Merci à Terzima pour ses encouragements et son travail de traduction en version anglaise.
Un chapitre de type T que j'ai mis un temps fou à rédiger.
Bonne lecture.
Une nouvelle vie
Partie 4
« Nous t'aimons tel que tu es, et toi nous aimes-tu ? »
La question volait dans les airs, comme suspendue. J'étais suspendue à ses lèvres dans une attente insupportable. Sa main sur mon ventre (enveloppée sous les miennes) diffusait une chaleur familière et réconfortante. Il ne se détourna pas, fixement concentré sur moi, essayant de me dire je ne sais quoi sans murmurer un mot. Mais j'avais besoin de l'entendre.
« Je ne sais plus ce que je ressens. Je ne suis même pas sûr de ressentir quoi que ce soit. »
Mes yeux le quittèrent pour camoufler ma détresse, je fouillai le ciel sombre à la recherche de courage. Il m'en fallait une bonne dose pour admettre que je fonçais droit dans le mur.
Il retira sa main sans que je ne le retienne cette fois : il voulait s'éloigner encore. Mieux valait, en fait. Ma sensibilité était si accrue qu'elle débordait trop facilement et je ne supporterais pas de le voir se décomposer devant ma peine.
Contre toute attente, il s'allongea à mes côtés, de profil, distinguai-je. Il effleura ma joue avec une légère pression pour que je tourne mon visage vers lui. Je me laissai guider, rendue fébrile par ses doigts brûlants. Mes yeux papillonnaient autour de lui, sans franchement le regarder.
« Je n'ai pas grand-chose à t'offrir. »
Je me tournai de façon à être face à face. Sa tête était posée sur son bras replié, j'adoptai la même position. Sa main avait quitté ma joue qui gardait pourtant la marque de son passage.
« Bien sûr que si ! »
Ses sourcils formèrent un V. Je continuai sans en tenir compte :
« Tu refuses juste de t'ouvrir parce que tu as peur de souffrir et je le comprends, putain oui je le comprends ! Mais tu me laisses galérer dans cette histoire ! Je cherche la force de nous maintenir tous les deux mais je ne pourrai pas tenir indéfiniment, Brody ! »
Je baissai les yeux.
« J'ai peur », lui avouai-je dans un souffle.
Je sentais encore les digues de ma peine prêtes à céder et je voulais le lui cacher. Il m'attira contre lui de son bras libre qu'il posa sur mon épaule. J'enfonçai mon visage dans son cou, le respirant avec outrance dans un soulagement audible. Je le sentis tressaillir tandis que moi je me détendais. Je glissai mon bras autour de sa taille.
Nous restâmes ainsi longuement, je profitai de cette tendresse qu'il me témoignait et qui m'avait tant fait défaut. Sa main trainassait dans mes cheveux, puis elle descendit entre mes omoplates et s'y attarda.
« Tu n'as pas répondu à ma question.
-Laquelle ?
-Nous aimes-tu ? »
Pourquoi je persistais à le pousser comme ça ?
Il resta silencieux. Je relevai la tête pour lui faire face à nouveau. Ses yeux brillaient, son expression tentait de retenir quelque chose. Sa main continua doucement son chemin jusqu'au creux de mes reins dénudé par mon tee-shirt un peu court. Le contact de sa paume chaude m'embrasa, me faisant oublier toutes mes questions. Je fermai les yeux, me cambrai contre lui, avide de son corps. Il réagit à son tour, sa main faisant pression pour accentuer notre proximité. Ma bouche trouva la sienne comme un radar, son autre bras se délogea de sous sa tête et glissa sous mon cou pour se rabattre atour de ma nuque. Il m'embrassa lentement, contrastant avec la passion frénétique de nos corps qui se cherchaient. Son baiser se fit si profond que je perdis la notion de l'univers. Il n'y avait plus que lui et moi.
Nous.
Je savourais son goût particulier. Mon excitation était intensément douloureuse, amplifiée par tous ces mois sans lui. Une infime culpabilité me gâcha l'instant en repensant à ce pâle clone rencontré chez un épicier quelconque. Il avait assouvi le manque physique mais la plaie sur mon cœur était restée béante. Seul Brody pouvait la guérir, seul Brody pouvait me rendre heureuse.
