Un soir de plus, chapitre 4 : Une nouvelle vie
C'est la voix profonde et rauque d'un homme en colère qui me réveille ce matin. Apeuré, je me recroqueville sur moi-même, prêt à recevoir les coups. J'attends, la voix crie toujours, mais je n'ai pas encore mal. Étonné, j'ouvre lentement un œil, puis l'autre.
Un homme d'un certain âge me tourne le dos et hurle bien fort sur quelqu'un devant lui que sa grosseur m'empêche de voir. Il finit brutalement son boucan, insultant son adversaire et part d'un pas lourd.
Une femme de son âge me devient alors visible. Elle tient son visage entre ses mains fripées et sanglote doucement. Ses cheveux gris brillent sous la faible lueur du matin, et si je n'avais jamais vu de fantômes, j'aurais cru qu'elle en est un.
« Madame… » Commence-je pour la réconforter.
C'est plus fort que moi, j'ai toujours détesté voir les gens malheureux. Lorsque Remus est mort en duel contre cette saleté de Greyback, j'ai vite ravalé ma peine et mon désespoir et ai tout fait pour Hermione et Ron qui souffraient eux aussi énormément. Quand ils ont perdu leur père, j'ai accueilli la famille Weasley complète chez moi pendant près d'un mois. Je me sentais coupable et ma maison n'était pas si petite, il fallait seulement dormir trois par chambre et ne pas trop espérer d'intimité. Voir quelqu'un souffrir m'est tout simplement insupportable.
« Espèce de sans-abri, laisse-moi tranquille, je n'ai pas d'argent pour une mocheté comme toi! » Me crie-t-elle à son tour avant de partir en bougonnant.
Penaud, je réalise qu'elle croyait que j'allais profiter de son moment de faiblesse pour lui quêter de l'argent.
Décidemment, les sorciers ont beaucoup plus de points communs avec les moldus qu'ils ne veulent bien le croire : les deux communautés ont un grand mépris envers les humains qu'ils considèrent comme plus faibles.
Avec cette constatation des plus déprimantes pour quelqu'un de ma condition, je perds un peu de l'espoir qui m'est apparu hier au soir. Voilà pourquoi je m'étais refusé de croire en un meilleur avenir pour moi : l'espoir et la fiction se confondent dans notre monde. Espérer nous mène a un sommet fictif, mais lorsqu'on perd cette espoir, comme moi aujourd'hui, on tombe réellement et l'atterrissage forcé n'est pas des plus agréables. La réalité prend le dessus sur la fiction et qui est le perdant? Moi.
Encore. Une fois de plus.
J'entends un drôle de bruit qui semble venir de nulle part et réalise qu'il vient en fait de mon ventre. C'est incroyable : même quand je suis en plein désespoir, mon ventre est là pour me sortir de ma torpeur. Il est bien mon seul allié en ces temps difficiles.
Combien avais-je d'argent hier? Trente-cinq pence, non? J'ai un peu pour soudainement. Dans le monde sorcier, il était rare que je ne me fasse pas voler la nuit. Je fouille donc dans mes poches et c'est avec un grand soulagement que je touche les pièces froides de monnaie britannique.
Décidant que je peux me le permettre, puisque je prévois de légers revenus en mendiant aujourd'hui, je me rends chez Iris pour un petit-déjeuner qui gâtera mon ventre capricieux.
Le temps aujourd'hui est plus clément. L'air est très frais ce matin, mais un soleil timide promet une journée un peu plus chaude que les normes de saison. Il y a une légère couche d'humidité dans l'atmosphère, laissée par la pluie des derniers jours, qui me donne l'impression d'avoir un lourd poids sur les épaules, comme dans l'ancien temps. Quand le monde comptait sur moi pour le sauver.
Devant la porte de bois de la maison d'Iris, j'hésite un peu. Je n'aime pas l'idée d'entrer sans cogner. De plus, la dame m'a dit hier qu'on ne pouvait revenir qu'à sept heures, mais je n'ai aucune idée de l'heure actuelle. Je suis le « petit nouveau », je n'ai aucun moyen de savoir si ce que je fais est acceptable.
Au moment où j'allais cogner à la porte, une jeune femme, Olivia, si je me souviens des présentations d'hier, l'ouvre et nous tombons nez à nez, sans savoir quoi se dire.
