James avec un faux sourire.
Lily lui répondit en lui tirant la langue, et Remus allait sourire de leurs facéties, quand une réalisation le frappa de plein fouet, faisant sortir de sa tête la détention qui l'attendait. Il y avait quelque chose de changé, qu'il n'avait pas remarqué avant. Il était difficile de le définir, mais la complicité qu'ils avaient semblait différente, et il ne se l'expliquait pas.
Ils quittèrent la table en discutant gaiement, mais Remus resta silencieux, frappé de stupeur en les suivant. Il devait se tromper, bien sûr… il le devait !
James et Cathy marchaient devant, en pleine conversation, suivis de Lily, Sirius et Peter, et tous semblaient de bonne humeur. Il s'était trompé… rien n'avait changé.
- Quand vous aurez fini de traîner, tous les deux, lança soudain Sirius vers Cathy et James, on pourrait se dépêcher d'aller prendre nos affaires pour le cours de Soins aux Créatures Magiques !
Le cœur de Remus descendit d'un cran. Si, il y avait définitivement quelque chose de changé. S'il avait parlé d'un ton badin, Sirius semblait… jaloux ?!
Le monde tel que le connaissait Lupin sembla s'écrouler. C'était totalement dingue ! Juste un mauvais passage, sûrement. Tout rentrerait bientôt dans l'ordre, c'était certain…
- Remus ?
L'interpelé sursauta violemment et se tourna vers le visage inquiet de la jeune Evans.
- Excuse-moi, Lily, je n'ai pas entendu ce que tu disais…
- Je demandais ce que tu allais faire, puisque tu n'as pas de cours cet après-midi… Tu es sûr que tu vas bien ?
- Oui, oui… tu sais comme je suis… distrait… Pour te répondre, je vais travailler à la bibliothèque… un travail que Berry m'a donné à faire…
- Oh… très bien… bon courage, alors !
Lily lui sourit gentiment et lui fit un signe de la main alors qu'il bifurquait dans la direction générale de la bibliothèque, et que les autres continuaient vers la tour Gryffondor.
Pendant cinq bonnes minutes, Remus fixa la première copie de la pile sans rien y comprendre ni rien corriger. Il ne cessait de se repasser dans sa tête, comme un film, toutes les scènes des précédents jours. Effectivement, il y avait des tensions entre ses amis, mais c'était si subtil, si ténu encore, qu'il n'était pas étonnant qu'il ne l'ai pas remarqué avant. Et il était encore temps pour que tout rentre dans l'ordre…
Finalement, arrivant tant bien que mal à se rassurer tout seul, il put se concentrer sur son travail pour l'achever presque d'une traite. La seule interruption fut une attaque-surprise de Madame Pince, après qu'il ait distraitement attiré un livre – alors qu'il était formellement interdit d'ensorceler les livres de cette bibliothèque, fut-ce par un malheureux « accio »…
Lorsqu'il posa enfin sa plume d'encre rouge pour frotter ses yeux fatigués et étirer son dos douloureux, la lumière dans l'énorme bibliothèque s'était considérablement affaiblie, et il constata avec surprise qu'il était presque huit heures, heure à laquelle il devait être dans le bureau de Berry.
Aussitôt, il murmura un juron, sauta sur ses pieds pour réunir toutes ses affaires en faisant le moins de bruit possible, et galopa vers la sortie sans accorder un regard à l'irascible Mme Pince.
Le professeur Berry ouvrit de grands yeux quand, quelques minutes plus tard, la porte de son bureau s'ouvrit sur un Remus haletant, juste à l'heure prévue.
- M. Lupin ! s'étonna-t-elle. Que vous arrive-t-il ?
- Désolé… pas vu l'heure… viens juste de finir…
- Asseyez-vous !
Remus se laissa tomber dans son siège en reprenant rapidement son souffle.
- Vous savez… j'aurais compris, si vous étiez arrivé en retard… ce n'était pas la peine de vous épuiser comme ça…
Il releva la tête pour jeter un regard meurtrier au professeur… Est-ce que tout le monde cherchait à le contrarier ?
Il revint assez tard à la tour Gryffondor, mais ce fut pour trouver une bonne surprise. Tous ses amis étaient assis en demi-cercle autour du feu, et ils riaient tous ensemble à gorge déployée.
