Je ne t'oublierai jamais

Auteur : junon2

Genre : drame/romance

Disclaimer : Tous les personnages et les lieux appartiennent à JRR Tolkien, sauf une partie de l'intrigue et Lorim qui sont à moi (mais je peux la prêtée, il suffit de me demander la permission ;)).

Résumé : rencontre entre deux êtres que tout sépare et qui vont s'entraider.

Avertissement : le premier chapitre respecte les événements racontés dans le livre et le film. Il est plus basé sur le film. Les autres chapitres ne se baseront pas sur l'histoire. Je profite du néant laissé sur le futur de Legolas pour écrire ma fic. Attention, je fais aussi référence au roman. Si vous ne l'avez pas lu ou que vous ne comprenez pas, vous pouvez toujours me poser des questions.

Note de l'auteur : Quatrième chapitre ! J'espère ne pas vous avoir fait trop attendre ;) (Ce n'est pas de ma faute de toute façon, si vous voulez je vous explique !). Si vous n'aimez pas les histoires tristes ou à l'eau de rose, je ne vous la conseille pas. Bon alors, comme d'habitude : en italique les pensées de Legolas et en 'normal' celles de Lorim! Bonne lecture. Vous pouvez toujours me laisser des commentaires et remarques en review car vos impressions et commentaires m'intéressent et m'aident à avancer. Mais je n'en veux pas à ceux qui ne le font pas (je ne laisse pas toujours de review quand je lis, je vous comprend ;)).

Autre remarque : le système de réponse aux reviews ayant changé, j'ai répondu par mail ou via le site aux personnes possédant un compte FF. Pour les autres, si vous désirez une réponse, laissez-moi votre adresse mail ; et je ferais un plaisir de vous répondre ! Sinon, pour répondre en vrac aux questions : pour publié sur le site, il faut un compte. Plus amples explications avec l'adresse mail ;).

Un énorme Merci pour vos reviews. Ils me font plaisir et m'aide à avancer.

Vraiment désolée pour le temps mis à publier mais j'étais (de nouveau) en stage, et puis il y a eu le tfe et les examens, mon voyage à Rome, mon déménagement et le fait que je n'avais plus le net . Sorry, mea culpa, désolée. Pour me faire pardonner, encore un chapitre est un peu plus long que les deux premiers et même que le troisième.

J'espère encore avoir quelques lecteurs (mdr) et que ce chapitre vaut le troisième ! Dites-moi ce que vous en pensez. J'ai eu dur à l'écrire !

Voilà, Nim', Ly, Caladwen7 et Anariel : voici la suite que vous attendez tant !

Confidences

« J'observe les couleurs chaudes du lever de la soleil. Le ciel se teinte d'orange et de rose, tons chauds qui illuminent la Cité Blanche et lui donne vie. Les premiers rayons de lumière caressent la plaine de Pélénnor.

Debout sur l'esplanade, qui surmonte la plaine, j'observe l'éveil du jour. Il est difficile d'imaginer qu'il y a quelques temps une grande bataille se déroulait aux pieds des murailles de Minas Tirith.

Je fronce les sourcils. Tout cela me semble si loin alors qu'il n'y a pas quinze jours que tout est fini. Une goutte d'eau dans un océan pour un être immortel comme moi. C'est vrai, que représentent quinze jours sur plusieurs millénaires ? Je souris à cette pensée. Vivre avec des mortels m'a appris à compter le temps et à lui donner un sens et de l'importance. Combien de temps pourrais-je encore jouir de la présence de mes amis mortels ? Comme j'aimerai pouvoir arrêter le temps !

Pourquoi avoir cette impression de longueur ? Peut-être à cause de tout ce qui s'est passé depuis la chute du Seigneur Noir et notre retour à Minas Tirith : la surprise d'Aragorn que l'on attend, la visite de la cité avec Gimli, les farces des Hobbits, les jugements et les discussions qui suivent le retour du roi au Gondor et … le réveil de Lorim et tous nos débats.

Lorim…. Pourquoi ce pincement au cœur quand je pense à elle ou que je mentionne son nom ? J'ai du mal à me comprendre par moment… Ma seule certitude est qu'elle représente un ancrage de plus qui m'empêche de partir, de rejoindre Valinor. Comment une personne peut-elle prendre tant de place dans votre vie en si peu de temps ? Ma sagesse d'elfe millénaire ne me permet pas de répondre à cette question.

Je souris. Lorim est un mystère irrésolvable. Quelque chose que je ne peux comprendre et résoudre…. Quelque chose qui représenterait un vide énorme si elle disparaisse de ma vie. Je fronce les sourcils… cette pensée me semble inconcevable.

