3- UN MYSTÈRE A PERCER

Après un mois et demi de cours, le professeur Mcgonagall fit un bilan des élèves avec chacun des professeurs. Elle choisit de les recevoir un par un, sachant l'animosité entre Sirine Brighton et Severus Rogue. Globalement, les élèves n'avaient pas trop pris de retard. Au pire, certains avaient dû redoubler, mais cela ne semblait pas les déranger plus que cela. Quant aux migrants, ils s'étaient plutôt bien intégrés pour la plupart. Minerva était donc plutôt rassuré et contente. Les professeurs également eurent droit à un petit bilan du moins dans l'esprit de la directrice. Hagrid se montrait beaucoup plus prudent dans ses cours. Rogue, lui, se montrait à la hauteur du poste qu'il avait tant attendu même si elle jugeait ses méthodes toujours aussi peu avenantes et Trelawney, elle était fidèle à elle-même. Celle qui l'avait le plus étonné était Sirine. Elle avait su gagner le cœur des élèves. Le ministère n'avait pas compris le choix de Minerva mais les raisons de sa décision ne regardaient qu'elle. En contemplant la grande salle au moment du repas, elle était satisfaite. Ainsi, l'organisation qu'elle avait mise en place fonctionnait et si rien ne pourrait jamais effacer les noms inscrits à l'entrée de l'école, la vie reprenait entre tracas quotidiens et joies ordinaires.

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Après le dîner, alors que la salle commune de Gryffondor se vidait, Hermione s'approcha de Dean qui était encore en train de travailler. Cela n'était pas dans ses habitudes.

-Tu es encore sur ton devoir pour le professeur Brighton, Dean ?

-Je veux qu'il soit parfait. Je veux remonter mes résultats en études des moldus.

-Cet intérêt soudain pour cette matière vient sans doute de son professeur, ironisa Hermione amusé.

-Attends Hermione ! Tu dois admettre que c'est plutôt une belle femme, sourit Dean.

-Du point de vue d'un homme sans doute.

-Même Rogue la regarde, se défendit-il.

Hermione aussi l'avait remarqué. Mais connaissant son histoire secrète et particulière avec Lily Potter parce que Harry le lui avait confié, elle se demandait si Rogue ne voyait en Sirine Brighton qu'une pale copie de Lily Potter. Elle chassa cette idée de sa tête, Rogue ne portant d'intérêt qu'à lui-même, et après avoir salué Dean, elle monta se coucher.

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Sirine se rendait également à ses quartiers quand elle vit Rogue dans le couloir qui y menait.

Elle remarqua le masque de souffrance sur son visage. Il se tenait le bras. Dès qu'il l'aperçut, il essaya de reprendre prestance. Elle s'avança vers lui.

-Laissez moi vous aider !

-Je ne veux pas de votre aide !

Il essaya de s'éloigner mais la douleur devint intense, insupportable. Il dut se tenir au mur. Elle s'approcha et essaya de comprendre ce qu'il avait.

-Ca brûle, réussit-il à articuler, en serrant son bras et les dents.

Elle releva sa manche et il se laissa faire. La douleur était trop forte pour qu'il fasse quoique ce soit. Elle ne dit rien en découvrant la marque des ténèbres sur sa peau. C'était donc cela son secret ? La plaie saignait tout autour du tatouage et la peau était boursouflée. Elle se concentra et aussitôt Severus sentit la douleur s'atténuer jusqu'à devenir plus supportable. Comment avait-elle réussit cela ? C'était digne d'un médicomage confirmé.

-Venez !

Elle le conduisit dans ses quartiers, malgré ses réticences. Elle prit une serviette, un petit pot dans une armoire et le fit s'asseoir contre son gré dans le fauteuil qu'elle utilisait pour lire et se détendre. Elle se mit devant lui sur un tabouret et commença à lui mettre une sorte de baume sur le bras qui sentait la lavande. Il la regarda faire, intrigué, car il venait de découvrir que Sirine Brighton était une vraie sorcière capable de lancer des sorts sans baguette.

