Note : Merci pour vos dernières reviews et votre soutien, vous êtes géniales :) Ce chapitre comporte un lemon/smut/relation bunga-bunga, appelez ça comme vous voulez, toujours est-il que je rappelle que cette histoire est rating M, donc réservée à un public majeur et averti (et les personnages de cette fic ne portent pas de capotes qu'à cause de l'époque, mais ce n'est absolument pas un modèle à suivre. ON SE PROTÈGE ET YOUPLABOUM :) )
Et un énorme, énoooorme bisous à mon amie, mon Minus, ma beta, ma Maya Holmes.


Le cure-dent tournant autour de sa langue, Erik ajoute le mot Cigarettes sur la liste qu'il compose depuis une heure. C'est un caprice qui lui a pris depuis qu'il est sorti de sa prison. Tout ce qui n'est plus inaccessible, autant en profiter. Il n'a pas encore demandé à Charles s'il pouvait prendre sa voiture pour aller en ville, mais quelque chose lui dit qu'il ne sera pas contre. Vu que la dernière fois qu'ils se sont vus, Erik l'a frappé, Charles peut même être totalement séduit à l'idée que l'Allemand soit hors de sa vue, au moins pour la journée.

Pour Erik, Charles a changé et il est quasiment sûr que pour Charles, c'est l'inverse. En réalité, c'est beaucoup plus que ça : c'est le monde qui a changé. Quand Erik a été enfermé, on visait encore la Russie pour envoyer des missiles mais Nixon a décidé depuis quelques temps d'aller foutre la merde en Asie. A l'époque, Marylin Monroe était encore en vie et les coiffeurs aussi. Erik ne comprend pas cette de mode de ne plus raser ou couper tout ce qui est poil et cheveux, et ces vêtements amples et ces musiques paresseuses. On parle de l'Inde comme du nouveau Far West, l'or en moins, l'opium en plus. C'est un truc d'humains, se dit-il.

Il entend des pas qui approchent du salon et lève la tête. Hank est déjà en train de ranger des livres, alors c'est Charles qui arrive. Il s'apprête à lui demander pour la voiture (avant qu'Hank ne parle, pour être sûr de ne pas perdre de temps) mais Charles pousse la porte et se dévoile. Erik déglutit lourdement pour essayer de tasser au fond de ses trippes les souvenirs d'un passé plus heureux qui s'installent en lui jusqu'à l'étouffer.

Charles s'est coupé les cheveux.

Il lui lance un regard, sans s'y attarder une seconde complète et s'approche d'Hank pour le remercier pour on ne sait trop quoi, Erik n'écoute pas de toute façon. Il observe, fasciné, le visage rajeuni, si semblable à celui qu'il a connu autrefois, sa barbe légère sur ses joues et son menton qui se secoue à chacun des mots enjoués qu'il prononce.

Erik inspire par le nez et range son carnet dans sa poche. Il se lève et s'approche des deux hommes, ses yeux glissant sur la silhouette de Charles qui a soudain retrouvé toute sa sensualité et attend qu'ils aient fini leur discussion, les mains posées sur les hanches.

"A 19 heures, ça sera très bien."

"D'accord, professeur. Vous voulez que je vérifie votre blessure au fait ?"

Erik fronce légèrement les sourcils et voit la bouche de Charles se tendre discrètement avant qu'il n'accepte. Il se met dos à Hank qui s'approche de son crâne. Face à Erik, Charles le regarde droit dans les yeux.

"Vous n'avez pas mal si je fais ça ?", demande Hank.

"Non.", répond Charles sans rien exprimer sur son visage.

La pire insulte qu'il soit, pense Erik, tandis que Charles maintient son regard, les yeux vides alors qu'ils exprimaient tellement plus, avant.

"Ça ne semble pas s'être infecté. Dites moi si vous sentez que ça chauffe ou que ça vous gène."

"Ne t'en fais pas, Hank.", le rassure Charles, son regard toujours plongé dans celui d'Erik qui a envie de lui mettre une claque.

