Bonjour tout le monde. Voici le chapitre 4 qui finalement ne sera pas l'avant-dernier mais probablement l'avant avant dernier, voire l'avant avant avant dernier. Je ne pensais pas que certaines scènes me feraient autant écrire. J'espère que vous aurez quand même à cœur de suivre cette petite fic sans prétention jusqu'au bout.

Excellente lecture à tous mais avant, RAR :

Clothilde Lonard : Pauvre petit chéri aux dents acérées ! Moi je veux bien le consoler… mais je blasphème. Merci beaucoup pour ta gentille review. J'espère que la suite ne te décevra pas.

Un immense merci également à Clairaice et à ma petite chérie pleine de talent : Auteur-Onirique.

Disclaimer : Rien n'est à moi, tout appartient à Hirano.

Chapitre 4 : Rejeter ce qui nous dérange

Elle déchaussa ses lunettes et pinça l'arête de son nez en exhalant bruyamment l'air de ses poumons. Elle n'avait pas souvenir de s'être un jour sentie aussi lasse et fatiguée. Elle tentait de se persuader depuis trop longtemps que la masse de travail qui s'était incroyablement accrue depuis le départ d'Alucard était en cause, que l'augmentation des préoccupations liées à l'état dramatique de la Grande-Bretagne l'épuisait nerveusement. Elle avait refusé de faire la moindre place dans son esprit aux paroles de la femme flic selon lesquelles ne pas s'être nourrie pendant plus d'un mois était certainement à l'origine de l'inextricable léthargie contre laquelle elle luttait jour après jour.

D'ailleurs, elle s'interdisait catégoriquement de penser durant la journée.

Mais quand arrivait la nuit et que l'agitation dans l'enceinte du domaine se calmait pour quelques heures, c'était comme si elle tombait dans un puits sans fond sans jamais parvenir à se rattraper aux parois.

Elle ne pouvait qu'y penser : la lumière du jour devenait difficilement supportable pour ses pupilles, les nuits de sommeil qu'elle s'autorisait étaient courtes et mouvementées et ne la reposaient pas. Les mets que Walter continuait de lui préparer, attendant sans doute un signe de sa part pour cesser de se livrer à cette mascarade ridicule, avaient un goût de terre dans sa bouche. Même le travail, qui arrivait pourtant en quantité, ne parvenait plus à capter son attention suffisamment longtemps pour la distraire de ses préoccupations égoïstes. Elle n'arrivait pas à se défaire de cette désagréable sensation de n'être qu'une spectatrice de cette risible caricature qu'était devenue sa vie. Quant à la situation de la fondation Hellsing… elle n'avait fait qu'empirer depuis le départ du vampire.

Seras avait pris le relais avec l'énergie inhérente à sa jeunesse et toute la bonne volonté dont elle était capable, il fallait bien le lui reconnaitre. Elle tentait maladroitement de marcher dans les traces de son maître, rencontrant un succès mitigé. La directrice sentait bien que la situation l'intriguait et l'indisposait tout à la fois. Malgré tout, la femme flic avait rapidement compris qu'il valait mieux garder pour elle ses questions concernant la disparition du vampire. Elle n'était au reste pas complètement stupide et la jeune femme était convaincue qu'elle n'avait pas mis longtemps à établir le lien entre sa transformation et le départ de son maître. D'une façon ou d'une autre…La draculina était à cet égard montée d'un cran dans l'estime de l'aristocrate.

Alucard l'avait faite après tout. Elle lui serait éternellement attachée, comme un enfant à son père – elle s'était du même coup longuement interrogée sur la nature du lien qui était censé les unir désormais et l'avait rejeté en bloc –. Celle qu'elle avait d'abord accueillie au sein de la fondation comme un poids non désiré faisait pourtant l'effort d'irradier d'entrain et de bonne humeur à chaque mission qui lui était confiée et ne semblait pas lui tenir rancune de ce qui avait dû provoquer ce départ précipité.

La directrice s'était souvent demandé ce qui avait bien pu la retenir entre ces murs alors que lui avait déserté. La logique aurait voulu qu'elle le suive. Si elle était son employeur, lui était son maître et elle-même ne le demeurait d'une certaine façon, que dans la mesure où Alucard lui restait obligé. Ce qui n'était plus le cas. Elle s'était fréquemment posé la question et un jour, elle avait franchi ses lèvres.