Je me détourne enfin du paysage et me dirige vers l'entrée du palais. Je m'arrête et j'hésite : vais-je la voir ? J'imagine qu'elle n'est pas encore levée à cette heure matinale. Je peux toujours aller jusque là. De toute façon, Gimli et les Hobbits dorment et Aragorn et Gandalf sont trop pris par leur travail.

Avant d'avoir réellement pris ma décision, mes pieds ont emprunté un chemin qu'ils connaissent par cœur, presque aussi bien que les sentiers de ma forêt natale. Je m'arrête quelques instant face à la porte de la Maisons des Guérissons. Juste pour encore profiter de la brise fraîche et légère qui me caresse amoureusement le visage.

Quand j'arrive dans sa chambre, Lorim dort toujours. Je m'assieds près d'elle et me contente de la regarder. Je peux rester des heures à l'observer. Je constate que ses traits sont loin d'être paisibles, comme ceux qu'abordent généralement les dormeurs. À quoi peut-elle bien rêver ?

Son expression exprime la peur et l'angoisse. Je peux ressentir une immense tristesse auprès d'elle dont j'ignore la source. Mais chaque fois que je suis près d'elle, je la sens. Cette ombre triste la suit partout et tout le temps.

Elle s'agite et commence à bouger dans son sommeil, elle gémit et prononce des mots décousus et incompréhensibles. Je ressens encore plus sa souffrance morale. Ce n'est pas la première fois que je l'observe dormir, et à chaque fois, elle a ce comportement qui m'est incompréhensible. Il faut dire que les elfes ne bougent pas en dormant et ne font pas de cauchemar.

Je me lève de mon siège et m'approche. Je m'assieds sur son lit. Je fixe son visage tordu par la peur et la douleur. Elle sue et semble avoir très chaud. Elle se débat de plus en plus dans son rêve.

Comme à chaque fois, je pose ma main droite sur son front brûlant et je prends sa main dans mon autre. Je commence à lui murmurer des mots d'apaisement en Sindarin. Au bout d'un certain temps, elle arrête de gesticuler et son expression redevient calme et paisible.

J'enlève ma main de son front. Maintenant, elle est totalement calmée. J'ignore, si quand je lui parle dans ma langue natale, elle comprend, mais cela un effet apaisant sur elle. Je sens sa main serrer la mienne quand je veux l'enlever. Je reste un peu étonné…, mais si j'insiste pour la récupérer, je risque de la réveiller. Je lui abandonne donc ma main et je reste là à la regarder dormir.

Mes pensées s'égarent tout doucement. Je les laisse glisser vers le lointain. Grâce à elles, je peux revoir la couleur émeraude des grands arbres de ma terre natale ; je peux entendre le doux chant du vent et le murmure cristallin des rivières ; je peux sentir la douce caresse de la brise sur mon visage….

Pourtant, ensuite invariablement, je pense aux paroles de la Dame de Lorien et je me rappelle le chant envoûtant des oiseaux de mer. Je ressens au plus profond de mon être l'appel de l'océan et de Valinor. Ce désir que j'essaye d'enterrer resurgit subitement.

Je me sens de nouveau tirailler entre cette envie de partir rejoindre les miens et ce besoin de rester près de mes Compagnons. Pourrais-je partir pour Valinor avec d'autres elfes ? Non. Bizarrement, c'est une évidence. Jamais je ne pourrais les laisser, jamais je ne pourrais partir… pas après tout ce que nous avons vécu ensemble. Et j'en souffre.

Je souffre de ne pouvoir partir pour Valinor avec mes semblables, de ne pouvoir voir la mer et entendre son doux chant, mais je souffre aussi de savoir mes amis mortels, de savoir qu'un jour, je ne pourrais plus les voir ; de savoir qu'ils iront à un endroit où je ne pourrais jamais les rejoindre. Nous avons déjà perdu Boromir, et je sais qu'un jour très proche pour moi, les autres iront le rejoindre dans les grottes de Mandos.

Comment pourrais-je concilier les deux ?

Je sursaute légèrement en sentant une pression sur ma main. J'entend aussi sa douce voix, un murmure en fait : « Mon Seigneur, ça va ? » Je souris, j'ai bon lui dire de m'appeler Legolas, elle s'entête avec du Mon Seigneur ! Pour la rassurer je lui souri.

« Oui, ça va. » Je serre légèrement sa main pour la réconfortée. Elle me dévisage puis lâche ma main et s'assied.

« Vous aviez l'air plongé dans des pensées forts mélancoliques » me fit-elle remarquer.

Je me force à lui sourire : « rien de grave, ne t'inquiète pas. Tu vas mieux ? »

Elle me fixe de son regard clair et fronce les sourcils.

« Moi, oui, mais vous non. » me déclare-t-elle sur un ton sérieux et docte.

