Les droits : Les personnages et les situations extraits de l'œuvre de Tomo Takabayashi et de l'anime correspondant (Kyo Kara Maoh !) et présents dans cette fiction sont la propriété de leurs auteurs.


Avertissement : ma fiction est centrée sur une romance entre deux hommes.


4. Nadja et la fin d'une histoire

Après s'être agenouillés devant l'autel se trouvant à l'intérieur de la grotte du monde dans lequel ils avaient débarqué quelques heures plus tôt, Nadja et Wolfram furent saisis par les rayons lumineux que la paroi du fond avait émis. Ils se laissèrent entraîner et eurent l'impression d'être absorbés par la roche, pour se retrouver, dans les instants qui suivirent, debout près de l'autel. Le prince regarda tout autour de lui et constata une nouvelle fois que ces deux grottes étaient vraiment semblables, faites à l'image l'une de l'autre. Seule la présence de la couronne de fleurs, déposée par Yuuri lors du rituel, témoignait de leur retour sur la terre des démons. Les deux mazokus regagnèrent l'extérieur. Nadja annonça que les chevaux se trouvaient un peu plus loin et Wolfram la suivit tout en réfléchissant à l'identité de la jeune femme. Après avoir marché une dizaine de minutes dans le froid du soir qui tombait, ils arrivèrent en vue d'un abri-sous-roche où quatre chevaux étaient attachés. Des paquets étaient posés sur le sol.

« Ce sont les vivres et les couvertures, expliqua Nadja. Voulez-vous m'aider à les fixer sur deux de nos montures ?

- Auparavant, vous allez m'expliquer qui vous êtes exactement et ce que vous faisiez ici, lui répondit fermement le prince. Comment se fait-il que vous soyez au courant du moyen de passer d'un monde à l'autre alors que moi-même je l'ignorais ? D'autre part, vous semblez bien connaître cet endroit.

- Qui je suis n'a aucune importance, lui répondit-elle en lui tournant le dos et en s'approchant des paquets. Chargeons les chevaux et partons. Votre fiancé doit mourir d'inquiétude depuis votre disparition. »

Wolfram sentit la colère monter en lui. Non seulement cette femme avait pénétré dans le lieu secret réservé au Maoh mais en plus de cela, elle ne daignait pas lui fournir la moindre explication et se permettait même de lui donner des ordres. Passablement énervé, il l'attrapa par le bras, l'obligea à lui faire face, saisit ses poignets et la plaqua dos contre la roche. Surprise autant qu'inquiète par cette soudaine brutalité, elle poussa un cri, mais le prince ne la relâcha pas pour autant.

« Pour qui vous prenez-vous ? s'exclama-t-il. Vous avez pénétré à l'intérieur de la grotte originelle. Votre irrespect de la loi pourrait vous coûter cher, aussi je vous conseille de vous montrer plus coopérative.

- Laissez-moi, vous me faites mal, protesta-t-elle.

- Lorsqu'il s'agit de Yuuri, je suis prêt à employer les moyens nécessaires pour arriver à mes fins, lui répondit-il en desserrant cependant son étreinte. Je ne vous lâcherai pas tant que vous ne m'aurez pas répondu. »

Nadja poussa un soupir et regarda le mazoku dans les yeux durant quelques instants. Face à la détermination qui transparaissait dans le regard du jeune homme, elle se résolut à lui répondre.

« Cela n'a rien à voir avec le roi. Lâchez-moi, je vais vous montrer quelque chose. »

Le prince la libéra. Elle se saisit du petit sac qu'elle portait à la ceinture, l'ouvrit et en sortit une plante.

« La plante magique, lui annonça-t-elle. Elle pousse non loin de la grotte originelle dans un creux de la roche. C'est pour en rapporter à mon grand-père que je suis venue jusqu'ici. C'est lui qui m'a fait une description des lieux avant mon départ, c'est pour cette raison que je connais un peu l'endroit car c'est la première fois que j'y viens.

- Je me demande comment cette plante peut pousser ici, avec de telles conditions climatiques.

- Sans doute parce que c'est une plante très particulière.

- Mais vous aviez l'intention de vous rendre dans l'autre monde ? Pourquoi ?

- Non. J'ignorais que le passage était de nouveau ouvert. Par contre, je connaissais le rituel que nos ancêtres effectuaient pour réaliser ce voyage. J'ai simplement voulu les imiter en m'agenouillant devant l'autel, ce n'était qu'un rêve de petite fille, rien de plus.

- Un rêve de petite fille ?

- Les membres de ma famille descendent d'ancêtres ayant vécus dans l'autre monde et en gardent une certaine nostalgie. Lorsque j'étais enfant, ma mère me racontait leur histoire. Nous perpétuons ainsi le souvenir du passé à travers les générations.

- Je vois, mais cela ne m'explique pas pourquoi votre grand-père voulait que vous rapportiez cette plante.

- À part le fait d'activer le passage entre les deux grottes, elle possède d'autres propriétés que mon grand-père sait utiliser. Il en fait des infusions. Étant trop âgé pour venir jusqu'ici, j'ai insisté pour qu'il me laisse réaliser ce voyage.