« Je eum… » Dis-je. « Je n'osais pas trop entrer, je ne sais pas il est quelle heure. »
« On s'en fout de l'heure! » S'esclaffe Olivia. « Sérieux, penses-tu vraiment que l'autre s'occupe de l'heure à laquelle ses sales mendiants d'amis arrivent? L'important pour elle, c'est l'heure où ils partent! Regarde-moi, par exemple. Elle veut pas de moi trop longtemps dans sa maison. Pour le p'tit-déj, c'est bon, le souper aussi, mais après… »
Je prends le temps d'observer la femme qui se trouve devant moi. Jupe outrageusement courte, camisole coupée sous les seins pour laisser voir son nombril, il est facile de deviner comment elle s'y prend pour avoir les sous dont elle a besoin pour se nourrir et se laver, car il est évidant qu'elle apporte une grande importance à son hygiène corporelle. Ses cheveux blonds bien coiffés et son visage maquillé de façon provocante le prouve, seuls ses yeux rougis trahissent la quantité de drogue qu'elle a déjà prise ce matin.
« Bref, je dois te laisser, vois-tu, j'ai autre chose à faire que passer ma vie à discuter avec un con dans le cadre de porte d'une piaule. » Me dit-elle avec un air dédaigneux. Pourtant, lorsqu'elle part, je remarque qu'elle fait bien attention pour me frôler de façon suggestive. C'est maintenant mon tour d'être dégoûter alors que j'entre dans la demeure silencieusement.
J'enlève mes chaussures, mets les petites pantoufles et vais dans le salon. Je n'y avais pas vraiment prêté attention la dernière fois, mais le style de la maison est assez classique. Mignon, mais il ne convient pas du tout aux invités quotidiens de la maisonnée! Par contre, il me donne l'impression que le monde n'est pas si laid : les fauteuils noirs et la bibliothèque en bois ont quelque chose d'attachant.
J'emprunte la même porte qu'hier et me rend dans la cuisine qui arbore le même style un peu vieillot mais qui sera toujours à la mode. J'ouvre le réfrigérateur et m'étonne de la quantité de nourriture. Pourtant, je ne devrais pas être étonnée, la nourriture est proportionnelle aux nombres d' « abonnés » à la cuisine d'Iris. Décidant de me gâter, pour une fois, je me fais un petit-déjeuner à l'américaine. Deux œufs, du jambon, du bacon, des crêpes…
C'est délicieux! La veille, je n'avais pas osé prendre quelque chose de trop élaboré, mais ce matin, je trouve que je le mérite. Après tout, je n'ai plus rien sauf ça…
Après les deux minutes et 37 secondes dont j'ai eu besoin pour tout engloutir comme un porc, je mets vingt pence dans le pot qui a définitivement été vidé hier soir. Il ne me reste que quinze pence.
Ma vessie me ramène rapidement à l'ordre. Cela fait maintenant près de deux mois que je n'ai pas utilisé de vraies toilettes. Une ruelle, un pot dans la rue… J'ai le rouge aux joues juste à y penser. Dix pence m'a dit Iris hier. Quinze moins dix font cinq. Avec cinq pence, je n'ai carrément plus rien. Mais aujourd'hui je vais me ramasser de l'argent, c'est certain… Allez, j'y vais.
Comme Iris ne m'a pas dit où sont les toilettes, je retourne au salon : il me semble y avoir vu une deuxième porte. Effectivement, entre le foyer et une bibliothèque se tient une porte de bois qui porte un écriteau. Je m'approche assez pour lire : « Le pot sur la tablette est là pour accueillir votre dû! ». Comme un et un font deux, je devine tout de suite que c'est la porte que je cherche. Je cogne deux petits coups et comme la réponse se fait attendre, j'ouvre.
Il n'y a personne, bien. La chambre de bain est plus moderne que le reste de la maison, il y a une douche à ma droite et la toilette est à ma gauche. Un beau comptoir et un lavabo se trouve en face de moi et la tablette est bien en évidence au-dessus de celui-ci. Le pot où je dépose d'avance mes dix pence est identique à celui de la cuisine et je devine que tous les pots semblables à celui-là dans la maison doivent être destinés à récolter notre argent.
Je baisse mes pantalons et me soulage, puis me rhabille et me lave les mains. Cela fait du bien, je n'ai pas souvenir de m'être lavé les mains depuis que je n'ai plus de maison. Je passe aussi un peu d'eau sur ma figure et me regarde dans la glace. Mes cheveux en bataille sont gras et me rappellent ceux du professeur Rogue, qui doit être en pleine classe à Poudlard à ce moment-même. Mes yeux verts sont moins étincelants qu'avant, la Mort les a durement noircis, et sont toujours cachés derrière mes vieilles lunettes rondes cassées. Ma cicatrice est devenue pâle et plus discrète depuis la mort de Voldemort, mais il n'y a nul doute qu'elle restera visible jusqu'à ma propre mort. Dégouté de mon reflet, je sors de la pièce et de la maison puis retourne à « mon » marché, oubliant de regarder l'heure. Peu importe.