Je la regarde étonné. Hum, elle semble être presque guérie. Je ne la pensais pas comme ça, légèrement directive et autoritaire, mais c'est très léger et discret. Je ne peux m'empêcher de sourire.

« Qu'est-ce qui te fais croire que je ne vais pas bien ? »

« Votre air, vous semblez souffrir. Vous voulez m'en parler ? … » Elle se tait quelques minutes puis enchaîne très vite : « Oh ! pas que je prétendes pouvoir vous aider, je ne suis pas une elfe, moi, et je n'ai pas votre âge ni votre science… »

Je la regarde amusé et lui sourit. « Lorim, ça ira. Tu sais parfois les Humains sont plus perspicaces que les elfes. Mais ne t'inquiètes pas pour moi. »

Elle me fixe d'un air soupçonneux. Bizarrement à ce moment, je me dis qu'elle devrait rencontrer Mithrandir ! Ils s'entendraient bien à deux. À remarquer quand les gens leur mentent ou dissimulent une partie de la vérité.

Elle me lance un regard accusateur : « Bien, alors arrêtez de faire cette tête-là ! On dirait que vous déprimez. Et puis, même si je ne puis vous aider, ma mère disait toujours : raconte ce qui t'attriste, tes problèmes et ils te sembleront moins lourds quand tu les auras partagés. Je peux juste vous écouter, vous irez peut-être mieux après. »

Je souris franchement maintenant, elle est amusante avec son air de médecin. Quelque chose me dit qu'il est difficile de lui résister. Mais au fond, vu comment elle parlait de sa terre natale lors de nos dernières conversations peut être pourra-t-elle comprendre mes sentiments.

« C'est assez difficile à expliquer à un mortel, je pense». L'excuse est bien trouvée mais peut être pas suffisante. Elle me fixe de ses yeux clairs.

« Vous avez parlé à vos amis ? » me questionne-t-elle.

« Hum, non, pour deux raisons, ceux qui sont disponibles ne pourraient pas comprendre et ceux qui pourraient m'aider sont trop occupés pour le moment. » lui répondis-je.

En effet, seuls les Hobbits et Gimly avaient du temps à me consacrer et malgré toute leur bonne volonté, ils ne pourraient comprendre. Seuls Mithrandir et Aragorn pourraient réellement me conseiller, mais ils étaient trop pris par leur travail de réorganisation du royaume de Gondor.

« Ah ! d'accord…. Moi, j'ai du temps si vous voulez….» me fait-elle remarquer.

Elle est réellement têtue, il semble qu'elle veuille vraiment savoir. Hum, pourquoi ? Je peux émettre différentes hypothèses, en fait trois majeures : soit elle est très curieuse et désire satisfaire ce besoin ; soit elle n'a rien à faire et elle veut combler son ennui ; soit elle est inquiète pour moi et veut en quelque sorte me rendre la pareille en m'aidant.

Hum, je ne la crois pas curieuse, parce que si c'était le cas, elle aurait posé beaucoup plus de questions. Quant à être juste une occupation, je ne la sais pas si vile. Elle a un regard trop pur, les yeux sont le miroir de l'âme après tout. La connaissant et vu la manière dont elle me regarde, je peux sentir qu'elle s'inquiète.

Logique, même si elle est humaine elle a du remarquer mon air inquiet et triste de ces derniers jours. Il est vrai qu'à la longue de ressasser mes pensées noires, je me suis fait encore plus silencieux que de coutume. Je lui souris doucement. Elle a toujours ce regard inquiet.

Je crois qu'avec le temps, nous sommes devenus de bonnes connaissances. Nous avons passé beaucoup d'heures ensemble ces derniers jours et nous avons parler énormément, même de trop pour un elfe de mon âge !

Au fond de moi, je sais que si je n'extériorise pas mon malaise, je vais déprimer. Et après tout, un elfe peut mourir de tristesse. Et je sens cette dernière devenir de plus en plus forte chaque jour.

« Peut être que tu as raison … peut être que j'ai juste besoin de parler … . » je la regarde un peu. Elle a l'air fatiguée, ses cauchemars ne lui permettent pas de se reposer lors de son sommeil.

« Mais je ne voudrais pas te fatiguer, tu ne sembles pas encore être tout à fait remise. »

« Hum, je vais bien, Mon Seigneur, je suis capable de vous écouter. Ne vous inquiétez pas, ça ne va pas m'épuiser. » Elle me fait un sourire encourageant et rassurant. Dire qu'il y a quelques jours, c'était moi qui lui remontais le moral. Je me décide à lui rendre son sourire.

« Et puis nous sommes amis, non ? » me demande-t-elle soudain.