Sa bouche dévia sur ma mâchoire, sa main s'enfonça sous mon jean, sous ma culotte, agrippant mes fesses. Mon désir devint insoutenable, menaçait d'exploser alors que sa langue traçait un chemin de feu sur ma gorge. Ma main se faufila sous son tee-shirt, devinant chaque cicatrice sur son dos. Il me fit basculer sur le dos et s'abattis sur moi, instinctivement je me contractai, j'avais quelque chose à protéger. Il le perçut et se figea, refroidit. Il fixa mon ventre, respira abondamment. Il me relâcha, se redressant malgré mes protestations.
« Allons dormir.
-Je ne veux pas dormir !
-Je suis fatigué. »
Il me tendit la main pour que je me relève. Je l'attrapai pour le tirer vers moi mais il avait anticipé. Il tira d'un coup sec et je dus me résoudre à me mettre sur mes pieds. Il avança, ne doutant pas que je le suive. Avais-je commis une erreur ? Cet enfant allait-il nous séparer ? Etait-il le fardeau de trop pour Brody ?
Dans la maison, les lumières étaient éteintes, seul scintillait l'applique dans les escaliers. Il n'y avait pas trace de notre hôtesse.
Dans la chambre, il verrouilla la porte, enleva son jean et se rendit à la salle de bain. Je fouillai dans le sac à la recherche d'un vêtement de nuit, sans résultat. Il ressortit et entra directement dans le lit.
J'éteignis la lumière.
La lune prit le relais, éclairant la chambre telle une lumière douce. Je fis aussi un passage par la salle de bain, me déshabillai complètement et entrai sous les draps frais. Je n'étais pas disposée à dormir mais j'étais trop fière pour quémander son attention. Je revécus la scène près du ru avec du recul.
Mon visage se tordit, je souffrais plus que jamais.
« Tu crois que je suis forte mais je ne le suis pas. » Rompis-je le silence. « Pas quand je porte ton enfant dans ta totale indifférence. »
Il ne bougea pas d'un millimètre.
« Tu connais mes sentiments pour toi », m'emportai-je follement devant son inertie. « Je t'ai tout déballé à maintes reprises ! Je t'ai tout donné ! Tout donné ! »
J'avais crié ces derniers mots, furieuse et accablée en même temps. Il se retourna brusquement, me faisant sursauter. Il se hissa au-dessus de moi, sur ses coudes pour ne pas m'imposer son poids.
« Et moi, n'ai-je pas suffisamment donné à ce monde ? »
De la colère ? Etait-ce ce qu'il exprimait ? Je clignai des yeux sous l'immensité de son regard qui était noir dans cette pénombre.
Je ne répondis pas, exaltée par la force soudaine qu'il dégageait. J'encerclai son visage, il attrapa un de mes poignets.
« Réponds ! »
La colère faisait vibrer sa voix, la rendant plus dure, plus virile, décuplant mon émoi.
« Qu'attends-tu de moi ? Réponds ! »
En cet instant, je voulais qu'il mette fin à mon supplice. J'étais embrumée par le désir, il m'était difficile de réfléchir. Je cherchai à l'embrasser, me tortillant comme une anguille, assoiffée. Sans prévenir, il se débarrassa de la barrière qui nous séparait et s'empara de moi avec rudesse. Je me crispai, pas de douleur mais de stress. Pas comme ça. Pas comme ça.
« Pas comme ça », parvins-je à articuler pour le raisonner.
Ce n'était même pas de la passion. Je ne savais définir ce qui se passait mais je n'en voulais pas. Je le repoussai avec force, il résista, poussant un long râle, insensible à mon refus puis il s'affala sur le côté.
Mon cœur battait jusque dans mes tempes. Je l'entendis se tourner de l'autre côté. Sur le dos, j'observai le plafond, les formes sombres et mobiles créées par la lune. Je voulais oublier la moiteur entre mes cuisses, la frustration du désir inassouvi et bafoué. Je voulais oublier mes erreurs, oublier mes actes, oublier mon amour. Je voulais oublier ma grossesse, oublier Brody.