Tout est un peu trop, à ce moment précis. Parce que Charles ressemble enfin au vrai Charles. Celui qu'il a eu envie de secouer, littéralement, tellement souvent, confus de le trouver si adorable et insupportable à la fois. Charles est un gosse de riche, britannique de surcroît, de ces mecs à qui la vie a toujours souri de ses plus belles et détartrées dents blanches. La seule personne qu'Erik n'a pas seulement jalousé mais qu'il a eu aussi envie d'entourer de ses bras et de serrer assez fort pour que rien ni personne ne vienne le salir. Parce qu'Erik se moque bien du bonheur des autres, déjà épuisé à la recherche du sien, mais Charles n'a rien à voir avec le reste. A cet homme, et cet homme seulement, Erik aurait pu jurer fidélité et allégeance pour être sûr de le voir sourire aujourd'hui, demain et toujours.

Erik se demande si un jour ces sentiments reviendront.

Charles s'avance d'un pas et son eau de cologne revient comme la plus envoûtante des mélodies envahir l'univers inaccessible d'Erik et oui, voilà, les sentiments reviennent.

"J'ai besoin de la voiture.", crache-t-il, la voix lancinante.

"D'accord. Quand ?", demande Charles, le nez relevé de façon très aristocratique.

"Aujourd'hui."

"Oh, professeur, je suis désolé mais je dois aller cherche les livres que j'ai reçus à la poste, je voulais vous demander la voiture…", s'interpose Hank, le regard désolé et les gestes flous.

Erik hausse les yeux au ciel et se recule.

"Vous pouvez y aller tous les deux.", propose Charles.

"Non.", répond Erik sans une seconde d'hésitation. "J'irai demain. Tu peux la prendre, le Fauve."

Il ne considère pas derrière lui le regard des deux hommes qu'il sait plein de reproches et reprend sa place sur le canapé. Il attrape le dernier numéro de Life et le pose sur ses genoux en commençant à la feuilleter. Charles sort en se demandant à haute voix où il a rangé les clés et les papiers du véhicule, pendant que Hank l'attend, droit comme un con au milieu de la pièce.

"Qu'est-ce que Charles s'est fait ?", demande Erik sans le regarder.

"Pardon ?"

"Sur son crâne."

"Oh, il est tombé hier soir."

Erik hoche la tête.

"Et il est venu te voir pour que tu le soignes."

"Euh… oui. Enfin, il n'y avait rien à soigner, c'était superficiel."

"Et c'est toi qui lui a coupé les cheveux."

Cette fois, ça rend le Fauve silencieux. Erik lève les yeux juste assez pour le voir baisser les siens. Il regarde ses pieds et appuie de sa semelle sur un pli du tapis.

"Ça t'a fait quoi, de les toucher ?"

Voilà, il a trouvé la phrase de trop. Hank redresse la tête et les lèvres d'Erik s'étirent.

"Dans ma veste, tout simplement !", s'enchante Charles qui rentre dans la pièce en secouant les clés retrouvées au bout de ses doigts. "Pourras-tu nous ramener du pain aussi, s'il te plait ?"

Hank déglutit et hoche la tête avant de refermer ses doigts autour du porte-clés, de bafouiller un Merci et de s'enfuir de la bibliothèque. La vue d'Erik n'est plus aussi bonne qu'avant, mais il n'a pas loupé les joues rouges du Fauve. Pour sûr, ça change du bleu.


"Suivant."

Hank soupire et s'avance d'un pas. Avec la femme de près de deux mètres qui vient de quitter le guichet, il ne reste plus que 6 personnes face à lui, avant de pouvoir récupérer ses colis. Il fait assez chaud dans ce bureau de poste sur la Quatrième Avenue, alors que dehors il commence à pleuvoir. Ce changement de température n'est pas très agréable et Hank retire sa veste qu'il glisse sur son avant-bras. Il y a beaucoup de bruit aussi. Les téléphones public en libre service ne sont séparés que par des panneaux en verre brouillé pour un peu d'intimité, ce qui fait qu'il y a un brouahaha perpétuel.