Là, elle me prend au dépourvu ! Ami, après seulement deux semaines de discussion, ça me semble court, trop court pour développer une amitié …. Mais c'est vrai que elle, elle n'est pas immortelle, elle est humaine. Je suppose que comme les Derniers Nés vivent peu, du moins d'un point de vue elfique, ils créent des liens affectifs plus vite. Et puis, si ça la réconforte un peu de penser que l'on est ami.

« Oui, nous sommes amis. » j'ai fini par lui répondre. Et moi aussi, ça me rassure. L'impression de n'être plus seul et d'avoir une amie qui me comprend, c'est rassurant même avec mes siècles de vie. Les elfes sont très sociables, du moins entre eux.

« Bien, alors vous pouvez me dire ce qui ne va pas. Les amis ça sert aussi à ça ! » Déclare-t-elle.

Là, elle marque un point ! Elle a raison : les amis ça sert aussi de soutient dans les moments difficiles. Et puis, j'ai réellement besoin de parler.

« Et bien, en fait, il y a deux choses qui me préoccupent et qui obscurcissent mes pensées ; surtout depuis la fin de la guerre….. »

Je reste silencieux un peu et me replonge au fond de mon cœur et de ses tourments.

« Tu vois, les elfes ont commencé à quitter Arda, ou la Terre du milieu si tu préfères. En fait, nous n'avons plus vraiment notre place dans ce monde que nous adorons et nous préférons partir pour Valinor.»

Je remarque son froncement de sourcils. Évidement, elle ne sait pas ce qu'est Valinor ! D'ailleurs, jusqu'à notre rencontre, elle savait très peu de chose sur les elfes.

« Pour tout comprendre, sache seulement qu'il y a très longtemps, les Valars ou dieux comme les appellent les Humains, ont quitté Arda et ont créer une île sur laquelle ils vivent depuis. Ils l'ont appelé Valinor. Certains Premiers Nés les ont rejoints dès le départ, d'autres sont restés ici. Mais tout elfe peut prendre la mer et gagner Valinor. C'est un privilège que seuls les Immortels ont. C'est là bas que part mon peuple, c'est là bas que nous allons tous.

Et c'est là bas que mon cœur désire aller depuis qu'il a entendu le chant des mouettes. La dame de Lorien m'avait prévenu, maintenant je souffre de ne pouvoir partir vers la mer pour la voir et de m'embarquer pour Valinor…. »

Je fixe mon regard sur le mur pendant quelques instants perdus dans mes sombres pensées.

« Pourquoi vous ne partez pas si c'est ce que votre âme désire ? »

Je rapporte mon attention sur elle et lui souris.

« Parce que je ne peux pas quitter mes amis. Tu vois pendant presque un an nous avons parcourus la Terre du Milieu ensemble, bravant plusieurs dangers pour arriver au Mordor et détruire l'Unique. Ce qui me semblait impossible quand nous avons quitté Fondcombe, s'est réalisé. Nous avons créé des liens immortels, que rien ne pourra détruire.

Nous sommes devenus amis, tous. Et, aussi bizarre que cela puisse paraître, même si je sais qu'un jour ils ne seront plus, je ne peux les quitter. Mon âme, mon cœur ne peuvent s'y résoudre.

Pourtant, je sais que un jour qui est proche pour moi, mais semble très loin pour eux, ils mouront tous. À ce moment-là, quand ils auront tous rejoint les Grottes de Mandos, seulement mon cœur acceptera de quitter Arda, de gagner Valinor. C'est seulement ce jour-là que je gagnerai la paix et que mes tourments me laisseront tranquille. »

Je me tais et j'écoute le silence qui s'est installé dans la pièce. Elle avait raison parler m'a soulagé. Oh, je n'ai pas gagné le repos de mon cœur mais je me sens un peu mieux maintenan,t que j'ai partagé avec quelqu'un mon fardeau.

Je sens ses mains se poser sur les miennes et légèrement les serrer. Elles dégagent une chaleur rassurante et bénéfique. Je ramène mon regard sur elle et je vois quelques perles glissaient sur ses joues blanches comme neige. Je lui souris. Pourquoi est-elle triste.

« Je …. Je …» Sa voix est basse et saccadée. Elle prend une inspiration avant de continuer.

« Je ne peux pas comprendre ce que ça fait d'être déchiré entre suivre son peuple ou choisir de rester avec ceux que l'on aime …, mais je sais une chose : c'est la douleur que vous ressentirez quand ils ne seront plus là. Cela je connais et je peux vous dire que ce sera pire que ce que vous ressentez maintenant. »

Je dégage une de mes mains et serrent les siennes. Je suppose qu'elle a déjà perdu quelqu'un qui lui était très proche, peut être son frère dont elle me parle parfois.

