"- Je vous demande pardon, Don Diego et Maître Leo, j'aurai du faire attention, s'excusa Benito lorsqu'ils arrivèrent à l'hacienda.

- Ce n'est pas de ta faute, protesta Diego, c'est ce maudit garnement ! Il n'a pas à te traiter comme ça.

- Benito, il vaudrait mieux que tu rentres, repose-toi, et ne t'en fais pas, ce n'est pas bien grave."

Le jeune homme hocha la tête et s'en alla tandis que Leo ordonna à Diego d'aller dans sa chambre. Ce dernier déglutit en se demandant quel genre de punitions il allait avoir. Il savait que son père serait sans doute mis au courant de l'incident par la bouche de Leo ou sinon de quelqu'un d'autres, après tout le village était petit pour qu'une petite bagarre infantile arrive aux oreilles du grand don de la Vega.

"- Diego, je croyais t'avoir dit de ne surtout pas prendre une épée en dehors de la grotte secrète ! Lui reprocha Leo.

- Je voulais défendre mon honneur, s'écria Diego vexé.

- Il y a honneur et risque ! Il était convenu que tu ne montres pas tes capacités d'escrimeurs !

Ce garçon vient de la grande académie militaire de Sacremento ! Tu n'étais pas de tailles même avec les prises que je t'avais apprises en quelques semaines...Imagine ce qui ce serait passé si nous n'étions pas intervenu ?

- J'aurai sans doute...

- ...perdu la vie ! Poursuivit Leo sur un ton de colère, Diego, ce garçon est agé de 4 ans de plus que toi, il va devenir un homme dans deux ans, il sait ce que c'est un duel, il en a surement vu dans son école. Un duel, c'est la vie ou la mort. Les deux combattants ont la vie de l'autre entre leurs mains. Si l'un est cruel, il tuera l'autre, par contre, s'il ne l'est pas, heureux celui qui a perdu."

Il marqua une pause guettant la réaction de Diego qui ne baissait les yeux.

"- Je sais ce que c'est, Diego, l'école militaire, j'y ai passé mes plus jeunes années...je l'ai quitté dès qu'on m'ait proposé d'entrer chez les Jesuites. Et crois-moi, j'ai préféré milles fois cette école...

- Je vais finir par croire que vous avez tout fait, remarqua Diego d'un air détaché.

Un silence s'installa, et le jeune don se demanda s'il n'a pas fallu mieux se taire. Une main se posa sur sa tête, il leva les yeux et vit que Leo souriait avec son air habituellement chaleureux.

"- Tu n'as pas tort, la seule chose que je n'ai pu faire c'était de me marier."


Un an plus tard.

"- Ah !"

Les lames s'entrechoquèrent. Leo para rapidement les coups du jeune Diego, maintenant âgé de 13 ans. Il avait progressé et le précepteur le remarqua très bien, ce n'était plus aussi facile de le combattre qu'autrefois, c'était même plus compliqué et plus dure. Diego attaquait avec une vivacité d'un lion, mais pouvait tout aussi créer des combos réfléchis qui déstabilisaient Leo. Sa défense aussi était parfaite, le professeur savait que son élève venait sans doute de le surpasser.

"- Maître, vous flanchez ! Le rappela à l'ordre Diego avec un sourire aux lèvres.

Leo bloqua de justesses la dernière joute du jeune de la Vega mais c'était sans doute une erreur car d'un coup bref et agile, Diego leva le bras brutalement faisant ainsi le faisant lâcher son épée. La pointe de l'épée de son élève se posa sur son torse.

"- L'élève finit par surpasser le maître, le félicita Leo en se souvenant des paroles de son jeune élève, bravo, Diego, ça fait deux fois de suites que tu me bats.

- Vous avez toujours des centaines de victoires de plus que moi, remarqua Diego en rangeant son sabre et tendant une serviette.

Leo ne dit rien, observant avec nostalgie le garçon qu'il avait vu grandir durant un an. Diego ne lui faisait pas attention, s'épongeant le front. Il se dirigea vers la petite source de la grotte secrète, se mouillant le visage.