Les sens d'Hank sont plus développés que la moyenne mais son ouïe, quoi que sensible, n'est jamais quelque chose qui l'a particulièrement dérangé. Il arrive à se couper de ce qui l'entoure et, les yeux dans le vague, réfléchit aux livres qu'il a enfin reçus. Il en a commandé deux par vente par correspondance : le rapport des dernières découvertes de Francis Crick (qui va aujourd'hui plus loin dans ses recherches puisqu'il évoque la neuroscience, un terme que Hank ne comprend pas encore, mais dont il a hâte de savoir plus) et ceux de Maurice Wilkins. Il avait bondit de joie en découvrant que les recherches sur la structure de l'ADN menées par James Watson étaient disponibles à la vente, mais avait été calmé par ce qu'il avait appris à son club de Science et de Biologie. Watson avait tenu des propos racistes, stipulant que les hommes noirs étaient inférieurs aux Occidentaux et cela lors de plusieurs conventions auxquelles les hommes et les femmes du club avaient assisté. Hank est particulièrement sensible au rejet dû à la différence, mais il est persuadé que, même s'il était né humain, il se serait toujours battu pour une égalité entre tous les peuples.

Mais le livre que Hank n'en peut plus d'attendre de pouvoir lire, c'est celui d'Anne Sayre, Rosalind Franklin and DNA, un livre qui réhabilite l'Anglaise dans son importance dans le monde de la biologie. Les femmes de son club en parlent souvent, faisant d'elle une icône féministe, défendant son travail et son honneur bafoué par des scientifiques masculins du monde actuel qui tente de minimiser l'importance de ses découvertes. Hank se sent un peu con, car il n'en avait jamais entendu parler, et si Lucy, Christina et Jamie n'avaient pas insisté, il aurait pu passer une vie sans savoir à quel point Rosalind Franklin avait changé la face du monde. Du monde biologique, du moins.

"Suivant."

Il s'avance encore et s'étonne de se trouver déjà devant le guichet. Il sourit à la femme aux lunettes en œil de chat et lui tend le papier avec le numéro de sa commande. Elle souffle la fumée de sa cigarette sur le côté et se laisse glisser en arrière sur sa chaise roulante pour demander à un collègue d'aller chercher les paquets B214 et E15. Quand Hank les récupère, il les remercie tous les deux, leur souhaite une bonne journée et cache son sourire impatient en trottinant jusqu'au banc le plus proche. Il ouvre le colis qui vient de l'université de Bucknell et sourit en lisant la note de Warren.

Cher Hank,

J'espère que ma lettre te trouvera en bonne santé et que tu réussis tes recherches par sédimentation avec les gradients sucrés. Tu trouveras dans le colis le livre d'Anne Sayre que tu m'as demandé. Tu as de la chance, j'ai dû soudoyer la bibliothécaire et mon professeur M. Salvadore pour qu'ils acceptent de t'envoyer un des exemplaires. M. Salvadore était très impressionné que quelqu'un hors du cursus connaisse une telle biologiste. Je lui ai parlé de nos nombreux échanges sur la question de la séparation des protéines par électrophorèse et je lui ai montré tes formules. Il aimerait beaucoup te rencontrer tu sais. Ce qui confirme mon idée comme quoi tu dois venir étudier à Bucknell ! Tu adorerais ici, nous faisons des découvertes fascinantes et les laboratoires sont incroyables ! Je sais que tu m'as dit que l'argent n'est pas un problème, mais si ça l'est et que tu es trop fier pour me le dire, ne t'en fais pas, je peux me renseigner pour les bourses.

J'espère avoir de tes nouvelles bientôt. Prends bien soin de toi.

Hank remet la note dans le livre qu'il feuillette et se lève pour quitter la poste. Il passe faire quelques courses le cœur léger et la tête pleine de formules. Warren insiste toujours pour que Hank le rejoigne, mais ce n'est pas quelque chose qu'il fera. Il est bien à la demeure et ne se voit pas abandonner Charles. Il aime sa vie ainsi.

Juste Charles et lui.


Le ciel est couvert et il fait froid dehors. Erik est allé courir, ça n'a pas été agréable. Il s'est même assoupi sur son lit après sa douche. La journée est juste bizarre. C'est sans doute la luminosité qui fait ça, le fait qu'ils doivent allumer les lumières en pleine après-midi. Erik sait juste que le professeur est passé avant lui, s'il trouve une lampe éclairée dans une pièce dans laquelle il n'était pas allé avant. C'est un peu à l'image de ce qu'ils sont devenus l'un pour l'autre, des espèce de fantômes.

Il sort de sa chambre et s'apprête à aller regarder la télévision dans le salon, lorsqu'il croise Charles qui en sort. Erik sourit et Charles baisse la tête. Leurs épaules manquent de se toucher quand il passe à côté de lui et Erik se retourne automatiquement pour continuer de voir la silhouette qui s'apprête à disparaître à l'étage.