- Ah ! Te voilà, Remus ! appela Sirius dès qu'il le vit entrer. Viens, on va t'en raconter une bien bonne !
Le jeune homme s'assit entre Lily et Peter, intrigué, regardant partout autour de lui. Seuls Sirius et Cathy riaient un peu jaune, sans avoir l'air d'en vouloir aux autres.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Remus.
- La meilleure de toute l'histoire de Poudlard, répondit énigmatiquement Peter avant d'éclater de rire à nouveau.
- La meilleure, je ne crois pas, répliqua Sirius avec une grimace amusée. Je prie juste pour que, s'ils rééditent un jour l'histoire de Poudlard, ils omettront cette anecdote plutôt… humiliante.
Les autres s'efforcèrent de ne pas repartir dans un fou rire, mais il y eut plusieurs ricanement bien audibles.
- Riez, continua le jeune Black avec un faux air offusqué. Moi aussi, je ris, maintenant, mais je n'étais pas fier du tout quand McGonagall est venu me chercher !
Remus ne savait plus trop s'il devait être exaspéré de l'attitude théâtrale de Sirius, ou se laisser submerger par l'étonnement. Il était extrêmement rare que McGonagall vienne chercher un élève directement dans la Salle Commune, et Sirius ne mentait jamais lorsqu'il racontait ce genre d'histoire – même s'il ajoutait souvent une ou deux tournures de son invention.
- McGonagall est venu te chercher ? Mais… pourquoi ?
Un flot de rires se propagea à nouveau, et Sirius poussa un soupir exagéré.
- Voilà justement le problème. Elle semblait intimement convaincue que je projetais de me balader, cette nuit, dans l'école…
- Ce ne serait pas la première fois, intervint Remus.
- … torse nu !
Le jeune Lupin resta bouche bée quelques instants, puis, sans prévenir, partit dans un grand rire franc et contagieux.
- Oh ! Mais je vois que mes malheurs t'affectent énormément, reprit Sirius avec un sourire en coin, au milieu des rires. Je vais donc m'arrêter là !
- Non ! S'il te plaît ! Que s'est-il passé ensuite ?
Sirius ne se fit pas prier pour continuer son petit numéro, tandis que les autres roulaient presque sur le sol.
- J'ai renié et renié, j'ai plaidé mon innocence toute blanche…
- Difficile à croire de quelqu'un qui proclamait être la plus grande menace étudiante de l'école, à midi !
- Il s'agit d'une affaire entièrement différente ! Quoi qu'il en soit, McGonagall a voulu me confronter avec l'auteur de cette odieuse dénonciation basée sur du vent…
- … et qui n'était autre que Thomas Kelsey, acheva Cathy avec une grimace de dégoût. Pas moche, mais une horrible petite cervelle.
- Thomas Kelsey, le Serdaigle ? s'étonna Lupin. L'ami de Kyana ?
- En personne, grogna Cathy. Et il était accompagné d'April Brookes, cette petite…
White qualifia la pauvre April d'un nom dont Remus était sûr qu'elle ne méritait pas, et qui fit repartir les rires de plus belle.
- Elle digère mal que McGonagall les ai mises toutes les deux sous un sort de Silence, murmura Peter à l'oreille de Remus, de manière à ce que tout le monde entende.
Cathy se retourna pour fusiller Peter du regard, mais ce fut Sirius qui reprit la parole le premier.
- Je suis fier de dire, cependant, que McGonagall a dû en plus immobiliser Cathy, qui s'était jetée sur April dès qu'elle a été incapable de parler.
- Quand tu ne peux pas plus aboyer, mords ! approuva Cathy avec un sourire d'ange légèrement psychopathe…
- Et qu'est-ce que tu as aboyé ! commenta Sirius avec un long sifflement d'admiration. Même notre chère Minerva en est devenue toute rouge d'embarras.
La jeune White fit une petite révérence, un grand sourire étalé sur le visage.
- Et finalement ? demanda avidement Remus.
- Finalement ? Eh bien, j'ai été innocenté, bien entendu ! Thomas a perdu dix points à Serdaigle pour avoir colporté des mensonges grossiers ! Et moi… et moi, j'ai gagné une bonne idée…
Lily cessa immédiatement de rire, et se redressa tout droit.
- Sirius ! Tu ne ferais pas ça, n'est-ce pas ? Je t'enlèverais cinquante points, tu sais que je le ferais !