-Solandum, chuchota-t-elle.

Il ne connaissait pas ce sort. C'était vraiment une femme mystérieuse.

-Vous êtes bien silencieux.

-Tout le monde pense que vous êtes une cracmolle.

-C'est ce que je veux faire croire, reconnut-elle dans un demi-sourire.

Il ne comprenait pas vraiment pourquoi.

-Je ne possède pas de baguette. Je n'utilise que des sorts informulés.

Pour preuve, elle lança un autre sort sans même ouvrir la bouche.

-Il faut être doué pour avoir une telle maîtrise, remarqua-t-il en voyant sa marque s'atténuer.

-Ne dites pas cela. Je déteste la magie. Elle fait partie de moi et je n'ai pas d'autre choix de l'accepter, mais cela ne fait pas de moi un sorcier, raconta-t-elle tout en lui confectionnant un bandage.

-Vous êtes une personne vraiment curieuse.

Elle finit le bandage, ignorant sa remarque.

-Ne parlez pas de cela, demanda-t-il.

-S'il vous plait.

Il fixa son regard sur le sien.

-Je vous promets de me taire si vous dites s'il vous plait, répéta-t-elle.

Et puis quoi encore ! Fut sa première remarque. Il prit sur lui. Puisqu'elle connaissait la vérité, il valait peut être mieux ne pas se la mettre à dos, surtout maintenant qu'il savait qu'elle était sorcière.

-S'il vous plait.

-Ho ! Vous êtes donc bien capable d'un mot gentil. Même si ce n'est pas sincère, je prends.

Elle lui sourit et lui promit le silence.

Avant qu'il ne reparte, il remarqua une grosse boule de poils noirs au pelage difforme qui s'approchait doucement de lui, ressemblant à un gros chat. Elle avait un fléreur comme animal de compagnie ? Cet animal était presque impossible à domestiquer.

-C'est Seaclead.

-Étrange nom pour une créature tout aussi étrange, reconnu-t-il.

Ce que Sirine trouva le plus étrange, elle, c'est que Seaclead s'approche de Rogue sans montrer de signe d'agressivité. Peut-être n'était-il pas ce qu'il semblait paraître ?

Elle lui laissa le baume et il retourna dans ses propres quartiers.

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Intrigué. Voilà ce qu'il était. Une sorcière qui ne voulait pas l'être qui donnait des cours d'études des moldus sans parti pris à des sorciers. Quelle ironie !

Sa perplexité s'accentua quand il remarqua qu'elle passait beaucoup de temps à la bibliothèque, comme si elle cherchait quelque chose. C'était plus que soupçonneux. Pourquoi ne s'en était-il pas aperçu auparavant ? Ha oui, peut être parce qu'il ne s'intéressait pas à elle. Il commença à l'épier, essayant de voir les livres qu'elle consultait. Il posa des questions détournées à quelques élèves dont elle était proche. Mais elle était vraiment prudente. Comme si elle avait quelque chose à cacher.

Un jour, n'y tenant plus, il décida d'employer les grands moyens. Il tenta de s'immiscer dans son esprit.

Aussitôt, elle releva la tête vers lui, la colère dans les yeux. Elle avait bloqué son attaque mentale ! C'était une capacité très rare. Mais il n'eut pas le temps de penser à autre chose qu'elle était déjà sur lui.

-Si vous essayez encore une fois de lire dans mes pensées je vous promets que…

-Ou avez-vous appris l'Occlumentie ? la coupa-t-il essayant de rester impassible.

-Cela ne vous regarde pas !

-Pourquoi faites-vous croire que vous êtes sans pouvoirs ?

-Cela non plus cela ne vous regarde pas !

-Vous semblez cacher quelque chose.

-Autant que vous, professeur Rogue. Et je ne vous ennuie pas pour autant à ce que je sache.