"Ça ne te fait vraiment pas mal ?", ne peut-il s'empêcher de demander en voyant la blessure sur l'arrière du crâne.

Charles s'arrête et ne se retourne pas.

"Non, ne t'en fais pas."

Ce n'est pas plaisant de s'adresser à un dos. Erik s'avance d'un pas et d'un autre. Il lève le bras et approche ses doigts des cheveux bruns.

"Ça n'a pas l'air profond."

"Hank a vérifié, je n'ai pas besoin de points de suture."

Hank. Ce n'est pas un nom, c'est un écho ici désormais. La main d'Erik s'avance encore et le bout de ses doigts se posent à quelques millimètres au-dessus de la blessure. Tout le corps de Charles se tend.

"Tu les as coupés."

Ce n'est pas une question, ça se voit, mais Erik l'a formulé parce que c'est beau. Sa main glisse de plus en plus sur le crâne en une tendre pression, sans que la paume ne touche la plaie. Sa peau est chaude, ses cheveux doux. Il y a quelque chose qu'Erik ressent, qui ressemble au mot maison. Alors il s'approche encore d'un pas et ses bras s'enroulent autour du corps qu'il colle contre lui. Charles tressaute et plante ses ongles dans les avant-bras de l'Allemand à lui en faire mal.

"Erik…", appelle-t-il.

Ça veut dire Arrête, Erik le comprend mais il a peur de suspendre son geste alors il serre plus fort encore et colle son visage aux cheveux bruns avant d'inspirer l'odeur qu'il réalise à l'instant n'avoir jamais oubliée. Il murmure contre sa nuque dégagée :

"Je suis désolé."

Charles frémit et ses mains essaient de le repousser plus fort encore. Il tente même un pas en avant pour se libérer de l'étreinte mais Erik ne peut pas le laisser faire. Ses bras l'emprisonnent avec plus de fermeté.

"Charles, je suis désolé.", répète-t-il tout aussi bas et à bouger les lèvres ainsi contre la peau chaude, il se laisse faire et embrasse sa nuque.

Un baiser. Un autre. Plus long. Une envie de sentir sa présence sur sa langue qui le caresse. Charles se cambre et Erik suit le mouvement pour que leurs corps restent unis, pour retrouver cette place qu'ils n'auraient jamais dû perdre.

"Je suis désolé.", encore et encore, parce que c'est vrai.

Je ne voulais pas te faire de mal, Charles. Tu sais que c'est confus, pour moi, le désir et le rejet. Tu sais combien c'est dur de faire la différence.

Il le murmure intérieurement parce qu'il sait qu'il l'entend et c'est tout ce qui compte. Charles recommence à bouger et cette fois Erik le laisse faire, parce que ses gestes ne crient plus la fuite. Il se détache juste assez pour se retourner, Erik ne bouge pas et les voilà qui se font face, collés l'un à l'autre. Les bras de l'Allemand s'enroulent à nouveau au corps qu'il surplombe. Il avance son visage, pose son front contre le sien, leurs joues ensemble. Il tente d'approcher ses lèvres mais Charles détourne la tête et les pince. Ses mains se posent à nouveau sur les bras d'Erik et il tangue entre le Non et le Oui. Erik peut respecter ça. Parce qu'il le comprend. Alors il n'insiste pas et envahit de son souffle le visage aux yeux fermés.

Je t'attends.

Mais il ne reculera pas.

Et Charles finit par serrer sa main gauche sur le muscle tendu d'Erik et sa bouche s'ouvre. Il veut dire quelque chose, le crier, vu son visage contracté, mais il n'y a pas un mot qui en sort. Alors Erik se penche et écrase sa bouche contre celle ouverte pour l'envahir de sa langue. Il n'y a aucun instant où Charles hésite et sa langue aussi, obscène et chaude, l'embrasse et les voilà qui se retrouvent.

Je t'ai toujours attendu.

Cette fois, Charles lâche les bras de l'Allemand et enroule les siens autour de son corps. Ils se tiennent l'un à l'autre et leurs nuques leur font mal à force d'être ainsi penchés l'un contre l'autre. Erik finit par le soulever de quelques centimètres pour que la sienne le tire moins et le bout des pieds de Charles se tendent sur le bois vieilli.