- Hmm... bon, vous vous expliquerez cependant devant le Maoh, nous partons. »

Wolfram n'avait formulé cette dernière phrase que pour la forme. Il savait pertinemment que Yuuri ne trouverait rien à redire aux actes de Nadja. Il le connaissait suffisamment pour prévoir qu'il lui pardonnerait son intrusion dans la grotte originelle, sans aucune hésitation. Après avoir chargé les chevaux, les deux jeunes gens prirent le chemin du Château du Serment du Sang, suivant ainsi de quelques heures les traces du roi. Le ciel était dégagé et les étoiles brillaient. Ils décidèrent de chevaucher de nuit et de ne dormir que lorsqu'ils seraient parvenus dans des régions moins froides.

À Shinmakoku, la matinée était à peine entamée que Yuuri se trouvait déjà dans la bibliothèque de Günter. La veille au soir, avant même de rentrer au château, il s'était rendu au temple accompagné de Conrad. Malheureusement, ni Ulriche ni Murata n'avaient pu lui donner d'informations susceptibles d'éclaircir les évènements qui s'étaient déroulés à l'intérieur de la grotte originelle. Certes, ils connaissaient ce lieu sacré mais n'avaient jamais entendu parler de disparitions mystérieuses. La prêtresse fit remarquer au Maoh qu'elle n'avait que huit cents ans et qu'il avait pu se passer des évènements antérieurs à sa naissance qu'elle ignorait. Quant au Grand Sage, même s'il s'était déjà réincarné plusieurs fois, il y avait eu des périodes durant lesquelles il avait été absent de ce monde. Ulriche avait cependant tenté de localiser Wolfram dans sa boule de cristal et avait perçu sa présence, ce qui avait soulagé le jeune souverain qui avait pu ainsi rassurer les habitants du Château du Serment du Sang et en particulier sa famille : Wolfram était vivant.

Yuuri lisait donc et ceci depuis qu'il était levé. Il avait refusé de faire son jogging aux côtés de Conrad et avait même demandé à ce qu'on lui serve son petit-déjeuner dans la bibliothèque afin de ne pas perdre de précieuses minutes. En temps normal, Günter aurait été ravi de voir le jeune souverain aussi avide de compléter ses connaissances historiques sur le monde des démons, mais vu les circonstances, il ne pensait pas à s'en réjouir et se contentait de consulter des ouvrages susceptibles de contenir d'éventuelles informations. Murata et Conrad les avaient rejoints afin de participer aux recherches et de soutenir moralement le jeune Maoh tandis que Gwendal s'était rendu dans son bureau afin d'y travailler.

Soudain, alors que tous étaient concentrés sur leur tâche, Darcascos fit irruption dans la salle, essoufflé.

« Majesté !

- Darcascos ! lui lança Yuuri en sursautant.

- Son Excellence, son Excellence...

- Et bien quoi ? l'interrogea Conrad. Qu'y a-t-il ?

- Excusez-moi, j'ai couru pour vous prévenir le plus rapidement possible. Son Excellence est de retour.

- Wolfram ? s'écria Yuuri en se levant d'un bond.

- Oui, il vient d'arriver, mais... »

Le souverain s'était élancé en manquant de bousculer Darcascos au passage et courait déjà dans les couloirs.

« ...il n'est pas seul », termina le soldat à mi-voix.

Les hommes présents se levèrent à leur tour et quittèrent également la pièce pour se diriger vers l'entrée du château. Lorsque Yuuri arriva dans la cour, il se trouva face à Wolfram et s'arrêta devant lui, essoufflé.

« Wolf ! Tu, tu vas bien ?

- Pfffff ! Naturellement. Pourquoi irais-je mal ?

- Que t'est-il arrivé ? Nous avions tous peur de ne plus jamais te revoir. Nous étions très inquiets.

- Ce n'était vraiment pas la peine de vous inquiéter pour moi.

- Mais la grotte, la lumière, tu avais disparu.

- J'ai des choses à te raconter Yuuri, mais auparavant, voudrais-tu demander à ce que l'on s'occupe de Nadja ? fit-il en désignant la jeune femme qui l'accompagnait. Elle a besoin de repos. »

Le roi tourna alors la tête et l'aperçut ; elle s'avança vers lui puis s'agenouilla et s'inclina.

« Majesté...

- Euh, non, ce n'est pas la peine, relevez-vous, lui dit Yuuri en balbutiant et en agitant les mains. J'ai toujours été très mal à l'aise avec le cérémonial.

- Venez avec moi, mademoiselle, lui proposa Conrad qui venait juste de les rejoindre, accompagné de Murata et Günter. Je vais vous conduire auprès des domestiques. Elles prendront soin de vous. »

Puis il ajouta à l'intention de son frère :

« Je suis content de te revoir Wolfram. »

Nadja se releva et suivit Lord Weller tandis que Yuuri la regardait s'éloigner tout en murmurant pour lui-même :

« Ce qu'elle est jolie...