Elle marquait un point.

-Si vous voulez savoir quelque chose de moi, vous n'avez qu'à demander.

-Qui vous dit que je m'intéresse à vous ?

Question stupide, surtout après ce qu'il venait de faire. D'accord, elle marquait un deuxième point.

-Depuis que je vous connais, la marque des ténèbres est réapparue. J'aimerais croire que c'est une coïncidence.

-Pourquoi pensez-vous que je suis la source de cela ? Je n'ai que faire de vous !

-Alors que recherchez-vous ? Et ne me dites pas que cela ne me regarde pas !

-Et pourtant je vous le dis !

-Je vous garde à l'œil Brighton ! dit-il en pointant son doigt vers elle.

-Si vous n'avez que cela à faire.

En la regardant partir, Rogue ne se rendit même pas compte qu'un léger sourire était apparu sur son visage.

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Julia s'était liée d'amitié avec les Wallace et s'était habituée à Poudlard. Elle se rendait à son cours de divination lorsqu'elle croisa Persius Mcfarlane qu'elle ne connaissait pas particulièrement. Ce dernier avait été renvoyé de l'équipe de quidditch de Serpentard par McGonagall suite à des excès d'insolence. Il l'empêcha de passer cherchant à la provoquer.

-C'est quoi ce look morbide ? Tu te crois chez toi ici ? Mais on n'apprécie pas les rebuts de ton espèce !

-Retire ce que tu viens de dire !

-Moldu ! Sale Rebut ! Débris ! T'es fini ! chantonnait-il.

Sous le coup de la colère, Julia lança un sort de stupéfixion pour se venger. Manque de bol, Rogue la prit en flagrant délit. Il réanima McFarlane qui s'enfuit sans demander son reste. Il y avait énormément de colère dans les yeux de son professeur. Julia le suivit jusqu'à son bureau. Elle essaya de lui tenir tête, mais elle sentait qu'elle n'était pas en position de force.

-Mais il a dit que…

-Je me moque de ce que l'on a pu vous dire ! Ce que je vous enseigne sert à vous défendre, pas à attaquer ! Si j'apprends que vous avez encore utilisé un sort sur un autre élève, je ferais en sorte que cela soit votre dernière action dans cette école !

Elle baissa la tête. Comment lui expliquer qu'elle regrettait ?

-Si vous tenez tant à vous défouler je vous conseille le terrain de quidditch !

-C'est une bonne idée, professeur, mais je ne le ferais pas car vous me l'interdirez !

-Quelle insolence ! Pourquoi interdirais-je à un de mes élèves d'être joueur pour ma maison ?

-Parce que… je suis une sang de bourbe !

Bon sang ! Cela allait encore lui retomber dessus. Pourtant il était sûr de n'avoir jamais énoncer cela. Il avait appris à détester cette injure depuis ce funeste jour où il l'avait prononcé et perdu pour toujours la seule amie qu'il avait eue et accepté tel qu'il était. Lily…

Il baissa d'un ton.

-Avez-vous si piètre opinion de vous-même pour vous insulter de la sorte ?

-On m'a dit que les gens de Serpentard n'aimaient pas les né-moldus.

-Ce temps est révolu, Miller. Vous êtes à Serpentard parce que le chapeau miteux a pensé que vous aviez les qualités pour. Il serait temps de prouver que vous en êtes vraiment une.

-Et s'il s'était trompé ? Cela ne lui est jamais arrivé ?

D'un signe de la main, il désigna la porte. Pour lui, la discussion était close. Il en avait oublié de lui donner une punition.

Elle croisa Sirine en sortant du bureau.

-Julia ?

Elle devina qu'elle avait dû se prendre une soufflante, une fois de plus. A croire que Rogue prenait Julia pour un bouc émissaire.

-D'accord, qu'est-ce qu'il a encore dit ? soupira-t-elle.

-Rien professeur.

-Vous mentez mal.