Pas ici.

Erik rompt le baiser sans douceur et presse ses mains sous les fesses de Charles qu'il soulève. Charles comprend puisqu'il passe ses jambes autour de son bassin et Erik grogne en le sentant se serrer contre son érection. Il embrasse à nouveau furtivement sa bouche et regarde par-dessus son épaule les marches qu'il grimpe. Il n'y a pas un bruit dans la maison, juste ses pas et le souffle de Charles. La clenche se tourne automatiquement quand ils s'approchent de la porte qui s'ouvre ; Erik n'a même pas conscience de toutes ces choses qu'il commande autour de lui comme il n'entend pas la porte qui se claque. Il laisse tomber Charles sur le lit et s'allonge sur son corps pour le déshabiller. Parfois, Erik laisse Charles l'embrasser, mais il le repousse quand il a besoin de lui retirer son pull qu'il arrache pratiquement hors de son corps, avec des gestes imprécis et pressés. Il se débarrasse de la chemise avec une impatience contagieuse et fond sur le torse qu'il couvre de baisers et de morsures qu'il tente de maîtriser. Mais Charles gémit et sa voix a rendu Erik fou assez de fois pour qu'il sache qu'il ne peut pas y résister.

Il le laisse s'occuper de ses propres vêtements et lui retire sa ceinture en s'aidant de la pensée avant de baisser son pantalon et de glisser sa main à l'intérieure. Charles se cambre en gémissant et Erik sourit en se penchant pour poser un tendre baiser sur ses lèvres. De sa main il caresse le membre chaud quelques secondes et se recule pour finir de les déshabiller totalement. Charles, nu, se recule sur le lit pour s'allonger en son centre et Erik tourne lentement la tête en le regardant faire. Parce que Charles sourit enfin et qu'il sait comment jouer avec ses nerf : Erik déteste voir Charles s'éloigner de lui, c'est viscéral, ce n'est simplement pas quelque chose qui doit se passer. Alors il revient contre lui avec plus d'envie encore et écrase son corps sans retenue. Il glisse ses mains le longs de ses bras pour attraper ses poignets. Il l'embrasse avec insistance et garde ses yeux fermés alors qu'il impose aux mains de Charles de se tenir à la tête de lit. Une fois les doigts de Charles enroulés autour d'un fin barreau de métal, Erik oblige ses cuisses à s'écarter jusqu'à ce que le professeur grimace de gêne. Erik n'attendra pas, il suce deux de ses doigts et les presse contre l'intimité de Charles qui resserre tout aussi vite les genoux.

"Non, attends…"

Erik manque de faire une syncope. Charles doit le sentir puisqu'il sourit.

"Trouve de quoi… Enfin, de la vaseline, s'il te plait."

"Toi et tes habitudes d'aristocrate.", s'impatiente Erik en sautant du lit. "Tu en as ?"

"Je ne sais pas, regarde dans le meuble si Hank en a laissé dans la trousse médicale."

Erik décide d'ignorer une partie de la phrase et fouille dans le meuble indiqué jusqu'à trouver une trousse noire qu'il dézippe et dont il sort un pot qu'il emporte avec lui. Charles frissonne en voyant Erik couvrir deux de ses doigts de lubrifiant, installé entre les jambes qu'il garde écartées d'une main. Il mord gentiment la cuisse à sa gauche.

"Ne sois pas si timide. Écarte tes jambes pour moi, comme avant."

Charles tourne sa tête à sa droite pour tenter de la cacher dans l'oreiller et ça fait grogner Erik à nouveau :

"C'est parce que ça fait longtemps, pas vrai ?"

Les doigts d'Erik pressent à peine maintenant. Ils ne le pénètrent même pas, ils s'amusent juste à habiller leur présence avec une lenteur entêtante et des frôlements au goût de trop peu, qui sont assez pour faire gémir Charles. Son corps parait autant attiré qu'apeuré par Erik qui ne peut détourner son regard du visage de Charles, ses yeux fermés et sa bouche à peine ouverte. Il ne l'a jamais vu comme ça. Si peu sûr de lui.

"Dis-moi que personne d'autre ne t'a touché.," Erik implore plus qu'il n'ordonne mais Charles ne fait rien d'autre que pincer ses lèvres et Erik ne supporte pas cette expression. Il le couvre lourdement de son corps pour le forcer à le regarder. "Personne ne t'a touché, personne ne t'a baisé. Dis-le, Charles."

