La nuit d'Asparoth
Chapitre 4
« Bon Luffy, tu restes là sagement d'accord ?
- Ouich ! » répondit le capitaine la bouche pleine d'une délicieuse cuisse de sanglier rôtie. « Et sihj y'aich plush d'orkichias, jesh » Il avala goulûment « Je vais faire un mini jeu de force ou quelque chose du même style ou je laisse Ussop gérer !
- Tout à fait ! » le félicita Nami « Pendant ce temps je serais au casino d'accord ? Ne viens pas me déranger d'accord ?
- Même pour t'apporter une tranche de terrine de museau aux olives ?
- SURTOUT pour m'apporter une terrine aux olives de museau. Comment tu peux manger un truc pareil Luffy ?
- C'est super bon Nami ! Tu devrais ess…
- Non. »
Le capitaine soupira avant de se remettre à manger en compagnie de son tireur d'élite et de son médecin. « Bon après, on va jouer !
- Oui ! » s'exclama Chopper occupé à dévorer une montagne de sorbets aux goûts extravagants. Nami se dirigeait vers la sortie du restaurant avec le délicieux sentiment du travail bien fait quand Ussop la rattrapa par le poignet
« Hey Nami, pourquoi c'est moi qui doit gérer Luffy ?
- Parce que c'est toi qui me doit cinquante mille berries ! » Elle lui envoya un baiser avant de disparaître dans la foule.
« Elle va me le payer … » grogna le tireur d'élite en retournant à table avec son capitaine et le docteur. « Allez Luffy, envoie le pâté de museau ! J'ai une histoire fabuleuse à te raconter ! »
Zoro et Sanji étaient déjà dans une ruelle remplie de bars lors des adieux du groupe. Le cuisinier en robe pavanait fièrement avec sa couronne sur la tête, tellement fièrement qu'il en avait oublié qui l'accompagnait …
« Bon allez, maintenant on va manger et boire comme des trous ! » s'exclama virilement le cuisiner en montrant du doigt un bar qui lui semblait convenable. Il fit quelques pas avant de s'arrêter net, comme soudainement frappé par la réalité : Zoro l'accompagnait et n'allait pas tarder à lui gâcher la fête, comme toujours.
« Bon, enfin … Tu fais ce que tu veux. » marmonna le blond pour tenter de balayer sa précédente invitation sous le tapis poussiéreux de l'oubli.
« Euh … Bah si ça ne te gêne pas sourcil roulé, je … je vais rester avec toi en attendant de retrouver Luffy ou quelque chose du genre. » répondit Zoro en regardant les enseignes lumineuses autour de lui. Même si Sanji venait de le déposer dans la rue qui l'intéressait le plus, boire seul jusqu'au bout de la nuit n'était pas très passionnant. Par contre, boire avec son meilleur ennemi, se battre contre lui dans une ruelle crasseuse à la première provocation et lui montrer qui était le patron … c'était tout de suite plus intéressant !
Sanji ne put retenir un sourire. Alors comme ça l'algue venait d'accepter son invitation ? Voilà qui rajoutait un peu de piment à la nuit. Il restait juste à voir si le plat obtenu allait s'avérer bon ou tout simplement odieux … Le cuisinier aimait les défis et passer la nuit seul ne le tentait pas non plus.
« Très bien Marimo ! Je vais te montrer comment on s'amuse du côté de North Blue ! » Sanji prit la tête de la marche et descendit la rue quand soudainement, un hurlement puissant retentit juste derrière lui. Il n'eut pas le temps de se retourner que le sabreur s'accrochait à sa robe et sous l'effet de son poids (tout en muscle et en puissance) déchira plusieurs volants de tissu avant de s'effondrer sur le pavé.
Sanji regarda successivement sa robe massacrée et le sabreur étalé de tout son long sur le sol de la rue avant de … ne rien faire du tout. Il vit le sabreur se redresser péniblement, visiblement sans rien de cassé, et pester contre la terre entière.
« Putain ! Mes getas sont mortes ! » pesta-il en enlevant son autre chaussure et en remettant son kimono partiellement déplacé en place. Sanji pleura lui aussi sa robe massacrée et décida de l'harmoniser en retirant des lambeaux de tissu pendants. Il en profita aussi pour la fendre sur le devant pour marcher avec plus d'aisance.
« On va te trouver de nouvelles chaussures, ce n'est pas grave ça ! » s'exclama le cuisiner en s'approchant de l'épéiste pour voir s'il avait besoin d'aide pour marcher … Avec ses talons aux pieds, Sanji se sentait comme doté d'ailes.