- Je plaisantais, Lily jolie… mais je suis sûr que, si l'idée te déplait, ce n'est pas le cas pour tout le monde…
- Oh, l'idée lui plairait bien plus s'il s'agissait de James, je pense, suggéra Cathy avec un petit clin d'œil.
Les deux jeunes préfets de Gryffondor rougirent en un parfait synchronisme, et Remus sourit. Ce n'était vraiment rien, et tout allait rentrer dans l'ordre…
- En parlant de mordre, dit soudain Remus. J'ai loupé le dîner, avec tout ça, et j'ai une faim de loup !
- Ça, ça veut dire : « razzia en cuisine » ! s'écria Sirius avec entrain. James Potter, sortez votre cape, il faut aller nourrir le loup affamé.
Ils s'arrêtèrent tous soudain, et se tournèrent avec prudence vers Lily et Cathy.
- La préfète n'a rien entendu, dit Evans en levant les mains vers ses oreilles. La préfète va se coucher en compagnie de sa camarade de chambre et ne rien savoir de ce qui se passe dans le château.
Les quatre garçons se sourirent. Les Maraudeurs étaient à nouveau de sortie cette nuit-là.
C'est ainsi que, le lendemain matin, Remus se leva avec bonne humeur. Il s'habilla rapidement, bombarda de coussins la forme étalée de Sirius dans son lit, ouvrit grands les rideaux de James et lui ébouriffa les cheveux, et secoua Peter par les épaules.
- Debout, tout le monde ! Double cours de Divination pour trois chanceux !
James s'assit lentement au milieu des draps éparpillés, clignant des yeux dans la vive lumière du soleil levant.
- Remus, croassa-t-il d'une voix pâteuse. Comment se fait-il que, même si tu commences les cours plus tard que nous, tu te réveilles avant nous ?
Mais le préfet – sans doute soucieux de donner le bon exemple – ne protesta pas plus et se leva, grommelant à la recherche de ses vêtements. Peter et Sirius s'étaient tout simplement retourné dans leur sommeil.
- Sirius, Cathy nous attend pour le petit déjeuner, chantonna Remus en remplissant son sac. Peter, tu vas rater le petit déjeuner.
Il n'en fallut pas beaucoup plus pour que les deux intéressés se lèvent enfin, grommelant et rougissant un peu.
- Est-ce que quelqu'un t'a déjà dit que tu es obscène d'être de bonne humeur si tôt le matin ? grogna Peter en cherchant ses chaussettes.
- Ne t'en fais pas, ça va bientôt changer…
Peter stoppa net et rougit.
- Je suis désolé, Remus, je n'ai pas…
- Non, c'est moi qui suis désolé, coupa Remus, un peu embarrassé…
C'était vraiment son don de jeter un froid dans le groupe ! Pourquoi devait-il ramener les mauvais sujets aux mauvais moments ?
- Au moins, on pourra dormir en paix, intervint Sirius avec un demi-sourire, l'air un peu plus réveillé.
Remus lui sourit. On pouvait toujours compter sur Sirius pour ramener n'importe quel conversation sur le ton de la plaisanterie… et il préférait franchement en rire qu'en pleurer.
Le petit déjeuner passa trop vite au goût de Remus, et ses amis partirent bientôt vers leur cours de Divination. Lupin, ayant une heure à tuer, la passa à la bibliothèque, à prendre de l'avance sur ses devoirs. Et cette petite avance qu'il s'acharnait à maintenir allait lui rendre de grands services quand la pleine lune allait montrer son pâle visage d'argent.
Il
avait effectivement abattu une bonne partie de son travail lorsqu'il partit de
la bibliothèque – sous l'œil toujours vigilant de Mme Pince – et se dirigea
vers le cours d'Étude des Runes. Sa détention s'était très bien passé la
veille, Berry n'allait pas harceler Kyana…
Et en parlant de Kyana… Il venait justement de la repérer, se dirigeant
joyeusement vers les portes du Grand Hall… totalement à l'opposé de la salle de
cours.
- Kyana ?
Elle s'arrêta net et se retourna lentement vers lui, les yeux grands ouverts.
- Euh… oui ?
- Tu n'aurais pas oublié le cours d'Étude des Runes, par hasard ? demanda-t-il en souriant.