- Inutile de la dévorer ainsi des yeux, répliqua Wolfram vexé. Elle n'est pas pour toi, elle est déjà promise à quelqu'un d'autre.

- Mais ce n'est pas ce que je voulais dire, lui répondit Yuuri en se tournant vers lui. Ce n'est pas parce que je constate la beauté d'une femme que... »

Il s'interrompit pour observer le prince quelques instants.

« Au fait, où l'as-tu rencontrée ? Et puis, que voulais-tu dire par « elle est déjà promise » ? Est-ce que ? Elle et toi, vous... ?

- Qu'est-ce que tu racontes ? le coupa le mazoku offusqué par le sous-entendu. Je te rappelle que je suis déjà fiancé et que je prends cela très au sérieux, moi !

- Hmm... oui, bien sûr, répondit Yuuri un peu gêné par le reproche.

- J'ai à te parler.

- Allez dans le bureau de Gwendal, proposa Günter. Conrad et moi, nous vous rejoindrons, je me charge de le prévenir.

- Wolfraaaaaaaam ! »

Tandis que Lord Von Christ s'éloignait, Greta faisait irruption dans la cour du château et courait vers le prince qui s'agenouilla pour la recevoir dans ses bras.

« Greta s'est fait du soucis, lui dit-elle d'une toute petite voix.

- Il ne fallait pas, voyons », lui répondit le mazoku en lui caressant les cheveux.

La petite princesse refusant de le lâcher, c'est en la portant dans ses bras que Wolfram se dirigea vers le bureau de Gwendal accompagné de Yuuri et Murata. Lord von Voltaire avait déjà été mis au courant du retour de son jeune frère par Darcascos, ce fut donc sans surprise qu'il le vit arriver. Il était soulagé de constater qu'il allait bien mais n'en laissa rien paraître et se contenta simplement de le saluer. Lorsque Conrad et Günter les eurent rejoints, Wolfram fit le récit des évènements s'étant produits dans l'autre monde sans omettre de transmettre la demande des cavaliers à Yuuri.

« Nous n'avons pas à nous préoccuper de ces gens, commenta Gwendal. Même si nous traversons actuellement une période de paix, dont nous ne connaissons cependant pas la durée, nous avons bien d'autres choses à faire qu'à apporter notre aide à un peuple qui ne vit même pas sur notre planète.

- Tu oublies que des mazokus se trouvent parmi eux, s'offusqua Yuuri. Il est normal que j'essaye de les aider.

- J'en étais sûr, intervint Wolfram en soupirant.

- Ce prétexte est superflu, Shibuya, ajouta Murata. Même s'ils n'avaient aucun rapport avec notre peuple, nous savons tous que tu ne pourrais pas t'empêcher de leur apporter ton aide.

- Comment pourrais-je refuser, se défendit le souverain, si leur prophétie annonce que moi seul en aie la possibilité ?

- Sa Majesté a raison, renchérit Günter. Quelle chance nous avons de servir un roi aussi généreux, j'en ai les larmes aux yeux.

- Moi, je ne veux pas que papa Yuuri s'en aille, protesta Greta. Je ne veux pas que papa Wolfram parte. Je veux qu'ils restent ici, tous les deux.

- Quoi qu'il en soit, reprit Lord von Voltaire, nous avons un mois pour réfléchir. Le passage ne sera pas opérationnel d'ici là, il est donc inutile de prendre une décision impulsive.

- Je ne changerai pas d'avis, affirma Yuuri. Ces gens ont besoin d'aide, je ne les abandonnerai pas. »

Gwendal leva le regard au ciel tandis que Günter joignait les mains en dévorant des yeux son souverain.

« Eh bien, commenta Murata, il semblerait que Shibuya ait pris sa décision, il ne nous reste donc plus qu'à nous y conformer.

- Je reconnais bien là Sa Majesté, ajouta Conrad en souriant. Mais c'est ainsi que nous l'aimons.

- Pfffff ! Moi, je serais tout à fait prêt à l'aimer aussi s'il décidait d'envisager les choses différemment, contesta Wolfram, mais inutile d'espérer, ce boulet ne changera jamais.

- Cesse de m'appeler ainsi », protesta Yuuri.

Le débat étant clos, chacun retourna à ses occupations et la journée se déroula sans histoire. Nadja s'étant restaurée dès son arrivée au château pour ensuite aller prendre du repos dans une chambre qui lui avait été attribuée, elle n'avait pas participé au déjeuner. Ce ne fut que lors du dîner, que le Grand Sage et les membres de la famille royale eurent le plaisir de faire sa connaissance. Malgré qu'elle confirmât ses origines paysannes, de beaux vêtements lui avaient été offerts et les servantes l'avaient magnifiquement coiffée, ce qui mettait en valeur son charme naturel. L'ancienne reine des démons, fascinée par sa beauté, voyait déjà en elle une future belle-fille tandis que Yuuri ne la quittait pas des yeux, aiguisant ainsi la jalousie de Wolfram qui ne put se retenir de proférer un commentaire sur un ton ne laissant aucun doute sur les sentiments qu'il éprouvait.