Je m'apprête à lui répondre quand le médecin arrive et me demande de sortir. Je lui souris et lui promets de revenir plus tard. Je la laisse aux bons soins des guérisseurs et je décide d'aller rejoindre Gimly. Pour une fois, il ne pourra pas se plaindre que je passe plus de temps avec une femme qu'avec mes compagnons d'aventures ! Je pense que Lorim a besoin de se reposer et d'être seule. Curieusemen, mes aveux lui ont rappelé de mauvais souvenirs et l'on fait pleurer. Je reviendrais dans la soirée pour voir comment elle va.»

« Je sens des larmes cascadaient sur mes joues. J'ai beau essayer de me concentrer sur ma broderie, je n'arrive pas à chasser mes pensées noires. Je soupire de lassitude et de fatigue. Je n'y arrive pas.

Aussi étrange que cela puisse me paraître, écouter ce qui tourmente le Seigneur elfe a ravivé mes blessures. D'habitude quand il vient, mes pensées deviennent plus gaies et j'oublie pour un moment mes tourments. Mais aujourd'hui matin, quand je l'ai écouté, j'ai senti mes blessures se rouvrirent et me faire mal. Depuis le matin, je pleure et je ressasse mes vieux souvenirs, joyeux ou non. Maudit soit cet elfe !

Le médecin m'a conseillé de faire quelque chose pour m'occuper l'esprit comme ça j'arrêterai de pleurer. On m'a donné de quoi broder et je suis sortie m'installer dans le jardin pour profiter du soleil. Je continue mon travail malgré les larmes qui brouillent ma vue.

Soudain, je sens une légère douleur au bout d'un de mes doigts. Je laisse tomber mon travail par terre. Mes larmes continuent leur lente descente le long de mes joues. Je porte mes mains à ma figure rougie.

« Pourquoi ? Pourquoi n'êtes-vous plus là ? » J'ai murmuré sans m'en rendre compte.

Je sens une présence près de moi. Lentement, je relève la tête et croisse le regard bleu azur que je connais si bien maintenant. Il me tend mon ouvrage avec un sourire qui se veut rassurant. Je n'avais même pas remarqué sa présence.

« Je peux m'asseoir ? » me demande-t-il.

J'essuie mes joues souillées et acquiesce doucement. Même si je le considère responsable de ma soudaine tristesse, il reste le seul qui s'occupe de moi et qui me réconforte.

Il s'assied et pose une main réconfortante sur mon épaule. Comme à son habitude, il ne dit rien et se contente d'être là. Je soupire et finis par réussir à calmer mes sanglots. Ma respiration est encore saccadée.

Je lance un regard en coin à mon compagnon, il n'a toujours rien dit. Brusquement, j'ai envie de tout lui raconter, de lui dire ce qui empoisonne mes rêves, ce qui assombrie mes jours, ce qui me tue un petit peu plus chaque instant aussi sûrement qu'une plaie ouverte peut tuer.

Je sens quelques larmes couler sur mes joues. Je frotte mon visage dans l'espoir de les effacer. Qu'est-ce que je donnerai pour que tout s'arrête ? Tout, y compris mon âme et ma vie.

« Ce matin tu m'as dit que ta mère te disait que l'on devait raconter ce qui nous attriste, nos problèmes et qu'ils nous sembleront comme ça moins lourds. » me déclare-t-il. Je tourne la tête, un peu étonnée, vers lui. Il attend avant de continuer, comme si il voulait que ses paroles se gravent dans mon esprit.

« Si tu veux parler de ce qui te rend si mélancolique, je peux t'écouter. » finit-il au bout d'un certain temps. Je garde le silence. C'est vrai, les guérisseurs m'ont souvent dit de raconter, que si je parlais je guérirai plus vite. Mais veux-je réellement guérir ?

J'en doute, mais j'ai bon vouloir mourir, je continue à vivre. Et la souffrance morale est ce qu'il y a de pire à recevoir quand on doit vivre ; et ce qu'il y a de pire à ressentir et ce qui tue le plus sûrement mais surtout le plus lentement. J'aurais préféré une mort rapide et non douloureuse.

Je relève la tête et fixe le soleil couchant. Le ciel change de couleur, il s'embrase alors que le soleil se couche au loin. Je préfère l'impression qu'il donne quand il se penche sur l'herbe ondoyante des prairies. Je me rappelle l'avoir souvent observer de la fenêtre de notre chambre quand j'étais enfant, avec à mes cotés mes sœurs et mon frère.