- Je ne sais rien des raisons qui ont poussé mon maître à quitter le manoir. Mais quelles qu'elles soient, je sais en revanche, qu'il ne me pardonnerait pas de vous avoir laissée seule.

Si son cœur fonctionnait encore, il aurait sûrement manqué un battement. Elle eut l'impression qu'il s'était serré l'espace d'une seconde. D'une seconde seulement.

Quelle fille naïve !

Bien qu'elle ne se soit jamais montrée particulièrement bienveillante envers Seras, elle dut s'avouer qu'elle était contente qu'elle soit encore là. Si elle ne se montrait, pour l'instant, pas aussi efficace que le déserteur, le zèle qu'elle mettait à compenser son absence en faisait sans conteste un bon élément.

Un maigre rictus aux vagues allures de sourire s'installa sur ses lèvres. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'elle lui mente elle n'était pas restée dans le but de la servir. Elle faisait ce qu'elle pensait que son maître attendait d'elle et d'une certaine manière, elle le savait avant même qu'elle ne le lui avoue.

C'était chose vaine. Elle aurait tout aussi bien pu s'épargner la corvée. Il ne reviendrait pas. D'ailleurs, ce n'était pas comme si elle le souhaitait… non. Elle ne le voulait pas. Elle ne s'en sortirait pas mieux s'il se montrait de nouveau. Elle le détestait pour ce qu'il avait fait d'elle, pour avoir trahi la confiance qu'elle avait placée en lui… Il ne fallait pas qu'il revienne.

- Mais ne vous méprenez pas. Ce n'est pas la seule raison qui fait que je suis à votre service, tenta de se rattraper sa subordonnée qui s'était à l'évidence rendue compte de la maladresse qu'avait entraînée son excès d'honnêteté.

- Ne te force pas civilités inutiles. Ton maître lui-même a cessé de se donner cette peine, lâcha-t-elle avec une amertume qu'elle n'essaya même pas de dissimuler.

- Oh…

Son vis-à-vis sembla hésiter un instant, visiblement déstabilisée par la remarque de la jeune femme.

- J'ai…, risqua-t-elle, j'ai l'impression que vous nourrissez une certaine rancune à son égard.

Pour toute réponse, le directrice ouvrit le premier tiroir de son bureau et en tira un cigare qu'elle inséra entre ses lèvres. Elle extirpa d'un geste sûr le briquet de la poche de sa veste et alluma calmement l'extrémité du cubain. Elle expira la fumée en d'épaisses volutes et plongea son regard acier dans les yeux écarlates, attendant la suite.

- Je suis prête à parier, bafouilla-t-elle manifestement mal à l'aise, que ce qui a pu se passer… relève d'une incompréhension toute bête…

Les sourcils cendrés se froncèrent légèrement et Seras déglutit.

- Une incompréhension ? répéta-t-elle d'une voix sourde.

- Ce que je voulais dire, tenta de se rattraper la vampire, c'est que je suis sûre qu'en dépit des raisons qui ont… euh… provoqué son départ, mon maître vous porte une considération autre que ce que vous imaginez.

Ton maître m'a abandonnée parce que l'occasion de se défaire de ses chaînes s'est présentée ! trancha-t-elle, polaire.

Presque au garde à vous, Seras tressaillit.

Integra nota le léger mouvement de tête de son employée en signe de désapprobation.

- Je ne peux pas vous décrire le lien qui unit mon esprit à celui de mon maître, voulut-elle expliquer, mais c'est comme si nous étions en quelques sortes connectés même lorsqu'il ne fait pas entendre sa voix dans ma tête… Je pressens ce qu'il ressent.

Elle pinça les lèvres alors qu'elle tapotait la tête de son cigare pour en faire tomber la cendre. Aurait-elle dû ressentir une telle connexion elle aussi ? La ressentirait-elle un jour ? Il y avait peu à parier que ce puisse être le cas maintenant que le vampire avait purement et simplement disparu. Quoi que la femme flic ait eu l'illusion de percevoir des intentions de son maître, il n'était simplement pas question pour elle de laisser ce regard utopique d'enfant candide influer sur ses résolutions et les convictions qu'elle s'était forgées.

- Qui penses-tu qui a fait de moi ce que je suis aujourd'hui ? ne put-elle s'empêcher d'objecter.

Le silence qui lui répondit était en soi révélateur du malaise qui avait envahi sa cadette.

- S'il était resté à la fondation, sois certaine que je l'aurais fait enfermer de sorte qu'il ait la possibilité de réfléchir à ce que faire de sa présidente un vampire peut induire comme conséquences pour les trente prochaines années !