Après ce que j'estime être trois heures plus tard, je calcule mes « gains » : comme prévu, la journée a été plus fructueuse. J'ai déjà 1,85£! Je m'apprête à quitté le trottoir pour aller déjeuner chez Iris, quand un homme arborant l'uniforme de policier m'arrête :
« Minute, mon p'tit gars! » Dit-il en plaçant sa main droite sur mon torse de façon à m'empêcher d'avancer. « Il est interdit de mendier dans les rues, c'est la loi. »
« Oh, pardon, je ne savais pas… » Commence-je en m'excusant.
« Oui, et moi je suis le Pape! Allez, je te donne la contravention habituelle, tu as un mois pour nous la payer, ensuite, il y aura intérêts. » Il sort de sa poche son calepin de contravention et commence à écrire. « Quel est ton nom? »
« Quoi? Mais monsieur, je n'ai pas d'argent, je ne pourrai jamais payer à temps! » Je dis, paniqué.
« La loi, c'est la loi. Allez, j'ai pas de temps à perdre, ton nom. »
« Harry Potter, mais monsieur, vous ne pouvez pas me faire ça! Comment suis-je supposé trouver cet argent? Et c'est combien d'abord? »
« On sait tous les deux que les gens de ton espèce savent s'y prendre pour amasser de grosses sommes en peu de temps. » Dit-il avec hargne. « Tiens, prend ça et ne le perds pas, nous te retrouvons si tu ne paies pas. »
Puis il part, sûrement heureux d'avoir contribué à nettoyer les ô si belles rues de Londres. Mains tremblantes, je regarde le montant encerclé sur le papier : 28£. Il ne manquait plus que cela. Finalement, je crois que je vais sauter le déjeuner.
Ne sachant pas où aller, je m'enfonce dans les rues de Londres, seul, ma main droite crispée sur le bout de papier si gentiment donné par le policier. Tête baissée, je ne prête pas attention à l'endroit où mes pieds me mènent, si bien que je finis par foncer dans quelqu'un.
« Mon Dieu, pardonnez-moi, je ne regardais pas… » Je me confonds en excuses tout en me relevant.
« Ce n'est rien. » Me répond une voix masculine que je suis sûr d'avoir déjà entendu quelque part. Pourtant, je n'ai jamais eu une bonne mémoire auditive. Je regarde l'homme que j'ai bousculé et sursaute. C'est l'homme-mangemort encapuchonné d'hier! Aujourd'hui, son visage m'est encore caché, bien que la température soit plus clémente.
« Qui… qui êtes-vous? » Que je bégaie.
« Continuez sur cette rue jusqu'à la troisième intersection puis tournez à votre gauche. Aidez ces gens. » Dit l'inconnu avant de disparaître. Seigneur! Il a transplané, c'est vraiment un sorcier! Et un sorcier qui cherche à m'aider, de plus, puisque son dernier conseil m'a aidé.
Aidez ces gens, que voulait-il dire? Il faut absolument que je le découvre. Pris d'une impulsion, je me mets à courir dans la direction qui m'a été donnée. Je passe une intersection, puis deux, et à la troisième, je tourne.
Ils vont mourir. Je vais mourir si je les aide. Mais je dois le faire.
Stupéfié, je regarde le spectacle qui s'offre à moi et à la vingtaine de moldus en cercle autour de la scène. Quelqu'un crie à l'aide, un petit garçon. Une femme prend son téléphone portable et appelle la police, les pompiers, une ambulance, peut-être.
Mon instinct prend le dessus, je brise le cercle et m'accroupie près de celle qui doit être la mère du petit ange en pleures.
« Aidez-moi… » Pleure-t-il.
« Ne t'inquiètes pas, » le rassure-je. « Je suis médecin! » Énonce-je d'une voix forte de façon à ce que la foule m'entende.
.O.o.O.o.O.o.O.
Voilà le quatrième chapitre, j'espère qu'il vous a plu!
Je voudrais cependant vous faire part d'une déception : beaucoup, BEAUCOUP, d'entre vous m'ont ajoutez dans vos Story Alert ou encore Author Alert, mais plusieurs de ceux-là ne m'ont même pas laissé de reviews! Je suis déçue et je dois vous dire que j'avais plus ou moins envie d'écrire se chapitre. Je pourrais le faire uniquement pour moi et mes amies, ne pas le publier et ne pas avoir à écrire en une semaine et ne pas me sentir coupable si je suis en retard. Pourtant, non, je publie mes histoires sur Internet. Les auteurs comprendront, c'est frustrant de voir le nombre de Hits grimper en flèche, mais le nombre de reviews régresser…
Sur une note plus joyeuse, merci spécial à bulle-de-savon, history, Elfie, hinata-cat, catange, Eileen Ana et hermoni pour leur super reviews!! Vous ne pouvez même pas savoir à quel point vous modifiez le cours de mon histoire en m'écrivant, vous m'aidez vraiment à m'améliorer!
(plus de 2000 mots une fois encore, wow!)