« La prairie me manque », ma voix est un léger murmure à peine audible, mais je sais très bien qu'il a entendu. « Ils me manquent, mes parents, mes sœurs, mon frère et sa famille, et …. mon époux. »

Je tourne mon regard vers lui, avec une question sur les lèvres : « Savez-vous ce que l'on ressent quand on perd un être qui nous est cher, que l'on aime ? »

Les mots sont difficiles à dire. Les larmes brouillent à nouveau ma vue et cascadent lentement sur mes joues. Le seigneur elfe me fixe avant de secouer la tête de manière négative. Je fais un effort pour continuer à parler, pour passer au dessus de mes émotions.

« Savez-vous ce que l'on ressent quand on a perdu tous ceux que l'on aime ? »

Les mots se brisent dans ma george. Les larmes coulent tel un torrent le long de ma figure. J'ai mal, horriblement mal là à l'intérieur. Je me penche légèrement vers l'avant et laisse les sanglots sortir. Je sens sa main appuyer un peu plus fort sur mon épaule. Il ne parle toujours pas, il se contente d'être là, de me soutenir moralement.

J'attends un peu avant de raconter que mes sanglots se calment. J'ai besoin d'extérioriser, de dire ce qui empoisonne ma vie, ce qui m'empêche de dormir, ce qui me fait vivre dans les ténèbres. Parce que maintenant, je sais que même si je le désire plus que tout, je ne mourais pas. Je vais vivre, et je vais devoir le faire sans eux.

« Je n'ai jamais cru que je devrais un jour vivre sans eux. Du moins je savais qu'un jour mes parents partiraient, peut être mon époux ou un autre membre de ma famille avant moi, mais jamais je n'ai pensé ou osé imaginer qu'un jour je serai encore la seule en vie. »

Je fais une pause et j'attends un peu. Juste pour voir s'il va m'interroger, poser une question ou l'autre. Les elfes sont étranges, du moins pour moi. Il est toujours silencieux et porte son regard vers le lointain. Jusqu'où peut-il voir ? Mais aucune question n'émerge de ses lèvres. Je le fixe un peu puis reporte mon regard blessé vers le paysage.

« J'ai grandi dans la prairie avec mon frère aîné et mes soeurs cadettes. Nous vivions heureux ensemble, en fait comme beaucoup de paysans mes parents pratiquaient l'agriculture et l'élevage de chevaux.

L'homme que j'ai épousé il y a 3 ans était un ami d'enfance. Mes parents ont facilement accepté puisqu'ils le connaissaient depuis toujours. Il était aussi un soldat qui suivait notre regretté prince. Ce n'est qu'après que tout à basculer. »

Je fis une pause dans mon récit. Cela était le temps heureux, quand la seule chose qui emplissait l'air c'était nos rires et nos discussions ; quand notre seule préoccupation était la récolte et les animaux. Cela est la seule chose dont j'aimerai me souvenir.

Je laissais couler quelques larmes et prit une profonde inspiration avant de continuer, avant de plonger dans l'horreur de la guerre.

« Et puis notre roi a semblé perdre sa raison, ce fut son conseiller qui prit le commandement du royaume. Peu à peu, nous fûmes envahi par les Orques sortis de Ortanc ou autre, j'ignore.

À la base, nous avions cru que notre roi nous protégerait. Nous avions une armée et de bons chefs. Ma seule peur fut que mon époux soit rappelé par l'armée. Et ce fut le cas, il rejoint Edoras et fut assigner sous les ordres de notre prince. À ce moment-là, je tremblais qu'il ne revienne pas, mais j'avais ma famille pour m'aider à supporter cette angoisse et ce doute.

Et puis un jour, en soirée, tout a basculé. Mon père et mon frère sont rentrés en trombe dans la maison de mes parents. Nous étions tous là : ma mère, mes 2 sœurs, l'épouse de mon frère et leurs 3 enfants et moi. Ils nous ont dit que l'on devait partir et vite. Personne n'a posé de question, nous avions confiance en eux.

Quand nous sommes sortis, nous avons compris. Les Orques étaient déjà dans le village, accompagnés par des Montagnards. Ils étaient armés. C'était horrible à voir. Ils brûlaient toutes les maisons du village, ils saccageaient tout ce qu'ils trouvaient. Ils tuaient tout le monde : femmes, enfants, vieillards et le peu d'hommes qui nous restaient. Il y avait des mares de sang partout, des gens qui agonissaient, qui hurlaient de peur et de douleur. C'était tellement horrible, un vrai cauchemar. J'avais si peur. J'ai serré un peu plus fort la main de mon neveu. »

Je cache mon visage dans mes mains et je recommence à sangloter. Comme j'aimerais effacer tout cela de ma mémoire, comme j'aimerai ne jamais avoir vu ou vécu cette horreur. Maudite soit la stupidité des hommes et leurs faiblesses. Maudit soit celui qui avait cru que jamais plus nous aurions à redouter le Seigneur Noir et son armée. J'inspire profondément avant de continuer, sachant très bien que le plus dur et à venir.