Mais c'était impossible.
Ma poitrine se comprima. Une plainte s'échappa de mes lèvres sans que je ne puisse l'empêcher. Je sortis du lit et regagnai la salle de bain. Plongée dans le noir, je ne sus combien de temps je restai debout contre le lavabo avant de grimper à tâtons dans la baignoire. Je voulais effacer toute trace de ce dérapage. Je ne voyais pas quel autre terme utiliser pour définir ce qui venait de se passer. Une fois cette tâche accomplie, je m'autorisai à pleurer sous le jet d'eau tiède, mes larmes passeraient ainsi inaperçues.
En revenant dans le lit, je sus qu'il dormait. Je me blottis dans son dos (parce qu'il n'y avait que là que je voulais être), fermai les yeux et plongeai dans le sommeil, épuisée d'avoir pleuré.
Je me réveillai dans un sursaut, déphasée. Il faisait jour ? Oui, mais les doubles rideaux avaient été tiré pour adoucir cette lumière. Brody était là, tourné vers moi, les yeux rivés aux miens. Tout me revint en mémoire, alourdissant ma respiration. Je passai machinalement ma main sur ma bouche, histoire de vérifier que je n'avais pas bavé dans mon sommeil.
« Je suis désolé. »
C'était d'une sincérité audible et douloureuse. Et son visage était un livre ouvert. Mon menton trembla, mes lèvres aussi mais je me retins de craquer devant lui.
« Ne t'inquiète pas. »
Je tentai d'être nonchalante, peu concernée. Il n'était pas dupe.
« Je ne voulais pas te blesser. »
« Ce n'est pas le cas. »
« Carrie… », soupira-t-il.
Ma tête bifurqua sur le côté.
J'étais bien idiote de continuer ce cinéma. Il essayait de communiquer et cette fois c'était moi qui refusais cette possibilité. Il écarta le pan de drap qui nous séparait pour être plus près, me dénudant au passage. Je voulus me recouvrir mais il stoppa mon geste, examinant chaque parcelle de mon corps. Ce fut comme s'il avait appuyé sur un interrupteur. Son regard lourd rallumait tout mon désir brutalement. Il effleura d'une main légère mon cou, ma clavicule, un de mes seins. Ma poitrine se souleva comme sous l'effet d'une décharge électrique. Ses doigts contournèrent mon ventre, caressèrent ma taille, ma hanche, ma cuisse pour atterrir sur mon genou. Il cessa son exploration et je cherchai à savoir pourquoi. Le bleu de ses yeux était lumineux, aphrodisiaque. Je ne savais plus comment respirer.
Ma tension explosa quand enfin ses doigts se faufilèrent entre mes cuisses. Je les serrai convulsivement dans un frottement expérimental. Je me mordis les lèvres pour ne pas crier alors que le plaisir montait intempestivement, faisant tressauter toutes mes zones érogènes jusqu'à l'orgasme.
Sa tête se posa sur ma poitrine alors que je desserrai mes cuisses, amorphe.
J'avais connu la jouissance sous plusieurs formes mais celle-ci était une première. Elle avait été inattendue et puissante, aussi puissante que mon amour pour lui. Je l'aimais tant que son simple toucher, son odeur, la texture de sa peau était déclencheur d'extase.
« Nous devons partir. » M'annonça-t-il.
Il avait raison. La réalité me rattrapa avec la précision d'un boomerang.
« Je vais te ramener de quoi déjeuner, prépare-toi. »
Il était déjà hors du lit, enfilant son jean. Ses gestes étaient machinaux, peu convaincus. Avait-il peur comme j'avais peur subitement ? Il rangea le plan, nos affaires au sol, le sac de voyage.
« Brody ? » L'appelai-je urgemment.
« Oui ? »
Je m'étais assis vers le bord du lit, ridiculement enroulée dans le drap. Je lui tendis la main. Il approcha sans hésiter et m'ouvrit ses bras.
« Ça va aller. »
Ses paroles eurent l'effet escompté : je me sentis mieux, en sécurité, enveloppée dans ses bras.
La suite bientôt.