Il vit nettement le visage de la jeune fille se décomposer. Évidemment, en tant que Serdaigle, il pouvait aisément deviner à quel point rater un cours lui faisait horreur.
- Oh… suis-je bête, finit-elle par articuler. Mais il faut… que j'aille chercher mon livre…
- Tu vas être en retard si tu y vas. Tu n'auras qu'à suivre dans le mien, proposa gentiment Remus.
- Euh… d'accord. Merci, c'est gentil.
Il lui sourit alors qu'elle le rejoignait, fit un signe de la main aux amis de Kyana et ils se mirent en route vers leur cours.
- Pas encore l'habitude de la nouvelle horaire, mmh ?
- Ben non, je dois dire. Et comme tous les autres avaient une heure de libre, j'ai pas fais attention.
- Ouais, je comprends. Personnellement, j'aurais pu filer jusqu'à midi ! Je n'avais pas de cours juste avant et je n'en ai pas après. Et les autres sont en divination, dit Remus avec une pensée compatissante pour ses amis. C'est une chance que je sois un lève-tôt !
- Divination… Je me demande quel genre de cours ça donne. Tu ne regrettes pas de ne pas l'avoir pris ?
Il ricana un peu, pensant à ce que les autres lui racontaient de leur « cours » de Divination, mais se reprit bien vite.
- Non. J'ai déjà une idée de ce que les astres me réservent, ajouta-t-il plus pour lui-même que pour la Serdaigle.
- Personnellement, je n'y crois pas, dit-elle. C'est pour cela que je ne l'ai pas pris. Et parce que je ne peux pas être à deux endroits à la fois.
- Bof, selon ce que m'en dit Lily, ce n'est pas ce qui est de plus génial… Sauf que le thé n'est, semble-t-il, pas mauvais.
Kyana éclata de rire avant de relancer la conversation.
- Mais toi, combien d'options tu as choisi ?
Le cœur de Remus manqua un battement. Elle était là, la question dangereuse, le terrain glissant. Il baissa timidement la tête.
- Euh… deux, murmura-t-il, espérant qu'elle allait vite changer de conversation.
- Pourquoi cet air timide ? Il n'y a pas de mal à n'avoir que deux options ! Mais ça m'étonne. Tu pourrais en prendre plus que ça, non ?
Pas vraiment, non. Il en avait longuement discuté avec Dumbledore avant sa troisième année, mais sa… condition était un frein à ses études, malgré tous ses efforts, et il n'avait jamais été capable de suivre de front toutes ces options sans être complètement débordé. C'était sans doute son plus grand regret à Poudlard. Heureusement, ses amis l'avaient préparé avec acharnement à toutes sortes de questions indiscrètes sur ses options. Il releva la tête vers Kyana en souriant.
- C'est que j'ai pris les options qui m'intéressaient, tu vois ? Les moldus, je les trouve fascinants, tout comme les Runes. Soins aux créatures magiques, je peux aisément passer mon tour. Divination, non merci, récita-t-il soigneusement alors qu'ils entraient dans la salle de classe.
Tout n'était pas entièrement vrai, mais il se plaisait à croire lui-même à ces mensonges. Cela était plus facile. Il aurait adoré pouvoir étudier les Créatures Magiques, et l'Arithmancie, surtout…
- Et Arithmancie ? demandait justement Wald.
- Je déteste les maths ! Alors les équations… mentit-il avec un clin d'œil.
Kyana lui sourit, et ils prirent place côte à côte, au même endroit que la veille. Remus se pencha pour saisir son sac et, quand il se redressa pour en sortir ses affaires, il vit que Kyana était en train de sortir les siennes. Ses notes soigneusement prises de la veille, annotées – sûrement la veille, quand elle avait repris son cours pour l'apprendre – et son livre de Runes.
Il se figea sur place. Elle avait son livre de Runes. Et elle le savait, manifestement, puisqu'elle n'avait montré aucune surprise en le sortant de son sac… ce qui voulait dire… ce qui voulait dire qu'elle lui avait menti, tout à l'heure ! Mais pourquoi ? Sans doute parce qu'elle ne voulait pas faire le chemin avec lui, disait une déplaisante petite voix à l'arrière de son crâne. Elle n'avait pas tort, d'ailleurs, puisqu'il n'était qu'un menteur !