« Mais ce qui a suivi fût pire pour moi. …. Nous n'avons pas vraiment su fuir. Ce fût horrible, je pense n'avoir jamais crié autant de ma vie. Un groupe d'Orques nous a surprit. Et malgré tous les efforts de mon père et de mon frère, ils ont eu le dessus. Rien d'étonnant, eux étaient armés, nous pas.

Ils ont d'abord tué mon père, une lance dans le cœur. Puis ils ont tranché la gorge de mon frère, son sang s'est répandu à nos pieds et j'ai vu ma belle sœur tomber à genoux à côtés de lui. J'ai reculé en secouant la tête. Ma mère à mes côtés sanglotait et hurlait. Puis ce fût ma belle sœur, elle était à genoux en face d'eux, ils lui ont fait subir le même sort. Ma mère aussi mourut là, ils l'ont transpercé avec une épée. Puis ils se sont retournés vers mes sœurs et mes neveux. J'ai enfin su fermer les yeux pour ne plus voir. J'ai rapidement posé une main sur les yeux de mon neveu et j'ai continué à reculer doucement. Je n'ai plus entendu que leurs cris de peur et de douleur. »

Ma voix se brise et j'ai de plus en plus de mal à parler. Mes larmes sont tellement abondantes que je ne vois plus rien.

« Quand j'ai rouvert mes yeux, j'ai …. j'ai ….. Au mon dieu ! C'était tellement, …. je n'ai pas pu m'empêcher de crier et j'ai senti les larmes couler le long de mes joues. Je les ai vu là allongé par terre, baignant dans leur sang. La marre rouge continuait de s'agrandir et …. heu, je …. je ….. »

J'ai dur à continuer. J'ai tellement mal, là à l'intérieur. Raconter me fait ressentir les mêmes sentiments et les mêmes douleurs que ce jour-là ! J'ai senti sa main quitter mon épaule pour venir se poser sur mes mains jointes sur mes genoux. Ma voix est devenue très base et presque inaudible.

« Et puis, j'ai senti une pression sur ma main. Mon neveu était encore en vie lui et il pleurait autant que moi. La pression de sa main dans la mienne m'a sorti de ma transe. Je serrais plus fort et j'ai fait demi tour sur moi-même. Je lui ai dit de courir. J'ignore pourquoi, ni comment nous avons fait pour sortir de cet enfer. Mais quand la nuit est tombée, nous étions en sûreté et surtout en vie. D'où j'étais, je pouvais voir mon village natal brûlait. Je suis tombée à genoux et j'ai pleuré amèrement. Mon neveu est venu contre moi et a passé ses bras autour de mon cou. Il sanglotait doucement. Je l'ai serré pour le réconforter. Il a fini par s'endormir.

Nous avons gagné Edoras. Là, une autre mauvaise nouvelle nous attendait. C'est là que j'ai appris la mort de mon époux adoré. Il était tombé pour protéger notre Prince lors d'une embuscade d'Orques. Son cousin venait de le ramener mourant au palais. J'ai été anéanti par la nouvelle. Je venais de perdre ma dernière raison de vivre, du moins sur le coup, c'est ce que j'ai pensé.

Mais j'avais encore mon neveu et pour lui, j'ai enterré ma tristesse et fais un effort pour survivre. Je me suis raccroché à lui.

Et puis vous êtes arrivés avec vos amis et les mauvaises nouvelles. Nous avons quitté Edoras pour le Gouffre de Helm. J'ai pris la route avec le reste de notre peuple et avec la peur au ventre, celle de perdre le dernier membre de ma famille.

Et une fois arrivé, vous avez avec notre roi préparé la défense. Et pour cela, la décision de prendre les vieillards et les enfants pour le combat fût prise par notre roi. Ils ont pris mon neveu, malgré mes larmes, mes cris, mes supplications. …… j'ai passé la nuit à prier, à espérer qu'il reviendrait. J'avais peur pour lui, pas pour moi.

Mais il n'est pas revenu, comme beaucoup. C'est un des rares soldats encore en vie qui me l'a annoncé, une voix blanche et neutre. Et pour me consoler, il m'a dit qu'il était mort pour le Rohan. J'ai repensé à mon époux, lui aussi mort pour la même cause. Une femme m'a forcé à aller me coucher.

Ce n'est qu'au retour à Edoras que j'ai compris. Là, j'ai revu passer devant mes yeux leur mort à tous. Et j'ai enfin, pleuré et gémi pendant longtemps alors que tout le monde fêtait notre éphémère victoire.