« Je t'ai déjà dit qu'il était inutile d'espérer quoi que soit. Nadja est déjà fiancée et elle respecte ses engagements, elle ! »

Le Maoh soupira tandis que Cécilia, quelque peu déçue, décida cependant d'en savoir plus sur ces fiançailles qui gênaient ses projets.

« Comment s'étonner de cela ? commença-t-elle. Votre beauté est telle qu'elle ne peut pas laisser indifférent. Je suis sure que votre fiancé et vous formez un très beau couple. Vous avez certainement hâte de vous retrouver et de vous marier.

- Oui, confirma la jeune femme en rougissant sous les compliments. Cependant, ce n'est pas si simple. Les mariages entre humain et mazoku sont encore mal acceptés et sa famille s'y oppose formellement. Ses parents sont même allés jusqu'à proférer des menaces de mort à mon encontre dans le cas où je reprendrais contact. Mais je l'aime tellement que je suis prête à risquer ma vie.

- Quoi ? s'offusqua Yuuri. Il n'est pas question que nous les laissions faire. Vous pouvez être assurée que nous vous aiderons à convaincre ces gens et à conclure une union qui vous tient à ce point à cœur.

- Mais bien sûr, songea Gwendal, il est évident que nous n'avons que cela à faire.

- Majesté, je suis touchée par tant de bonté, lui répondit Nadja, confuse.

- Si vous connaissiez mieux notre souverain, mademoiselle, renchérit Günter, vous sauriez qu'il est absolument merveilleux. Jamais je n'ai vu autant de générosité, autant de grâce, autant de sensibilité réunies chez une même personne. »

Wolfram ne put s'empêcher de soupirer en ajoutant mentalement que leur roi n'était aussi qu'un boulet doublé d'une mauviette.

« Je vous remercie du fond du cœur, continua la jeune femme. C'est vrai que j'ai vraiment hâte de revoir Taji, elle me manque tellement !

- Elle ? s'exclama Yuuri, les yeux écarquillés par la surprise. Elle ? Taji est... une... une fille ?

- Oui, lui confirma Nadja un peu étonnée. Pourquoi ?

- Mais, vous êtes deux filles ! poursuivit le jeune roi, emporté par son élan. Ce n'est pas possible ! Vous ne pouvez pas vous mariez, cela ne se fait pas, ce n'est pas très sain comme relation et... »

Yuuri s'arrêta subitement, sentant l'atmosphère s'alourdir.

« Majesté, lui rappela Conrad, les mariages entre personnes de même sexe sont courants en territoire mazoku. »

Puis il ajouta à l'intention de Nadja.

« Veuillez l'excuser, mademoiselle, notre roi n'a pas l'habitude. Dans le monde d'où il vient, ce type d'union n'est pas courant. »

La jeune femme, bien qu'étonnée par le fait que le souverain fut lui-même fiancé à un homme, lui adressa cependant un sourire, lui montrant ainsi qu'elle ne lui en voulait pas. Yuuri, se sentant malgré cela assez gêné, parcourut l'assistance du regard. Personne n'avait vraiment l'air d'avoir été offusqué par sa remarque à l'exception de Wolfram dont les yeux émeraude semblaient lancer des éclairs. Le jeune Maoh réalisa subitement que ce qu'il venait de dire s'appliquait également à leur relation et tenta aussitôt de corriger ses propos.

« Euh... bafouilla-t-il, ce n'est pas vraiment ce que je voulais dire. En fait, je, c'est que, j'ai dit ça comme ça, sans réfléchir. »

Wolfram le toisa du regard.

« Que tu réfléchisses m'aurait étonné », lança-t-il d'une voix glaciale.

Puis, les poings serrés et les mâchoires crispées, il se leva et se dirigea vers la porte.

« Wolfram ! Attends ! » s'exclama Yuuri.

Le roi se leva pour le suivre mais Conrad, qui était placé à ses côtés, le retint par le bras, tandis que le jeune prince claquait la porte derrière lui.

« Je crois que ce n'est pas le moment. Il semble vraiment en colère. Attendez qu'il se soit calmé pour lui parler. »

Yuuri poussa un gros soupir mais suivit le conseil de son parrain, un peu à contrecœur.

« Je crois que cette fois, j'ai vraiment fait une grosse bêtise, regretta le jeune roi.

- Shibuya..., le gronda gentiment Murata, tu devrais réfléchir avant de parler.