-Je vous le jure professeur. Il m'a juste rappelé que… j'avais ma place ici, si je le choisissais.

-Il vous a dit cela ? s'étonna la jeune femme.

-Pas… en ces termes.

-Je me disais aussi.

-Professeur je voudrais me présenter pour le poste vaquant d'attrapeur.

Elle ne put s'empêcher de lui offrir un sourire.

-Je suis étonnée que vous ne l'ayez pas encore fait. Il faut savoir saisir sa chance quand elle se présente. Il est rare qu'elle se présente deux fois.

-Mais si j'échoue ?

-Vous auriez alors la satisfaction d'avoir essayé. Est-ce que cela ne vaut pas le coup ?

Avoir le soutien du professeur Brighton et l'aval bien qu'implicite de Rogue la décida.

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Le week-end suivant, quelques jours avant Halloween, Serpentard affrontait Poufsouffle avec Julia en tant que nouvelle attrapeuse. Cyrus Mansfield, le capitaine de l'équipe avait été surpris de la facilité avec laquelle elle pouvait voler. Il l'avait choisi par dépit après le renvoi de McFarlane. Mais après l'avoir vu à l'œuvre à l'entraînement, il commençait à avoir espoir de sortir son équipe du gouffre. Quitte à perdre, autant que cela soit avec honneur.

-Je vois que vous avez une nouvelle attrapeuse, Severus. Je suis contente que vous lui ayez demandé de faire partie de l'équipe de Serpentard.

Demandé ? Ce n'est pas vraiment le mot qu'il aurait employé.

-Est-ce que vous cachez quelque chose Minerva ?

-Ho ! A quel propos ?

-De votre professeur sans couvre-chef, laissa-t-il échapper.

Elle comprit de qui il parlait, Sirine laissant toujours ses cheveux à l'air libre. Jamais on ne l'avait vu avec un chapeau quel qu'il soit, si ce n'est un bonnet les jours de grand froid. Elle suivait plus la mode moldu que sorcier.

-Sirine Brighton est un secret pour vous Severus. S'il y a quelque chose à découvrir, à vous de le trouver.

-Vous pouviez tout simplement me dire que vous ne pouvez rien dévoiler.

-Sans doute, dit-elle amusée. Je suis cependant surprise que vous vous intéressiez soudain à elle.

-Je n'ai aucun intérêt pour elle, se défendit-il.

Il faillit lui parler de sa marque mais se retint. Son attention revint au match. Il vit que Julia se débrouillait plutôt bien. Et il se rendit compte qu'il ne connaissait rien d'elle, hormis le fait qu'elle était orpheline. Puisqu'elle était de sa maison, il devrait prendre à cœur son bien-être dans l'enceinte de l'école. Mais il n'en était rien. L'avait-il vraiment évité, même inconsciemment, parce qu'elle était enfant de moldus ? L'orgueil des Serpentards… Ainsi, il était resté tourné vers le passé. Il pensa soudain à ce que Julia avait fait et à ce qui avait pu la conduire à cet acte. Si elle n'avait pas blessé son adversaire, son geste n'était pas anodin. Tom Jédusor était devenu Voldemort parce qu'il avait grandi sans amour et dans la haine de sa naissance, en plus de sa recherche du pouvoir. Severus se devait de ne plus jamais laisser le même genre de germe grandir dans sa maison. Cette année, il allait redonner honneur et prestance aux Serpentards. C'est alors qu'il prenait cette décision que Julia attrapa le vif d'or à la suite d'une acrobatie osée sur son balai, évitant de peu de tomber. Serpentard venait de gagner le match. Etait-ce bien ce qu'il voyait ?

-Vous revenez dans la course, sourit Minerva. Serpentard ne finira peut-être pas dernier cette année.