C'est là que la douleur est devenue si forte en moi qu'elle était insupportable. Alors comme je n'ai plus rien à perdre, quand notre roi a décidé de partir pour le Gondor se battre, je me suis habillée en homme et j'ai prit l'épée de mon époux, seul souvenir de mon passé.

Je ne voulais pas comme notre belle princesse me battre pour protéger nos terres. Non, j'étais égoïste, je savais que je n'avais aucune chance. Je partais pour mourir au combat, pour rejoindre les miens, pour ne plus souffrir…. »

Je suis secouée par des sanglots qui ne finissent pas. Je n'arrive plus à parler tellement mon souffle est court. Je laisse sortir ma douleur par des larmes, ça apaise un peu ma douleur morale. Au bout d'un certain temps, j'ai repris ma respiration et je peux continuer à parler. Je relève la tête et jette un regard à mon voisin.

« Mais j'ai survécu à mon combat. Malgré tout ce que j'ai souhaité, malgré toutes mes actions et malgré mon désir de mort, je continue de vivre. Mais pas eux, eux sont morts.

Et maintenant je souffre horriblement de leur perte. Mes nuits et mes jours sont hantés par les images de leur mort, par les souvenirs. Et moi je reste là en vie. Pourquoi ? »

Je le fixe droit dans les yeux, même si je sais que c'est lui manqué de respect. Il a l'air si triste comme si il partageait ma douleur, comme si il comprenait ce qui me ronge. Brusquement, j'éclate en sanglots. Je désire les bras rassurant de mon époux autour de moi, ou ceux réconfortant de ma mère ou encore ceux consolant de mon frère. Mais je sais que c'est impossible maintenant, car ils ne sont plus là.

Je fais une chose que jamais avant je n'aurais pensé faire avant. Il a lâché ma main et semble chercher quelque chose à dire. Je me tourne vers lui et brusquement je me jette dans ses bras sans réfléchir. Je pleure contre sa poitrine sans pouvoir m'arrêter.

Il ne bouge pas. Je dois l'avoir choqué, mais ça m'est complètement égal. La seule chose que je désire c'est de la chaleur humaine, du réconfort. Au bout d'un temps assez long, je sens ses bras se refermer autour de moi. Là maintenant, je suis en sécurité comme avant avec mon époux et mon frère. Et je peux pleurer autant que je veux.

J'ignore combien de temps j'ai sangloté comme ça contre lui. Mes pleurs ont finis par diminuer et puis plus aucune larme n'a coulé le long de mes joues rouges. Je n'ai pas bougé malgré tout, je suis encore restée un peu.

J'ai tourné légèrement la tête et j'ai remarqué qu'il faisait nuit et que les étoiles brillaient dans le ciel noir. La lune était magnifique. Et moi, je me sens si fatiguée, si lasse. J'ai envie de dormir.

L'elfe se relève et me prend dans ses bras doucement. Pour la première fois depuis que j'ai commencé à raconter, il parle.

« On devrait renter et toi, tu dois dormir un peu. Tu as l'air épuisée. »

Je passe mes bras autour de son cou et me laisse porter comme une petite fille qui s'est endormie au coin du feu et que l'on porte dans son lit. Il me dépose doucement dans mon lit et s'assied près de moi.

« Ça va mieux ? » me demande-t-il gentiment.

J'hoche positivement de la tête pour lui répondre puis j'essaie de lui sourire.

« Merci » ma voix est un murmure.

Il me prend la main et me fixe droit dans les yeux.

« Pour te répondre à ta dernière question, si tu es encore là, en vie, c'est que les Valars l'ont et que ton temps n'est pas encore venu pour toi d'aller dans les Grottes de Mandos. Et puis, ne penses-tu pas que les tiens voudraient que tu fasses tout pour vivre et qu'ils veuillent que tu te battes pour ça. »

Je le fixe en penchant ma tête sur le côté, avant de lui répondre : « Sûrement que vous avez raison. »

Il me sourit avant de continuer : « Et puis même si c'est dur pour toi, tu finiras par réussir à supporter ta douleur. Et peut être que tu finiras par pouvoir surmonter tout. Tu verras tout ira mieux. Je vais te laisser dormir. »

Il me sourit et se lève. Je le regarde s'éloigner avant de me coucher et de sourire. Lui parler m'a fait du bien et il a sûrement raison quand il dit que bientôt ça ira mieux. Je ferme les yeux, et pour la première fois depuis longtemps, je vais peut-être pouvoir dormir en paix. »

Voilà, j'espère avoir réussi à rendre le récit de Lorim triste. Et remarquez, il est plus long ce chapitre que les autres. Bon alors, dites-moi ce que vous en pensez ! Promis, j'essaierai de ne pas vous faire attendre aussi longtemps pour le chapitre suivant.

De plus en plus long, je m'améliore ;)

Bisous à tous et à toutes.