Le cigare frémit entre ses doigts, faiblement mais suffisamment pour que son homologue le remarque. Le tremblement dans sa voix trahissait sans aucun doute possible la fureur qui l'agitait lorsqu'elle se penchait un peu trop avant sur le problème Alucard. Elle sentit son cigare se réduire en poussière sous ses doigts tandis qu'elle réalisait que c'était la première fois qu'elle mettait des mots sur ce qu'il avait fait d'elle.

- Moi, je suis heureuse qu'il ait fait ce qu'il a fait, reprit Seras d'une voix beaucoup plus assurée cette fois.

Les pupilles grenat vrillèrent les prunelles acier avec une impertinence familière qui lui noua l'estomac.

- Je suis d'ailleurs prête à parier que je ne suis pas la seule qui lui en sois reconnaissante, ajouta-t-elle.

Toujours immobile devant le bureau directorial, elle la considérait, le regard presque sévère, la mine affligée.

- Et je suis en même temps attristée que vous n'ayez pas compris les raisons qui l'ont poussé à le faire.

A son tour, la baronne plissa les yeux.

- Je me suis longtemps demandé pourquoi mon maître avait fait de moi un vampire, reprit-elle. Avec le recul, j'ai réalisé qu'il aurait sûrement pu trouver une autre solution que celle consistant à tirer à travers ma poitrine. J'ai compris la première fois que je vous ai vue qu'il y avait quelque chose de spécial. Une sorte de lien que jamais je n'aurais avec lui. J'ai rapidement pris conscience que j'occuperais toujours une place secondaire. Peut-être parce qu'à ses yeux je suis une enfant.

La femme flic l'observa longuement avant de reprendre la parole, comme pour s'assurer que ses mots avaient bien infusé dans l'esprit de son employeur.

- Digressions utopiques, balaya Integra d'un revers de la main.

- Je ne me trompe pas en vous disant que vous n'avez sûrement pas compris les intentions de mon maître, haussa-t-elle le ton. Je suis sûre de cette connexion qui existe entre nos esprits et – la respiration qu'elle prit semblait être une torture – il n'a définitivement rien d'une utopie. J'en suis sûre parce que ce qu'il me donnait à voir m'a longtemps été insupportable.

Le regard que lui adressa l'aristocrate était dur et inflexible. Où diable voulait-elle en venir avec ses allusions à peine voilées ? Cherchait-elle à l'apitoyer ? Comment pouvait-on dévoiler ses sentiments de façon aussi impudique ? …

Comment des propos aussi puérils parvenaient-ils à enserrer ses poumons dans un étau ?

- Plus j'y pense et plus je me dis que vous êtes la cause de ma transformation, avoua l'insolente recrue. J'ai peut-être tort de chercher une raison à ce qui m'est arrivé, Peut-être que je me pose trop de questions, que j'ai désespérément besoin de me dire que la tournure qu'a pris mon existence a un sens, un but précis… mais j'en suis à présent intimement convaincue. Si mon maître a fait de moi un vampire, c'est à cause de vous !

Integra la toisa par-dessus ses lunettes en recrachant fortement la fumée de son cigare, partagée entre l'agacement des insinuations à demi-mot et l'agitation que provoquaient en elle les confessions de sa subalterne. Elle aurait dû se poser la question des intentions qui avaient guidé les actes du vampire quand personne ne se posait celle de ses sentiments à elle ? L'idée que cette fille soit sérieuse dans sa démarche lui donnait un goût de sang dans la bouche.

- Dire que j'ai été jalouse des rapports qui étaient les vôtres… Que j'ai pensé ne jamais pouvoir m'immiscer dans cette relation si particulière qui semblait n'appartenir qu'à vous. J'ai pensé que vous n'aviez pas même besoin de parler pour vous comprendre, que vous le connaissiez sans doute mieux que je ne le connaitrais jamais. Jamais je n'aurais pensé pouvoir rivaliser. C'était un combat perdu d'avance.

Le discours que cette gamine lui tenait ne lui plaisait pas mais elle ne savait pour quelle raison, elle ne pouvait détourner les yeux ou simplement lui ordonner de se retirer.

- Nous n'avons que peu d'années d'écart Sir Integra. En dépit de ce fait et malgré les pouvoirs qui sont les miens à ce jour, j'ai toujours eu la sensation d'être minuscule et insignifiante… comme si votre ombre me cachait à son regard.