« Ca serait trop beau pour toi Cook que je me casse quelque chose d'une manière aussi honteuse …
- Pas exactement … Ca me ferait juste perdre deux heures le temps de trouver Chopper pour qu'il te rafistole. Tu te casses la gueule, tu ne pourris pas que ma soirée alors ça n'est pas dans mon intérêt, crois-moi. »
Zoro grogna quelque chose et suivit plus bas dans la rue. « Selon le plan, tu devrais pouvoir acheter des chaussures pas très loin.
- Ca m'emmerde de devoir dépenser des ortitrucs pour ça. En plus j'en ai plus que … » Il leva sa main et essaya de lire le chiffre inscrit dessus à la lueur des enseignes et des lampadaires « Vingt-cinq mille quatre-vingt-dix-huit. »
Sanji s'arrêta net. « Quoi ? Tu es idiot en plus d'être …
- Non, je ne déconne pas, regarde ma main. » L'épéiste monta le dos de sa main au cuisinier qui put vérifier ses dires. « Oh putain. » Le cuisinier regarda sa propre main et y vit écrit les mêmes chiffres.
« D'où ça sort tout ça ? » demanda Zoro en retraçant mentalement le fil des évènements. Il ne lui semblait pas avoir fait quoique ça soit de remarquable …
- Ah je sais ! C'est parce qu'on a eu la couronne ! » S'exclama triomphalement Sanji. « Quand Nami-swan va app… » Il s'arrêta un instant. « Holalala, comme Nami-swan N'APPRENDRA PAS qu'on a touché le gros lot, on va pouvoir … faire la fête comme il se doit et même … économiser de l'argent !
- Ah bon ? Ça vaut combien en berries ?
- Cent fois plus. »
Après un bref calcul mental, Zoro ne put s'empêcher de manifester bruyamment et de façon peu élégante sa surprise avant de reprendre :
« Tu penses qu'on peut partager avec le reste de l'équipage ?
- S'ils en ont besoin, on avancera la monnaie mais s'ils arrivent à faire sans, on va garder notre petit trésor. »
Sanji ne pouvait pas s'empêcher d'être heureux d'avoir touché le jackpot avec son petit numéro de danse et d'acrobatie avec le sabreur. Même si c'était AVEC le sabreur, le résultat restait positif.
« Bon, allons chercher tes …
- Dites-moi chers fêtards, vous recherchez des chaussures de …
- Oui oui c'est bon j'en prends une paire ! » Décréta immédiatement Zoro. Il voulait en finir vite, pas passer la nuit à faire des boutiques pour trouver une paire de chaussures. « Elles sont à combien ?
- Seulement à cinq cents orichias, une offre spéciale vu que la euh … Enfin que la personne qui vous accompagne est le roi du concert de Pink Night ! »
Zoro tendit sa main vers le commerçant et Sanji cacha l'air de rien le montant affiché sur le dos de la main de son compagnon d'aventure. Une petite cascade d'étoiles dorées dégoulina de la main du sabreur et le commerçant lui tendit une paire de chaussures blanches et noires, assorties à son kimono mais dans un style assez … médiéval.
Zoro enfila les souliers de cuir dont l'extrémité avant se recourbait en spirale décorée d'un grelot d'argent et se dirigea sans plus de cérémonie vers le bar le plus proche.
« Attendez, vous n'avez même pas écouté les instructions d'usage ! » gémit le commerçant impuissant.
« Je veux bien les écouter moi … » dit Sanji, beaucoup plus consensuel et réfléchi que l'autre tête brûlée. Le cuisinier ne fut pas du tout déçu d'être resté écouter les fameuses instructions. Il remercia le commerçant et entra dans le même bar que Zoro. Ce dernier était déjà attablé, un tonnelet de whiskey et deux choppes sur la table.
Sanji s'installa sur la chaine en face du sabreur et quand il voulut commander à boire, une serveuse lui glissa une bouteille de bon vin dans la main et un verre à pied en cristal.
« Euh …
- J'ai commandé pour toi le temps que tu arrives. J'ai pris au hasard, j'espère que ça te convient. »
Zoro avait commandé quelque chose pour lui ? L'air de Fearlia rendait-il fou ou juste plus censé ? Le blond n'en savait fichtrement rien et se contenta de se servir un verre du divin nectar. Il en profita aussi pour regarder autour de lui la décoration du bar. C'était une sorte de mélange de style de l'ancien temps et de choses plus nouvelles : déconcertant mais pas désagréable. Des tables en bois massif parsemaient la salle aux dimensions imposantes, des animaux rôtissaient dans l'âtre et au fond de la salle, une scène de style music-hall/cabaret surplombait ce qui semblait être une piste de danse. Sanji ne put s'empêcher de rire quand il vit un orchestre s'installer sur scène pour jouer.