Il se recroquevilla, cherchant à éclaircir ses pensées, mais sa bonne humeur était partie, et il commençait à désespérer. Ses habituelles réflexions morbides reprirent le dessus. Il n'aurait jamais aucun ami. Quoi qu'ils puissent en dire tous.
- Euh… y'a un problème ? demanda gentiment Kyana.
Il la regarda en rougissant un peu, toute sa bonne humeur et son optimisme envolés.
- Et bien… non, pas vraiment c'est juste que… euh… Tu sais… Tu aimes bien Sirius, je sais mais… tu n'es pas obligée de me parler, balbutia-t-il avec difficulté.
- Pourq…
Elle s'interrompit brusquement, mais Remus ne chercha pas à en savoir la raison, fixant toujours le livre des Runes posé sagement sur la table. Ce ne fut que lorsqu'il entendit le grattement de la plume sur le parchemin qu'il osa enfin regarder dans la direction de Kyana. Elle s'était mise à gribouiller des notes avec frénésie. Il avait eu raison. Elle ne voulait pas être son amie, ni même avoir à lui adresser la parole, et elle n'avait pas trouvé le moyen de le lui annoncer gentiment, délicate Kyana. Maintenant, elle allait certainement l'ignorer pendant tout le cours… peut-être était-ce mieux de changer de place avant que le professeur Berry n'arrive.
Mais il n'eut même pas le temps de se chercher des yeux une meilleure place. Kyana avait arrêté d'écrire et poussait le morceau de parchemin vers lui tout doucement. Il fronça les sourcils. Le professeur n'était même pas encore arrivé ! Quel était l'intérêt de se parler par parchemin interposé ?
« Bon, d'accord, je t'ai menti. Mais ce n'est pas parce… En fait, tu m'as prise par surprise. Tu vois, l'exacte vérité, c'est que je ne voulais pas du tout venir au cours… Mais comme tu as déjoué mon plan si gentiment, je n'ai pas eut le choix de venir. »
Ah… elle ne voulait pas venir au cours. En quoi cela changeait-il les choses ? recommença l'horrible petite voix dans sa tête. Puisque c'était pour ne pas le voir…
Mais une autre voix, celle de Lily quand elle était en colère, rétorquait qu'il devait arrêter d'être aussi parano. Oui, c'était ce que Lily lui avait souvent dit… Mais pourquoi, alors, ne voulait-elle pas venir en cours ? Il se corrigea mentalement. C'était les affaires de Kyana, il ne devait pas y fourrer sa truffe !
Il sortit alors sa plume et écrivit rapidement.
« Tu voulais manquer le cours ? Pourquoi tu ne me l'as simplement pas dit ? »
La réponse ne tarda pas.
« Parce que je ne voulais pas que les autres le sachent. Et toi non plus… hum… »
Ca, c'était clair. Il ne fallait vraiment pas qu'il se mêle de ses affaires. Il ne put s'empêcher de demander, néanmoins :
« Moi ? Pourquoi ? Tu ne penses tout de même pas que je t'aurais vendu à Berry ? Si ? »
« Non… Mais tu aurais voulu savoir pourquoi je ne voulais pas venir au cours et j'aurais été obligée de te mentir encore »
« Pourquoi ?»
« Parce que… Tu voulais savoir pourquoi j'avais envoyé promener le professeur hier et je n'avais encore rien trouvé à te raconter. »
Alors là, ça devenait complètement nébuleux ! Tout ça pour ça ? Si elle ne voulait pas lui raconter la cause de ce petit problème, elle pouvait tout simplement le lui dire, et il ne la persécuterait plus !
« Tu crois que tu pourrais être moins clair ? uh ? »
« Et bien voilà. Ce matin, je me suis retrouvée face à deux choix. Ne pas venir au cours ou te faire croire que j'étais schizophrène. Comme je préfère que tu gardes une bonne opinion de ma personne, j'ai opté pour la première option. Mais tu as fait rater mon plan pour me sauver d'ici.
Et la raison pour laquelle je voulais me sauver d'ici, c'est que je me sentais beaucoup trop stupide pour te dire la vérité à propos du cours d'hier. »
C'était bien ce qu'il pensait… La tournure de la réponse l'amusait énormément, et il sourit en rédigeant sa réplique, non sans un regard au professeur Berry qui venait d'arriver.