Serpentard fêta cette victoire comme si la coupe des maisons avait été gagnée. Rogue autorisa les élèves à partager un goûter dans la grande salle pour mettre à l'honneur leur nouvelle héroïne. Il fit même une apparition et félicita Julia avec toute la retenue dont il avait l'habitude. Elle le remercia et à partir de ce jour, un respect certain s'installa entre eux. Elle osa même lui demander un jour conseil pour un devoir de potions qu'elle n'arrivait pas à comprendre. Il lui conseilla la lecture d'un livre adapté pour les débutants et elle s'en sortit avec un timide C. Pour elle qui était abonnée aux E, c'était une première. Elle commençait vraiment à se plaire dans l'école, entre ses nouveaux amis et les entraînements de quidditch. La seule chose qu'elle regrettait était de ne pouvoir se rendre à Pré-au-lard. Son cousin, qui avait sa tutelle, ne voulait pas être lié avec l'école. Elle n'avait donc pas l'autorisation d'accompagner Tony et Miranda. Ces derniers lui ramenaient toujours un petit quelque chose de chez Honeydukes. Ils ne lui disaient pas que c'était Sirine qui payait le plus souvent : cela lui faisait plaisir et elle savait que la situation financière des Wallace était difficile. Pour Julia, le seul fait qu'on pense à elle lui faisait grand plaisir.

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En ce premier week-end de décembre, Sirine décida de rentrer tôt à Poudlard. Elle aimait les visites à Pré-au-lard mais elle avait encore des copies à corriger, ses élèves se montrant plus productifs qu'il ne le fallait. En passant à coté de la cabane hurlante dont on lui avait raconté la légende, elle se sentit bizarre. Elle avait plus froid que d'habitude. Sentant une présence dans son dos, elle se retourna et se retrouve face à une masse noire, habillé de haillons grisâtres. Si c'était bien ce qu'elle pensait… Elle n'eut pas le temps de trouver un moyen de se mettre à l'abri. Le détraqueur était sur elle. Elle tomba au sol. Elle se rappela tous les mauvais moments de sa vie et sa solitude quotidienne. Puis elle se sentit vidé de tout. Elle n'avait plus d'envie, plus de sentiments, plus de joie. Même l'envie de vivre l'avait quitté. C'était comme s'il n'y avait plus que le néant en elle. Elle entendit un cri d'enfant et commença à se sentir partir avec douleur.

-Expecto Patronum ! crièrent en cœur Ginny et Hermione.

Le détraqueur abandonna sa proie laissant Sirine allongée sur le sol, le teint aussi blanc que la neige qui recouvrait le paysage.

-Professeur ! Est-ce que ça va ?

-Je… déteste…la magie, parvint-elle à exprimer avant de sombrer dans l'inconscience.

Harry fixait le dehors. En arrivant à Poudlard, il avait salué Hermione et ses amis puis avait pris quelques instants en tête-à-tête avec Ginny avant de rencontrer McGonagall, Slughorn et Rogue. Minerva l'avait prévenu de la présence d'un détraqueur à Pré au lard et il était aussitôt venu en personne se rendre compte. Quelques incidents avec des détraqueurs avaient été enregistré mais rien de comparable avec ce qu'il venait de se passer.

-Les détraqueurs ne sont plus utilisés à Azkaban. Le ministère pense que c'était trop inhumain pour les prisonniers.

-Même si c'est pour qu'ils se promènent tranquillement à quelques pas d'une école ? rugit Rogue.

-J'avoue être d'accord avec lui, ajouta Horace. Tout le monde n'est pas capable de créer un patronus pour se défendre, moi le premier.

Tous les regards étaient sur lui, attendant une réponse de sa part. Cela le déstabilisa un brin.

-Je vous promets de voir cela avec le ministère. Et des aurors feront des patrouilles lors des sorties.

Cela parut satisfaire à tout le monde. Potter sortit de la pièce et Rogue le rattrapa discrètement.

- Potter… Il y a autre chose.