« Qu'est-ce qui te fait rire sourcil roulé ? » demanda le bretteur d'un ton bourru.
« Je crois que c'est le vin qui me …
- Et dire que je pensais que tu étais un homme … » soupira Zoro avec un petit regard d'invitation au défi.
« Allez, passe une choppe de whiskey, je vais te montrer comment on … »
Un battement de tambour soutenu par des cuivres résonna soudainement dans la salle. Zoro leva brusquement la tête et se leva sans dire un mot. Ses pieds battaient la mesure sur le sol alors que la musique partait soudainement dans quelque chose d'absolument démentiel : un mélange de swing et de tant d'autres choses …
« Bordel, qu'est-ce qui se passe ? » paniqua soudainement le sabreur qui n'arrivait plus à contrôler ses jambes. Sanji glissa de sa chaise, hilare. La voix puissante d'une diva s'éleva soudainement dans l'air, envoutant et quelque peu … démoniaque.
Les jambes de Zoro swinguaient avec élégance tandis que le reste de son corps résistait. Ses mains agrippaient désespérément ses sabres, faute de mieux et il avait l'air véritablement … en détresse.
« Laisse-toi porter par la musique ! » ricana le cuisinier en se relevant péniblement, le souffle court. Son corset l'étouffait littéralement mais pas suffisamment pour ne pas se moquer de l'épéiste.
« Danse avec moi ! » Implora presque Zoro alors que les cuivres semblaient presque se moquer de la situation en jouant un rythme plus difficile encore à danser.
Raaaah. Sanji ne pouvait pas refuser une invitation à danser aussi bien lancée ! Il entraina son cavalier sur la piste de danse pendant que la chanteuse et son acolyte masculin soupiraient sensuellement les paroles. La musique reprit de plus belle et Sanji ne peut résister à l'envie de montrer ce qu'il savait faire sur la piste de danse. Avant son passage sur l'île des travelots, il savait déjà danser mais après … il était devenu un as et avait appris à danser … de toutes les façons possibles. Tout ça, c'était pour l'entrainement, rien de plus et il avait été bien formé !
Sanji attrapa les mains de Zoro et tenta d'en tirer autre chose que des mouvements grossiers des épaules et les bras. Il fallait le faire swinguer, lui faire vivre la musique et juste … le faire paraître moins maladroit et ridicule qu'il n'était en réalité : la tâche était ardue mais Sanji adorait les défis.
« Mais tu fais exprès d'avoir l'air si nul ? » demanda Sanji le plus sérieusement du monde en voyant que Zoro n'osait même pas décoller les coudes de son corps. « Laisse-toi juste aller et surtout, laisse-moi faire ! »
L'épéiste lança un regard noir au blond et abandonna tout contrôle sur ses bras comme sur le reste de son corps. Le cuisinier le remercia silencieusement et le mena comme il se devait sur une telle danse : au feeling.
Il avançait, reculait, lâchait une main et faisait tournoyer le sabreur sur lui-même (ce qui était particulièrement amusant car sans doute humiliant pour lui) jusqu'au moment où le refrain résonna dans la pièce et secoua tous les danseurs jusqu'au plus profond d'eux-mêmes …
« It's voodoo mon amour ! » se laissa même aller Sanji en tournoyant élégamment sur lui-même tout en ondulant ses hanches. Il attira le sabreur contre lui avant de le repousser sans ménagement pour ensuite mieux le rattraper et le porter, courbé et sensuel comme une …
« Putain je ne suis pas une gonzesse ! » lui rappela Zoro exactement comme prévu. Ah, il n'avait rien d'une femme, c'était certain.
Sanji le redressa et attendit la fin de la petite séquence contrebasse avant de …
Le bretteur venait de reprendre l'avantage, il attaquait le cuisinier sur son propre terrain, avançait sans cesse, le forçait à tourner, à redoubler d'agilité pour ne pas trébucher, tomber sur d'autres danseurs et pour ne pas ternir sa réputation. Finalement, Zoro aimait beaucoup ses chaussons magiques qui l'obligeaient à danser à la moindre note de musique et lui donnait l'agilité d'un expert : il aimait les défis et plus que tout, il adorait défier Sanji.