« Donc… 1- Tu voulais effectivement m'éviter et 2- tu m'aurais menti d'une façon ou d'une autre… Hum… Mais tu n'avais qu'à me dire que tu préférais ne pas en parler. J'aurais respecté ton choix. Je suis Remus, pas Sirius ! »
« Si j'avais réellement voulu te mentir, j'aurais trouvé n'importe quoi, très rapidement. Mais je mens très mal, tu vois ? Alors je voulais me sauver. Et comme je t'avais dit que je te dirais pourquoi je t'ai fait avoir une détention. Mais je ne voulais pas que tu me prennes pour une folle ou une menteuse alors j'ai voulu trouver quelque chose d'intelligent à dire. Raté parce que maintenant, tu me prends pour les deux.
Alors voilà, hier, je disais de la fermer à ma petite voix intérieure parce qu'elle essayait de me convaincre que j'étais amoureuse de… euh… du type dont je parlais dans le train. Et je ne voulais pas qu'elle ait raison. C'est tout. C'est bête, je sais… »
Oh… il comprenait que ce soit embarrassant de raconter ça, en effet… Kyana était vraiment trop gentille… elle aurait dû l'envoyer balader !
Il lui jeta un petit regard en coin. Non, vraiment trop gentille. Il ne voyait pas ce que Sirius voyait de machiavélique en elle. Un agneau parmi les loups…
Voyant son regard, Kyana lui prit le papier des mains et ajouta une phrase.
« Je te jure sur tout l'Univers entier que c'est l'exacte vérité »
Il sourit. Bien sûr qu'il la croyait !
« Sur tout l'Univers entier ? Wouah, je n'en demandais pas tant ! Et non, je ne te prends pas pour une folle ni pour une imbécile.
C'est gentil de me l'avoir dit mais je suis désolé, je ne pensais pas que c'était quelque chose d'aussi personnel. Étant moi-même un adepte des combats intérieurs, je suis heureux de t'avoir porté secours, hier. Mais, conseil, si tu veux te parler à voix haute, assure-toi d'être au moins près de quelqu'un que tu connais pour faire passer tout ça sur son dos et ne dis pas de gros mots ! »
« Je tâcherais d'y penser, la prochaine fois ! »
Il lui sourit à nouveau et se tourna vers le professeur Berry, qui venait de commencer son cours. Mais du coin de l'œil, il vit la jeune Serdaigle tripoter le parchemin sur lequel était écrit toute leur conversation. Évidemment, elle ne semblait pas savoir quoi en faire. Délicatement, avec un sourire en coin, Remus lui prit le parchemin, le miniaturisa, en fit une toute petite boulette en le roulant dans ses doigts, et le goba tout rond.
Il aurait été facile de faire tout simplement disparaître le parchemin, ou de l'effacer. Mais il préférait faire ainsi. Ouioui, il protégeait le secret de Kyana et l'emporterait avec lui dans sa tombe !
Et d'ailleurs, la jeune fille le regardait avec de grands yeux et une expression de stupéfaction telle que, s'il n'avait pas eu un minimum de correction, il aurait carrément éclaté de rire.
S'il fut plus discret, cependant, cela n'empêcha pas le professeur Berry de remarquer son sourire. Et elle semblait beaucoup moins indulgente que la veille…
- Encore en train de parler, vous deux ? gronda-t-elle. Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ?
- Oh rien… désolé, professeur, répondit Remus en baissant les yeux. Je disais encore des bêtises mais elle ne semble pas les apprécier. Hum…
- Je vois… dit le professeur d'un ton sévère, apparemment excédée. Pouvez-vous me lire, M. Lupin, ce qui est écrit au tableau ?
Remus regarda rapidement la phrase runique écrite là-bas et poussa un soupir de soulagement intérieur.
- Euh… je crois qu'il s'agit de « La fortune appartient aux fous », phrase gravée sur le tombeau de Ulzic le Follingue. On croit qu'en fait, sa famille s'est trompée, et que l'inscription qu'il voulait était « la fortune appartient aux audacieux », qui ne diffère que d'une rune.
Berry se mit à fulminer distinctement.
- Très bien, M. Lupin. Dix points pour Gryffondor, annonça-t-elle sur le même ton qu'elle aurait utilisé pour en enlever.
Et c'était bien parce qu'il n'était pas Sirius que Remus décida de ne pas pousser sa chance plus loin et resta attentif tout le reste du cours.