- Je suis vraiment désolée, s'excusa Nadja, c'est de ma faute, je ne savais pas, je…

- Ne vous inquiétez pas, la rassura Conrad. Cela s'arrangera. »

Dans les couloirs du château, Wolfram avançait d'un pas rapide, la tête vide et le cœur lourd. Il fallait qu'il trouve un endroit où personne ne viendrait le déranger, il sentait en effet qu'il ne pourrait pas le supporter, pas tout de suite en tout cas, il avait besoin d'être seul. Il se réfugia dans la salle aux trésors pensant que personne n'aurait l'idée de le chercher là et se laissa tomber dans un coin, la tête dans ses mains. Conrad s'était trompé, le prince n'était pas vraiment en colère, il avait trop mal pour cela. Les propos du jeune roi l'avaient profondément blessé. Il savait pourtant que Yuuri ne prenait pas vraiment leurs fiançailles au sérieux, et pour cause, elles étaient le résultat d'un accident, mais il avait espéré qu'avec le temps cela s'arrangerait. Leur relation avait d'ailleurs évolué depuis leur première rencontre, ils étaient devenus peu à peu beaucoup plus proches l'un de l'autre même si cela n'allait pas jusqu'au stade d'une relation amoureuse. Il n'avait cependant jamais imaginé que Yuuri puisse être à ce point réfractaire à un amour entre deux personnes de même sexe ni qu'il puisse considérer une telle relation comme malsaine. Certes, ce boulet avait sans doute parlé sans réfléchir, mais sa spontanéité ne révélait-elle pas ses véritables sentiments, justement ? Et même si les propos de son fiancé avaient dépassé sa pensée, Wolfram sentait que ce serait différent désormais : quelque chose s'était subitement cassé en lui. Tout s'écroulait. L'espoir qu'il avait entretenu depuis qu'il avait pris conscience de ses sentiments pour son souverain, s'effritait inexorablement au rythme des minutes qui s'écoulaient. Il repensa à Nadja, à l'amour qui transparaissait dans son regard lorsqu'elle lui avait parlé de Taji, au cours d'une halte qu'ils avaient faite durant leur voyage. Le jeune homme se sentait vraiment mal, il savait maintenant que le roi ne l'aimerait jamais du fait qu'il était un homme et trouva cela très injuste. Des larmes se mirent à couler sur ses joues et, contrairement à ce qu'il aurait fait habituellement, il ne les retint pas. Il s'étendit par terre et pleura longtemps avant de s'endormir.

Yuuri, quant à lui, n'avait pu terminer son repas tellement il se sentait contrarié. Il n'avait pas tardé à quitter la salle à manger pour se mettre à la recherche de Wolfram, mais n'ayant pas pensé qu'il puisse s'être rendu à la salle aux trésors, il ne put le trouver. Il finit par se résoudre à se coucher lorsque l'heure fut suffisamment avancée et passa, une fois de plus, une mauvaise nuit.

Wolfram se réveilla assez tard dans la matinée. Refusant désormais de se laisser aller à son chagrin, il se résolut à prendre la décision qui s'imposait : il allait rompre ses fiançailles mais contrairement à ce qui s'était produit la première fois, ce serait définitif. Il quitta la salle aux trésors et marcha résolument vers sa chambre où il rédigea la demande officielle d'annulation. Il se rendit ensuite dans le bureau de Gwendal en pensant qu'il y trouverait Yuuri mais constata que son frère était seul. Ce dernier l'informa que le souverain se trouvait dans la bibliothèque et le prince s'y rendit aussitôt. Le jeune Maoh étudiait, effectivement, en compagnie de son professeur, ou du moins il essayait. Il était beaucoup trop préoccupé par la disparition de son fiancé et fatigué par le manque de sommeil pour pouvoir se concentrer sur ce que lui expliquait Lord von Christ. Ce fut donc avec un soulagement non dissimulé qu'il vit Lord von Bielefeld pénétrer dans la pièce.

« Wolfram ! s'exclama-t-il. Où étais-tu ? Je me suis fait du souci.

- Je t'ai déjà dit qu'il était inutile de t'inquiéter pour moi.

- Wolfram, je... Écoute, je suis désolé pour ce que j'ai dit hier soir. Je ne voulais pas...

- Fiche-moi la paix avec ça ! le coupa fermement le prince. Je ne veux plus en entendre parler ! J'ai quelque chose à te dire, seul à seul.

- Très bien, allons ailleurs.

- Wolfram, intervint Lon von Christ, cela ne peut donc pas attendre ? Tu vois bien que Sa Majesté travaille.

- Non, répondit le jeune mazoku, cela ne peut absolument pas attendre, c'est urgent.

- C'est bon, renchérit Yuuri. Je pense aussi que je dois avoir un entretien avec lui le plus tôt possible.

- Alors, je vous laisse, annonça Günter en se dirigeant vers la porte. J'attendrai que vous ayez terminé dans le couloir. »

Lorsque les deux jeunes gens se retrouvèrent seuls, Wolfram prit la parole en tendant sa demande d'annulation à Yuuri.

« Je souhaite annuler nos fiançailles.

- Quoi ? Encore ? s'exclama le jeune roi, surpris par cette décision subite.

- Il ne sert à rien de rester fiancés si tu n'as aucune intention de te marier avec moi.

- Mais voyons Wolfram, nous ne pouvons pas nous marier, nous sommes tous les deux des hommes, tu ne comprends donc pas ?

- La seule chose que je comprenne, s'emporta le jeune prince, c'est que je t'aime. Je me moque du fait que nous soyons tous deux des hommes. Mais toi, tu ne m'aimes pas alors, cela ne sert à rien.