Bon sang comme il aurait aimé ne pas avoir à parler de cela. Mais il sentait que la présence de ce détraqueur n'était pas une simple coïncidence. Il releva sa manche et Harry resta sans voix en découvrant la marque des ténèbres.

-Mais… je ne comprends pas. Je pensais qu'après la mort de Voldemort, la marque des ténèbres aurait disparu.

-Je le pensais aussi. Mais c'est comme une cicatrice. Cela ne disparaît jamais vraiment. La vôtre ne vous a jamais refait souffrir ?

-Non. Je ne ressens plus aucune douleur depuis ce jour. Et je n'ai jamais refait de cauchemars. Du moins pas de ceux là.

Harry semblait encore touché par ceux qu'il avait perdus. Cela le réveillait encore, la nuit. Severus rabaissa sa manche. Il se doutait bien que Potter ne pouvait pas l'aider. Et maintenant qu'il savait, il allait pouvoir le crier sur les toits.

-Je ne vais pas en parler au ministère, cela créerait la panique. Si vous apprenez quelque chose, prévenez-moi. J'en ferais de même, professeur.

Décidément, Harry ne ressemblait pas tant que cela à son père. Il avait trop de bienveillance pour cela. Cette bonté, c'était de Lily qu'il la tenait. Cela fit monter Harry un peu plus dans son estime.

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Sirine était assise sur son lit à l'infirmerie, les genoux remontés sous son menton. Elle était encore blanche. Elle semblait avoir perdue un peu de sa gaieté naturelle. Elle avait cependant été contente de rencontrer Harry. Puis Severus était venu prendre de ses nouvelles.

-Je croyais que vous deviez garder un œil sur moi ? ironisa-t-elle alors qu'elle venait de finir d'engloutir une tablette de chocolat d'une marque qu'il ne connaissait pas.

-Vous n'aviez jamais eu à faire à un détraqueur ?

-Si je sais ce que c'est, non je n'en avais jamais vu en vrai.

Elle se revoyait vidée de tous sentiments, entendant ce cri d'enfant. Qui était-ce ?

-La magie ne fait que le mal, conclut-elle le regard dans le néant.

Il ne sut pas pourquoi mais cela le toucha personnellement. Il ne pouvait pas lui laisser croire que la magie n'était que maléfique. Il lui créa une fleur qu'il lui déposa dans la main.

-Cela dépend de la façon dont on l'utilise.

Elle resta seule, pensive, les yeux sur la fleur blanche dans la paume de sa main.

Quand elle quitta l'infirmerie, elle ne savait plus quoi faire. Ses pas la menèrent vers le bureau de Rogue. Pourquoi lui par Merlin ? Si Dumbledore était encore de ce monde cela aurait été plus facile de lui demander. C'était un puits de savoir d'après ce qu'elle en avait su. La seule personne qu'elle connaissait qui était assez âgé pour la renseigner, Alberfort Dumbledore ne savait rien. Il fallait qu'elle se rende à l'évidence, elle allait devoir s'entretenir avec Rogue. Et sur un sujet privé. Cette perspective ne l'enchantait guère.

Après l'avoir écouté sans l'interrompre, Rogue la dévisagea, essayant d'être sûr de ce qu'il venait d'apprendre. Sirine recherchait des informations sur un collier que sa mère lui avait confié avant de mourir. Ce n'était pas vraiment ce à quoi il s'attendait. Et elle voulait qu'il l'accompagne jusqu'à son village natal. Qu'est-ce qu'il y avait de dangereux la-dedans ?

-Vous êtes en train de me dire que votre venue à Poudlard n'était pas sans arrière pensée ? Que McGonagall le sait depuis le début et vous accompagne dans votre recherche ? Et tout cela pour un collier ? Et pourquoi venez-vous me voir maintenant ?

-Le professeur McGonagall pense que vous pouvez m'aider. Cela m'agace de voir qu'elle a sans doute raison. Je sais que je ne me suis pas montré très coopérante dernièrement.