Le jeune de la Vega avait bien grandi en un an. Ses cours d'escrime et d'équitations lui ont donné une silhouette avantageuse. Sa taille précoce était imposante et il avait presque atteint la taille de son père. Mais Diego allait sans doute encore grandir et le dépasserait sans aucun doute. Il avait laissé poussé ses cheveux noirs qui devenaient bouclés, lui retombant sur ses tempes et cachant ses oreilles. Il était devenu un bel adolescent qui attirait autant les jeunes filles de son âge que les jeunes filles en âge de se marier.

Leo s'assit à coté de lui pour aussi se rafraîchir.

"- Je pense que je n'ai plus rien à t'apprendre, Diego, déclara-t-il.

- Ne dîtes pas ça, je suis loin derrière vous, dit le jeune adolescent avec humilité.

- Je veux dire que je ne peux plus rien t'apprendre, je t'ai tout apprit, jeune renard, tu sais parler l'anglais, l'allemand, le français aussi bien que moi, tout comme l'escrime, tu peux apprendre seul, désormais.

- Vous oubliez l'arithmétique et le latin.

- Diego...en fait, je voulais te dire que je m'en allais pour l'Espagne dans quatre jours."

Le fils de la Vega se leva sous le choc de la nouvelle.

"- Vous partez ?"

Leo hocha la tête. Pendant un moment, il crut que Diego se mettrait en colère, mais ce n'était pas le cas, il paraissait uniquement surpris, étonné, choqué, abasourdi.

"- Vous ne reviendrez pas, n'est ce pas ? Demanda-t-il d'une voix étranglée.

- Non, je ne pense pas.

- Et mon père est au courant...

- Aurais-tu écouté au mur, petit renard ? Questionna Leo sceptique.

Le visage triste de Diego redevint un peu plus gai. Il éclata de rire, au grand soulagement de Leo.

"- Je me suis préparé mentalement à ça, avoua Diego, mais je ne savais pas vraiment la date exacte de votre départ.

- Evidemment, moi non plus je l'ignorai, ton père devait me renseigner sur les navires qui s'en allaient pour l'Espagne. Il va falloir que tu remédies ton habitude d'écouter au mur, je ne pense pas que ton père serait content de l'apprendre.

- Il n'en saura rien si je ne lui dis rien, répliqua Diego.

- Enfin, j'espère que quand je partirai, tu ne te sentirais pas seul, murmura Leo.

Diego ne répondit pas et rangea ses affaires.

"- Diego ?

- Ne vous inquiétez pas, je saurai me débrouiller...dit-il en se tournant vers son précepteur, de toutes façons, vous n'alliez pas rester constamment derrière moi."


Cher Diego,

Je n'ai pas eu le courage de te dire que je partais avant le levée du soleil, je sais que tu te réveilles toujours après et j'ai pensé qu'il fallait mieux que je parte de cette façon, je n'ai jamais aimé les adieux..

J'ai passé une bonne année avec toi, tu as été le meilleur elève que j'ai pu rencontré au cours de ma carrière. Tu as été comme un petit frère pour moi et je ne l'oublierai jamais. Tu m'as redonné l'envie d'enseigner de nouveau, de revivre en tant que Leo Zorro et non en tant que fuyard et bandit, comme je croyais le faire avant de te rencontrer. C'est toi qui m'as incité à accepter la fonction de précepteur que ton père m'avait proposé. Je pense que si c'était un autre garçon, j'aurai refusé.

Demain, je partirai pour l'Espagne pour une destination encore inconnue, je trouverai sans doute des familles ou des écoles qui ont besoins de professeurs.

Entraîne-toi encore à manier l'épée, bon c'est vrai que sans partenaire c'est compliqué, mais je t'ai appris comment t'entraîner quand tu es seul. Continue les exercices de gymnastiques mais n'abuse pas trop. Evite aussi de monter sur les toits et de grimper aux arbres, tu vas finir par te tuer !

Sache, jeune renard, que je ne t'oublierai pas.

Que Dieu te garde.

Amitié, Leo Zorro.