- Tu te trompes, je t'aime beaucoup.

- Oui, je sais. Tu m'aimes beaucoup, tout comme tu aimes beaucoup Conrad, Murata, ou Shinou, tout comme tu aimes beaucoup ceux qui te trahissent ou qui cherchent à te tuer.

- Mais non, voyons, toi c'est différent.

- Ah oui ? Et en quoi est-ce différent ? J'aimerais bien que tu me le dises !

- Euh... eh bien... toi et moi, nous sommes amis, euh non, en fait c'est plus que cela, c'est comme si tu faisais partie de ma famille, euh..., non, ce n'est pas vraiment ça, c'est différent, je ne sais pas comment l'exprimer, c'est... c'est difficile à dire, je n'arrive pas bien à expliquer ce que je ressens pour toi, mais ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas pareil que pour les autres. Tous les deux, nous sommes très proches.

- Tu te moques de moi ? »

Le prince posa le papier sur la table et se dirigea vers la sortie. Yuuri s'en saisit, le parcourut puis soupira.

« Si tu y tiens vraiment Wolfram », murmura-t-il pour lui-même.

Il glissa le papier dans sa poche et décida d'attendre jusqu'au lendemain avant d'annoncer cela aux habitants du château. Il pensait en effet que son fiancé avait agi sous le coup de la colère et qu'il reviendrait rapidement sur sa décision. Il ne revit pas Wolfram de la journée car celui-ci ne parut même pas aux repas. Conrad s'en inquiéta et interrogea le jeune roi qui lui répondit évasivement. Lord von Bielefeld, qui avait mangé aux cuisines, en avait profité pour demander à Sangria de se rendre auprès de Nadja, lorsque celle-ci aurait regagné sa chambre après le dîner, afin de lui remettre un mot qu'il avait d'ailleurs pris soin de placer sous enveloppe, tant il connaissait la curiosité des domestiques. Puis il se rendit auprès des soldats composant sa garde personnelle et leur donna ses instructions. Il se dirigea ensuite vers sa chambre mais en y arrivant, il s'aperçut qu'il avait omis de récupérer ses vêtements.

Dans la chambre royale, Yuuri avait déjà passé son pyjama. Il manquait de sommeil et avait décidé de se coucher plus tôt que d'habitude. Il allait se mettre au lit lorsqu'il entendit frapper. Il soupira. Ne pouvait-il donc pas se reposer sans être dérangé ?

« Entrez ! » lança-t-il d'un ton las.

Wolfram entra et, après s'être excusé, se dirigea vers l'armoire, puis se saisit de ses vêtements.

« Que fais-tu ? l'interrogea le jeune souverain, surpris.

- J'emmène mes affaires dans ma chambre. N'étant plus ton fiancé, je ne peux plus dormir ici, désormais.

- Ah oui, bien sûr.

- Je quitte le Château du Serment du Sang demain, je retourne chez mon oncle.

- Quoi ? s'exclama Yuuri, consterné. C'est... c'est une plaisanterie ?

- Non, pourquoi ?

- Wolfram, même si nous ne sommes plus fiancés, tu peux quand même rester ici.

- Oui, je le sais, mais je ne le souhaite pas. Je ne me sens pas capable de vivre près de toi en n'étant plus ton fiancé.

- Mais je ne veux pas que tu partes, moi ! protesta le souverain. J'ai besoin de toi, nous sommes amis et... et puis c'est toi qui as voulu rompre ces fiançailles, pas moi. Écoute, si ce n'est que cela, nous pouvons très bien rester fiancés, cela ne me dérange pas, j'ai l'habitude maintenant et... »

Wolfram sentit la colère monter en lui. Ce boulet ne comprendrait donc jamais rien !

« Cela ne te dérange pas ? s'écria-t-il. Tu as l'habitude ? »

Yuuri sursauta.

« Mais qu'est-ce qu'il y a ? je n'ai rien dit de mal. Je ne comprends pas.

- Tu ne te rends pas compte de ce que tu dis ! » répliqua Wolfram en baissant la voix.

Ce dernier lança aussitôt ses vêtements par terre et fit quelques pas en direction du jeune roi. L'air déterminé qu'il affichait et la fixité de son regard inquiétèrent Yuuri qui recula instinctivement de quelques pas pour se retrouver le dos contre le mur.

« Wolfram, que veux-tu faire ? Arrête... »

Mais celui-ci ne l'écouta pas et s'approcha encore. Lorsqu'il fut trop près pour continuer à avancer, il passa l'un de ses bras dans le dos de son ex-fiancé et, de son autre main, il lui souleva le menton, l'obligeant ainsi à le regarder droit dans les yeux.

« Wolf... qu'est-ce que ? bafouilla Yuuri.

- Tu ne te rends vraiment pas compte de ce que tu dis », lui chuchota Wolfram d'une voix douce.

Le prince approcha lentement son visage de celui du roi tout en le regardant intensément. Yuuri se sentait paralysé, comme hypnotisé par les yeux émeraude qui le fixaient il était incapable d'esquisser le moindre geste.