« Alors c'est comme ça qu'on la fait ? » Le blond savait que la chanson allait sur sa fin et que dès la fin du solo des instruments, il faudrait frapper plus fort, prendre des risques et déstabiliser son adversaire.
Zoro lâcha sans ménagement les mains de Sanji et se laissa porter par la musique, ondulant les bras comme s'il était armé de ses sabres plus redoutables et affûtés que jamais …
« Je vais t'écraser blondinet.
- On va voir ça. » Quelqu'un leur jeta des roses et ils en mordirent la tige comme des loups sanguinaires aurait croqué une cuisse de cerf avant de tout donner pour finir en beauté.
Sanji bougeait si vite les jambes qu'elles semblaient emportées sous un tourbillon de dentelle. Zoro se servait quant à lui de ses bras avec plus de force et d'élégance, équilibré sur ses deux pieds, le front déjà couvert de sueur, les sourcils froncés, concentré comme le tueur qui s'apprêtait à mettre le coup de grâce. Le cuisinier dansait beaucoup moins impulsivement car il devait faire attention à ne pas tomber de ses échasses mais mettait tous ses pions sur ses fabuleuses jambes, qui, quand on les entrapercevait, étaient si sensuelles, puissantes et mortelles …
« Oh chéri … mon amour ! » conclut sensuellement le chanteur sur scène avant que l'orchestre ne parte dans une improvisation finale en guise de fin.
Les deux danseurs se regardèrent fixement, comme s'ils voulaient en venir aux mains (enfin, aux pieds et aux sabres) mais ils avaient trouvé là une distraction bien plus exotique et exigeante physiquement.
« UNE AUTRE ! » aboyèrent-ils en cœur à l'orchestre qui s'empressa, ravi, de répondre à leur demande.
« Ah y'a pas à dire, on s'amuse bien ! » soupira le cyborg en sirotant sa bouteille de cola en terrasse d'un café sur le port en compagnie du musicien qui avait opté pour un lait rehaussé d'une petite pointe de rhum.
« Oui yohohoho ! La fête est aussi réussie que dans mes souvenirs !
- Tu y as déjà été ?
- Oui ! Je n'étais alors qu'un jeune musicien … C'était il y a plus de soixante ans si ma mémoire ne me joue pas de tours !
- C'était aussi bien ?
- Non … Là c'est mieux ! » Brook tapota du bout des doigts un coffre de bois posé sur ses genoux.
« C'est quoi tout ça ? »
Le musicien regarda à sa droite et à sa gauche et s'approcha de l'oreille de Franky …
« QUOI ?
- Chut ! Pas si fort ! J'ai peur qu'on ne veuille me les dérober ! Je les ai gagnés à la sueur de mon front, même si je ne sue plus, et j'aimerais pouvoir les ajouter à ma collection sur le bate…
- Parce qu'en plus tu as une collection ?! »
Brook haussa doucement la tête, légèrement surpris par la réaction de son compagnon d'aventure …
« Tavernier ! Faites venir votre meilleure bouteille de bourbon ! Ce soir, on trinque à la collection de … enfin à la collection de mon ami !
- Yohohoho ! » chantonna encore le squelette en attrapant verre et bouteille et en se servant généreusement.
« A ma collection mon cher !
- A ta collection ! » reprit le cyborg en frappant son verre contre celui du musicien. « Hey mais c'est pas Robin là-bas ? » dit-il en montrant du doigt une élégante femme en arlequin qui passait devant le café.
« Si, c'est elle ! Allez, on … »
Une main décorée d'une bouche apparut soudainement sur la table.
« J'apprécie l'invitation mais j'ai bien trop honte de rester avec un chat géant et un squelette dénudé.
- Rho l'autre ! Elle est trop méchante ! » s'indigna le musicien en se levant, déterminé à retrouver l'archéologue dans la foule.
« Je vais à la bibliothèque ce soir. Je vous rejoindrai peut-être plus tard mais vu que je suis méchante …
- Oh non désolée Robin, il ne pense pas ce qu'il vient de dire. HEIN TU LE PENSES PAS SQUETLETTE ?
- Non, tu es très gentille Robin, juste un peu … dure.
- Je préfère ça. Bonne soirée vous deux ! » La main disparut dans une petite explosion de pétales, laissant les deux compagnons de boisson assez … dubitatifs.
« Au fait, elle est passée où la bouteille ? » Et si … « ROBIN L'A PRISE ! » crièrent-ils tous les deux à l'unisson en se lançant à sa poursuite dans la foule.