Il n'ira pas plus loin - il ne peut pas aller plus loin - si Charles ne répond pas. Parce que ça doit être vrai, il doit être à lui, même s'ils ne sont rien l'un pour l'autre. Charles ne dit toujours pas un mot et Erik encercle sa mâchoire de sa main pour le forcer à le regarder. Il embrasse et mord, sans se rendre compte de la différence, les joues, lèvres et menton, alors qu'il supplie, la voix pas plus forte qu'un souffle :

"S'il te plaît, Charles, dis-le, s'il te plaît, s'il te plaît…"

Charles inspire profondément et enfin il le regarde. Ses bras sont encore immobiles sur le lit, comme s'il se refusait, par arrogance ou par punition, de toucher son ex. C'est ensorcelant, la façon dont le visage de Charles recèle des diamants et des mystères, c'est quelque chose qu'Erik ne pourrait jamais oublier, jamais cesser de tout faire pour en être le maître. Ils se regardent, se noyant dans le silence et les yeux de l'autre avant que la voix de Charles n'avoue :

"Je ne pouvais pas."

Erik ne cligne pas les yeux et ne respire pas plus. Son doigt presse maintenant, dans un mouvement lent et possessif qui fait presque pleurer Charles qui tend sa tête en arrière. Erik ne sait même pas ce que ça veut dire, si Charles ne voulait pas se retrouver au lit avec un autre que lui ou s'il ne pouvait physiquement pas, lorsqu'il était encore en fauteuil roulant. Au moins, il sait que pas un doigt ne s'est posé sur Charles, pas le moindre souffle, pas la plus petite preuve d'amour.

Il n'arrête pas de l'embrasser pendant qu'il le prépare et doit se retenir de ne pas jouir à chaque gémissement de Charles. Il a repris sa place, tout contre son corps et quand Charles lui murmure qu'il est prêt, il n'attend pas plus longtemps. Il se tient d'une main sur les barreaux du lit et de l'autre se guide en Charles qui gémit en hochant machinalement la tête. C'est presque animal ce besoin d'Erik d'être en lui, entièrement, totalement. Il garde les yeux fermés et reste aussi sensible qu'il peut aux plaintes avouées par Charles sous lui, lorsqu'il va trop vite, trop profondément. Mais ils en ont tous les deux envie, besoin et ce n'est simplement pas le genre de choses qui se maîtrisent. Et enfin Erik est en lui tout entier et il se permet un premier souffle rauque avant de se pencher vers son cou qu'il pince de ses dents. Car Charles est à lui et rien qu'à lui, et qu'il n'y a personne d'autre ici à part eux. Comme ça devrait être le cas pour toujours.

Ils trouvent un rythme soutenu au bout de quelques courtes minutes et Erik glisse sa main dans le dos de Charles qu'il oblige légèrement à se cambrer pour faciliter ses coups de reins. Au bout de son index et de son majeur, la peau semble se brouiller. La cicatrice. Le coup de reins d'Erik lorsqu'il le réalise n'est pas le plus doux qu'il soit.

Il faudrait qu'il retire sa main, qu'il caresse à la place son torse où la peau se colore d'un rose tendre, mais c'est affolant de sentir de façon si brutale et charnelle sa connerie qui marquera le corps de Charles jusqu'à la fin des temps - qu'importe leur nombre.

Ils s'embrassent et se repoussent sans douceur lorsque l'un des deux a besoin d'air et c'est entre la lutte et l'amour, ce qui est le résumé de toute leur vie. Parfois, quand Charles a les yeux fermés et que sur son visage se lit l'extase indescriptible, Erik le sent lui échapper, à se dire que le professeur imagine peut-être quelqu'un d'autre entre ses cuisses. Alors, il durcit ses coups de reins ou attrape son visage dans sa main pour le forcer à le regarder pendant qu'il le baise. Et quand Charles le regarde, Erik se sent si petit et vulnérable qu'il est prêt à s'excuser, encore et encore, pour tout.

"Erik… s'il te plaît…", appelle Charles et Erik relève la tête.

Les mains de Charles sont encerclées par les barreaux en métal qu'il a fait se resserrer sans s'en rendre compte. Il esquisse un geste pour les repousser et remarque ses poignets douloureusement rougis.