« Wolf... », murmura-t-il.

Il ne put poursuivre. Le mazoku venait de poser ses lèvres sur les siennes tout en passant la main sous sa veste de pyjama. Yuuri sentit un frisson le parcourir lorsque la main du prince caressa la peau de son dos. Les battements de son cœur s'accélérèrent, il ferma les yeux pour mieux ressentir la douceur des lèvres qui effleuraient les siennes et la chaleur des bras qui l'enlaçaient. Il n'était plus capable de penser, il lui semblait que le temps s'était arrêté. Plus rien n'existait hormis Wolfram, Wolfram et la douceur de ses lèvres, Wolfram et la tendresse qui émanait de ses caresses, Wolfram et le trouble qu'il faisait naître en lui.

Le prince relâcha son étreinte et recula de quelques pas. Ramené brutalement à la réalité par cet éloignement soudain, Yuuri écarquilla les yeux tout en appuyant son dos et la paume de ses mains contre le mur. Il réalisa brusquement ce qui venait de se passer et en était sidéré. Wolfram, qui s'était pourtant montré si tendre quelques instants auparavant, lui lança un regard dur.

« En tant que fiancé, j'aurais pu exiger cela depuis le début. Je ne l'ai pas fait car je savais que tu n'en avais pas envie. Des fiancés sont sensés se marier un jour ou l'autre et un mari est en droit d'exiger beaucoup plus encore. Penses-tu réellement que cela ne te dérangerait pas ? Penses-tu vraiment pouvoir t'y habituer, Yuuri ? »

Il fit une pause et poursuivit.

« Je ne veux plus rester avec quelqu'un qui ne serait pas prêt à se donner totalement. Es-tu prêt à me donner ton cœur et ton corps sans aucune réticence ? Ou plutôt, en as-tu envie, le désires-tu vraiment, y aspires-tu autant que moi ? »

Yuuri déglutit avec peine tout en continuant de regarder Wolfram avec stupéfaction. Ce dernier l'observait et semblait attendre une réponse qu'il était incapable de lui donner. Il aurait voulu lui parler mais il ne savait pas quoi lui dire sans compter que l'émotion lui serrait la gorge, bloquant ainsi toute tentative de communication.

« Je sais très bien que non, continua Wolfram d'une voix lasse. Tu as trop de préjugés. Tu es tellement persuadé que deux hommes ne peuvent pas s'aimer. Pourquoi Yuuri ? Pourquoi m'as-tu laissé espérer durant tout ce temps ? Je n'ai plus envie d'attendre un amour qui ne viendra pas et j'aimerais que tu le comprennes. »

Le prince récupéra ses vêtements et se dirigea vers la porte.

« Adieu, Yuuri. »

Ce dernier voulut le retenir mais il ne fut pas capable de faire ne serait-ce qu'un geste ni de prononcer le moindre mot. Wolfram sortit de la pièce.

Une fois dans le couloir, le mazoku s'immobilisa et prit une profonde inspiration. Il se sentait oppressé. La conversation qu'il avait eue avec Yuuri avait été éprouvante mais, maintenant, c'était terminé. Il devait désormais tourner la page. C'était facile à dire mais cela lui coûtait énormément. Il allait partir, quitter le château et commencer une nouvelle vie. Même s'il souhaitait tout oublier, il savait que renoncer à l'amour qu'il ressentait pour le jeune roi serait très difficile et qu'il souffrirait de cette séparation, mais il ne voyait pas d'autre solution. Rester et faire face à l'indifférence de son ex-fiancé était tout aussi pénible d'autant plus qu'il ne croyait plus à une possible évolution de leur relation. Il se dirigea vers sa chambre, il souhaitait se lever tôt le lendemain, il se mit donc au lit et ne tarda pas à s'endormir.

Après le départ de Wolfram, Yuuri resta immobile encore quelques instants puis il se dirigea vers son lit comme un automate et s'y assit. Il se sentait choqué par ce qui venait de se dérouler.

« Non, cela ne se peut pas », parvint-il à articuler, le regard fixé sur les couvertures qu'il ne voyait même pas.