Sa gorge se noua tandis qu'elle luttait pour ne pas laisser transparaitre sur son visage le trouble qui la tenaillait.

- Ne l'avez-vous jamais vu ? N'avez-vous jamais remarqué avec quel regard il vous observe ? Avec quelle admiration ? Le fait qu'il cherche à vous pousser au-delà de vos propres limites ?

Au fur et à mesure qu'elle parlait, la voix de la femme flic montait d'une octave. Enfoncée dans son siège, le visage imperturbable, la baronne sentait bien qu'elle commençait à perdre son contrôle. Elle ne la croyait pas suffisamment bonne comédienne pour feindre un bouleversement aussi convaincant.

Devant le silence de la directrice, un ricanement échappa à la jeune femme tandis qu'elle semblait prendre conscience de son emportement.

- Je n'en ai peut-être pas l'air, poursuivit-elle, mais je vois ce qui se passe autour de moi, j'analyse… C'est comme s'il n'y avait que vous qui l'intéressiez sur cette terre et qu'il ne pouvait pas vous atteindre.

...

Integra parvint de justesse à contenir un sourcillement incommodé.

Ça devenait franchement ridicule. Elle n'aimait pas les débordements emplis de sentimentalisme. Les Britanniques en général n'en étaient pas friands et elle en particulier détestait ça. Mais lui adresser ce type de confession, à elle… s'agissant de celui qui avait été son vampire, son serviteur, son valet… un traitre… ça frisait l'indécence !

Alors pourquoi n'arrivait-elle pas à lui imposer le silence ? Pourquoi ne pouvait-elle empêcher ces frissons de remonter le long de son échine ?

Et surtout, surtout, pourquoi n'arrivait-elle pas à se convaincre que les babillements presque obscènes qui infectaient ses oreilles la répugnaient au dernier degré ?

Cet animal ne pouvait pas avoir corrompu davantage que son sang ! Impensable ! Inacceptable !

Elle tenta de chasser le vague sentiment de culpabilité qui commençait à s'entortiller autour de ses viscères tandis que la femme flic continuait le déballage irraisonné de ses états d'âme.

- Ses yeux ne sont braqués que sur vous Sir Integra !

Cette simple phrase sembla lui arracher les cordes vocales ce qui renforça la sensation de malaise au creux de l'estomac de la jeune femme.

- Et je le sais parce que les miens sont toujours tournés vers lui…

Stop !

- Est-ce que votre transformation vous a rendue aveugle à ce point ?

- Et vous vouliez l'enfermer ? Comme si cette situation n'était pas en soi une punition suffisamment cruelle ! Mon pauvre maître… il savait certainement ce qu'il faisait mais je ne peux pas m'empêcher d'être triste que vous le compreniez si mal.

Cette dernière remarque lui fit l'effet d'une gifle et sans savoir pourquoi elle se sentait aussi offensée par la réflexion, elle ne put se retenir de riposter.

- Je n'ai pas à comprendre ses motivations ! Non seulement elles ne m'intéressent pas, mais en plus elles n'ont pas leur place dans la décision qui devait être prise, l'interrompit-elle, piquée au vif. Il a désobéi à l'ordre le plus important que je lui aie jamais donné. Ses raisons importent peu !

En voilà une déclaration digne d'un tyran insensible et insensé…

Les yeux rouges clignèrent plusieurs fois. Pouvait-elle réellement l'avoir choquée ? Qu'elle fasse sien ce type de considérations étriquées ne constituait pourtant sûrement pas un inédit aux yeux de cette petite effrontée.

Les traits du visage encore enfantin se détendirent quelque peu. Elle ne semblait plus colère. Elle avait l'air abattu…

- Vous n'insultez pas seulement mon maître, vous insultez aussi mes sentiments.

Elle n'avait pas pour habitude de laisser ses subordonnés lui parler de la sorte et personne à part peut-être Alucard ne s'était jamais permis de la prendre de front. Nonobstant la pression incompréhensible qui comprimait sa poitrine, elle s'autorisa une moue sarcastique. La pomme n'était pas tombée bien loin de l'arbre.

Décidément, aussi indiscipliné soit-il, il fallait reconnaître au vampire son flair. Elle n'aurait pas cru la chose possible mais en dépit de son ascendance vampirique, elle appréciait cette fille de plus en plus.

La suite très bientôt.

Une petite review d'encouragement?