"Désolé, je n'ai pas…"

"Ça va.", le rassure Charles et ça le fait rire. Un vrai rire, de celui qui le fait déployer sa gorge et montrer ses dents. Erik est persuadé que c'est aussi beau de voir Charles rire que de le voir jouir. Alors il colle son front au sien et sourit aussi, parce que la tête de lit ne ressemble plus à rien et que c'est totalement improbable. Il s'allonge contre le corps de Charles et se tient sur son avant-bras cette fois pour ne pas l'écraser. Il l'embrasse en prenant son temps et ralentit ses coups de reins, pour les rendre plus profonds. Il ne sait pas bien comment ça lui revient en tête mais il se rappelle de la fois où Charles lui avait dit qu'il n'avait pas ressenti que de la colère et de la souffrance en lui, mais du bien aussi. Erik se demande si aujourd'hui, il sent tout le désir qu'il a pour lui. Tout ce désir pour Charles.

Son souffle se fait plus profond et Erik le laisse se caresser. Leurs fronts collés l'un à l'autre, ils se regardent et Charles pose sa main droite sur la joue d'Erik. La façon dont Charles n'arrive pas à garder ses yeux ouverts, le son de sa voix rauque et le sentir se contracter autour de son membre, Erik connaît cette image. Il s'enfonce une fois en lui, lentement. Deux fois, profondément. Trois fois, sèchement. Il tourne le visage pour embrasser ses doigts et l'accompagne jusqu'à l'orgasme, en s'enfonçant une dernière fois avant de jouir à son tour, tout contre le corps qu'il embrasse, les lèvres écrasées sur le front de Charles.

Ils restent enlacés assez longtemps pour que leurs souffles redeviennent normaux. Erik ne se laisse glisser sur le côté que parce qu'il ne veut pas plus écraser Charles qui ouvre grands les yeux pour observer la pièce.

"Erik.", appelle-t-il, et Erik regarde à son tour aussi.

Autour du lit, tous les objets en métal de la pièce ont été rapprochés sans qu'aucun des deux n'en ait conscience. C'est un bordel monstre et ça les fait se regarder et rire à enterrer tout ce qui les a fait se séparer un jour. Charles se retourne sur le ventre, tient son visage d'une main et enfin, enfin il le regarde comme avant, avec cette étincelle qui semble être la seule source de lumière qui pourrait repousser l'obscurité qui sommeille en Erik. Il se penche sommairement et pose un baiser sur les lèvres de l'Allemand qui passe ses doigts sur sa joue.

Te revoilà.


"Professeur ?"

Hank ferme la porte derrière lui et se dirige vers la cuisine, les bras chargés des sacs remplis de provisions. Ils n'avaient pas besoin d'autant de choses, mais Hank a fini par craquer et a lu les trois premiers chapitres du livre de Sayre devant le rayon des légumes. C'est tellement brillant qu'il a acheté de quoi leur faire un festin de roi, parce que lire des choses intelligentes le met de bonne humeur et là, il est extatique. Il a même acheté du champagne et du canard, ce qui n'est pas quelque chose qu'ils ont déjà mangé ici et c'est encore mieux. Il pousse la porte à battant de la cuisine, pose les sacs sur la table et s'apprête à appeler à nouveau Xavier quand il le découvre, en pyjama, en train de se servir un verre d'eau.

Il a son tee-shirt gris et son pantalon vert sapin, alors qu'il est 18h, mais ses petits yeux prouvent qu'il s'est réveillé d'une sieste il n'y a pas très longtemps. Il a un sourire doux aux lèvres et ça éclaire son visage d'une aura rayonnante.

"Tu as reçu les livres que tu avais commandés ?", demande Charles en portant le verre à ses lèvres et Hank se demande s'il ne va pas renverser de l'eau partout, à boire en souriant comme ça.

"Oui ! Ils ont l'air géniaux, j'ai hâte de pouvoir les dévorer."

"On peut se faire des sandwich pour ce soir, comme ça tu pourras aller les lire plus rapidement.", propose Charles en prenant place sur une chaise avant de tenir son visage dans sa main.

"Non, non, j'ai acheté de quoi nous régaler. Canard et haricots verts, et en dessert, de la pêche melba.", réplique Hank, pas peu fier.