Tout se mélangeait dans sa tête, il ne comprenait plus rien. Le prince venait de l'embrasser et il s'était senti merveilleusement bien dans ses bras. Non, cela n'était pas possible. Les hommes étaient faits pour aimer les femmes et réciproquement. Bien sûr, il savait que les amours entre personnes de même sexe se produisaient parfois mais cela ne pouvait pas le concerner, pas lui... Lui, il était fait pour aimer une fille, c'était comme ça, c'était ce qu'il avait toujours pensé, cela ne pouvait donc pas se passer autrement. Certes, il se rendait bien compte qu'il aimait beaucoup Wolfram, qu'il l'aimait même énormément, mais il l'aimait comme on aime un ami, ou un frère. Oui, c'était quelque chose comme ça, tout en n'étant pas vraiment ça, c'était plutôt comme… comme quoi exactement ? En fait, Yuuri ne comprenait pas vraiment ce qu'il ressentait pour le prince, mais ce qui était sûr, c'était qu'il ne l'aimait pas comme un amant ou un fiancé. Non, cela c'était impensable, il ne pouvait même pas l'envisager. Mais alors, pourquoi avait-il tellement envie de sentir de nouveau les bras de Wolfram l'enlacer, sa main caresser sa peau, ses lèvres effleurer les siennes ? Le souvenir de leur étreinte le fit frissonner. Que lui arrivait-il ? Était-il en train de perdre la raison ? Oui, ça devait être ça, cela ne pouvait être que cela d'ailleurs, il ne voyait pas d'autre explication plausible. Les évènements récents l'avaient perturbé et il en subissait certainement le contrecoup. Il commençait à ne pas se sentir bien, son ventre lui faisait mal, sa gorge était nouée, une sourde angoisse lui étreignait la poitrine. Il s'étendit sur son lit et en regarda les tentures tout en essayant de chasser les pensées qui affluaient dans sa tête, mais en vain. Le temps passait, il n'arrivait pas à trouver le sommeil tant il était tourmenté. Plus tard, beaucoup plus tard, il finit par s'endormir, épuisé par toutes les émotions contradictoires qui n'avaient cessé de le traverser.

L'aube se levait sur Shimakoku. La plupart des habitants du château étaient encore couchés. Dans l'écurie, Lord von Bielefeld et les mazokus constituant sa garde personnelle sellaient les chevaux sous les regards de Conrad et de Nadja. Le jeune prince avait hâte de quitter l'endroit car il ne souhaitait pas revoir Yuuri ; il appréhendait une nouvelle confrontation qui, de toute façon, ne servirait à rien sinon qu'à lui rendre le départ plus douloureux.

« Es-tu sûr que c'est bien ce que tu veux ? lui demanda son frère.

- Naturellement. N'oublie pas de dire à Greta que je ne cesserai pas pour autant de m'occuper d'elle. J'enverrai une lettre à Yuuri pour lui proposer que notre fille fasse des séjours au château de mon oncle de temps en temps, je ne pense pas qu'il refusera.

- Moi non plus, cela rendrait la petite trop malheureuse et ce n'est pas ce qu'il souhaite. »

Conrad aida Nadja à monter en selle et les cavaliers se mirent en route. Plus tard dans la matinée, Lord Weller, constatant que le roi ne l'avait pas rejoint, alla le trouver. Lorsqu'il arriva devant la porte de la chambre royale, il frappa.

« Entrez ! » lança Yuuri.

Conrad pénétra dans la pièce et constata que le jeune Maoh se trouvait encore dans son lit duquel il s'approcha.

« Je vous attendais pour votre jogging Majesté. Mais... qu'avez-vous ? Vous êtes tout pâle. Êtes-vous malade ? Je vais appeler Gisela.

- Non, n'en fais rien », lui répondit Yuuri à voix basse, tout en fixant du regard les tentures de son lit.

Conrad s'assit à ses côtés.

« Que vous arrive-t-il ? Je vois bien que vous n'êtes pas dans un état normal. Je vais...

- Non, je ne veux voir personne, j'ai besoin de rester seul, c'est tout.

- Majesté, si vous êtes malade, il est de mon devoir de vous obliger à vous soigner.

- Je ne suis pas malade ! cria Yuuri en se levant brutalement et en se dirigeant vers la fenêtre. Je veux qu'on me laisse seul ! »

Surpris par ce ton tout à fait inhabituel chez son roi, Conrad ne répondit rien. Yuuri soupira.

« Je suis désolé, poursuivit-il en baissant la voix et en se tournant vers son parrain. Je n'aurais pas dû m'emporter. Je comprends bien que tu te fasses du souci, je suis le Maoh, et je me dois de veiller à ma santé mais je t'assure que je ne suis pas malade. Ce n'est pas cela.

- Ah ? Ce n'est pas cela ? C'est donc autre chose ? »

Yuuri garda le silence. De nouveau, il s'étendit sur son lit et se remit à contempler les tentures.

« Y aurait-il un rapport entre votre état et le départ de Wolfram ? hasarda Conrad. Vous êtes-vous disputés ?

- Le départ de Wolfram ?

- Oui, il est parti, il y a déjà un moment, il m'a dit que vous étiez au courant.

- Wolfram... », murmura Yuuri.

Il ferma les paupières pour essayer de contenir les larmes qui lui montaient aux yeux mais il sentit qu'elles coulaient le long de ses joues.

« Hmm... j'ai vu juste », commenta Conrad.

Yuuri rouvrit les yeux et s'essuya le visage avec la manche de son pyjama.

« Ce n'est pas ce que tu crois. Wolfram et moi, nous ne nous sommes pas disputés, mais...

- Mais ?

- Je suis désolé, je ne peux pas t'en parler, je ne sais plus où j'en suis, j'ai besoin de rester seul, je t'en prie.

- Comme vous voudrez Majesté. Mais si vous changez d'avis, vous savez que je suis toujours à votre disposition.

- Oui, merci Conrad, merci, mais s'il te plait, appelle-moi Yuuri.

- Oui, Yuuri. »