-Il y a encore quelques heures, vous me recommandiez de me mêler de mes affaires. Et vous avez pourtant l'audace de vous adresser à moi.

-Il semblerait oui. Mais peut être que je me trompe sur votre compte. Il est évident que vous avez cessé de vous battre.

Il se leva d'un bond de sa chaise et posa violemment les paumes de ses mains sur son bureau.

-Etes-vous en train de me traiter de lâche ?

Elle fut surprise de sa réaction si virulente.

-Vous interprétez mal mes propos. Je me dis seulement qu'après ce que vous avez vécu… Vous n'avez peut être plus envie de mener de combat, quel qu'il soit.

Il resta dubitatif.

-Si je rencontre un autre détraqueur, comment ferais-je ? Je n'utilise la magie qu'en cas de nécessité. Vous êtes le seul à avoir une connaissance accrue de la magie noire en qui je peux avoir confiance.

-Vous ne devriez pas.

-Dumbledore vous a fait confiance et Harry Potter a votre respect. Cela me suffit. Et puis Seaclead vous aime bien.

-Et si je ne souhaitais pas vous accompagner?

-J'irais quand même. Je dois comprendre. Je dois savoir.

Il ne répondit pas. Elle lui demanda d'y réfléchir et de garder secret ce qu'elle venait de lui révéler.

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Décembre était ainsi passé, sans vraiment s'en rendre compte, avec son lot de surprises. La plus belle fut pour Ginny : son frère Bill et sa belle-sœur Fleur allaient accueillir un nouveau Weasley. Cela apporta du baume au cœur à toute la famille. La veille des vacances de Noël, les élèves firent leurs valises. Tous étaient heureux de pouvoir rentrer chez eux. C'était le premier Noël sans la peur de Voldemort. Et pour certains, le premier Noël avec l'absence d'un des leurs. Cela avait un goût particulier pour tout le monde. Harry envoya un hibou à Minerva pour la prévenir qu'en cas de besoin, il était chez les Weasley, avec Hermione. D'habitude, quand il ne restait pas à Poudlard, Rogue retournait chez lui, dans la maison héritée de ses parents. Mais cette année, il n'avait pas envie. Les Malefoy l'auraient sans doute accueilli, s'il avait demandé. Noël ne signifiait pas grand chose pour lui. En réalité, il ne savait pas quoi faire. Une part de lui avait envie d'aller à l'aventure. Pourquoi tant d'hésitations ? Sirine lui avait juste demandé de l'accompagner jusqu'à son village natal. Il connaissait beaucoup de choses sur la magie noire. Mais le symbole de son collier ne lui disait rien. Pourtant, l'emblème de Serpentard se trouvait dessus. Cela ne ressemblait pas aux reliques de la mort. Alors quoi d'autre ? Pas étonnant qu'elle ne trouve pas alors que lui-même, malgré son savoir, n'en savait pas plus. Alors qu'il ressassait le pour et le contre, sa marque le brûla, une fois de plus. Et si c'était lié ? Lui aussi devait savoir. Et ce n'était pas souvent qu'on lui demandait de l'aide. Venant de Sirine Brighton, cela lui procurait même un certain plaisir. Il cessa de tourner en rond et prit sa décision.

Sirine était dans le bureau de McGonagall, afin d'utiliser le réseau de Cheminée avec son autorisation. En le voyant débarquer Sirine ne put s'empêcher de sourire sous cape.

-Vous avez changé d'avis ?

-Il est clair que vous avez besoin de moi.

Elle monta les yeux au ciel. Valait mieux entendre ça qu'être sourde.

-Vous savez vous servir de cela ?

Elle prit une poignée dans sa main d'un geste assuré.

-Autant que les ascenseurs.

Elle jeta la poignée au sol.

-Flagrey-le-haut ! énonça-t-elle bien distinctement.


Solandum : sort que j'ai inventé. Vient du latin signifiant adoucir, atténuer. Sort qui apaise les douleurs physiques.