Charles a un charmant sourire qui dévoile ses dents et Hank ne peut qu'en faire de même quand le professeur s'enchante comme ça. Il a presque envie de lui demander ce qui le rend si heureux, mais il semble encore légèrement endormi, et c'est sans doute parce qu'il doit se rendre compte que l'avancement des travaux lui fait finalement plaisir.

La porte à battant s'ouvre et Hank grimace en se rappelant la présence de l'Allemand. Il espère que ça ne fera pas se renfermer le professeur, mais les deux hommes se regardent sans sembler vouloir se sauter à la gorge. Quel progrès incongru.

"On fait une fête sans moi ?", demande Erik en allant fouiller le frigidaire dont il sort une bière.

"Nous parlons du repas de ce soir. Hank nous a gâté.", répond Charles en lui souriant.

Hank fronce les sourcils.

"Cool.", ironise Erik qui n'en a apparemment pas grand chose à faire. Il s'est appuyé contre le plan de travail derrière Charles et ouvre la capsule de sa bouteille avec ses pouvoirs, avant de la porter à ses lèvres, ses yeux fixés sur Hank qui ne comprend pas ce nouvel intérêt pour sa propre personne. Mais Hank se fiche de ce regard sibyllin et l'ignore alors qu'il prépare le dîner. Quand Erik quitte la cuisine, il s'approche si près du plus jeune qu'il est obligé de faire un pas sur le côté pour éviter qu'il ne le cogne de son épaule. Charles ne le remarque même pas, puisqu'il s'est mis à ranger la vaisselle qui traînait et Hank préfère qu'il n'ait rien vu.

Ils passent près d'une heure et demie à cuisiner, la radio allumée sur une station de musique contemporaine contre laquelle Charles ne râle pas, cette fois. Ils parlent des quelques découvertes qu'Hank a déjà feuilletées et de la cuisson de la viande, et étrangement, c'est ça le plus dur à comprendre.

Ils décident de s'installer dans la grande salle à manger, avec la vaisselle en argent portant les initiales de Charles, que sa tante lui a offert quand il avait huit ans. Et même si Erik mange avec eux aussi, ce soir là, ils s'amusent vraiment. Charles semble s'être réveillé d'un long sommeil, puisque son énergie est semblable à celle qui l'accompagnait avant l'accident. Il parle, s'intéresse, rit. Et Hank adore ça. Il pourrait l'écouter des heures, et c'est d'ailleurs ce qu'il faisait avant, quand Charles avait encore assez d'humour malgré le fauteuil. Alors il le regarde, cache son sourire dans la main qui soutient sa tête et boit ses paroles. Ça le surprend quand Charles émet une première grimace et qu'il se penche en avant pour masser ses cuisses.

"Ça va ?", l'interroge Erik et Hank se rend compte qu'il aurait dû le demander avant.

"Ça fait quelques temps que je n'ai pas eu de traitement…", explique-t-il en plissant un peu les yeux.

"Montons, je vous ferais votre piqûre dans votre chambre, pour que vous puissiez vous endormir ensuite.", propose Hank en se levant.

"Non, je vais le faire.", impose Erik.

Hank écarquille grand les yeux, pas certain d'apprécier cette mauvaise blague.

"Si ça te va, Charles ?", rajoute-t-il en regardant le professeur qui hoche la tête.

"Très bien, comme ça tu peux aller lire tes livres, Hank.", s'enchante le professeur en se levant avec des gestes un peu rouillés.

Hank s'approche pour l'aider, mais Erik pose sa serviette sur la table et en fait le tour pour attraper l'avant-bras du professeur.

"Je m'en occupe.", dit-il en plantant son regard dans celui de Hank.

Il se recule pour les laisser passer et les voit disparaître hors de la salle à manger. Il reste assez longtemps dans la salle à manger, à essayer de comprendre ce qu'il vient de se passer. Puis il regarde la table et sans un mot, empile les assiettes, les couverts, qu'il ramène à la cuisine. Il ne fait pas la vaisselle directement et va se mettre en pyjama avant de se coucher dans son lit.

Perdu dans le troisième chapitre du livre de Sayre, les yeux bloqués sur le petit espace entre deux lignes, Hank n'avance plus sa lecture. Parce que quelque chose a changé ce soir. Quelque chose qu'il a peur de comprendre.